La Fédération Grecque de Football : Entre Crise Financière, Scandales et Tentatives de Réforme

Le football grec, autrefois source de fierté nationale avec des moments forts comme la victoire à l'Euro 2004 et les performances notables de clubs tels que l'Olympiakos, le Panathinaïkos et l'AEK Athènes en compétitions européennes, traverse une période tumultueuse. Caractérisée par des difficultés financières, des allégations de corruption, des luttes intestines et des performances décevantes de l'équipe nationale, la Fédération Hellénique de Football (HFF) est au centre de nombreuses controverses. Cet article explore les multiples facettes de cette crise, en analysant les problèmes financiers, les scandales de corruption, les luttes d'influence et les tentatives de réforme visant à redresser le football grec.

Difficultés financières des clubs et de la Fédération

La situation financière des clubs grecs est préoccupante depuis de nombreuses années. En 2003, seuls 27 % du budget de la Fédération, qui s'élevait à 30 millions d'euros, provenaient d'une subvention de l'État. Les clubs locaux fonctionnent tout aussi difficilement, dépendant fortement des revenus des sponsors tels que l'Opap (le Loto sportif grec), Vodafone, Adidas, Grecotel, Mercedes et Hellas On Line.

L'effondrement du montant des droits télé en 2002, suite à la faillite d'Alpha Digital Synthesis, partenaire télévisuel de dix des seize principaux clubs grecs, a exacerbé les problèmes financiers. Selon un rapport du ministère du Commerce et de l'Industrie, les dettes cumulées des principaux clubs atteignaient 200 millions d'euros pour la saison 2000-2001.

L'Olympiakos d'Athènes, malgré une campagne de souscriptions auprès de ses supporters, n'a pu réunir qu'une faible cagnotte de 22 millions d'euros. Les places sont jugées trop chères, les tribunes trop vétustes et l'ambiance délétère, ce qui n'incite pas les supporters à investir dans leur club.

Le Panathinaïkos d'Athènes, vainqueur du championnat, avec un budget de 23 millions d'euros, n'est pas mieux loti. L'AEK Athènes, détenu à 72 % par la société britannique Enic, est au bord de la faillite avec 30 millions d'euros de dettes. La proposition de Demis Nikolaidis, ancien joueur du club évoluant à l'Atletico Madrid, de racheter son ancien club à condition que les joueurs baissent leurs salaires, a été refusée, car le club leur devait déjà 11 millions d'euros.

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Le spectre d'un "Grexit" et les luttes intestines

Les rivalités entre les clubs, en particulier entre l'Olympiakos et le PAOK, ont atteint un niveau critique, ravivant la menace d'un "Grexit", c'est-à-dire une suspension des compétitions européennes pour les clubs grecs. Un différend opposant Evangelos Marinakis, le président de l'Olympiakos, et Ivan Savvidis, le président du PAOK, a dégénéré en une guerre médiatique et judiciaire.

La révélation par One Channel TV, un média grec détenu par Marinakis, selon laquelle Savvidis détenait indirectement le club de Xanthi, a déclenché une enquête. Une commission indépendante a requis la relégation immédiate du PAOK et de Xanthi en deuxième division, ce qui a poussé le gouvernement à intervenir, conscient de l'impact d'une telle décision.

Le duel entre Savvidis et Marinakis symbolise un malaise plus profond qui traverse la Grèce, reflétant les désaccords entre le nord du pays, où évolue le PAOK à Thessalonique, et le sud, terre de l'Olympiakos à Athènes. Savvidis, d'origine russe et devenu actionnaire majoritaire d'une compagnie de tabac russe, s'est rendu très populaire dans le nord du pays en investissant massivement à Thessalonique et en effaçant les dettes du PAOK. Cependant, il s'est également taillé la réputation d'un homme sulfureux, notamment après être entré sur la pelouse avec un pistolet à la ceinture lors d'un match contre l'AEK Athènes en mars 2018.

Marinakis, également président de Nottingham Forest, est l'un des hommes les plus riches du pays et son influence s'étend au-delà du sport. Son business d'armateur lui a causé des soucis judiciaires, la justice l'accusant en 2018 de se servir de ses activités portuaires pour faire fleurir le trafic de drogues.

Face à cette situation, l'UEFA et la FIFA sont intervenues à plusieurs reprises, mandatant des arbitres pour officier lors des grandes rencontres de Superleague afin d'éviter tout problème de corruption. Le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a sollicité une aide internationale et une assistance technique pour redessiner le sport.

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Corruption et violence : un cocktail explosif

La Fédération grecque de football est critiquée de toutes parts, jugée incapable d'endiguer une corruption aux multiples formes. Les luttes d'influence pour contrôler l'arbitrage et les paris sportifs, ainsi qu'un climat propice à la violence, sont des problèmes récurrents.

Giannis Alafouzos, le président du Panathinaïkos, dénonce un mécanisme par lequel la Fédération peut être contrôlée et appelle à un changement du processus électoral, ainsi qu'à plus de transparence dans les décisions et la gestion financière de la Fédération. L'Olympiacos a également émis de sévères critiques à l'encontre des institutions et des officiels, dénonçant une "organisation criminelle" qui dirigerait le football grec.

Les pressions sur les arbitres sont une réalité persistante. En novembre, le commerce de l'un d'eux, Andreas Gamaris, a été visé par des explosifs. Les arbitres de l'élite se sont mis en grève pour demander plus de sécurité, entraînant le report des matches prévus ce week-end.

Georgios Antonopoulos, professeur en criminologie à l'Université Northumbria de Newcastle, décrit une "généralisation de la corruption dans le football grec dans le cadre d'une gouvernance autonome où le contrôle de l'Etat est pratiquement absent". Il souligne que cela crée un environnement de méfiance où la plupart des clubs doivent choisir leur camp s'ils veulent s’assurer d'un traitement préférentiel.

La corruption ne se limite pas aux tentatives d’influence sur la Fédération et les arbitres. Elle s’exprime également dans le trucage de matches. Selon une enquête menée en 2022 par l'Université Aristote de Thessalonique auprès des footballeurs du pays, un tiers des joueurs professionnels avaient ou pensaient avoir participé à un match arrangé.

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La peur de parler est un autre obstacle à la lutte contre la corruption. De nombreuses équipes ont des problèmes financiers et les joueurs savent qu’ils vont être payés grâce aux paris sportifs, ce qui les incite à ne pas dénoncer les pratiques frauduleuses.

Performances décevantes de l'équipe nationale

Depuis 2014, l'équipe nationale grecque n'a participé à aucune grande compétition internationale, qu'il s'agisse de la Coupe du Monde ou de l'Euro. Les souvenirs de l'Euro 2004 et des joueurs emblématiques de l'Olympiakos en Ligue des Champions contrastent avec l'état actuel d'une équipe incapable de franchir la phase qualificative, même contre des adversaires supposés abordables.

Lors des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2026, la Grèce a disputé trois matchs cruciaux contre le Danemark et l'Écosse, encaissant neuf buts en trois matchs et ne remportant aucun point. L'analyse statistique révèle des problèmes défensifs récurrents : erreurs sur coups de pied arrêtés, mauvais placement dans la surface, pertes de balle dangereuses et incapacité à gérer la pression dans les moments clés.

Malgré ces résultats, la Fédération grecque et son président Makis Gagatsis ont réaffirmé leur soutien à l’entraîneur Ivan Jovanovic. Celui-ci conserve la responsabilité de ces échecs, mais les analyses montrent que le problème ne réside pas uniquement dans le plan de jeu, puisqu’il inclut le manque d’expérience collective, la gestion psychologique des matchs à enjeu et l’incapacité à éviter les erreurs dans les phases statiques. Les joueurs doivent également assumer leurs responsabilités, car chaque défaite a été aggravée par des fautes individuelles évitables.

Tentatives de réforme et perspectives d'avenir

Face à cette crise, des tentatives de réforme ont été entreprises pour assainir le football grec. L'intervention de la FIFA et de l'UEFA, ainsi que le soutien du gouvernement grec, témoignent d'une volonté de redresser la situation.

L'une des mesures envisagées est la refonte du processus électoral de la Fédération, afin de garantir une plus grande transparence et d'éviter les pressions et la corruption. Le renforcement de la sécurité des arbitres et la lutte contre le trucage de matches sont également des priorités.

Cependant, les défis restent nombreux. La culture de la corruption et de la violence est profondément enracinée dans le football grec, et il faudra du temps et des efforts considérables pour la déraciner. De plus, les rivalités entre les clubs et les luttes d'influence persistent, entravant les tentatives de réforme.

L'avenir du football grec est incertain. Si aucune mesure de taille n'est prise, la situation risque de s'aggraver. Cependant, avec une volonté politique forte, une coopération internationale et un engagement de tous les acteurs du football grec, il est possible de redresser la situation et de redonner au football grec ses lettres de noblesse.

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