Le 7 août 2024, le monde du rugby était frappé par une tragédie : la disparition en mer de Medhi Narjissi, jeune rugbyman de 17 ans, lors d'un stage avec l'équipe de France U18 en Afrique du Sud. Un an après ce drame, la douleur reste vive et la famille Narjissi, soutenue par le monde du rugby, continue de se battre pour obtenir des réponses et que justice soit faite. Cet article revient sur les circonstances de la disparition de Medhi, les responsabilités pointées du doigt, les enquêtes menées et l'hommage rendu au jeune espoir.
Le Drame de Dias Beach
Le 7 août 2024, Medhi Narjissi, alors âgé de 17 ans, disparaissait au large de Dias Beach, une plage située près du Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud. Il participait à un stage avec l'équipe de France de rugby des moins de 18 ans. Selon les informations communiquées à l'époque par la Fédération Française de Rugby (FFR), le jeune homme avait été emporté par une vague alors qu'il se trouvait dans l'eau avec ses coéquipiers pour une séance de récupération.
La nouvelle de la disparition de Medhi Narjissi a plongé le monde du rugby dans la consternation. Le jeune homme, licencié au Stade Toulousain et formé à Agen, était considéré comme un grand espoir du rugby français. Fils de Jalil Narjissi, ancien talonneur du SU Agen, Medhi Narjissi était promis à un bel avenir sportif.
Une Famille en Quête de Vérité
Dès les premiers jours suivant la disparition de Medhi, sa famille a exprimé des doutes quant aux circonstances du drame. Les parents de Medhi, Jalil et Valérie Narjissi, ainsi que sa sœur Inès, ont rapidement pointé du doigt la responsabilité des encadrants de l'équipe de France U18.
Deux semaines après le drame, la famille Narjissi a décidé de saisir la justice. Le 21 août 2024, une requête a été déposée auprès du procureur de la République du tribunal d'Agen en vue d'obtenir l'ouverture d'une procédure en "recherche des causes de la disparition". L'avocat de la famille, Me Édouard Martial, a souligné la nécessité d'entendre tous les membres de l'encadrement, ainsi que les joueurs présents lors de la baignade.
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Lors d'une conférence de presse organisée le 27 août 2024, la famille Narjissi a exprimé sa colère et son incompréhension. Jalil Narjissi a notamment dénoncé le fait que les jeunes joueurs aient été autorisés à se baigner sur une plage réputée dangereuse, avec des vagues de trois à quatre mètres et des courants forts. Il a également souligné l'absence de dispositif de sécurité adéquat.
Selon la famille, le préparateur physique de l'équipe de France U18, Robin Ladauge, est le principal responsable du drame. C'est lui qui aurait pris l'initiative d'organiser la baignade, sans tenir compte des risques encourus. La famille a également critiqué l'"inaction" du reste de l'encadrement, qui n'aurait pas réagi pour empêcher la baignade ou secourir les jeunes joueurs.
Les Enquêtes et les Responsabilités
Suite à la disparition de Medhi Narjissi, deux enquêtes ont été ouvertes : une enquête judiciaire, menée par le parquet d'Agen, et une enquête administrative, menée par l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR).
L'enquête judiciaire a rapidement progressé. Le 15 octobre 2024, le parquet d'Agen a ouvert une information judiciaire pour "homicide involontaire". Plusieurs personnes ont été entendues dans le cadre de cette enquête, notamment les encadrants de l'équipe de France U18 et les joueurs présents lors de la baignade.
Le rapport de l'IGESR, rendu public en avril 2025, a mis en lumière des "fautes graves" de la part des encadrants et une gestion de crise "défaillante" de la FFR. Le rapport a pointé du doigt la responsabilité de Robin Ladauge, le préparateur physique, qui aurait pris l'initiative d'organiser la baignade sans évaluer les risques. Il a également critiqué l'attitude du manager de l'équipe, Stéphane Cambos, qui n'aurait pas su s'opposer à cette initiative dangereuse.
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Le rapport de l'IGESR a également mis en cause la FFR, qui n'aurait pas été "à la hauteur du traumatisme vécu" par les familles et aurait géré le rapatriement des joueurs et leur accompagnement psychologique de manière "précipitée".
En mai et juin 2025, Robin Ladauge et Stéphane Cambos ont été mis en examen pour homicide involontaire. La famille Narjissi a salué cette décision, tout en soulignant que d'autres personnes pourraient être tenues responsables du drame.
Un An Après : Hommage et Souvenir
Un an après la disparition de Medhi Narjissi, sa famille est retournée à Dias Beach, en Afrique du Sud, pour rendre hommage au jeune rugbyman. Une cérémonie a été organisée sur la plage, en présence de proches et de représentants du monde du rugby. Une stèle commémorative devrait y être déposée, portant le portrait de Medhi et un ballon de rugby.
"On y retourne avant tout pour lui. Il n'y a pas une seule seconde où on est pas hantés par son absence, ce vide", a confié Jalil Narjissi, le père de Medhi.
La disparition de Medhi Narjissi a profondément marqué le monde du rugby. De nombreux hommages lui ont été rendus, lors de matchs et de cérémonies. Le SU Agen, club où son père a évolué, a été particulièrement touché par ce drame.
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"Quelques jours après Christian Béguerie, le SU Agen est à nouveau en deuil", pouvait-on lire dans un communiqué du club. "Le club aux huit Brennus vient de perdre un des joueurs qui a fait sa fierté entre les années 1980 et 1990 : Pierre Montlaur."
Au sein du SUA, la terrible nouvelle a eu un retentissement particulier auprès de ses compatriotes fidjiens, notamment pour Kolinio Ramoka. « Nos joueurs ont une vie à côté et, des fois, on leur demande d’être hyper performant malgré ce qui peut leur arriver dans leur vie privée et là, c’est le cas avec Kolinio. Ce sont deux familles qui se voyaient beaucoup », a expliqué le manager Sébastien Calvet.