La Peinture d'Hiver : Plus qu'une Simple Représentation du Blanc

La peinture d'hiver, longtemps considérée comme un genre mineur en histoire de l'art, offre pourtant une richesse et une complexité insoupçonnées. Des conférencières du musée des Augustins, Isabelle Bâlon-Barberis et Marthe Pierot, ont exploré ce sujet fascinant, révélant les défis et les subtilités de la représentation de la neige et de la saison hivernale.

Le Paradoxe de la Peinture de Neige

Comment peindre le blanc sur une toile blanche ? C'est un paradoxe auquel les artistes ont été confrontés. Le blanc, à la fois une non-couleur et un réflecteur de toutes les lumières, rend la tâche particulièrement ardue. La neige n'est pas monochrome ; elle se compose de milliers de petites facettes de cristaux glacés qui renvoient la lumière. Au soleil, elle peut être jaune, à l'ombre, mauve.

Les peintres ont compris cette complexité et ont utilisé une palette de couleurs variée pour sublimer la neige, évitant ainsi de la réduire à une simple couche de blanc. On peut même penser que dans le Grand Nord, chez les Inuits, il existe plus d’une vingtaine de mots pour qualifier le blanc, tellement le blanc peut être teinté de gris, d’ocre, de rose, de bleu. Et là ça donne une couleur qui est tout autre.

La Neige et son Contexte

Un autre défi pour les artistes est de représenter la neige dans son contexte. La neige dans la montagne, dans les bois ou en ville sera différente. Son état (fraîchement tombée, poudreuse, en train de fondre, verglacée, épaisse) influence également sa représentation.

L'émotion que suscite la neige est également ambiguë. Elle peut évoquer la pureté et la virginité, mais aussi l'angoisse, le deuil et la désolation. C’est vrai qu’elle peut être cette neige d’une affolante clarté, dans ce cas-là elle est immaculée, il y a cette idée de virginité. Mais on peut également penser en la voyant à quelque chose de complètement négatif qui évoque l’angoisse, le deuil, la désolation.

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L'Hiver : Une Saison aux Multiples Facettes

L'hiver ne se limite pas à la neige. On peut penser à la neige éternelle en été, aux premières neiges en automne (en novembre par exemple) ou aux neiges de printemps en avril. Ça s’impose. Mais pas simplement puisque si on pense à la neige éternelle, on peut tout à fait être en été. Si on pense aux premières neiges, on peut être en automne, d’accord, en novembre par exemple. Mais on peut parler également, des neiges de printemps et dans ce cas-là on peut être en avril. Ce n’est pas si simple.

Louise Joséphine Sarazin de Belmont : Une Pionnière dans les Pyrénées

Louise Joséphine Sarazin de Belmont, peintre paysagiste du 19e siècle, fut une pionnière dans la représentation des Pyrénées. Elle ne se limite pas à la vallée d’Argelès. Elle peint également Gavarnie, Cauterets, la région de Luchon également. Ces sites sont des sites qui, au début du 19e siècle, sont connus mais rares sont les gens qui s’y aventurent et rares sont les peintres qui les représentent. Et que dire des femmes peintres ? Elle est l’unique à le faire.

Elle s'installe seule dans une cabane de berger afin de peindre au mieux ces Pyrénées, avant de se lancer dans son atelier pour des grandes compositions. Dans son tableau représentant l'église abbatiale de Saint-Savin, elle traque la pureté de la lumière, la fraîcheur des couleurs et les détails délicats. La composition est harmonieuse, avec une perspective efficace créée par la vallée en contrebas et la ligne oblique. Dans les années 1830, elle crée une composition qui joue sur le parallèle entre les hauts murs et le clocher de l'Église à droite, et les abruptes montagnes enneigées à gauche.

Elle nous propose sur la droite du tableau, ses couleurs chaudes, la patine ocrée orangée des pierres dorées et puis à l’arrière, le blanc minéral glacial transparent. Une autre position, c’est la neige loin derrière tandis que devant, c’est une végétation qui est déjà presque printanière. Et c’est ça qui est intéressant ici de voir que finalement, ces neiges, on peut considérer qu’elles seront des neiges éternelles qui dureront tout l’été. Une époque bien révolue. Parce que si l’on fait un petit point météo climat, les neiges éternelles, aujourd’hui, c’est une appellation qui va disparaître. Mais vous voyez, on commence en douceur, parce que le premier paysage ne nous propose qu’un tout petit peu de neige au sommet des montagnes.

Francesco Foschi : Le "Roi des Neiges" Italien

Francesco Foschi, peintre italien du 18e siècle, est connu comme le "roi des neiges". Il s'installe à Rome, mais s'intéresse aux paysages et à la nature, revenant régulièrement dans la campagne de son enfance pour peindre des paysages d'hiver.

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Bien que l'Italie évoque souvent le soleil et la plage, Foschi se concentre sur les montagnes et les paysages enneigés. Son style emprunte aux peintres nordiques et hollandais, qui maîtrisent la peinture de neige et les lacs gelés. On retrouve dans ses œuvres la minutie des détails, avec de petits personnages représentant une activité humaine et rurale, noyés dans un décor grandiose.

Il emprunte vraiment aux peintres nordiques. Parce que les peintres nordiques et hollandais maîtrisent parfaitement la peinture de neige, les lacs gelés. On est vraiment dans cette image là, la minutie de la peinture. Vous pouvez penser au grand peintre néerlandais du 17e Avercamp par exemple. On peut penser à Bruegel, enfin, à d’autres peintres en tout cas, qui s’emparent de ces sujets où on a vraiment toujours ces petits personnages qui représentent une activité humaine et rurale, qui se noient dans un décor très très grand. Et c’est ce qu’on trouve ici, parce que d’ailleurs quand on zoome, on s’aperçoit que sur ce sentier gelé, et bien il y a un homme emmitouflé qui transporte sur son dos du bois et qui avance avec précaution.

Sa palette chromatique est harmonieuse, avec des nuances de blanc et de gris rehaussées d'ocre pour les maisons, les arbres et la roche. La lumière reste pauvre et basse, évoquant un paysage endormi et sourd, où les sons sont étouffés par le manteau de neige.

Jules-Jacques Labatut : L'Hiver sous les Traits d'une Jeune Fille

La sculpture de Jules-Jacques Labatut représente l'hiver sous les traits d'une jeune fille pauvre et grelottante. Réalisée en marbre blanc, elle insiste sur la pauvreté, avec des haillons en guise de vêtements, du bois mort à ses pieds et ses pieds nus. Toute son attitude, tout son corps dit le froid, étant donné qu’elle a la tête baissée. Elle a la tête enfouie sous un foulard. Ses mains sont jointes comme pour se réchauffer et son corps est recroquevillé pour offrir le moins de surface possible, je dirais, au froid. C’est ça l’idée.

Elle personnifie la nature en sommeil et les rigueurs de l'hiver. Elle porte en bandoulière sa mandoline remisée, car elle ne peut plus chanter. On est dans le contexte. Alors c’est une saison de tristesse, une saison négative, une saison de contrainte. L’hiver, très souvent, les artistes le représentent sous les traits d’un vieillard fatigué. Et là, notre sculpteur Labatut, nous propose une jeune fille. Alors évidemment, c’est la sensualité de son âge qui est ici présentée. Le modelé délicat de son corps. Voilà, le vêtement est volontairement un peu déchiré sur l’épaule.

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Alexandre Antigna : La Précarité et l'Hiver

Alexandre Antigna, peintre préoccupé par la question sociale, représente dans ses tableaux la précarité et les difficultés du monde paysan. Dans une scène nocturne enneigée, il dépeint un moment anxiogène pour une famille dont le cheval est couché et la carriole renversée.

On peut se dire que comme il fait nuit, il va refaire froid et peut-être qu’il va recommencer à neiger et peut-être que le feu ne va pas tenir. Voilà, on peut imaginer un peu toute la catastrophe qui peut arriver. En tout cas, on sent que la neige est tombée parce que, regardez, elle est évidemment au sol avec ses teintes bleutées. Et on a aussi cette neige qui est saupoudrée, qui saupoudre les vêtements, le haut de la carriole. Donc voilà, on a ces petites tâches blanches qui nous disent vraiment le froid et la difficulté de cette saison. Et puis regardez la couleur du ciel, pour évoquer le temps qui est parfaitement lourd…

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