L'horizon de la Coupe du Monde de Football 2034 se précise, avec l'Arabie Saoudite en position de force pour accueillir le tournoi. Cet article examine les étapes qui ont mené à cette situation, les enjeux et les controverses entourant cette candidature unique.
Retrait de l'Australie : Champ Libre pour l'Arabie Saoudite
Alors que la date limite pour que les fédérations de football se déclarent candidates à l'organisation de la Coupe du Monde 2034 approchait, un revirement de situation majeur s'est produit. La fédération australienne de football a annoncé son retrait de la course, laissant l'Arabie Saoudite comme seul candidat en lice.
« Nous avons étudié la possibilité de déposer une candidature pour accueillir la Coupe du monde de la FIFA et, après avoir pris en compte tous les facteurs, nous avons décidé de ne pas le faire pour la compétition organisée en 2034 », a annoncé la fédération australienne dans un communiqué. Cette décision a surpris de nombreux observateurs, d'autant plus qu'au début du mois d'octobre, l'Australie avait signalé son intention de travailler sur un projet pour l'organisation de ce Mondial. Des discussions avaient même été entamées concernant une candidature commune avec l'Indonésie.
Erick Thohir, le président de la fédération indonésienne, avait expliqué que l’Australie était « partant » pour une candidature commune avec son pays, depuis « des discussions lors du dernier congrès de la FIFA », organisé en mars, au Rwanda. Cependant, après le changement de position de la fédération indonésienne, qui a apporté son soutien à la candidature saoudienne il y a une dizaine de jours, l’Australie a décidé de jeter l’éponge.
La fédération australienne a justifié sa décision en expliquant vouloir se concentrer sur l'organisation d'autres événements majeurs, tels que la Coupe d'Asie féminine 2026 et la Coupe du Monde des clubs 2029. La fédération a ajouté que « réussir cela, après la Coupe du monde féminine de la FIFA 2023 et les Jeux olympiques de Brisbane 2032, représenterait une véritable décennie dorée pour le football australien ».
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L'Arabie Saoudite : Une Candidature Soutenue et Ambitieuse
Quelques minutes après l'appel à candidatures lancé par la FIFA pour le tournoi de 2034, l'Arabie saoudite a confirmé qu'elle se porterait candidate. Les Saoudiens avaient alors immédiatement reçu le soutien de la Confédération asiatique de football, ce qui les plaçait, déjà, en position de grand favori pour organiser la compétition.
Dans un communiqué publié sur X, la fédération saoudienne a annoncé qu’elle « projette d’offrir un tournoi de classe mondiale et [qu’elle] s’inspirera de la transformation sociale et économique en cours de l’Arabie saoudite, et de la passion pour le football profondément ancrée dans le pays ». Comme le Qatar en 2022, le pays compte faire de ce Mondial un puissant outil de soft power.
Une Décision Formelle Attendue
Bien que le suspense soit désormais quasi nul, l’organisateur de l’édition 2034 devrait être dévoilé officiellement en fin d’année 2024 par la FIFA. Mercredi 11 décembre, les 211 fédérations nationales membres de la Fédération internationale de football (FIFA) ont désigné, lors d’un congrès « extraordinaire » en visioconférence, l’Arabie saoudite comme pays hôte de la Coupe du monde 2034. C’est par acclamation, « en bloc », et de manière simultanée, que les pays affiliés ont attribué le tournoi au royaume saoudien, et ont offert au trio Espagne-Portugal-Maroc l’édition 2030 - avec trois matchs disputés au Paraguay, en Argentine et en Uruguay pour célébrer le centenaire de la compétition.
Il n’y a eu aucun suspense dans la mesure où les modalités de ce processus d’attribution, particulièrement cadenassé et opaque, ont dissuadé d’éventuels prétendants, comme l’Australie, de se lancer dans la course face à l’Arabie saoudite. Comme l’a rappelé, dans un rapport de décembre, la plateforme indépendante danoise Play the Game, le conseil de la FIFA, le principal organe décisionnel de l’instance, avait décidé, en octobre 2023, que « seuls les pays de la Confédération asiatique de football et de la Confédération océanienne de football étaient éligibles à la candidature » pour l’édition 2034. Un « délai serré de 25 jours » avait ensuite été fixé pour que les pays expriment officiellement leur intérêt, développe Play the Game. « Seulement 81 minutes » après l’annonce de la FIFA, la fédération saoudienne se positionnait.
Controverses et Préoccupations Liées aux Droits de l'Homme
La perspective d'une Coupe du Monde en Arabie Saoudite suscite de vives réactions et des inquiétudes quant au respect des droits de l'homme dans le pays. Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme dénoncent le bilan du royaume en matière de libertés individuelles, de droits des femmes, de traitement des travailleurs migrants et de respect des personnes LGBT.
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Des ONG inquiètes, la candidature de l'Arabie saoudite pour organiser la Coupe du monde 2034 a fait bondir les ONG qui défendent les droits humains. "Les risques en Arabie saoudite sont si aigus qu’organiser la compétition dans ce pays entraînera probablement des violations graves et généralisées des droits", alertait Amnesty International. Des risques "à une échelle plus grande, plus sévère" qu'au Qatar.
Selon Steve Cockburn, responsable du programme Droits du travail et Sport d’Amnesty International, les problématiques du royaume sont similaires que celles au Qatar mais "à une échelle plus grande, plus sévère". "On sent moins d’engagement de la part de l’État saoudien à s’attaquer aux problèmes. Au Qatar, nous avons au moins pu visiter le pays, rencontrer le gouvernement et effectuer nos recherches. Il y a eu aussi des réformes, souvent insuffisantes, mais qui ont eu le mérite d’exister. En Arabie saoudite, les portes sont fermées", explique-t-il dans un entretien accordé à So Foot.
Certains détracteurs accusent l'Arabie Saoudite de "sportswashing", une stratégie consistant à utiliser le sport pour améliorer son image internationale et détourner l'attention des violations des droits humains. Ils soulignent que le pays investit massivement dans le sport, notamment le football, pour se positionner comme un acteur majeur sur la scène mondiale.
Le Sport : Un Pilier de la "Vision 2030" Saoudienne
En Arabie saoudite, le sport est un pilier du projet « Vision 2030 » de l’homme fort du pays, le prince héritier Mohamed ben Salmane. MBS veut réduire la dépendance au pétrole et investir dans d’autres secteurs, dont le tourisme et le sport. Le fonds souverain saoudien, le PIF, est partenaire des deux circuits professionnels de tennis, l’ATP pour les hommes, la WTA pour les femmes. Ryad a accueilli le Masters féminin en novembre. Rafael Nadal est l’ambassadeur de la Fédération. Le pays accueille un Grand prix de Formule 1, des affiches de boxe et de MMA, il organisera les Jeux asiatiques d’hiver en 2029 (j’ai bien dit « d’hiver »), ou les Jeux olympiques d’e-sport entre 2025 et 2037.
La Ligue saoudienne a acheté moins de stars cette année, mais Cristiano Ronaldo, Benzema, Neymar évoluent encore en Arabie saoudite. Le pays accueillera la Coupe d’Asie des nations en 2027. La Coupe du monde 2034 couronne la stratégie saoudienne. Avec un avantage sur le Qatar : il y a une vraie culture du foot en Arabie saoudite. L’ambition de son dirigeant, MBS, s’appuie, c’est vrai, sur une histoire, une tradition. L’équipe nationale a même accompli quelques exploits.
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Défis et Ajustements Potentiels
Comme au Qatar, la compétition sera sûrement décalée à la fin de l'automne ou même en hiver afin d'éviter les chaleurs extrêmes de la saison estivale de cette région. Les engagements de l'Arabie saoudite en matière de droits humains supposent « un effort significatif en temps et en énergie » d'ici le Mondial 2034, relève le rapport d'évaluation de la candidature du royaume à l'organisation de la compétition, publié samedi par la FIFA.
L'Offensive Saoudienne sur le Sport Mondial : Une Stratégie Ambitieuse
Où qu'on regarde dans le monde du sport, on voit l'impact de cette stratégie alimentée par des ressources financières semble-t-il sans limites. Riyadh devient l'une des capitales de la boxe mondiale. Cristiano Ronaldo s'en va finir sa carrière en Saudi Pro League. En tennis, la WTA organise son tournoi final à Riyadh. Le golf est obligé d'accepter le tour-rebelle LIV. Newcastle United est désormais propriété du fond souverain saoudien, le PIF.
Il y a un an de cela, Play The Game avait déjà publié un rapport dans lequel il identifiait les principaux acteurs de l'offensive saoudienne sur le sport mondial, le plus important de ceux-là - après le prince héritier MbS - étant l'actuel président de Newcastle United Yasser al-Rumayyan, qui est à l'Arabie saoudite ce que Nasser al-Khelaifi est au Qatar - à la puissance dix; car al-Rumayyan est aussi gouverneur du fond souverain PIF (lequel gère 930 milliards de dollars US) et président d'Aramco, la compagnie pétrolière numéro 1 de la planète et quatrième entreprise mondiale en termes de revenus.
Cette fois-ci, c'est sur les accords de partenariat passés entre des entités directement ou indirectement liées aux autorités saoudiennes et clubs, fédérations et autres organisations sportives que les analystes de Play The Game se sont penchés. Ils en avaient déjà recensés plus de 300 en novembre 2023. Cette fois-ci ? 910. Plus du triple. Le football figure logiquement au premier rang des sports ciblés par les Saoudiens, avec 194 partenariats en vigueur identifiés par les chercheurs, et dont le plus important est celui passé entre la FIFA et Aramco. La boxe est à la seconde place de ce classement (123 partenariats), devant le golf (92), les arts martiaux mixtes (70) et - ce qui reflète les goûts de Mohammed ben Salmane lui-même -, l'e-sport (66).