Le monde du soccer montréalais a connu une évolution significative au fil des ans, marquée par l'arrivée d'entraîneurs de divers horizons, chacun apportant son expertise et son expérience uniques. Cet article explore les qualifications et l'expérience de ces entraîneurs, en mettant en lumière leur impact sur le développement du soccer à Montréal.
L'Ère Rémi Garde et son Équipe de Confiance
L'arrivée de Rémi Garde à l'Impact de Montréal a marqué un tournant. Suite à sa signature en tant qu’entraîneur principal, Garde a constitué une équipe de confiance, intégrant des professionnels reconnus dans le milieu du soccer. Parmi eux, Robert Duverne, un préparateur physique de renom, a joué un rôle crucial dans la préparation physique des joueurs.
Robert Duverne: Un Préparateur Physique d'Expérience
Robert Duverne, fort d'un diplôme en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives, a intégré l’Olympique Lyonnais en 1991, où il a officié en tant que préparateur physique jusqu'en 2009. Son nom reste indissociable de l’époque de l’hégémonie lyonnaise au début des années 2000. Connu dans le milieu du soccer européen et français, Duverne était chargé de préparer l’équipe lyonnaise pour sa saison, caractérisée par une montée en puissance physique tout au long de l’année afin d’être fin prête lors du money-time. Il a notamment mis en place les stages de pré-saison à Tignes, où il soumettait les joueurs à des exercices rigoureux, tels que le tour du lac en courant et à vélo, ainsi que des courses de run & bike. Le moment le plus redouté était l’ascension à vélo du Col de l’Iseran, à l'image des coureurs du Tour de France. Bien que difficile, cette préparation était essentielle pour appréhender la longue saison.
À Lyon, Duverne a collaboré avec de nombreux techniciens de renom, tels que Bernard Lacombe, Gérard Houiller, Paul Le Guen et Raymond Domenech. Ce dernier a d’ailleurs souhaité collaborer avec lui lorsqu’il a pris la tête de l’équipe de France, le sollicitant pour s’occuper de la préparation physique de l’équipe en vue de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Durant cette période, il a maintenu Grégory Coupet comme gardien remplaçant de Fabien Barthez, un choix judicieux puisque la France a atteint la finale contre l’Italie.
Duverne a continué son travail de préparateur entre l’OL et les Bleus pendant encore quelques années. Lors de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, il a été impliqué dans un incident avec Patrice Evra, où il a jeté son chrono par terre lors d’un entraînement, une image restée dans les mémoires. Après les Bleus, Duverne a tenté sa chance en tant que coach adjoint d’un promu, Arles-Avignon, mais a démissionné quelques mois après son arrivée. Il a ensuite été appelé par Gérard Houiller pour s’occuper de la préparation physique des joueurs d’Aston Villa, une expérience qui ne s'est pas avérée concluante.
Lire aussi: Caractéristiques des sacoches de football
De retour à Lyon, il a retrouvé Rémi Garde, qui venait de prendre les commandes de l’équipe et souhaitait travailler avec des hommes de confiance. Ensemble, ils ont remporté une nouvelle Coupe de France avec l’OL, la dernière à ce jour. Après la fin de son contrat avec Lyon, Duverne a fait une pige à Metz, puis a rejoint de nouveau Rémi à Aston Villa. Là encore, l'expérience a été mitigée et il a quitté le club en 2016. Après un rapide passage en France, à Lens, Rémi Garde lui a demandé de le rejoindre dans l’aventure canadienne.
L’un des soucis de l’Impact les années précédentes était d'ordre physique, les joueurs arrivant épuisés en fin de saison. Conscient de ce problème, Rémi Garde a fait appel à Robert Duverne afin de les préparer correctement à la longue saison américaine. Leur tandem avait plutôt bien fonctionné à Lyon. Garde, Bats, Duverne : trois noms qui restent dans les mémoires de tous les Lyonnais, symbolisant un beau jeu, un bon gardien et une belle prestance physique, trois ingrédients nécessaires pour une réussite au plus haut niveau. Dans un championnat qui s’améliore d’année en année, l’expérience et l’expertise lyonnaise étaient un atout non négligeable pour l’Impact de Montréal afin de retrouver les sommets.
L'Expérience de Marco Di Vaio en MLS
Marco Di Vaio, qui a passé trois saisons en MLS, s'est dit globalement content de son expérience. Après six mois d’adaptation, il a réussi une belle saison, remportant la Coupe du Canada et participant à la Champions League. Il s'est bien senti dans l’équipe, surtout depuis l’arrivée d’Ignacio Piatti. Di Vaio n'était pas arrivé avec des idées préconçues, ayant tiré les leçons d'une expérience moins positive en Espagne. Il a vécu une expérience incroyable et considère la MLS comme un championnat d'avenir, capable de concurrencer les grands championnats européens. Selon lui, de plus en plus de grands joueurs viendront y faire une expérience.
Il estime que les responsables de la Ligue doivent encore augmenter le niveau des salaires pour que la MLS devienne un nouveau marché accessible et intéressant pour les plus grands joueurs. Il souligne que la MLS est différente de la Chine ou du Moyen-Orient, qui attirent les joueurs en fin de carrière. Di Vaio reconnaît que le niveau tactique de la MLS est inférieur à celui de l’Europe et que la prochaine étape pour la croissance de la ligue est d’attirer les meilleurs coachs pour apporter leur expérience et leur culture tactique.
Concernant le système américain de ligue fermée, sans promotion ni relégation, Di Vaio admet que c’est plus difficile à accepter avec une vision européenne, mais que c’est ancré dans la culture nord-américaine. Il a décidé de retourner en Italie à la fin de la saison pour rejoindre sa famille. Il considère ses quatre années passées à Bologne comme le meilleur moment de sa carrière. Il a également évoqué des moments difficiles à Monaco, où il a rencontré des problèmes avec l’entraîneur.
Lire aussi: Épopée des entraîneurs audoniens
Di Vaio estime que la Serie A a des problèmes profonds, avec beaucoup de retard au niveau des infrastructures. Il pense que l'Italie doit se montrer plus intelligente pour changer la tendance et que les clubs italiens ne sont plus capables d'attirer et de retenir les grands joueurs. Il a cité Immobile et Destro comme des joueurs intéressants, et a souligné que Balotelli a beaucoup de qualités, mais doit encore faire preuve de constance.
L'Ascension de Laurent Courtois: De la MLS Next Pro à l'Élite
Laurent Courtois a gravi les échelons du soccer nord-américain, passant de la tête de l'équipe réserve de Columbus Crew en MLS Next Pro à un poste d'entraîneur dans l'élite. Ces deux saisons lui ont donné l'expérience et la visibilité nécessaires pour passer un cap. Il a pu expérimenter des choses et apprendre à développer des joueurs pour la plupart très jeunes. Il pensait depuis quelque temps à entraîner dans l’élite, sans être trop pressé. Il a quitté Lyon pour devenir entraîneur adjoint puis basculer à la tête d’équipes de jeunes, sachant qu’en travaillant, une opportunité allait finir par se présenter.
Courtois a rencontré Wilfried Nancy, coach français de Columbus Crew, qui a également entraîné Montréal, et respecte énormément sa prise de risque et son parcours. Ils ont une vision du football proche mais aussi une conception du management similaire. Il n'a pas peur d'être licencié par un club qui en est à son dixième entraîneur en douze ans. Il a commencé à suivre Montréal de très près bien en amont de son arrivée et était obsédé à l’idée de signer au club.
Courtois souligne qu'il y a une grosse communauté québécoise à Montréal, ce qui donne l'impression d'être en France par moments. Il pense à terme à entraîner l’OL un jour, son club de cœur. Il n'a pas peur d'être oublié en restant aux États-Unis, car il pense que les gens sont de plus en plus ouverts et curieux à ce sujet. Il a commencé sa carrière de joueur en 2011 au Chivas USA, un club basé à Carson, dans la banlieue de Los Angeles. Au fil de sa carrière de joueur montait en lui l'envie d'entraîner. Il a eu cette opportunité de jouer aux États-Unis puis de terminer dans un rôle hybride d’entraîneur-joueur. Après son retour à Lyon, il cherchait un moyen de découvrir un nouveau contexte, de découvrir de nouveaux horizons.
Courtois aime beaucoup le jeu rapide et veut que son équipe soit capable de reconnaître les moments propices à calmer le jeu ou changer de rythme. Il souhaite que ses joueurs récupèrent le ballon le plus vite possible. Il préfère avoir peu le ballon mais être dangereux quand ils le possèdent. Il considère la MLS comme un Championnat en net progrès, avec de plus en plus de joueurs de très haut niveau. Selon lui, le travail initié par la MLS a permis de largement élever le niveau moyen des joueurs.
Lire aussi: Football moderne : l'adjoint indispensable
Thierry Henry à Montréal: Un Apprentissage Constant
Thierry Henry a passé une saison sur le banc du Club de Foot Montréal, loin de la pression médiatique qui avait accompagné son passage à Monaco. Malgré son départ annoncé pour raisons familiales, son passage à Montréal a été marqué par un apprentissage et une évolution constante en tant que coach. Henry n’a rien perdu de son âme de joueur et s’impliquait dans les exercices avec son groupe. Il participe beaucoup aux entraînements pour ‘sentir’ les choses de l’intérieur et n’est pas quelqu’un qui reste le long de la ligne de touche les bras croisés.
Henry délègue beaucoup à ses adjoints dans les bureaux, mais sur le terrain, il aime bien montrer lui-même ce qu’il aimerait voir. Il a qualifié Montréal pour les playoffs de la MLS, une première depuis 2016, et a porté l’équipe en quarts de finale de la Ligue des champions de la CONCACAF. Malgré une saison vécue entre la Floride et un exil à New York en raison de la situation sanitaire, Henry a réussi sa première saison et a fait preuve d'une grande gestion humaine, notamment en minimisant le stress familial pour ne pas l’ajouter au stress global d’un entraîneur.
Il a transformé cette situation en formation accélérée et a beaucoup appris sur le relationnel avec les joueurs. Henry est un coach qui parle beaucoup, qui exprime sa colère quand c’est le bon moment mais qui est aussi capable de rigoler avec son staff et les joueurs. Il sait jongler entre les langues et communique en anglais, en espagnol et en français. Henry connaît tout du football et avait déjà analysé l’effectif lors de son premier rendez-vous.
Il garde ses principes de jeu, entre construction avec le cuir et pressing haut à la récupération, à l’image du travail de Jürgen Klopp à Liverpool et de Marcelo Bielsa à Leeds. Les joueurs semblent prendre du plaisir avec lui. Entre Rémi Garde et Thierry Henry, la différence est palpable. Avec Rémi, c’était un style de jeu avec un bloc un peu plus bas, être un peu plus patient, récupérer la balle au bon moment, alors que là, c’est dès la perte de balle qu’il faut la récupérer et prendre des risques.
Henry n’est pas braqué et s’adapte à l’effectif. Il a commencé avec une certaine idée d’un 4-3-3 mais a glissé avec trois défenseurs derrière pour garder la même philosophie. Il a ouvert de nouveaux horizons à certains joueurs et leur a permis de progresser dans d’autres aspects. Henry a insisté sur la volonté du club de rajeunir son effectif et a épousé l’idée de faire confiance aux jeunes. Il a cette volonté de ‘défier’ les jeunes et accepte l’erreur pour autant que la personne va apprendre de cette erreur.
Henry est capable de comprendre comment fonctionnent les jeunes de maintenant et prend en compte leur capacité de concentration. Il fait énormément de vidéo avec son staff, mais il va raccourcir ça en une demi-heure pour les joueurs. Renard lui a proposé un environnement plus serein pour se développer, sans pression de résultats et avec l'impossibilité de descendre. Henry est parfois plus exigeant qu’avec d’autres entraîneurs, mais c’est bien accepté par tout le monde car ça nous permet de grandir. Les angles se sont un peu arrondis et il est capable de mettre un peu plus d’eau dans son vin, de mieux accepter les erreurs de ses joueurs.
tags: #entraineur #soccer #montreal