Ces derniers temps, il est possible que vous ayez remarqué une augmentation notable des bruits de criquets. Ce phénomène, loin d'être une simple coïncidence, est en partie expliqué par les conditions météorologiques et les cycles de reproduction de ces insectes. Cet article se penche sur les raisons de cette activité sonore accrue, les méthodes d'identification des différents orthoptères (criquets, grillons, sauterelles) et les particularités de leurs stridulations.
Pourquoi les criquets sont-ils si bruyants en ce moment ?
Il est vrai que les concerts d’insectes se font généralement le plus entendre au cours des mois de mars à novembre, avec un pic d'activité en septembre, en particulier pour les criquets. La raison principale est liée à la reproduction. Les mâles cherchent à attirer l’attention des femelles par leurs chants.
Contrairement aux humains, les criquets n’émettent pas leur chant grâce à des cordes vocales. Ils produisent des bruits en frottant leur fémur contre leur aile antérieure. Cette tactique de séduction est particulièrement intense à la fin de l’été et au début de l’automne, période de reproduction des criquets. Certains mâles peuvent émettre des sons de plus de 100 décibels pour séduire une femelle, un niveau sonore comparable à celui d'un klaxon de voiture.
Le chant des criquets et la météo
Selon des experts, cette tactique de séduction de la part des criquets mâles serait liée à la météo. De plus, on dit que les criquets ne sortent chanter que si la température du sol est suffisamment élevée. Il est même possible d'estimer la température extérieure en degrés Celsius en écoutant attentivement les stridulations des criquets. En ajoutant le chiffre 4 au nombre de chants émis en 8 secondes, on obtient une estimation de la température.
Par ailleurs, les cigales utilisent une tactique de séduction sonore similaire, avec un chant plus fort lorsque la température est plus élevée.
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Criquet, grillon, sauterelle : Comment les reconnaître ?
Grillons, sauterelles, criquets… autant d'insectes sonores qui enchantent nos étés. Ils appartiennent à l'ordre des Orthoptères, mot dérivé du grec signifiant "ailes droites". À la belle saison, avec un pic en fin d'été, sauterelles, grillons et criquets chantent, ou plutôt stridulent, car ils ne possèdent pas de cordes vocales. Ce sont généralement les mâles qui stridulent pour attirer les femelles lors de la reproduction et pour marquer leur territoire. Ces sons sont émis par frottement et perçus par des tympans situés à différentes zones du corps selon l'espèce. Le cycle de vie des sauterelles, criquets et grillons s'effectue sur moins d'un an. Au printemps, des œufs, pondus l'été ou l'automne précédent, sortent des jeunes larves ressemblant fortement à l'adulte mais qui vont subir quelques mues successives. Les ailes et les organes sexuels vont se développer progressivement jusqu'à être fonctionnels chez les adultes.
Il est important de noter que toutes les sauterelles ne sont pas vertes et les grillons noirs. Il existe des différences au niveau morphologique, du chant, de l'habitat et de l'alimentation qui permettent de les distinguer.
Les criquets
Les criquets font partie du sous-ordre des Caelifères ou Caelifera. Ce sont les orthoptères les plus observés en France Métropolitaine où on dénombre une centaine d'espèces sur 7000 espèces de criquets existant dans le monde. Souvent confondus avec les sauterelles, ils s'en distinguent par leurs grands yeux, leurs cerques peu visibles (appendices sexuels situés à l'extrémité de l'abdomen) et leurs antennes courtes, épaisses et articulées. Leur corps tubulaire est généralement peu coloré dans notre pays, alors que les criquets exotiques présentent des apparences hautes en couleurs. Ici, les teintes des criquets sont le brun/gris, plus rarement le vert ou le rose clair chez les jeunes sujets.
Les criquets produisent des sons en journée, parfois inaudibles pour l'oreille humaine chez certaines espèces. Ils frottent leurs fémurs contre leurs ailes évoquant le jeu d'un violoniste. Ils se repèrent à leurs cliquetis lorsqu'on les approche dans la végétation et qu'ils fuient en sautant ou en volant sur de courtes distances. Mâles et femelles stridulent, la femelle exprimant son consentement aux appels du mâle. En fin d'été, la femelle criquet, fécondée depuis quelques jours par le mâle, enfonce son abdomen dans le sol pour y pondre ses œufs.
Les criquets vivent dans les hautes herbes. Leur régime alimentaire est herbivore, composé de végétaux préférentiellement des graminées. Dans notre pays, ils ne se comportent pas comme des ravageurs car ils conservent un mode de vie solitaire. Dans les pays chauds où la sécheresse sévit comme en Afrique ou en Asie, le manque de nourriture les poussent à devenir grégaires et migrateurs. Leurs essaims font alors de nombreux dégâts sur les cultures. On parle souvent à tort d'invasion de sauterelles alors qu'on a affaire à des criquets.
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Les sauterelles
Les sauterelles font partie du sous-ordre des Ensifères ou Ensifera. Elles sont caractérisées par des antennes longues et fines (ce qui les distingue principalement des criquets). Les sauterelles comprennent plus de 6400 espèces répandues à travers le monde. Leur nom dérive du mot sauter: ce qu'elles font généralement très loin et très haut quand on les débusque sur une longue tige herbacée ou dans le feuillage d'un arbre. Leurs couleurs vert clair ou brunes leur permettent de se fondre dans le décor végétal.
Les pattes postérieures des sauterelles sont proches du corps. Les ailes sont situées sur le côté du corps. Lorsqu'il chante de manière stridente, en journée ou le soir, le mâle les frotte les unes contre les autres. La femelle fécondée pond des œufs en les déposant à la surface du sol.
Les sauterelles aiment la chaleur. Elles habitent les champs, les jardins, les arbustes baignés de soleil et se cachent dans des petits tunnels creusés dans la terre.
Les grillons
Les grillons font partie du sous-ordre des Ensifères ou Ensifera. Comme les sauterelles, ils sont caractérisées par des antennes longues et fines. On dénombre environ 5000 espèces de grillons à travers le monde mais en France métropolitaine, on en rencontre seulement une vingtaine dont le plus répandu et populaire est le grillon champêtre ou grillon des champs qui mesure 2 à 2,5 cm.
Le grillon se déplace principalement au niveau du sol car ses ailes ne sont pas adaptées pour le vol. Les pattes postérieures du grillon sont écartées de son corps. Il a une grosse tête globuleuse aux yeux saillants et son abdomen est garni de cerques bien visibles. Les ailes du grillon reposent à plat sur son corps. Les mâles présentent des organes sonores stridulatoires à la base des élytres (ailes antérieures durcies).
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Le grillon mâle (grillon champêtre, grillon d'Italie) est sur le podium du chant le plus bruyant lors des soirées d'été (rivalisant avec la cigale qui célèbre elle les chaudes journées estivales). Ce qui permet son repérage. Son élytre droit pourvu d'une râpe stridulente couvre et frotte l'élytre gauche. Le son est amplifié par une caisse de résonnance membraneuse. Comme pour la sauterelle, les sons sont perçus par des tympans situés sur les tibias des pattes avant.
Même s'il vit près des habitations, il est souvent difficile de voir le grillon car outre sa teinte souvent foncée (brune ou noire), il se cache dans un tas de bois ou de cailloux. Certaines espèces sont héliophiles tandis que d'autres préfèrent l'obscurité. Attention aux faux amis : en anglais, grillon se dit cricket.
Comment les criquets produisent-ils leur chant sans s'assourdir ?
Les sons émis par les animaux leur permettent de communiquer efficacement, que ce soit pour attirer des partenaires, protéger leur territoire ou éconduire des rivaux. Cependant, ces cris, parfois extrêmement stridents, peuvent se révéler potentiellement dangereux pour ceux qui les émettent et qui, de ce fait, peuvent être à la merci de prédateurs ou de rivaux alertés par le tapage.
James Poulet et Berthold Hedwig, du département de zoologie de l'université de Cambridge (Grande-Bretagne), ont mis en évidence le processus qui permet aux criquets de chanter sans être assourdis. Pour leurs expériences, les deux chercheurs ont utilisé un criquet chanteur mâle, Gryllus bimaculatus, qui émet des sons stridents d'une intensité de 90 à 100 décibels, soit l'équivalent d'un marteau piqueur.
Les criquets se frottent les ailes, ce qui produit le son, la stridulation, très caractéristique de ces insectes. Les chercheurs ont découvert que « lorsque le grillon chantait, ce neurone oméga présentait une activité inhibitrice, susceptible de bloquer d'autres neurones ». Et notamment les neurones auditifs, ce qui évite à l'insecte les désagréments liés au volume sonore du chant.
Une fois compris ce mécanisme, il ne restait qu'à déterminer comment l'insecte distingue et reste sensible aux sons de l'extérieur. Les ailes et les muscles de l'insecte ont alors été inhibés et les zones du cerveau responsables du chant stimulées artificiellement pour que l'insecte croie qu'il était en train de chanter. Près de lui, un haut-parleur a été installé. Quand il diffusait des sons, on a observé que la sensibilité auditive du criquet redevenait normale, preuve que l'inhibition déclenchée avec le chant s'interrompait.
L'impact du bruit humain sur le chant des criquets
Célèbres pour leur "chant", les criquets ajustent le volume de leur mélodie pour se faire entendre lorsqu'ils sont confrontés au vacarme de la circulation, selon une étude. Si de précédentes études avaient déjà repéré l'impact d'un environnement bruyant dans les sons émis par des oiseaux, des baleines ou encore des grenouilles, c'est la première fois que des chercheurs montrent que le bruit causé par l'homme affecte des populations d'insectes.
Une équipe de biologistes de l'Université de Bielefeld (Allemagne), conduite par Ulrike Lampe, a capturé des spécimens mâles de "criquets mélodieux" (Chorthippus biguttulus). La moitié ont été attrapés dans des endroits calmes, et l'autre moitié près de routes très fréquentées. Le "chant" des criquets mélodieux, ou stridulation, est en fait le son produit par le frottement de leurs pattes postérieures sur leurs ailes antérieures. Sa signification est avant tout sexuelle, les mâles attirant ainsi les femelles.
Les chercheurs ont étudié en laboratoire les différences entre les chants des deux groupes d'insectes, encouragés à chanter par la présence d'une femelle. L'analyse a révélé que les criquets vivant au bord des routes bruyantes produisaient des sons différents de leurs congénères habitués au calme. "Nous avons constaté que dans les habitats bruyants, les criquets augmentaient le volume de la partie basse fréquence de leur chant, ce qui est logique puisque le bruit de la circulation peut masquer les signaux dans cette partie du spectre" sonore, a expliqué Ulrike Lampe.
Selon les chercheurs, ces résultats sont importants parce que le bruit de la circulation pourrait bouleverser le système de reproduction des criquets. "Il pourrait empêcher les femelles d'entendre correctement les chants nuptiaux des mâles, les empêcher de reconnaître les mâles de leur espèce, ou encore nuire à leur capacité d'évaluer l'attractivité du mâle d'après son chant", a indiqué la biologiste.
Conclusion
Les bruits des criquets, particulièrement perceptibles en fin d'été, sont principalement liés à leur période de reproduction. Les mâles stridulent pour attirer les femelles, et ce chant peut être influencé par des facteurs environnementaux tels que la température et le bruit ambiant. Distinguer les criquets des sauterelles et des grillons nécessite d'observer attentivement leurs antennes, leurs yeux et leur comportement. Enfin, les recherches scientifiques montrent que les criquets ont développé des mécanismes pour éviter de s'assourdir lorsqu'ils chantent, et que le bruit humain peut perturber leur communication et leur reproduction.
La stridulation : différents mécanismes
La stridulation est le mode de communication sonore des criquets et autres orthoptères. Il existe différents mécanismes de stridulation :
- la stridulation en vol est obtenue soit par le frottement des nervures saillantes des ailes contre la face inférieure des élytres, soit par celui des tibias intermédiaires contre la face inférieure des ailes, soit encore par le plissement des ailes.
- la stridulation élytrale est la plus caractéristique. Elle résulte de la vibration des élytres engendrée par le frottement d'une nervure de la face interne du fémur postérieur contre les nervures saillantes de l'élytre. La modulation des sons se fait en fonction de la vitesse de déplacement des pattes. La crête stridulante peut être formée de soies articulées (Gomphocerinae) ou non (Truxalinae), ou peut être réduite à une simple ligne élevée.
Les mâles produisent des chants plus variés et d'intensité plus élevée que les femelles. Les deux sexes sont capables de communiquer par voie acoustique.