L'Espérance Sportive de Tunis (EST), en arabe الترجي الرياضي التونسي ou Attarajī ar-Riyāḍi Attūnisī, est un club de football tunisien basé à Tunis, précisément dans le quartier de Bab Souika, où il a été fondé en 1919. C'est le club le plus titré de Tunisie, tant au niveau national qu'international, toutes compétitions confondues.
Genèse et Fondation (1919)
L'histoire de l'Espérance Sportive de Tunis commence dans un café de Bab Souika, appelé le café de l'Espérance, où Mohamed Zouaoui et Hédi Kallel eurent l'idée de fonder un club. Face aux exigences des autorités coloniales, qui imposaient qu'un Français préside toute fondation ou club, ils sollicitèrent Louis Montassier, un cadre de l'administration française. L'EST fut officiellement enregistrée le 15 janvier 1919. Le premier bureau directeur était composé de Louis Montassier (président), Mohamed Hentati (vice-président), Allala Reguig (secrétaire général), Larroussi Ben Osmane (trésorier), Hédi Kallel (trésorier assistant), Mohamed Zouaoui et Manoubi Nouri (membres).
L'équipe originelle était composée de : Habib Trabelsi (gardien de but), M'hamed Zouaoui (arrière droit), Hassen Bouderballa (arrière gauche), Hédi Kallel (demi-droit), Tahar Zouari (demi-centre), Othman Ben Soltane (demi-gauche), Hassine Bouderballa (ailier droit), Tahar Ben Labiedh (inter droit), Mohamed Zouaoui (avant centre), Allal Gaiji (inter gauche), Hédi Ben Ammar (ailier gauche). Les remplaçants étaient Sadok Bech Baouab, Abdelhamid Tebourbi, Chérif Bouderbala.
Le club s'engagea pour la première fois dans le championnat de Tunisie (promotion d'honneur de deuxième série) lors de la saison 1919-1920.
Les Premières Années et la Présidence de Zouiten
Zouiten devint membre du comité directeur du club en 1923, avant d'accéder à la présidence en 1931. Sous son mandat, qui dura plus de trois décennies, l'EST connut des moments difficiles, frôlant parfois l'abandon, jusqu'à sa promotion en division d'honneur de la Ligue de Tunisie en 1936. L'EST parvint également à se hisser en finale de la coupe de Tunisie, mais fut vaincue par le Stade gaulois. Toutefois, en 1939, le club remporta la coupe de Tunisie face à l'Étoile sportive du Sahel (3-1).
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En 1955, l'EST fut sélectionnée pour représenter la Ligue de Tunisie au championnat d'Afrique du Nord. Lors du match d'élimination contre le Wydad AC de la Ligue du Maroc, le club tunisien s'inclina (2-1) à Tunis le 15 mai 1955.
Entre le début de la Seconde Guerre mondiale et l'indépendance (1956), l'effectif du club se renforça avec l'arrivée de joueurs algériens tels qu'Abdelaziz Ben Tifour.
L'Ère Post-Indépendance
Après l'indépendance de la Tunisie, l'EST s'imposa comme un club phare du pays. Les titres de champion en 1958 et 1960, la victoire en coupe en 1957, ainsi que son style de jeu spectaculaire et offensif, contribuèrent à son engouement populaire. Cependant, en 1963, le football offensif fut abandonné suite à l'arrivée de Ben Azzedine au poste d'entraîneur.
En 1971, des actes de violence commis par des supporters espérantistes au stade olympique d'El Menzah, lors de la finale perdue contre le Club sportif sfaxien, entraînèrent des sanctions des autorités, privant l'EST du droit de jouer en première division.
La Présidence de Chiboub (1989-2004) et l'Ascension Continentale
Slim Chiboub, gendre du président Zine el-Abidine Ben Ali, prit les rênes du club en 1989. Il réalisa rapidement l'une de ses promesses en remportant un doublé en 1990-1991, ce qui accrut sa popularité. Dès 1993, il remporta plusieurs titres internationaux et locaux et recruta le buteur de l'équipe de Zambie, Kenneth Malitoli. L'EST remporta également sa première coupe régionale, la Ligue des champions arabes, devenant ainsi la première équipe tunisienne à gagner cette coupe (1993). L'année suivante, le club remporta sa première coupe d'Afrique des clubs champions aux dépens du tenant du titre, le Zamalek Sporting Club.
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En novembre 2004, Slim Chiboub fut contraint de quitter la présidence du club après une défaite contre le Club sportif sfaxien en finale de la coupe de Tunisie.
Période de Disette (1999-2004)
L'EST traversa une période difficile de six ans, marquée par une série d'échecs. Malgré cela, avec une nouvelle génération de joueurs âgés en moyenne de 22 ans, tels qu'Ali Zitouni, Mourad Melki, Khaled Badra et Radhi Jaïdi, le club accéda aux demi-finales de la Ligue des champions de la CAF en 2001, 2003 et 2004.
L'Ère Meddeb (2007-) : Stabilité Financière et Ambitions Africaines
Hamdi Meddeb, qui débuta sa présidence en 2007, se concentra sur l'aspect économique du club, ainsi que sur ses infrastructures. Sous sa direction, le club entreprit de combler sa dette, de moderniser ses installations, d'inaugurer un nouveau partenariat économique avec la Société tunisienne de banque et de développer ses activités commerciales.
Il souhaitait recruter une star africaine par an, à l'exemple de Michael Eneramo. Le club remporta avec lui la coupe de Tunisie en 2008 et 2011 ainsi que le championnat en 2008-2009, 2009-2010, 2010-2011 et 2011-2012 ainsi que la Coupe nord-africaine des vainqueurs de coupe 2009 et la Ligue des champions arabes 2008-2009 ; il fut également finaliste de la Ligue des champions de la CAF 2010. Après ce succès, un nouveau comité directeur présidé par Hamdi Meddeb fut élu le 25 septembre 2011 pour un mandat de trois ans.
Retour de Maaloul et Finale Africaine Perdue (2012)
En janvier 2012, Michel Decastel fit son retour comme entraîneur de l'équipe et, malgré une série historique de treize victoires successives en championnat, fut limogé après la défaite en supercoupe de la CAF et quelques résultats médiocres en championnat. Nabil Maâloul fit son retour au mois de juin et remporta le championnat. Dans le même temps, Meddeb poursuivit sa politique de recrutement d'internationaux évoluant en Europe et fit signer l'international tunisien Hocine Ragued, en provenance de Karabükspor. L'équipe perdit cependant la finale de la Ligue des champions au profit d'Al Ahly, et Maaloul s'en alla à nouveau.
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Départ de Plusieurs Joueurs et Victoire en Championnat (2013-2014)
Msakni, Korbi et d'autres joueurs quittèrent le club. Maher Kanzari prit en charge l'équipe et le club termina la saison 2012-2013 en deuxième place derrière le Club sportif sfaxien. Ruud Krol arriva comme entraîneur pour le reste de la saison.
Saison Mitigée (2015)
Pour la saison 2014-2015, Sébastien Desabre fut nommé entraîneur, avant d'être rapidement remplacé par Khaled Ben Yahia qui fit son retour au club après huit ans. Des résultats peu satisfaisants poussèrent les dirigeants à le limoger et à le remplacer par José Morais, qui fit également son retour au club après six ans. José Anigo, l'ancien entraîneur de l'Olympique de Marseille, prit la succession.
Consécration Arabe et Africaine et Centenaire Historique (2016-2019)
La saison 2016-2017 marqua l'arrivée de plusieurs joueurs tels que Ferjani Sassi, Mohamed Ali Moncer, Anice Badri, Mohamed Zaabia et Hichem Belkaroui. L'équipe termina la première phase du championnat en tête. En janvier 2017, les dirigeants décidèrent de remplacer Souayah par Faouzi Benzarti, estimant qu'avec lui l'équipe serait capable de remporter la Ligue des champions. Le 18 mai, le club remporta son 27e titre de champion de Tunisie après une victoire 3-0 contre l'Étoile sportive du Sahel. L'équipe perdit en demi-finale de la coupe de Tunisie contre l'Union sportive de Ben Guerdane. Malgré de bons résultats qui permirent au club de se classer premier en phase aller du championnat, Faouzi Benzarti démissionna sous les pressions des supporteurs, ceux-ci jugeant qu'il était responsable des mauvaises prestations de l'équipe malgré les victoires. Mondher Kebaier lui succéda brièvement à la tête de l'équipe avant le retour de Khaled Ben Yahia.
L'EST remporta sa troisième Ligue des champions de la CAF contre Al Ahly malgré une défaite (3-1) sur le terrain de l'octuple champion d'Afrique au match aller. Lors du match retour, les Tunisiens s'imposèrent sur un score de 3-0, devant une foule de 60 000 personnes. Cette victoire offrit aux poulains du jeune coach Mouine Chaabani la troisième Ligue des champions de l'histoire du club à quelques mois de son centenaire.
Identité et Culture du Club
L’Espérance Tunis a été fondée modestement en 1919 par deux jeunes hommes, le cordonnier Mohamed Zouaoui (18 ans) et le fonctionnaire Hédi Kallel (20 ans). Le duo n’avait aucune expérience dans le domaine sportif, mais souhaitait créer un club qui représenterait l’identité locale de Tunis, la capitale. Zouaoui et Kallel ont fondé l’Espérance dans un café appelé « l’Espérance » dans le quartier de Bab Souika, situé dans la médina de Tunis. Ce nom dépassait les frontières des stades et se voulait véritablement un lieu d’espoir pour la population, sans lien avec le christianisme ou le judaïsme, et d’origine 100 % tunisienne.
Un siècle plus tard, l’Espérance n’est pas seulement le club le plus titré de Tunisie - 34 championnats nationaux et 4 Ligues des Champions d’Afrique notamment - c’est aussi un phénomène social qui mobilise des foules de fidèles. Ses supporters, que l’on retrouve dans toutes les régions et au sein de la diaspora, forment une véritable nation “sang et or” estimée à plus de 3 millions de fans.
À chaque match, en particulier lors des grands derbies de Tunis, l’ambiance est électrique. Le public espérantiste est réputé pour sa passion débordante, son sens de la fête et ses démonstrations pyrotechniques. Les soirs de victoire, le quartier populaire de Bab Souika (fief historique du club) s’embrase au son des klaxons, des chants, de la musique et même de l’encens - à l’image d’une véritable fête de mariage. Cette ferveur transcendante, mêlant toutes les classes sociales, a fait de l’EST une « institution sociale » à part en Tunisie.
L’Espérance de Tunis possède l’une des cultures ultras les plus développées d’Afrique du Nord. Ses supporters les plus fervents se regroupent au virage sud (Curva Sud) du stade, où ils orchestrent chants ininterrompus, tifos et autres animations spectaculaires. Bien organisés en groupes structurés, ils préparent avant chaque choc une “dakhla” - c’est-à-dire un spectacle d’entrée longuement répété, mêlant chorégraphies, banderoles géantes et effets visuels.
En parallèle, les soirs de match, la Curva Sud s’illumine souvent de centaines de torches et de fumigènes : ce craquage pyrotechnique synchronisé embrase le stade et galvanise les joueurs. Symbole ultime de la culture ultra, le « craquage de fumigènes » est aujourd’hui ancré dans l’imaginaire footballistique collectif, immédiatement associé à la ferveur des stades.
Symboles et Mascotte
L’emblème de l’Espérance Sportive de Tunis est immédiatement reconnaissable : un écusson circulaire rouge et jaune frappé d’un personnage souriant en tenue traditionnelle. Ce « petit bonhomme », qui intrigue tant les non-initiés, est en réalité la mascotte officielle du club, affectueusement surnommée « Walidha » (signifiant « son enfant » en dialecte tunisien). Son origine remonte à la fin des années 1980, lorsque l’EST décide de moderniser son logo pour y intégrer un symbole vivant de son identité. En 1989, le caricaturiste Hassen M’chichi est chargé de concevoir cette mascotte. Il dessine alors un jeune garçon tunisien, vêtu d’une jebba traditionnelle aux couleurs rouge et or, coiffé d’une chechia noire et chaussé de souliers de football - un pont parfait entre le patrimoine national et la modernité sportive.
Style de Jeu et Joueurs Emblématiques
Sportivement, l’Espérance de Tunis s’est forgée une réputation d’équipe redoutable, au jeu à la fois technique, discipliné et tourné vers l’offensive. Historiquement, les Sang et Or ont souvent pratiqué un football champagne, porté vers l’attaque et la possession du ballon.
L’histoire de l’EST est jalonnée de joueurs légendaires qui ont marqué de leur empreinte le club et le football tunisien. Dans les années 1970, le maestro Tarak Dhiab a incarné l’âge d’or espérantiste. Avec son toucher de balle soyeux, Dhiab a mené l’Espérance à de nombreux titres et fut élu Joueur tunisien du XXe siècle. Citons le buteur Abdelmajid Tlemçani, recordman de buts dans les années 1950-60, le solide défenseur Khaled Ben Yahia dans les années 1980, ou encore le gardien Chokri El Ouaer, dernier rempart emblématique des années 1990. Plus récemment, la génération 2010-2020 a brillé avec des créateurs comme Oussama Darragi (Ballon d’or arabe 2012) et Youssef Msakni, dribbleur de classe mondiale formé au club, ou encore Anice Badri, élu meilleur joueur maghrébin en 2018.
Avec cet effectif riche, l’Espérance continue d’allier tradition et modernité, prête à relever tous les défis sportifs.