L'histoire de Colin Kaepernick, quarterback de football américain, est intimement liée à la lutte contre le racisme et les violences policières aux États-Unis. Son geste de protester en s'agenouillant pendant l'hymne national a déclenché une vague de contestation dans le monde du sport, suscitant à la fois admiration et controverse.
Un geste de protestation qui résonne
Tout commence le 26 août 2016, lors d'un match de préparation entre les équipes de San Francisco et Green Bay. Colin Kaepernick refuse de se lever pendant l'hymne américain, un acte qui attire immédiatement l'attention. Il explique son geste le lendemain : « Je ne peux pas être fier devant le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs et les gens de couleur. » Il fait référence aux violences policières contre les Afro-Américains, qui ont tragiquement coûté la vie à plusieurs personnes durant l'été.
Kaepernick, qui avait mené San Francisco au Super Bowl en 2013, souligne que ce problème dépasse le cadre du football américain et qu'il serait égoïste de sa part de détourner les yeux face à ces injustices.
"Star-Spangled Banner" : un hymne objet de subversions
L'hymne national américain, "Star-Spangled Banner", est un symbole fort aux États-Unis, et toute contestation à son égard suscite des réactions passionnées. L'hymne national fait souvent l’objet de subversions, comme le rappelle William Robin dans le New Yorker. Avant même de devenir l’hymne national, la chanson était utilisée pour célébrer la résistance des Américains contre les Anglais, au début du XIXe siècle. Devenue hymne national officiel en 1931, Star-Spangled Banner est ensuite subvertie par d’autres moyens : en 1967, Jimi Hendrix en fait une interprétation psychédélique à la guitare électrique ; un an plus tard, aux Jeux olympiques de 1968, Tommie Smith et John Carlos lèvent le poing sur le podium, en soutien au mouvement des Black Panthers.
Gabby Douglas, une gymnaste médaillée aux Jeux de Rio, en a fait l'amère expérience lorsqu'elle a été obligée de s'excuser pour avoir omis de mettre la main sur le cœur pendant l'hymne.
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Une mobilisation qui s'étend au monde du sport
Colin Kaepernick n'est pas le premier sportif à élever la voix contre le racisme. En 2014, Andrew Hawkins, joueur de football américain, avait porté un tee-shirt avec l'inscription "Justice pour Tamir Rice", en référence à un jeune garçon tué par la police.
Dans la NBA, Carmelo Anthony, Chris Paul, Dwyane Wade et LeBron James ont prononcé un discours appelant au "changement" lors de la cérémonie d'ouverture des ESPY Awards. LeBron James a exhorté les athlètes à faire "honneur" aux engagements de leurs prédécesseurs pour les droits civiques, citant Mohamed Ali.
Au sein de la WNBA, des joueuses des Minnesota Lynx ont porté des tee-shirts avec le message "Le changement commence avec nous", ainsi que les noms d'Alton Sterling et Philando Castile, deux hommes tués par la police. Malgré les amendes infligées par la WNBA, de nombreuses joueuses ont continué à protester, refusant de répondre aux journalistes sur d'autres sujets que le mouvement Black Lives Matter ou en portant des tee-shirts de soutien dans les vestiaires. Suite à cette mobilisation, la WNBA a suspendu les amendes.
Même depuis l’apparition du nouveau mouvement antiraciste Black Lives Matter (les vies des Noirs comptent).
Réactions et conséquences
Le geste de Colin Kaepernick a suscité des réactions diverses. Sur les réseaux sociaux, certains ont réclamé sa suspension, voire son licenciement. Cependant, les San Francisco 49ers ont pris sa défense, affirmant respecter la liberté d'expression de chaque individu.
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La NFL a rappelé son règlement, qui "encourage" les joueurs à se lever pendant l'hymne national, mais ne les y oblige pas. D'autres sports ont également été touchés par la contestation, comme le football féminin, où Megan Rapinoe a boycotté l'hymne, ce qui lui a valu une réprimande.
L'American Legion, une association d'anciens combattants, a accusé Colin Kaepernick de manquer de respect à l'armée. Les syndicats de police ont menacé de ne plus assurer la sécurité des équipes dont les joueurs "insulteraient" le professionnalisme des agents. Donald Trump, alors candidat à la présidence, a déclaré que le joueur ferait mieux de "trouver un autre pays".
Nike et Kaepernick : un partenariat controversé
Malgré la controverse, Nike a choisi Colin Kaepernick comme l'un des visages de sa campagne "Just Do It" pour les 30 ans du slogan. Cette décision a suscité des réactions mitigées, avec des appels au boycott de la marque, mais aussi un soutien important.
Nike s'est engagé à créer une basket au nom de Colin Kaepernick et à financer sa fondation d'aide à l'enfance. Gino Fisanotti, vice-président de la marque en Amérique du Nord, a souligné que Colin Kaepernick est "l'un des sportifs les plus inspirants de sa génération qui utilise la puissance du sport pour faire bouger le monde".
Suite à cette mobilisation, la WNBA a suspendu les amendes. Violaine Morin
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Kaepernick aujourd'hui
Depuis 2016, Colin Kaepernick n'a pas retrouvé d'équipe en NFL. Il a déposé une plainte contre la ligue, accusant les propriétaires de comploter pour l'empêcher de jouer. Un accord a finalement été trouvé en dehors des tribunaux.
Bien qu'il ne soit plus sur le terrain, l'influence de Kaepernick reste vive. Des joueurs continuent de s'agenouiller pendant l'hymne en signe de protestation. Le patron de la NFL, Roger Goodell, a encouragé les équipes à envisager le recrutement de Colin Kaepernick et a assuré que l'organisation soutiendrait le droit des joueurs à protester pacifiquement.