Le football américain, sport roi aux États-Unis, suscite un engouement massif, comparable à celui du football en Europe. Des millions de téléspectateurs se passionnent pour le Super Bowl, la finale du championnat, qui bat régulièrement des records d'audience. Cependant, derrière le spectacle et la popularité se cache une réalité plus sombre : ce sport est l'un des plus violents et dangereux au monde. Les risques encourus par les joueurs, tant amateurs que professionnels, font l'objet d'études et d'une attention médiatique croissante depuis plusieurs années.
L'Encéphalopathie Traumatique Chronique (ETC) : Une Menace Insidieuse
L'encéphalopathie traumatique chronique (ETC) est une maladie neurodégénérative causée par des traumatismes crâniens répétés. Elle ne peut être diagnostiquée que post-mortem, ce qui rend son étude et le développement de traitements difficiles. Les premiers symptômes apparaissent généralement vers 40 ans et peuvent inclure des pertes de mémoire, de la dépression, un comportement agressif et de la démence.
L'ETC touche principalement les athlètes pratiquant des sports de contact, tels que le football américain, le hockey sur glace, la boxe ou le MMA, mais aussi les personnes souffrant régulièrement de coups à la tête, comme les militaires et les victimes de violences conjugales.
Une étude post-mortem du cerveau de l’ancien joueur professionnel Phillip Adams, qui a abattu six personnes avant de se donner la mort en avril 2021, a révélé des signes de lésions cérébrales « inhabituellement graves » liées à l'ETC. Selon sa famille, Adams a subi « plusieurs commotions cérébrales » au cours de sa carrière.
En 2023, une étude parue dans la revue Neurology a suivi des sportifs professionnels, y compris des boxeurs et des combattants de MMA, et a identifié des signes et symptômes associés au syndrome de l’encéphalopathie traumatique. Les athlètes présentant ce syndrome montrent un déclin des aptitudes cognitives et des modifications de la structure cérébrale.
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Une autopsie de plus d’une centaine de cerveaux d’anciens joueurs professionnels de football américain a révélé que la quasi-totalité d’entre eux souffraient d’une dégénérescence cérébrale chronique liée à des chocs répétés sur la tête.
Commotions Cérébrales : Un Risque Omniprésent
Une commotion cérébrale est définie comme « un type de lésion cérébrale traumatique causée par une bosse, un coup ou une secousse à la tête ou par un coup au corps qui provoque un mouvement rapide de va-et-vient de la tête et du cerveau. »
Le football américain est un sport où les commotions cérébrales sont fréquentes. En 2000, sur 1 000 joueurs interrogés, les deux tiers disaient avoir connu une commotion cérébrale grave durant leur carrière, et un quart "au moins trois". Une enquête de l'université de Caroline du Nord portant sur 2 500 anciens joueurs a déterminé que 11 % d'entre eux souffraient de dépression, et que ceux qui avaient subi trois ou quatre commotions cérébrales avaient trois fois plus de risques d'être dépressifs que les autres.
Selon la revue Neurology (septembre 2012), les ex-joueurs de football sont quatre fois plus atteints par la maladie d'Alzheimer que la moyenne.
Au-delà des commotions cérébrales, une étude de Scientific Reports révèle qu'un footballeur américain recevrait quatre chocs énormes à la tête par saison, en plus d'une centaine de chocs d'une importance moindre. La plupart de ces sportifs souffrent après leur carrière d'une grave maladie dégénérative dont les symptômes se rapprochent de celle de la maladie d'Alzheimer, l'encéphalopathie traumatique chronique.
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Efforts de la NFL et Mesures de Prévention
Face à la multiplication des études alarmantes, la Ligue nationale de football américain (NFL) a été contrainte de réagir. Elle a modifié les règles du jeu et imposé de nouveaux contrôles médicaux. La NFL affirme que le nombre de commotions a diminué de 25 % en 2014.
En août 2013, elle a négocié un accord financier de 765 millions de dollars avec plus de 4 500 anciens joueurs qui avaient intenté une action en justice, accusant la Ligue d'avoir caché les dangers de commotions répétées et d'avoir diffusé des informations fausses. Cependant, l'accord ne reconnaît en aucun cas que les blessures des plaignants ont été causées par la pratique du football.
La NFL a créé le Comité sur les lésions cérébrales traumatiques légères « Mild Traumatic Brain Injury Committee » (MTBIC) en 1994. Ce dernier a pour objectif officiel d’ « étudier les effets des commotions et d’implémenter des règles et lignes directrices afin de protéger les joueurs des commotions cérébrales ».
Depuis, la NFL a développé des procédures particulières pour les joueurs chez qui une commotion cérébrale a été diagnostiquée avant qu’il puisse retourner sur le terrain. Un protocole en six étapes a été créé, consistant en une évaluation par un médecin et un consultant spécialisé en lésion neurologique non affilié à la ligue afin de déterminer la capacité du joueur à retourner sur le terrain.
L'Impact sur les Jeunes et l'Avenir du Football Américain
Malgré ces efforts, de plus en plus de parents boudent le sport. Le nombre d'enfants et d'adolescents enrôlés a baissé de 2,4 % sur les cinq dernières années. Pop Warner, la plus grosse organisation de jeunes, a vu le nombre de ses participants chuter de 9,5 % entre 2010 à 2012. Pour la première fois, un certain nombre d'établissements scolaires ont décidé de supprimer leur équipe de football.
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En 2015, aux États-Unis, 11 lycéens sont morts en plein match, ce qui fait du football américain de loin la discipline la plus dangereuse pour les jeunes Américains.
Le diagnostic de l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) n’est pour l’heure pas encore possible chez les personnes vivantes. Mais pour de nombreuses personnes, en particulier les athlètes, la peur de souffrir de cette maladie est bien présente.
Selon une étude parue le 23 septembre, un ancien joueur de la NFL sur trois pense souffrir de ce trouble neurodégénératif causé par les multiples commotions cérébrales ou coups reçus à la tête. Ces joueurs « sont plus susceptibles d’avoir un taux de testostérone bas, de souffrir de dépression, de troubles de l’humeur, de douleurs, de symptômes cognitifs et d’avoir subi des traumatismes crâniens », entre autres symptômes.
Culture de la Violence et Appât du Gain
Pour expliquer la propension des footballeurs professionnels à prendre des risques insensés pour leur santé et à en faire courir à leurs adversaires, les spécialistes avancent deux motifs : l'appât du gain et l'environnement sociopsychologique des joueurs.
Le foot est le sport américain le plus riche. En augmentation de 60 %, l'accord signé avec trois grandes chaînes de télévision rapporte à partir de cette année 3 milliards de dollars (2,22 milliards d'euros) par an à la NFL. Un footballeur gagne en moyenne 2,1 millions de dollars par an.
L'historien Jeffrey Sammons explique que ce sport s'inscrivait dans une tradition culturelle anglo-saxonne mêlant "christianisme musculaire" victorien (une vision aristocratique du culte de la force) et darwinisme social. "Il s'agissait d'un sport universitaire destiné à former le corps et l'esprit des futurs dirigeants dans tous les domaines. Sa stratégie et sa terminologie ont beaucoup emprunté au langage militaire."
Au XIXe siècle, rappelle le sociologue du sport Jay Coakley, de l'université du Colorado, "il y avait parfois 20 morts par an dans le football américain". Les règles du jeu laissent aujourd'hui moins place à la violence brute, mais l'état d'esprit demeure.