Les Ultras des stades de football, et plus particulièrement ceux du Paris Saint-Germain (PSG), sont souvent au centre de l'attention, bien que malgré eux. Ils sont fréquemment décrits avec des termes péjoratifs tels que violents, racistes, homophobes, fanatiques écervelés, analphabètes, pseudo-supporters, barbares et animaux. Cependant, une analyse plus approfondie révèle une réalité bien plus complexe et nuancée. Cet article vise à explorer l'histoire, la signification et les réalités du mouvement Ultra parisien, en s'appuyant sur des témoignages, des études sociologiques et des faits historiques.
Critique et Jugement : Une Connaissance Primaire
La critique des Ultras est fréquente et souvent basée sur une connaissance superficielle. Journalistes, dirigeants de clubs, politiciens et simples spectateurs donnent leur avis sans réellement comprendre le sujet. Le football suscite l'unanimité dans le sens où tout le monde donne son avis. Les Ultras, en tant que partie intégrante du football, n'échappent pas à la critique et à l'aveuglement de la foule manipulée par les médias et les décideurs. Ils sont trop souvent livrés à la vindicte populaire, qualifiés de hooligans par des incultes qui se veulent érudits.
Contrairement aux hooligans, dont le principe premier est la violence, les Ultras placent le soutien à leur équipe au cœur de leur activité. Leur objectif est de gagner le match festif des tribunes, avec des animations visuelles élaborées, des chants forts et un dévouement important. Un Ultra n'utilise la violence que pour se défendre d'une éventuelle attaque, par exemple d'une agression de hooligans. Si certains Ultras deviennent agressifs et placent la violence au cœur de leur action, ils dépassent la frontière Ultra et deviennent des hooligans. C'est alors à la Police et à la Justice de faire son travail en arrêtant et jugeant ces personnes devenues des délinquants. Ce n’est toutefois pas une raison suffisante pour stigmatiser et interdire tous les Ultras. Interdit-on les voitures quand certains chauffeurs deviennent des chauffards ?
L'Ultra est extrême dans ses actions pour supporter son équipe. Il regarde tous les matchs debout, organise des animations en tribune avec des drapeaux et des tifos, et peut devenir contestataire si l'identité de son club n'est pas respectée. Il se veut l'ultime défenseur de l'identité de son club.
L'Ultra : Un Acteur à Part Entière
Le supporter « lambda » réagit au spectacle du terrain alors que l’Ultra se veut un acteur à part entière de la rencontre sportive. L’Ultra est extrême dans ses actions pour supporter son équipe. L’accusé Ultra n’a pas besoin de se lever, il regarde déjà tous les matchs debout, alors que les autres spectateurs sont cloués au siège qu’on leur a attitré. Il souhaite de par son comportement de supporter influer sur le déroulement de la partie et contribuer au spectacle. Il agit en tribune pour transcender ses joueurs, les amener vers l’excellence.
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Les Ultras parisiens, par exemple, entonnent régulièrement un « Paris c’est nous », rappelant aux joueurs et dirigeants qu'ils ne sont que de passage, alors qu'eux, supporters, seront toujours là. Bien sûr, les Ultras parisiens ne sont pas le Paris SG, mais ils en sont indéniablement une partie de son histoire et de son identité, tout comme les dirigeants, les joueurs, le Parc des Princes et l'ensemble des supporters lambdas. Renier ses Ultras, c'est renier une partie de son histoire et de son identité.
Les Ultras sont extrêmes dans leurs déplacements, n'hésitant pas à parcourir de longues distances pour encourager leur équipe, peu importe l'adversaire ou l'intérêt du match. Ils suivent leur équipe partout, tout le temps.
Passion Partagée et Organisation Collective
Comme tout supporter, l'Ultra vit d'abord sa passion pour lui-même, mais il la partage avec les autres. Il vit sa passion pour lui mais aussi pour ses camarades, à titre de groupe. L’Ultra la joue collectif. Les Ultras ne sont pas d'obscurs groupuscules underground, ils sont organisés sous la forme d'associations loi 1901 dont les statuts sont déposés en Préfecture. Ces groupes officiellement reconnus sont statutairement apolitiques. Bien sûr, un groupe apolitique ne signifie pas qu’individuellement ses membres n’ont pas une sensibilité politique, mais il n’est pas dans l’objectif de ces groupes et de leurs adhérents de développer des propagandes politiciennes extrémistes ou d’étendre des idéologies nauséabondes. Si de telles dérives sont repérées, il ne tient qu’à la justice d’appliquer des sanctions proportionnées.
Ces associations Ultras imposent des codes que chaque membre doit accepter et appliquer. Il s'agit essentiellement du respect des anciens et de la hiérarchie interne au groupe. De nombreuses tâches quotidiennes ou hebdomadaires sont indispensables au bon fonctionnement de l'association et à l'activité de supporterisme. Pour y répondre ces groupes sont organisés en cellule de travail, chaque membre désirant être actif se voyant attribuer des fonctions précises. Le respect de l'association et des autres membres est érigé en priorité. On n'est pas un Ultra parce qu'on l'a décidé un matin en se levant ou un soir en arrivant au stade. On est un Ultra parce qu'on a fait preuve de son engagement dans la vie quotidienne de l'association et dans la façon de supporter son équipe.
Les groupes Ultras sont indépendants, refusant tout financement extérieur et tout contrôle dans leur prise de décision. Un groupe Ultra qui se respecte s'autofinance intégralement, en grande partie par la cotisation de ses adhérents et dans la vente de ses propres produits dérivés.
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Codes Vestimentaires et Connaissances Historiques
Les Ultras suivent des codes vestimentaires ciblés sur quelques marques bien précises qui leur permettent de se reconnaitre facilement même disséminés dans la foule des stades ou dans leur vie quotidienne. Ils portent également leur propre matos, dont la plus emblématique est bien sûr l'écharpe du groupe.
L'Ultra est incollable en géographie et il a de bonnes connaissances en histoire, excellentes même lorsqu'il s'agit de celle de son club préféré ou du football en général. Pourtant l'Ultra a pour habitude de sécher les cours ou de poser des RTT pour suivre son équipe. On peut dire qu'il a indéniablement le sens des priorités. Malgré la pensée dominante, tous les Ultras ne sont pas chômeurs. Les plus jeunes sont étudiants, certains même encore lycéens.
Défenseurs du Football Populaire et Solidarité
Les Ultras sont les premiers défenseurs et le plus bel exemple d'un football populaire. Toujours localisés dans les tribunes les plus populaires du stade, en général derrière les buts, ils en défendent fermement l'accessibilité pour tous, convaincant les clubs à appliquer des tarifs abordables.
Les Ultras sont aussi solidaires, organisant régulièrement des collectes d'argent pour lutter contre des maladies, des collectes de denrées alimentaires pour les Restos du Coeur, des collectes de jouets pour des enfants hospitalisés, et participant bénévolement à des opérations hors stade, comme des tournois de football solidaires ou d'autres actions sociales.
Critique Interne et Stigmatisation
Les Ultras ont un défaut : ils se considèrent comme de « vrais » supporters, ce qui implique une opposition avec ce qu'on pourrait qualifier de « faux » supporters. Les Ultras estiment qu'un vrai supporter doit pousser son équipe vers la victoire, qu'il doit chanter pour motiver ses joueurs, qu'il ne doit pas siffler à tort et à travers, qu'il doit suivre son équipe même lorsque les résultats ne sont pas bons, qu'il ne doit pas vouer un culte marketing aux joueur et au club, qu'il ne doit pas se déguiser et se peinturlurer pour venir au stade, qu'il ne doit supporter qu'une seule équipe et lui jurer fidélité. Et certains supporters lambdas ont tendance à ne pas suivre ces règles du bon supporter. C'est alors que les Ultras rentrent dans le jeu de la stigmatisation et du rejet envers ces fans qui ne leur ressemblent pas et qu'ils traitent communément de Footix, du nom de la mascotte de la Coupe du Monde 1998. Au stade, les Ultras se réunissent derrière une bâche qu'ils posent fièrement en tribune, comme pour s'approprier une partie de territoire et derrière laquelle les Footix ne sont pas les bienvenus !
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Rivalités et Dérapages : La Complexité de l'Extrême
Comme énoncé précédemment, le premier objectif d'un groupe Ultra est de soutenir son équipe et de l'emmener vers la victoire. Son second objectif est de gagner le match des gradins, d'être celui qui soutiendra le mieux son équipe et de bien figurer dans un classement virtuel des tribunes, petit jeu informel du mouvement Ultra qui noircit des milliers de pages sur les réseaux sociaux et alimentent des centaines de débats sur les forums spécialisés. Et parfois l'extrême dérape, oui c'est possible. Le dérapage est humain, surtout quand il est mal contrôlé, ou qu'on le laisse (délibérément ?) franchir les limites. La rivalité entre groupe Ultras parfois trop exacerbée peut pousser certains à quelques débordements. Le nier serait mentir. Mais l'énoncer comme un objectif et une part intégrante de ces groupes est une erreur.
Les Ultras s'opposent en tribune, certains groupes se détestent, d'autres sont amis, mais tous sont identiques, si ce n'est dans l'équipe qu'ils soutiennent, en tout cas dans l'état d'esprit qu'ils partagent et la passion qui les anime. Peu importe les couleurs défendues, la manière est la même. Si certains dévient, s'éloignent des codes usuels, c'est qu'ils perdent une partie de la mentalité Ultra. Si cette déviance devient hors la loi, elle doit alors être punie par la Justice comme il se doit.
Alternatives Européennes et Hypocrisie Française
Pourtant, des politiques développées par certains de nos voisins européens ont fait leur preuve en se basant sur des méthodes d'accompagnement des supporters axées sur un dialogue avec les associations et un travail d'insertion et de suivi des potentiels fans déviants. Si de telles méthodes ne sont pas appliquées en France, outre la méconnaissance totale du milieu par ceux qui sont censés l'encadrer et le légiférer, ce qui est très dommageable vous l'admettrez, d'autres raisons plus sournoises peuvent être avancées.
Prenons en exemple les fumigènes et autres engins pyrotechniques. Il s'agit là d'une des rares déviances assumées des Ultras. Le fumigène ou le pot de fumée font partie intégrante du folklore de ces groupes, servant lors des animations d'avant match ou pour célébrer un but. L'utilisation de fumigènes est interdite par la loi pour des raisons de sécurité, une brûlure suite à une mauvaise manipulation étant vite arrivée. De plus, la fumée dégagée peut altérer la vision des spectateurs et des téléspectateurs pendant quelques minutes. Leur proposition est d'interdire le craquage anarchique et systématique, mais de tolérer une utilisation encadrée et exceptionnelle, pour les plus grands matchs par exemple, ou des événements spéciaux. Vous vous doutez que la réponse des autorités a été négative, point de tolérance et de dialogue.
Il faut bien comprendre que cette interdiction des fumigènes est entachée de beaucoup d'hypocrisie… Lorsque des supporters craquent des torches dans un stade, le club en question doit alors payer une amende à la Ligue de Football. Les pyromanes qui se font alors arrêtés par la Police, en plus de payer une amende, sont immédiatement interdits de stade et viennent gonfler les chiffres de la lutte contre le hooliganisme. Il est très rare que des fumigènes soient utilisés comme projectiles volontairement balancés sur la pelouse ou jetés vers les supporters adverses. Il s'agit pourtant des seules utilisations exceptionnelles dont le caractère dangereux et déviant devrait être qualifié de hooliganisme.
Le Paradoxe de l'Ambiance et la Passion
L'ambiance et le folklore dans les tribunes, le soutien à l'équipe, les chants festifs sont demandés et loués par les médias, les diffuseurs, les organisateurs des compétitions, les dirigeants des clubs, les supporters « lambdas », les spectateurs d'un soir, les joueurs eux-mêmes… Qui met cette ambiance dans le stade ?
L'Ultra est un passionné. Vivre sa passion n'a jamais été un délit. Les Ultras font partie de l'histoire du football et ils en sont une sous-culture à part entière. Une culture méconnue, donc fatalement crainte, mais qui n'a rien de déviante tant qu'elle reste encadrée et dans des limites festives. Les Ultras respectent des règles non écrites mais inhérentes à leur mouvement, ce qui les rend souvent inflexibles, mais toute culture est faite pour évoluer. Un principe restera toutefois un fondement immuable: être un Ultra est un état d'esprit, une mentalité, la fameuse Mentalita Ultra. Ultra rime avec Liberté et Fidélité, des concepts qui ont de plus en plus de mal à faire surface dans notre société. Les Ultras sont indépendants, populaires, contestataires et engagés, autant de notions qui devraient imposer le respect mais qui sont les causes de leur perte. La France a peur de ses Ultras. Elle les vilipende et les juge au même titre que des apprentis terroristes.
L'Histoire Tumultueuse des Ultras Parisiens
L'histoire des Ultras parisiens est marquée par des tensions et des conflits, notamment entre les tribunes Boulogne et Auteuil. Ces deux tribunes, situées de chaque côté du Parc des Princes, ont longtemps été opposées politiquement et socialement.
La tribune Boulogne, historiquement à majorité blanche, a souvent été associée à des idées d'extrême droite. De l'autre côté, la tribune Auteuil, plus mixte et plus récente, a émergé dans les années 1990 avec les Supras et a été perçue comme plus ouverte et antiraciste.
Ces tensions ont culminé le 28 février 2010, lors d'un PSG-OM, où un supporter de Boulogne est décédé après des affrontements. Cet événement a conduit à la dissolution de toutes les associations de supporters impliquées par le plan Leproux.
En 2016, le club a réintégré les Ultras à Auteuil sous l'égide du Collectif Ultras Paris (CUP), qui revendique l'héritage de la tribune historique. La composition du CUP reflète la diversité de la population parisienne, avec des groupes comme la K-Soce Team, en grande partie composés de personnes non blanches.
Territorialité et Identité : L'Espace au Cœur du Mouvement Ultra
L'espace joue un rôle essentiel dans la constitution de l'identité des collectifs de supporters. Les Ultras et les indépendants s'approprient des lieux qui fondent leur territorialité et constituent ainsi une identité territoriale. Le stade et les tribunes, les alentours des stades pour l'avant ou l'après-match, les bars et locaux associatifs de la ville sont autant de points d'ancrage de cette identité.
Le territoire est un ciment identitaire, un espace de représentation qui permet de se mettre en visibilité en tant que supporter. Il permet la cohésion du groupe, car les supporters qui se reconnaissent dans le collectif prennent place ensemble et se rassemblent dans des lieux qu'ils territorialisent et qui deviennent des référents spatiaux de leur identité.
L'appropriation de secteurs du stade est visible au Parc des Princes, où une multitude de groupes ont territorialisé les virages. Les groupes ultras ou les bandes d'indépendants s'approprient des territoires chargés de symboles, comme les graffitis, les bâches et les chants.
Le Plan Leproux et la Reconfiguration Spatiale
Le plan de sécurité exceptionnel mis en place par les institutions en 2010 a eu des conséquences importantes sur la territorialité des supporters ultras et indépendants. La dissolution des associations de supporters et l'interdiction de stade ont entraîné une reconfiguration spatiale et une perte de contrôle sur les territoires traditionnels.
Cependant, les Ultras ont continué à exister et à se faire entendre, en adaptant leurs stratégies et en utilisant de nouveaux espaces d'expression. Le retour des Ultras au Parc des Princes en 2016 a marqué une nouvelle étape dans l'histoire du mouvement, avec la volonté de reconstruire une identité collective et de défendre les valeurs du supportérisme populaire.
Le Lion des Flandres : Polémique et Identité Régionale
En dehors de Paris, les Ultras d'autres clubs peuvent aussi être sujets à controverse. L'imposant tifo déployé au stade Pierre-Mauroy, avec son Lion des Flandres aux griffes noires a été salué par le parti d'extrême droite belge Vlaams Belang.
Donatien Drouin, leader d’un groupe que la polémique a poussé à publier un communiqué lundi soir évoquant un « tifo culturel et identitaire qui célèbre l’histoire, les racines et la fierté lilloises qui unissent tous les supporters du LOSC. »« On n’est pas là pour faire de la politique »« La polémique me surprend, nous avoue aussi Donatien Drouin. Aujourd’hui, dans le pays, il y a quand même plus grave qu’être obligé de justifier le fait d’utiliser un logo historique dans la région depuis le Moyen-Âge. Nous, et c’est assumé, ce n’est pas du tout politique, le groupe a autre chose à faire que de s’emmêler dans des chemins de traverse. C’est le Lion des Flandres historique, celui ramené des Croisades par Philippe d’Alsace. Historiquement, il est tout noir. L’histoire de griffes et de langue rouges, c’est lié à des querelles en Belgique, pas du tout en France. On est e train de ramener un problème belge en France. On n’est pas là pour faire de la politique, ce Lion n’a pas du tout été utilisé pour exprimer des idées politiques mais la fierté et l’unité de la région. C’est un symbolique historique du comté de Lille auquel appartenait Lille au Moyen-Âge, et utilisé régulièrement sur les blasons. Les DVE sont une association apolitique, là pour supporter son équipe », se défend-il encore.