L'homosexualité dans le monde du sport, et plus particulièrement dans le rugby, est un sujet qui a longtemps été entouré de silence et de tabous. Cependant, les témoignages courageux de joueurs qui ont fait leur coming out contribuent à briser ces barrières et à promouvoir un environnement plus inclusif. Cet article explore les expériences de plusieurs rugbymen, leurs motivations, les défis qu'ils ont rencontrés et l'impact de leurs décisions sur le monde du rugby et au-delà.
Gareth Thomas: Briser le Silence et Lutter Contre la Stigmatisation
Gareth Thomas, légende du rugby gallois et ancien joueur de Toulouse, a marqué l'histoire en faisant son coming out en décembre 2009. Il est ainsi devenu l'un des premiers joueurs de rugby professionnels à révéler publiquement son homosexualité. Dix ans plus tard, en septembre 2019, il a annoncé sa séropositivité suite à une menace d'outing.
Pour Gareth Thomas, vivre dans le secret était une expérience difficile, car il ne pouvait pas toujours être lui-même. Il souligne cependant qu'il serait dangereux d'associer automatiquement homosexualité et VIH. Il insiste sur le fait que le VIH ne définit pas qui il est et ce dont il est capable.
Après l'annonce de sa séropositivité, Gareth Thomas a vécu une période sombre, ayant l'impression que les gens le définissaient uniquement par son état de santé. Il a été confronté à la stigmatisation et à la peur, mais a choisi de ne pas se cacher et de lutter contre ces préjugés.
Aujourd'hui, Gareth Thomas est engagé dans la campagne « Tackle HIV », en partenariat avec l'association Aides et le laboratoire pharmaceutique Viiv Healthcare. Son objectif est de lutter contre la stigmatisation et de sensibiliser le public au VIH. Il souhaite que les personnes diagnostiquées séropositives aujourd'hui n'aient pas à vivre la honte, le secret et la stigmatisation qu'il a vécus.
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Il utilise la notoriété que le rugby lui a apportée pour être la voix de ceux qui se sentent vulnérables. Il insiste sur l'importance de faire connaître les avancées thérapeutiques et de normaliser le sujet du VIH.
Jérémy Clamy-Edroux: Ouvrir la Voie et Sécuriser les Vestiaires
Jérémy Clamy-Edroux, joueur professionnel de rugby au Rouen Normandie Rugby (RNR), est le premier rugbyman professionnel français à avoir fait son coming out. Il a révélé publiquement son homosexualité en 2021, brisant ainsi un tabou dans ce milieu.
Il souligne que, dans le sport, les questions LGBTQI+ ont peut-être un peu de retard par rapport à d'autres activités, mais qu'il vaut mieux tard que jamais. Il pense que, malgré la virilité associée au rugby, ce sport est en avance sur le sujet de l'homosexualité.
Ses coéquipiers saluent son courage et estiment que son geste contribue à sécuriser les vestiaires et à mettre les joueurs à l'aise. Son compagnon, Clément, souligne que Jérémy a choisi les bons termes pour évoquer publiquement son homosexualité et qu'il a été rassurant lorsqu'il a appris la nouvelle.
Jérémy Clamy-Edroux a grandi sans véritable modèle d'inspiration qui lui ressemble. Il s'est dit que ça pouvait être bien de parler pour en être un à son tour, pour dire aux plus jeunes qu'on peut être homo et devenir joueur professionnel. Il est également membre de la CADET, la Commission anti-discriminations et égalité de traitement.
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Campbell Johnstone: De la Peur à l'Acceptation
Campbell Johnstone, ex-joueur de Biarritz, est le premier All Black à avoir fait son coming out. Il a révélé son homosexualité à la télévision néo-zélandaise en janvier 2024.
Campbell Johnstone s'investit pleinement en faveur de la cause LGBT +, autant auprès de la presse, pour raconter son histoire, que pour la Fédération néo-zélandaise de rugby (NZR), pour qui il fait des conférences et travaille sur des projets pour que le rugby soit « un peu plus inclusif ».
Il explique qu'avant de faire son coming out, il n'était pas assez fort mentalement et pas assez heureux pour être cette personne. Il pensait qu'en parlant en public, il aiderait les gens et resterait dans cette sphère qui lui permettrait d'agir en faveur de la communauté LGBT +.
Il se souvient avoir refoulé ses pensées homosexuelles pendant son adolescence, car il avait cette vision de ce qu'un All Black idéal devait être : hétéro, viril, fort, qui boit de la bière et tout ça. Il avait peur que son homosexualité le détourne de ses objectifs sportifs.
Il souligne que le langage utilisé dans les clubs a énormément changé et qu'il est plus respectueux. Il estime que la race, la nationalité, la religion, la sexualité, rien de cela n'aura d'importance une fois que les gens seront réunis uniquement pour la passion du sport.
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Les Défis Persistants et la Nécessité de Normalisation
Malgré les avancées et les témoignages courageux, l'homosexualité reste un sujet sensible dans le monde du rugby. Le fait qu'il y ait si peu de joueurs en activité ouvertement homosexuels suggère qu'il n'est pas si facile de se faire accepter, même en 2023.
Certains estiment qu'il n'est pas nécessaire que les joueurs crient leur orientation sexuelle sur les toits. Cependant, d'autres soulignent que les joueurs hétérosexuels parlent ouvertement de leur vie de famille, tandis que les joueurs homosexuels ne se sentent pas en sécurité pour vivre leur vie normalement.
Il est important de normaliser l'homosexualité afin que cela devienne tellement banal qu'on ne le remarque pas plus que la couleur des yeux ou des cheveux. Dans une société où ce serait vu comme normal d'être homosexuel, il n'y aurait pas de coming out.
Il est également essentiel de lutter contre l'homophobie et les discriminations. Les blagues sur les pédés vont bon train dans le rugby encore aujourd'hui. Il est donc important de veiller à ce qu'il n'y ait aucun terme stigmatisant ou blessant.