Chant "Les Rats" du PSG : Explication des Paroles et Polémiques

Chaque saison, à l’approche du Classique, le match tant attendu entre le Paris Saint-Germain (PSG) et l’Olympique de Marseille (OM), un chant résonne dans les tribunes, suscitant la controverse : le chant des "rats". Les paroles, simples mais provocatrices, sont les suivantes : « Dans la boue, y a les rats / Dans les égouts, les rats / Ils sont partout, les rats / Ce sont les Marseillais ! ». Si pour certains il s'agit d'un simple chambrage entre supporters rivaux, pour d'autres, ce chant véhicule une connotation raciste inacceptable. Cet article se propose d'analyser en profondeur les paroles de ce chant, son contexte historique, les différentes interprétations et les polémiques qu'il engendre.

Genèse et Contexte Historique du Chant

L'origine précise du chant est difficile à dater, mais il est ancré dans la rivalité historique et passionnée entre les supporters du PSG et de l'OM. Selon Sébastien Louis, docteur en histoire contemporaine et spécialiste du supportérisme, le racisme de ce chant ne fait aucun doute. Le terme "rats" est un des nombreux vocables xénophobes pour désigner les populations maghrébines en France, et dans ce chant cette parole est une référence aux Marseillais. Il suffit de se souvenir des blagues racistes sur la ville de Marseille, qui a toujours eu une forte population immigrée. Ce terme se réfère à l’idée que les Marseillais ne seraient pas véritablement des Français, mais uniquement des Maghrébins.

La Connotation Raciste du Terme "Rat"

La connotation raciste du terme "rat" est un point central de la polémique. Ce terme, et plus particulièrement son dérivé "raton", a été utilisé historiquement dans un contexte de racisme colonial pour animaliser et insulter les populations colonisées. On parlait alors de « ratons » (jeunes rats), un terme qui vise à animaliser sous forme d’injure les populations colonisées. C’est, aussi, la dénomination sous laquelle les nazis désignaient les populations juives pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est donc en dérivant du terme « ratons » qu’est né celui de « ratonnades », à savoir « une expédition punitive ou brutalités exercées contre des Maghrébins » selon le Petit Robert. Au moment de la guerre d’Algérie, puis des évènements survenus sur le territoire français après l’indépendance algérienne, les ratonnades se sont multipliées au cours des années 1960 à 1980, et l’histoire de la ville de Marseille a été particulièrement marquée par ces phénomènes. D’abord avec la rafle qui s’est déroulée au Vieux-Port les 22, 23 et 24 janvier 1943 par les nazis accompagnés de la police collaborationniste afin de nettoyer les quartiers adjacents avant leur dynamitage en février 1943.

Cette histoire sombre est indissociable de l'utilisation du terme "rat" et de ses dérivés, et c'est ce qui rend son emploi particulièrement sensible dans le contexte de la rivalité PSG-OM, compte tenu de la forte proportion de personnes d'origine maghrébine parmi les supporters marseillais.

Les Différentes Interprétations et la Question du Racisme Aujourd'hui

Malgré ce contexte historique et la connotation raciste potentielle, certains supporters parisiens nient toute intention raciste dans l'utilisation de ce chant. Ils mettent en avant l'aspect purement sportif de la rivalité et considèrent le terme "rat" comme une simple insulte pour dénigrer l'adversaire.

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Pour Mathéo Moreau, abonné au Parc des Princes et fidèle supporter du PSG, « est-ce que le chant a une histoire raciste ? Oui. Est-ce que le chant, aujourd’hui, est prononcé par des racistes et a une connotation raciste ? Non. Après, est-ce qu’il faut le changer ? Libre interprétation aux gens qui le lancent, c’est-à-dire au CUP, et ils ont manifestement fait le choix que non. » Une vision que partage Nicolas Hourcade, sociologue et spécialiste du supportérisme : « De manière générale, les ultras cherchent à dénigrer leurs adversaires dans leurs chants ou sur leurs banderoles. Pour les supporters parisiens, traiter les Marseillais de “rats” est un moyen de les discréditer. Cette insulte pouvait aussi avoir une dimension raciste quand elle était utilisée par des supporters du Kop de Boulogne, dont une minorité active était ouvertement nationaliste. En revanche, pour les ultras du virage Auteuil aux origines diverses, il n’y a pas d’intention raciste derrière cette injure. Au stade, l’émotion doit se transmettre avec des engagements forts. Envers notre club, nos joueurs, et l’esprit de ce sport que nous aimons tant. Un droit à l’injure que réclament également les supporters niçois, épinglés à l’occasion du derby face à Marseille en janvier pour une banderole qui a fait scandale. Pour Mathéo Moreau, élève avocat dans le civil, c’est un chant populaire parmi les supporters parisiens car il est connu de tous et possède un rythme entraînant : « Je pense que c’est un chant entraînant, que tout le stade connaît. Il n’y en a pas beaucoup, trois ou quatre. Le terme “rats”, c’est juste un terme péjoratif. Est-ce raciste ? Peut-être dans son origine, mais plus aujourd’hui quand il est prononcé par les gens qui le prononcent : ce n’est pas pareil s’il est chanté par quatre mecs skinheads de Boulogne ou par tout le stade. »

Cependant, pour Sébastien Louis, en revanche, « le caractère raciste est nié par les personnes qui le chantent ». L’excuse trouvée pour désigner l’hygiène de la ville resterait même « un cliché véhiculé par l’extrême droite, il est trop facile de s’abriter derrière le fait qu’il s’agisse juste d’un chant partisan alors qu’il y a tout un contexte historique derrière celui-ci ».

L'Évolution des Tribunes du Parc des Princes et l'Impact sur les Chants

Il est important de noter l'évolution des tribunes du Parc des Princes au fil des années, et notamment l'impact du plan Leproux mis en place à la suite de la mort de Yann Lorence, en marge du Classique du 28 février 2010. Jusqu’à la mise en place du plan Leproux à la suite de la mort de Yann Lorence, en marge du Classique du 28 février 2010, les groupes qui peuplaient la tribune Boulogne étaient pour la plupart adeptes d’une idéologie d’extrême droite, comme l’explique Sébastien Louis : « On le voit dès le début des années 1980, plus précisément en 1985, lors d’une interview de quelques membres du Kop de Boulogne lors de PSG-Toulouse par Charles Biétry. Depuis, les tribunes du Parc des Princes se sont recomposées, à la faveur du plan Leproux et de l’arrivée des Qataris. C’est désormais le Collectif Ultras Paris, posté au sein du virage Auteuil, qui règne en maître sur l’animation du stade depuis le retour des ultras en 2016. Un collectif qui réunit en son sein plusieurs groupes de supporters, rappelle Sébastien Louis. « Le CUP est une émanation plutôt récente, et n’affiche pas véritablement d’idéologie à proprement parler, selon l’auteur d’Ultras, les autres protagonistes du football. Sa population est bien plus représentative de la banlieue parisienne et c’est une identité multiculturelle qui se reflète à Auteuil, qui est l’inverse de celle qui était voulue par Boulogne, c’est-à-dire une identité blanche. » Pour autant, ce sont bien les supporters d’Auteuil qui lancent aujourd’hui ce chant.

Cette évolution a-t-elle modifié la signification du chant "les rats" ? Pour certains, oui, car il est désormais repris par un public plus diversifié et moins marqué par l'idéologie d'extrême droite. Pour d'autres, non, car le contexte historique et la connotation raciste potentielle persistent, quelle que soit la tribune qui entonne le chant.

Réactions et Sanctions

Les instances du football français, et notamment la Ligue de Football Professionnel (LFP), sont de plus en plus attentives à ce type de chants et n'hésitent pas à prendre des sanctions en cas de dérapages. On l'a vu récemment avec la fermeture de la tribune populaire sud du stade de Nice après le déploiement d'une banderole utilisant le même vocabulaire.

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La ministre des Sports Roxana Maracineanu a déclaré ce week-end : "J'étais à PSG-OM. C'était juste inadmissible d'entendre les chants que j'ai entendus. Les supporters du PSG criaient contre Marseille au lieu d'encourager leur équipe. J'ai entendu des choses horribles sur Marseille. (…) Apparemment, c'est historique, mais je n'emmènerais pas mes enfants dans un match comme ça pour qu'ils me demandent 'mais maman, que sont-ils en train de chanter ?'". La ministre des Sports veut des sanctions, et incite la LFP, la Ligue de football professionnel, à s'emparer du sujet.

Ces sanctions visent à lutter contre toutes les formes de discrimination et d'incitation à la haine dans les stades, mais elles soulèvent également la question de la liberté d'expression et des limites du chambrage entre supporters.

Le Point de Vue des Supporters Marseillais

Il est évident que les supporters marseillais sont particulièrement sensibles à ce chant et le perçoivent comme une insulte raciste. Ils rappellent le contexte historique et la connotation négative du terme "rat" et dénoncent l'amalgame entre Marseillais et populations immigrées.

Gari Greu, chanteur emblématique du Massilia Sound System et de Oai Star, est un fidèle du stade Vélodrome. Et il défend sa culture populaire. Avec ses bons et ses mauvais côtés. Les excès dans les chants ? ils font partie du jeu, selon lui :"On est là pour déstabiliser l'adversaire, c'est inhérent à tout ça. Maintenant après (le match), il faut que ça s'arrête. Mon père, qui a connu les tribunes dans les années 1950-60, me disait que c'était autrement virulent.""La ministre n'a pas la culture de la tribune, la culture de l'esprit, même de l'humour généré par les tribunes, explique-t-il. Ça me fait penser aussi aux gens qui n'ont pas la culture du rap, et qui écoutent des images et des postures de rappeurs et qui sont heurtés par ça. C'est évident que la culture supporters, c'est un monde à part. Le foot, ce n'est pas que le foot business, ce n'est pas qu'une histoire de milliardaires. C'est aussi toute cette frange de gens qui ont la passion. Ils vont au stade parce qu'ils ont la foi. Ils ont un rapport viscéral au truc. Et ça a généré ce mouvement ultra qui a ses codes, qui a ses manières de chambrer. Moi par exemple, en tant que chanteur, fan de foot, qui vient de Marseille, qui aime l'OM et qui va chanter dans toute la France, j'ai souvent ce discours avec les ultras : le chambrage est super deux fois 90 minutes dans l'année, même quand c'est un peu extrême."

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