Coupe du Monde de Rugby 2003 : Le Parcours de l'Équipe de France

L'équipe de France de rugby a une longue histoire en Coupe du Monde, depuis son premier match en 1987 jusqu'aux éditions les plus récentes. La Coupe du Monde 2003 en Australie reste un moment marquant, oscillant entre espoirs élevés et désillusion finale.

Préparatifs et Contexte

En 2003, le XV de France aborde la Coupe du Monde en Australie avec de grandes ambitions. Sous la direction de Bernard Laporte, l'équipe est auréolée d'un Grand Chelem remporté lors du Tournoi des Six Nations 2002. L’équipe de France se présente en prétendant légitime au couronnement planétaire. L'équipe est perçue comme étant à maturité, forte d'un vécu commun et d'une excellente entente, tant entre les joueurs qu'avec le staff. "On avait l’effectif pour aller au bout, confirme, seize ans plus tard, Jean-Jacques Crenca, homme fort de la première ligne tricolore, en ce temps-là. Notre équipe était arrivée à maturité. Au sein du groupe, on avait un gros vécu tous ensemble. Dans les rangs, les garçons se connaissaient parfaitement bien et ils s’appréciaient tous. L’entente était également très bonne avec le staff. On avait trouvé une façon efficace de travailler en commun. On ne se prenait pas le chou (sic) entre nous et cela facilitait au plus haut point le boulot aux entraînements." Et les automatismes en match. L’année précédente, d’ailleurs, cette équipe de France avait surclassé ses adversaires, lors d’un Tournoi des Six Nations remporté haut la main, avec un Grand Chelem à la clé. La préparation à cette coupe du monde 2003 s’était également déroulée dans un excellent état d’esprit. "On est arrivés à ce Mondial assez sûrs de nos forces", appuie Crenca.

Bernard Laporte, fort d'une aura médiatique importante, incarne l'idée d'un rugby tricolore riche en joueurs d'exception. La tactique mise en place, basée sur une défense solide, la puissance des impacts et des schémas offensifs précis, est considérée comme un modèle de rugby moderne.

Cependant, des choix de sélection font débat. Laporte préfère Christophe Dominici à Vincent Clerc, justifiant son choix par une confiance envers un joueur qu'il a longtemps dirigé. L'intégration de Brian Liebenberg, un joueur sud-africain peu connu, suscite également des interrogations. Laporte justifie ce choix par le profil recherché, mettant en avant la puissance et le jeu au pied du joueur. Les explications sont lapidaires : "Nous avons pesé le pour et le contre. Le choix de Brian Liebenberg est clair et stratégique, par rapport au profil que nous recherchions.

Phase de Poule Impeccable

Les premiers matchs de la Coupe du Monde confirment les espoirs placés en l'équipe. Les Bleus réalisent une phase de poule sans accroc, dominant leurs adversaires. Les premiers matches des Bleus dans cette coupe du monde australienne n’ont fait, d’ailleurs, que confirmer cette dynamique. "On a accompli une très bonne phase de poule, sans le moindre accroc, corrobore Crenca. Ensuite, on a réalisé un quart-de finale des plus aboutis devant l’Irlande."

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  • France - Fidji : 61-18
  • France - Japon : 51-29
  • France - Écosse : 51-9
  • France - États-Unis : 41-14

Ces victoires témoignent de la puissance offensive de l'équipe et de sa capacité à imposer son jeu.

Quart de Finale Réussi contre l'Irlande (43-21)

Le quart de finale contre l'Irlande est une démonstration de force. La France s'impose largement, confirmant son statut de favori pour la suite de la compétition.

La Désillusion en Demi-Finale face à l'Angleterre (7-24)

La demi-finale contre l'Angleterre marque un tournant brutal dans le parcours de l'équipe de France. Sous la pluie de Sydney, les ambitions offensives des Bleus sont freinées par une équipe anglaise pragmatique et un Jonny Wilkinson au sommet de son art. Jonny Wilkinson dans ses oeuvres sous les regards impuissants de Frédéric Michalak, Yannick Jauzion et Tony Marsh. (N. En demi-finale, la pluie freine les ambitions offensives de la France et un homme, Jonny Wilkinson, douche les espoirs de nouvelle finale mondiale. Auteur des 24 points de son équipe, l'ouvreur anglais élimine l'équipe de France, au sommet de son art à cette époque.

Wilkinson inscrit tous les points de son équipe, démontrant une maîtrise du jeu au pied exceptionnelle. De son côté, Frédéric Michalak, plus jeune et moins expérimenté, échoue dans ses tentatives.Jeune stratège de 24 ans, buteur chirurgical, le futur métronome du RC Toulon, aura inscrit l’intégralité des points du XV de la Rose. Tous du bon pied. "Il était au sommet de son art", souligne, admiratif, Crenca à propos du botteur anglais qui, six jours plus tard, dans ce même Telstra Stadium de Sydney, allait assommer toute l’Australie en finale, avec un drop décisif et claqué tout au bout de la prolongation. "Face à nous, continue Crenca, Jonny s’est montré extrêmement pragmatique : il a su parfaitement alterner entre les moments où il fallait jouer et les moments où il fallait un peu plus occuper, ce que nous, on a su bien moins faire." De son côté, Frédéric Michalak, encore bien plus jeune (21 ans) et nettement plus tendre, a effectivement échoué dans à peu-près tout ce qu’il a tenté dans le jeu et surtout face aux perches adverses (4 échecs sur 4 pénalités), durant cette maudite demi-finale.

Un essai de Betsen ne suffit pas à relancer l'équipe de France, qui s'incline 7-24. La pluie est souvent citée comme un facteur ayant favorisé le jeu anglais, plus adapté à ces conditions.Sauf que "le jour J", un élément contraire allait s’inviter. "Il a plu et à mon sens, on n’était pas prêts pour faire un peu moins de jeu, analyse Crenca. Nos adversaires ont veillé à ne pas s’exposer. Tout le contraire de nous. Sous cette pluie continue, on n’a pas pu rééditer ce qu’on avait exprimé tout au long de ce tournoi, jusqu’alors. Les Anglais, eux, ont su bien mieux gérer que nous ces conditions météorologiques."

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Match de Classement : Défaite Face à la Nouvelle-Zélande (13-40)

Désabusée par la défaite en demi-finale, l'équipe de France s'incline lourdement face à la Nouvelle-Zélande lors du match de classement. Ce match, le dernier de Fabien Galthié, est une occasion manquée de terminer la compétition sur une note positive. Dernier match de Fabien Galthié qui ne sera pas concerné par la "petite finale" face aux All Blacks (40-13). Le sélectionneur l’avait autorisé à rentrer pour assister aux obsèques d’un membre de sa famille.

Coulisses et Anecdotes

La Coupe du Monde 2003 est également marquée par des anecdotes et des tensions en coulisses. L'autorité de Bernard Laporte est parfois contestée, et des incidents impliquant des joueurs comme Imanol Harinordoquy témoignent d'une ambiance parfois électrique. Dans les coulisses, Bernard Laporte n’entend pas céder un pouce de son autorité. À la veille du premier match, un incident éclate. Les Bleus sont invités à une opération de lancement dans un hôtel de Brisbane. Ils rentrent à l’hôtel en taxi et Imanol subit un savon magistral de Laporte ivre de colère : "Si tu n’as pas envie de rester avec le groupe, tu le dis tout de suite ! Pour te faire comprendre tes obligations vis-à-vis de tes coéquipiers tu ne joueras pas contre les Fidji, c’est Christian Labit qui débutera à ta place." Le joueur est sidéré, meurtri par un sentiment d’injustice. "Je n’y étais pour rien, j’avais juste sacrifié à des exigences médiatiques, j’étais décidé à quitter l’Australie le jour même", confia le joueur en 2019 à notre confrère Marc Duzan… Il remonte dans sa chambre pour faire sa valise Le manager Jo Maso vient le rejoindre : "Écoute, je vais parler à Bernard. Tout va s’arranger." C’est ce qui se passa en effet, Imanol Harrnordoquy joua finalement contre les Fidji.

Des initiatives comme l'adoption d'un coq nommé "Diomède" et l'organisation de saynètes humoristiques témoignent d'une volonté de créer une ambiance positive et de décompresser face à la pression de la compétition. Pour adoucir l’ambiance, Raphaël Ibanez aidé par Olivier Brouzet avait déniché un coq, un vrai, cédé par un fermier de Brisbane. Il avait été baptisé "Diomède" en référence au footballeur champion du monde en 1998. Les coulisses de ce cru 2003 furent traversées de moments burlesques, pour contrebalancer les oukazes de Laporte. Dans le sillage du "grand pince-sans-rire" Olivier Brouzet, les Bleus organisaient des saynètes assez sophistiquées, avec Fabien Galthié capable de reprendre le rôle du "Chevalier Blanc" de Gérard Lanvin ("Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine" en costume de simili Robin des Bois. Olivier Brouzet présente tous les jours un "journal des Bleus" cocasse avec piques et ragots à foison. Des danses, des parodies, évacuent la pression de l’événement même si parfois, le "carnaval" déborde un peu.

La "Michalakmania", l'engouement médiatique autour du jeune demi d'ouverture Frédéric Michalak, ajoute une dimension particulière à cette Coupe du Monde. Mais on ne peut pas évoquer l’ambiance de ce Mondial aux antipodes sans parler de la Michalakmania. Le demi d’ouverture du Stade toulousain, 20 ans, est devenu l’obsession de tous les médias. "L’équipe" lui avait consacré une pleine "Une", au centre d’une galaxie imaginaire. Parti simple joueur, il se découvre idole à la Johnny Hallyday, bombardé de demandes d’entretien, et saoulé de questions en tous genres en conférence de presse au point de dire avec le sourire au traducteur des Bleus : "Écoute, tu te démerdes, tu réponds ce que t’as envie.

L'intégration de Sébastien Chabal, peu utilisé pendant la compétition, suscite également des frustrations. À ce titre, Bernard Laporte doit composer avec Sébastien Chabal, troisième ligne de Bourgoin pas concerné dans les matchs décisifs. Dans les colonnes d’un quotidien national, une journaliste rapporte des propos assez salés : "Je ne suis pas du tout satisfait d’être ici en costard et de me sentir inutile depuis le début. Parfois, j’ai envie de prendre l’avion et de rentrer chez moi. Je serais mieux là-bas, avec ma petite femme, à jouer avec mes copains de Bourgoin […] Il va falloir que ça sorte, le moment va bientôt être propice…" et finit par un retentissant : "Je n’en parlerai pas à Brunel ni à Viviès. Il y a un chef, et c’est Laporte. La diatribe ne passe pas inaperçue, Laporte n’apprécie pas, il demande des explications à l’intéressé, qui conteste, Puis le sélectionneur se fend d’une colère transversale à l’endroit de celle qui a écrit l’article, comme si elle avait inventé ou déformé ces propos. Mais on est sûr en revanche que Sébastien Chabal eut le cran lors d’une réunion interne de vider son sac face à Laporte et Maso, en présence des autres joueurs.

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