La Fédération Américaine de Soccer : Une Histoire de Hauts et de Bas

L'histoire de la Fédération Américaine de Soccer est une saga complexe, marquée par des moments de gloire, des périodes de déclin et des tentatives de renaissance. Des modestes débuts aux ambitions grandioses, le soccer aux États-Unis a toujours cherché sa place au sein d'un paysage sportif dominé par le football américain, le basket-ball et le base-ball.

Les Premières Lueurs : Des Racines Européennes à l'Exploit de 1950

Au tournant du 20e siècle, quelques ligues semi-professionnelles de football existaient déjà aux États-Unis, mais elles étaient généralement réservées aux grandes communautés ethniques du nord-est du pays. Le football, sport typiquement britannique, a été codifié et formalisé en 1863 avec la création de la Football Association (FA) par des représentants de public schools et d'universités anglaises.

Malgré ces modestes débuts, les Américains ont connu des moments de fierté. Ils ont terminé quatrièmes de la première Coupe du Monde en Uruguay en 1930 et ont réussi à s'imposer face à l'Angleterre en 1950 au Brésil, un exploit qui reste l'une des plus belles surprises de ce siècle.

La NASL : L'Ère de l'Excès et des Stars Étrangères

Avant la création de la Major League Soccer (MLS), les États-Unis ont connu l'expérience de la North American Soccer League (NASL). En 1966, la retransmission télévisée de la finale de la Coupe du Monde entre l'Angleterre et l'Allemagne a enregistré des taux d'audience exceptionnels aux États-Unis, stimulant l'intérêt pour le soccer.

Les premières années de la NASL ont été difficiles. Installés dans les modestes sous-sols du stade Fulton County d'Atlanta, en Géorgie, les fondateurs de la ligue ont tenté de convaincre les amateurs de sport américains de s'intéresser au football. De plus, les "trois grands sports" du pays ne laissaient aucune chance aux autres disciplines. Entre 1968 et 1969, 12 des 17 équipes de la ligue ont été contraintes d'abandonner l'aventure.

Lire aussi: Enjeux actuels du basket-ball en Belgique

L'espoir est revenu en 1975 avec l'arrivée aux États-Unis de Pelé, considéré comme le meilleur joueur de tous les temps, qui a rejoint les New York Cosmos. Avec la venue de Pelé, le championnat a gagné en crédibilité. Pelé n'est resté que deux saisons aux Cosmos, mais son match d'adieu contre Santos a attiré près de 78 000 spectateurs.

Les Cosmos, propriété de la Warner Bros, sont devenus l'équipe emblématique de la ligue, attirant chaque semaine un public de près de 50 000 spectateurs. D'un coup, le soccer s'est fait une place dans le paysage sportif américain. Des dizaines de joueurs, dont certains considérés comme faisant partie des meilleurs du monde, ont débarqué aux États-Unis. Le regretté George Best a joué avec les Aztecs, puis avec les Fort Lauderdale Strikers. Johann Cruyff a rejoint la ligue dans l'espoir de créer un "second Cosmos" avec les Washington Diplomats.

Certains joueurs américains, comme Rick Davis et Warner Roth, ont réussi à se frayer un chemin parmi ces vedettes. Mais ce sont évidemment les stars étrangères qui fascinaient le plus. Ce déséquilibre est sans doute à l'origine de la chute précoce de la NASL.

Après avoir prouvé, au moins pendant quelques temps, que le football fonctionnait aux États-Unis, la NASL a commencé à s'essouffler et a fini par s'effondrer sous son propre poids en 1984. En 17 années d'existence, la NASL a vu naître 62 clubs, dont des équipes "exotiques" comme Hawaii ou les Colorado Caribous.

L'Après-NASL : La Renaissance avec la MLS

À la mort de la NASL, les États-Unis ont plongé dans une nouvelle période de semi-professionnalisme. Mais un nouveau projet de ligue professionnelle nationale a vu le jour en 1996, avec la création de la Major League Soccer. Soucieux de tirer des leçons de la NASL, les Américains ont misé cette fois sur une organisation irréprochable et une évolution sur le long terme.

Lire aussi: Ambitions des équipes de la FFF

L'Exception Américaine et le Soccer Féminin

Pour comprendre la réussite et la popularité des équipes féminines aux États-Unis, il est important de saisir le regard qu'a pu porter la nation américaine au cours de son histoire sur cette pratique. Si la Soccer Federation compte environ 5 millions de licenciés masculins, soit la deuxième plus grande nation de pratiquants au monde, il n'en demeure pas moins que la pratique reste mineure au sein du pays, tant sa représentation sociale est bien moins prestigieuse que celles d'autres disciplines, et cela depuis bien longtemps.

Selon le chercheur Andrei S. Markovits, l'échec du soccer repose sur ce que l'on nomme en sciences politiques «l'exceptionnalisme américain» qui caractérise la naissance de la nation américaine et son détachement profond de la culture britannique. Les États-Unis, se considérant comme une nation nouvelle, mirent volontairement de côté ce qui la rattachait au Royaume-Uni, notamment les objets d'excellence sociale comme le sport.

Cette notion de société nouvelle entraîna d'ailleurs la transformation des sports britanniques (le rugby devenant le football américain, le cricket le base-ball…), puisque toute nouvelle nation se devant d'avoir une nouvelle aristocratie afin de guider le pays, de nouvelles pratiques doivent théâtraliser cette classe sociale. Dès lors l'évacuation du football britannique correspond «à la mise en place avec succès d'un sport national» comme le football américain.

Une situation qui se renforcera d'autant plus, comme nous le rappelle Andrei S. Markovits, par le pouvoir social des universités américaine. Concentrant l'élite de la nation, elles vont favoriser, à la fin du XIXe siècle, les sports naissants américains (bien que le milieu universitaire reste encore anglophile) alors qu'au même moment, en Angleterre, le football subit «une vulgarisation» en devenant un sport de masse.

Cette mise à distance politique et surtout sociale du soccer entraîne, de fait, un désintérêt des hommes blancs issus des classes dominantes pour cette pratique, laissant ce sport aux groupes jugés encore inférieurs au début du XXe siècle que sont les migrants (Italiens et Polonais pour la plupart) et bien entendu les femmes.

Lire aussi: Histoire du Volleyball en Suisse

C’est en réalité le statut des femmes et l’avancée de leurs droits dans l’ensemble de la société qui vont faire émerger la pratique du soccer. Car comme le retrace l’historienne Malie Montagutelli, les femmes américaines vont bénéficier, autour des années 1960-1970 et grâce aux mouvements féministes, d’un ensemble de réformes leur permettant d’accéder plus massivement à l’université et à réduire les inégalités liées au sexe. C’est d’ailleurs, l’article IX, soit l’amendement de 1972 de la loi sur l’éducation élémentaire et secondaire, qui vient interdire toute discrimination en fonction du sexe. Ce qui aura pour effet direct sur le sport universitaire (principal circuit de formation de l’élite sportive) l’apparition croissante de formations à destination des sportives, et notamment des pratiquantes de soccer.

Ainsi les femmes, logées à la même enseigne que les hommes (car profitant des mêmes moyens) vont permettre, autour des années 80, l’essor d’un soccer de grande qualité, dont elles seront les principales représentantes, supplantant les hommes (qui les avaient mises de côté) comme figure de l’excellence footballistique américaine à travers le monde.

Le Football Américain : Une Histoire Parallèle et un Concurrent Redoutable

Il est impossible de parler de l'histoire du soccer aux États-Unis sans évoquer le football américain. La NFL est puissante aujourd’hui, mais elle a connu des débuts bien modestes. Le sport que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de football était à l’origine nommé « gridiron football », en référence aux lignes verticales tracées sur le terrain.

Étroitement lié à deux sports anglais, le rugby et le soccer, le « gridiron football » a vu le jour à la fin du XIXème siècle dans des universités nord-américaines. Le 6 novembre 1869, les joueurs de Princeton et Rutgers ont tenu leur premier match inter-collégial à New Brunswick, dans le New Jersey.

Walter Camp était le personnage central dans la transition entre les deux disciplines. Connu comme « le père du football américain », il était étudiant en médecine à Yale de 1876 et 1881, mais aussi halfback (ancêtre du running-back) et capitaine dans l’équipe de football, équivalent du head coach à l’époque. Grâce à Camp, l’IFA a apporté deux innovations clés au jeu naissant. Elle a supprimé la mêlée d’ouverture et a introduit l’exigence selon laquelle une équipe doit rendre le ballon à l’adversaire si elle n’a pas parcouru la distance nécessaire en un certain nombre de tentatives (downs).

Au début des années 1900, contrairement au monde professionnel qui attirait peu le regard du public, les rencontres universitaires étaient des spectacles sportifs populaires. Mais elles étaient extrêmement dures, avec beaucoup de blessures et quelques décès à déplorer. Beaucoup d’éducateurs ont envisagé d’abandonner ce sport malgré la popularité, et le président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt, a demandé à ce que le jeu soit rendu plus sûr.

Alors que des équipes professionnelles ou semi-professionnelles s’organisaient à travers le pays, plusieurs tentatives ont été faites pour mettre sur pied une ligue de football professionnelle. En 1902, il y en avait même une qui s’appelait la National Football League, avec des équipes de joueurs de baseball de Philadelphie. Mais par manque de moyens, celle-ci comme bien d’autres, ont vite disparu.

Conscients de cela, les propriétaires de Canton, Akron, Cleveland et Dayton se sont réunis à Canton le 20 aout 1920 dans la salle d’exposition automobile Jordan et Hupmobile de Ralph Hay, propriétaire des Bulldogs. Cette réunion a abouti à la formation de l’American Professional Football Conference. Près d’un mois plus tard (17 septembre), un accord était prêt à être conclu. Hay a rassemblé les représentants de 11 équipes de football professionnels dispersées dans l’Ohio (Akron Pros, Canton Bulldogs, Cleveland Indians, Dayton Triangles, Massillon Tigers), l’Illinois (Rock Island Independents, Decatur Staleys, Chicago Cardinals), l’Indiana (Hammond Pros, Muncie Flyers), New York (Rochester Jeffersons), pour officialiser l’organisation, connue désormais comme l’American Professional Football Association (APFA). Ils étaient les fondateurs de la ligue qui allait devenir la NFL.

tags: #federation #americaine #de #soccer