La Coupe du Monde de Rugby de 1999 reste gravée dans les mémoires des supporters français comme une épopée inoubliable. L'équipe de France, menée par des joueurs talentueux et un esprit de combativité sans faille, a réalisé un parcours exceptionnel, marqué par des moments de grâce et de tension.
Un Contexte Difficile
L'équipe de France abordait la Coupe du Monde 1999 dans un climat de doute. Le Tournoi des Cinq Nations avait été décevant, avec des défaites à domicile contre le Pays de Galles et l'Écosse, ainsi qu'en Angleterre. Les matchs de préparation n'avaient pas été plus rassurants, avec une lourde défaite en Nouvelle-Zélande et une autre au Pays de Galles.
De plus, l'équipe était frappée par une série de blessures, notamment celles de Philippe Carbonneau pendant la préparation, puis de Thomas Castaignède et Pierre Mignoni au début de la compétition. La charnière décimée, Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux rappelaient Stéphane Castaignède et Fabien Galthié à la mêlée, et titularisaient Christophe Lamaison à l'ouverture. Pour parachever le tableau, Christian Califano se voit exclu de la Coupe du monde pour brutalité, après le dernier match de poule contre le Fidji, alors que Fabien Pelous écope lui de 14 jours de suspension pour les mêmes raisons.
Parcours en Phase de Poules
Malgré ces conditions chaotiques, la France parvient à se qualifier pour les quarts de finale. Dans une poule homogène, sans véritable tête de série (Pays de Galles, Samoa, Argentine, Japon), les Argentins construisent leur qualification sur une défense hermétique. La défaite en match d'ouverture (23-18) contre les hôtes gallois les place pourtant dans une position délicate. Mais leur victoire, neuf jours plus tard contre le Samoa (32-16) leur permet de continuer à rêver de la qualification. Un ticket qu'ils valident par une dernière victoire, contre le Japon (33-12).
Quart de Finale contre l'Argentine
En barrage contre l'Irlande, c'est encore une fois sur leur défense et une mêlée dominatrice que les Sud-Américains construisent leur succès. Crucifiés par un essai d'Albanese à la 73e minute, alors qu'ils avaient mené jusqu'à 21-9, les Irlandais tentent bien de se rebeller, mais voient leur rêve de triomphe se briser sur le rideau de fer dressé en fin de match par les Argentins sur leur ligne. L'Argentine réussit l'exploit (28-24) et file vers Dublin pour les quarts de finale, où l'équipe de France la bat (47-26). Les "Gauchos" quittent la compétition avec les honneurs, ayant atteint pour la première fois de leur histoire les quarts de finale d'une Coupe du monde.
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La Demi-Finale Légendaire contre la Nouvelle-Zélande
Le 31 octobre 1999, à Twickenham, l'équipe de France signait l'un des plus grands exploits de son histoire en battant la Nouvelle-Zélande (43-31) en demi-finale de la Coupe du monde. Ce match, considéré comme l'un des plus beaux de l'histoire du rugby, a été marqué par un renversement de situation spectaculaire et une performance collective exceptionnelle des Bleus.
Les All Blacks, favoris incontestables de la compétition, avaient impressionné lors de la phase de poules, avec notamment une victoire éclatante contre l'Angleterre. Mais face à une équipe de France transcendée, ils ont été incapables de contenir la fougue et la détermination des Français.
Menés 24-10, les Bleus ont réalisé une remontée incroyable, inscrivant 33 points consécutifs pour finalement s'imposer avec panache. Christophe Lamaison, titularisé à l'ouverture en raison de la blessure de Thomas Castaignède, a été le grand artisan de cette victoire, inscrivant 28 points (1 essai, 4 transformations, 3 pénalités, 2 drops) et offrant un essai à Richard Dourthe d'un superbe coup de pied dans le dos de la défense néo-zélandaise. Christophe Dominici avait inscrit l'un des quatre essais tricolores face aux All Blacks.
Franck Tournaire, pilier droit de l'équipe, se souvient : "Ce jour-là, on a renversé le monde entier, on n'était pas favoris. Les gens se souviennent de 99. Sur le papier, l'affiche était déséquilibrée, la France venait de perdre face aux Tonga (20-16) et avait subi une humiliation en Nouvelle-Zélande durant l’été (54-7). Bref, personne ne donnait cher de la peau des Bleus."
Il ajoute : "Quand on tombe sur les Blacks en demi-finale, toute la semaine, personne ne nous voyait gagnant, raconte Tournaire. C'était rigolo, on n’était rien, on était les laveurs de toilettes (rires). Mais voilà, on n’avait rien à perdre. Les Blacks, oui. On était content d'être là, en demi-finale de la Coupe du monde. L'objectif c'était de sortir des poules, de bien figurer".
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Tournaire décrit l'état d'esprit de l'équipe : "On les a martyrisés. On n'allait pas dans les regroupements et les mêlées pour discuter, mais pour leur faire mal. On avait que ça, l'agressivité. On avait le curseur au maximum. Ils ont été surpris". Il se souvient également d'une anecdote : "Quand je pars à Leicester, je tombe dans la même chambre que Josh Kronfeld lors du premier déplacement et il me dit : "Ce jour-là, on n'a pas su ce qu'il se passait, les fourchettes, les oreilles… Vous nous avez fait peur, on est sorti abîmé"".
L'essai de Christophe Dominici, sur un coup de pied de Fabien Galthié, reste l'un des moments forts de ce match. Tournaire se souvient : "Fabien Galthié tape par-dessus, Dominici prend le ballon entre deux mecs, à la barbe de Jeff Wilson. Même nous, sur le terrain, on n'y croyait pas… Il dépose Wilson, il a même été surpris lui aussi. Il court, court, regarde s'il est derrière et en fait non".
La Finale contre l'Australie
Après cet exploit retentissant, les organismes étaient usés. En finale, les Français cèdent face à l'Australie (35-12). Malgré la défaite, l'équipe de France a réalisé une Coupe du Monde exceptionnelle, marquée par des performances individuelles et collectives de haut niveau.
Les Hommes Clés de l'Équipe
Plusieurs joueurs ont marqué cette Coupe du Monde de leur empreinte :
- Christophe Lamaison : Remplaçant au début de la compétition, il a su saisir sa chance suite à la blessure de Thomas Castaignède et a réalisé une performance majuscule en demi-finale contre la Nouvelle-Zélande.
- Fabien Galthié : Meneur de jeu talentueux et stratège hors pair, il a été le chef d'orchestre de l'équipe de France.
- Christophe Dominici : Auteur d'un essai décisif en demi-finale, il a incarné l'esprit de combativité et de panache de l'équipe de France.
- Franck Tournaire : Pilier droit combatif et exemplaire, il a été un élément essentiel du pack français.
- Raphaël Ibañez : Capitaine emblématique, il a su galvaniser ses troupes et les mener vers l'exploit.
Composition de l'équipe de France lors de la demi-finale contre la Nouvelle-Zélande :
- Cédric Soulette
- Raphaël Ibañez (capitaine)
- Franck Tournaire
- Abdelatif Benazzi
- Fabien Pelous
- Marc Lievremont
- Olivier Magne
- Christophe Juillet
- Fabien Galthié
- Christophe Lamaison
- Christophe Dominici
- Émile Ntamack
- Richard Dourthe
- Philippe Bernat-Salles
- Xavier Garbajosa
Remplaçants :
- Ugo Mola
- Stéphane Glas
- Stéphane Castaignede
- Arnaud Costes
- Olivier Brouzet
- Pieter De Villiers
- Marc Dal Maso
Que Sont-Ils Devenus ?
Vingt ans après cette épopée, la plupart des joueurs qui composaient l'équipe de France durant ce tournoi sont restés proches du rugby pro. Voici ce qu'ils sont devenus :
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- Ils sont aux commandes de l'équipe de France :
- Fabien Galthié, sélectionneur (2019-2023)
- Raphaël Ibanez, manager
- Ils sont entraîneurs de club en fonction :
- Pieter De Villiers, entraîneur adjoint au Stade Français
- Marc Dal Maso, entraîneur des avants de Brive
- Pierre Mignoni, manager du LOU
- Ugo Mola, manager du Stade Toulousain
- Stéphane Glas, entraîneur de Grenoble
- Xavier Garbajosa, manager de Montpellier
- David Auradou, manager du Stade Montois
- Philippe Carbonneau, entraîneur des Espoirs de Brive
- Ils ont été entraîneurs ou managers :
- Marc Lièvremont (Dax, équipe de France)
- Thomas Lièvremont (Bayonne, équipe de France U20, Roumanie)
- Olivier Magne (Brive, équipe de France U20)
- Richard Dourthe (Bayonne, Dax)
- Abdelatif Benazzi (Montpellier)
- Rôle dans un club pro :
- Fabien Pelous (formation à Toulouse, également au comité directeur de la FFR)
- Emile Ntamack (formation à Toulouse)
- Olivier Brouzet (directeur développement à l'UBB)
- Thomas Castaignède (membre du comité directeur de Toulouse)
- Ancien dirigeant :
- Nicolas Brusque (ancien président du BO)
- Consultants médias :
- Christian Califano (TF1)
- Arnaud Costes (Canal +)
- Christophe Dominici (La Chaîne L'Equipe)
- Richard Dourthe (Canal +)
- Marc Lièvremont (Canal +)
- Olivier Magne (TF1 et Eurosport)
- Sylvain Marconnet (France TV)
- Ils se sont éloignés du rugby pro :
- Christophe Lamaison
- Cédric Soulette
- Lionel Mallier
- Christophe Juillet
- Stéphane Castaignède
- Olivier Sarramea
- Jimmy Marlu
- Cédric Desbrosse
- Philippe Bernat-Salles
- Franck Tournaire