Du XV de la Rose à celui du Chardon, en passant par le coq, les sélections de rugby se distinguent par leurs surnoms parfois surprenants. Le coq pour la France, le chardon pour l'Écosse, la rose pour l'Angleterre, le trèfle pour l'Irlande, le poireau pour le pays de Galles… Avant le début du Tournoi des 6 Nations, découvrez la signification des emblèmes des nations engagées. Le coq gaulois, cet animal fier et déterminé, est devenu un symbole emblématique de la France. Pourtant, cette association entre un volatile et une nation aux multiples facettes ne semble pas évidente à première vue. Pourquoi le coq ? Comment un animal si modeste est-il devenu un tel pilier de l’identité française ? Pour comprendre cette histoire, il est essentiel de plonger dans les racines culturelles, politiques et religieuses de la France. Ce symbole, bien que modeste dans son apparence, a une portée immense et une histoire riche de sens, reliant les origines gauloises de la France à son rayonnement actuel à travers le monde.
Les Origines Antiques : Un Jeu de Mots qui a Traversé les Siècles
L'histoire du coq en tant qu'emblème français trouve ses racines dans l'Antiquité. Le lien entre le coq et la France remonte aux Gaulois, ce peuple celte qui occupait autrefois l'actuel territoire français. Ironiquement, le coq n’a pas été choisi par les Gaulois eux-mêmes, mais plutôt par leurs ennemis romains. La propension des Français à faire des jeux de mots remonte au moins à l'Antiquité : à l'époque, en latin, « gallus » signifie à la fois « gaulois » et « coq ». Cette association linguistique a permis aux Romains de se moquer de leurs adversaires gaulois en les assimilant à ce gallinacé bruyant. La volaille apparaît sur les monnaies gauloises.
Ce coq gaulois, animal domestique omniprésent dans les fermes rurales, possédait déjà à l'époque des connotations positives. Il était considéré comme un gardien vigilant, annonçant chaque jour l’aube par son chant. Symbole de persévérance, de courage, et surtout de lumière, il devint peu à peu une représentation positive de l’identité gauloise et, par extension, de l'identité française naissante.
L'Époque Royale : Une Présence Discrète mais Significative
Au fil des siècles, l’image du coq s’est ancrée dans la culture française, notamment sous les dynasties royales. Sous l’Ancien Régime, le coq n'était certes pas encore un emblème officiel, mais il apparaissait déjà dans certains éléments de l'iconographie et de l’art religieux. Louis XIV le faisant entrer au château de Versailles, représenté sur des gravures aux côtés de la fleur de Lys. C’est notamment dans le christianisme que le coq trouve un terrain fertile pour son développement symbolique en France. En effet, le coq est présent dans le Nouveau Testament : il est mentionné lors de l’épisode de la trahison de Pierre, annonçant le reniement de Jésus trois fois avant le chant du coq. Ce lien entre la foi chrétienne et l’animal a été exploité par les rois de France qui se sont servis de cet emblème pour renforcer leur image de monarques protecteurs du christianisme. Le coq a ainsi progressivement pris place dans les églises, notamment sur les clochers, où il symbolise la vigilance et la foi.
La Révolution Française et l'Ascension du Coq comme Symbole National
La Révolution française de 1789 a marqué un tournant décisif dans l’histoire du coq en France. Avec la chute de la monarchie, les symboles royaux, tels que la fleur de lys, sont rejetés par les révolutionnaires. Ils cherchent alors à établir de nouveaux emblèmes pour représenter la République naissante. Le coq, en tant que symbole à la fois ancien et proche du peuple, émerge comme un candidat naturel. Pendant la Révolution, il devient le symbole du peuple et de l’état : il apparaît sur la monnaie.
Lire aussi: Évolution du poste de talonneur en France
En 1830, lors de la Monarchie de Juillet, Louis-Philippe officialise le coq en tant que symbole de la France. On le retrouve notamment sur les premières pièces de monnaie et sur les uniformes militaires. Le coq devient alors l’incarnation de la nation française, fière et combative. Guère au goût de Napoléon lui préférant l’aigle, le coq devenait finalement un emblème officiel de la France à la suite d’une ordonnance de juillet 1830, imposant la présence du coq au sommet de l’étendard du drapeau tricolore et sur les boutons des officiers de la garde-nationale. Pendant cette période, le coq s’impose également dans les sphères diplomatiques, apparaissant sur les armoiries de l'État et lors des cérémonies officielles. Aujourd’hui, on trouve le coq français un peu partout : sur les timbres ou à l’entrée du Palais de l’Elysée.
L'Adoption du Coq par le Monde Sportif, Symbole de Fierté et de Passion
À mesure que la France avance vers la modernité, le coq gaulois trouve une place de choix dans le monde du sport. Dès le début du XXe siècle, l’animal devient un emblème incontournable des équipes nationales françaises. Cet ancrage dans le sport est une extension naturelle de son rôle historique de protecteur et de guide.
Coq France Rugby : un symbole !L’équipe de France de rugby arbore fièrement un emblème qui incarne l’histoire et l’esprit combatif du XV de France : le coq gaulois. Dans le sport, et particulièrement dans le rugby, le coq est devenu l’emblème du XV de France dès le début du XXe siècle. À l’occasion de leur premier match officiel disputé en janvier 1906 face à la Nouvelle-Zélande, les joueurs français, de blanc vêtus, arboraient sur leur poitrine deux anneaux bleu et rouge entrelacés. Le logo de l’USFSA (Union des Sociétés Françaises de Sport Athlétique). L’année précédente, après un match face à l’Écosse au terme duquel les rugbymen français signaient leur première victoire, ce troisième ligne suggéra à l’USFSA de broder un coq sur la poitrine des joueurs. La demande fut entendue. Trois ans après les footballeurs tricolores, le XV de France adoptait à son tour le coq, apposé au-dessus des anneaux de l’USFSA. La fédération omnisports disparaissait au lendemain de la Grande Guerre, remplacée par la Fédération Française de Rugby qui conserva le gallinacé.
Lors des compétitions internationales, le coq gaulois est devenu synonyme de patriotisme et de passion. Que ce soit lors des tournois de la Coupe du Monde de football ou des compétitions olympiques, le coq symbolise l’unité nationale et l’aspiration à la victoire.
Le Coq Aujourd'hui : Un Emblème en Perpétuelle Redéfinition
De nos jours, le coq reste un symbole puissant de l’identité française. Pourtant, il a également évolué avec le temps. Le coq n’est plus seulement un symbole de combat, mais aussi d'élégance et de raffinement. Il représente une France fière de ses racines, mais tournée vers l’avenir. Cependant, malgré cette continuité, le coq reste un emblème en perpétuelle redéfinition. Il reflète à la fois la diversité et l’unité de la nation française. À travers les siècles, il a su incarner des valeurs aussi diverses que la foi, la combativité, l’espoir et l’endurance.
Lire aussi: Équipe de France U18 : Suspension
Sur la poitrine des joueurs, le coq devenait multicolore en 1945, doré durant les années 1970 avant de virer au rouge depuis 2019. Toujours accompagné d’un bas blanc et de chaussettes rouges jusqu’en 2003, année voyant l’arrivée d’un short bleu venant rompre avec la tradition. Depuis, les équipementiers successifs s’octroyèrent quelques coquetteries en troquant parfois le célèbre assortiment bleu, blanc, rouge contre un ensemble intégralement bleu, porté par le XV de France à l’occasion des coupes du Monde 2007, 2011 et 2015. La tenue alternative, elle, reste blanche malgré une tentative de passer au rouge en 2015. Porté face à l’Écosse, l’assortiment ne fit guère l’unanimité.
L'Histoire du Coq en Football : Une Apparition Tardive
Créée en 1904, l'équipe de France de football dispute les premiers matches de son histoire sans le coq. Celui-ci ne va faire son apparition qu'en 1909, au terme d'un conflit ponctuel entre l'Union des sociétés françaises de sport athlétiques (USFSA) et la Fédération internationale de football. Chargée d'organiser des rencontres internationales, l'USFSA cède sa mission au Comité français interfédéral (CFI), qui, pour se démarquer, va choisir le coq comme symbole pour affirmer ainsi sa dimension nationale.
En 1919, la Fédération française de football qui succède au CFI, choisit de conserver le coq comme emblème. Dans un premier temps, son écusson est blanc et rouge mais dans l'après-guerre, il va devenir brodé multicolore. Très tôt, la FFF a pris l'habitude de broder sous la silhouette du coq un rectangle dans lequel est inscrit l'affiche du match et parfois sa date. Dans les années 1970, le coq devient entièrement doré avant qu'une étoile ne vienne s'ajouter en 1998, suite au titre de champion du monde de la bande à Zinédine Zidane.
En 1996, une mascotte nommée Jules est imaginée en prévision du Mondial en France pour soutenir les hommes d'Aimé Jacquet tandis que la mascotte de la compétition n'est autre qu'un coq appelé Footix, en référence au stéréotype des Gaulois dont le nom se terminerait systématiquement par «ix». Jules n'a eu qu'un succès très éphémère tandis que Footix est aujourd'hui devenu une injure pour se moquer de quelqu'un qui n'y connait rien sur un sujet. La France joue pour la première fois avec un coq sur la poitrine le 31 août 1920, lors de la demi-finale des JO d’Anvers face à la Tchécoslovaquie. Jean Rigal, international entre 1909 et 1912, semble toutefois contredire ce fait, alors que les les rugbymen portent le coq dès 1913.
Autres Emblèmes du Rugby International
Dans le monde du rugby et du sport en général, chaque équipe nationale porte un emblème. Celui-ci incarne son histoire, ses traditions et ses valeurs. Voici quelques exemples :
Lire aussi: Perspectives pour le XV de France
- Le trèfle (Irlande): Son origine remonte à Saint Patrick, le saint patron de l’Irlande, qui utilisait le trèfle pour expliquer la Sainte Trinité aux Irlandais.
- La rose (Angleterre): Ce choix proviendrait de la "guerre de Deux-Roses" un conflit opposant la famille royale de Lancaster qui avait une rose rouge comme symbole, à celle d'York qui arborait une rose blanche.
- Le chardon (Écosse): Selon la légende, le chardon, qui a la particularité de piquer, a sauvé l’Ecosse dans l’envahisseur.
- Le poireau (Pays de Galles): Le roi David de Menévie, saint patron du Pays de Galles, aurait ordonné à ses troupes de mettre un poireau sur leurs casques afin de se distinguer de leurs adversaires.
- Le wallaby (Australie): Les Australiens décidèrent alors de répondre et d’adopter le surnom “Wallabies”, un animal typiquement australien, rapide et rusé.
- Le springbok (Afrique du Sud): Pendant des décennies, le Springbok a été un symbole de fierté pour l’élite minoritaire blanche du pays, et a longtemps été controversé en raison de son association avec l’apartheid. C’est pourquoi un autre emblème a été ajouté à l’identité de l’équipe de rugby sud-africaine : la Protea, la fleur nationale de l’Afrique du Sud.
- La fougère argentée (Nouvelle-Zélande): Enlevée par une tribu rivale, elle aurait réussi à indiquer le chemin à son mari en repliant le bout des feuilles vertes de fougères pour faire apparaître leur dessous argenté.