Les joueurs offensifs les plus marquants de l'histoire du basketball partagent des caractéristiques communes qui les distinguent : capacité à marquer près du panier, à tirer de loin, à servir leurs coéquipiers. De Michael Jordan à Kevin Durant, en passant par Allen Iverson et LeBron James, ils excellent dans tous ces domaines. Cependant, une qualité essentielle les définit : leur aptitude à exceller et à être performants dans les moments cruciaux. Mais qu'est-ce qui se cache derrière ces actions décisives ?
Définition du Terme "Clutch"
Le terme "clutch" désigne un joueur capable, sous la pression du résultat, de réaliser une action déterminante qui permet à son équipe de prendre l'avantage, voire de remporter la victoire. On parle de buzzer beater lorsqu'un tir réussi au terme d'un quart-temps ou d'un match, est déclenché avant que la sonnerie (buzzer) ne retentisse. On parle de game winner lorsque le tir en question permet à une équipe de l'emporter. Généralement, il donne l'occasion aux joueurs les plus clutch de s'illustrer.
Être clutch suppose d'être décisif dans les moments "chauds", souvent dans le money-time. L'adjectif caractérise des joueurs dotés de sang-froid, capables de résister à la pression et d'enchaîner avec réussite des tirs difficiles. Un clutch player brille dans les moments décisifs d'un match. Ces basketteurs excellent particulièrement dans ce genre de situation, où bien d’autres s’effritent, écrasés peu à peu par la pression de l’enjeu.
Clutch et Flow : Deux Concepts Distincts
Il est important de distinguer le "clutch" de l'état de "flow" (ou "flux"). Un joueur "dans la zone" ou "en feu" est un joueur qui réussit tous ses tirs et actions avec une aisance déconcertante.
Le "flow" est un état mental optimal caractérisé par une concentration intense. Le chercheur en psychologie Mihály Csíkszentmihályi a défini le flow comme un état mental optimal centré sur la concentration. En réalité, il n’invente rien et certains religions orientales comme le bouddhisme ou le taoïsme avaient déjà conscience de ce genre de procédé. On peut totalement retrouver ces 9 dimensions dans les propos d’Ayrton Senna que j’ai cité auparavant. Une capacité de maîtrise, de concentration et une perte de conscience personnelle qui mènent l’athlète à dépasser ses propres limites. Le « flow » est un état mental qui requiert un équilibre élevé entre le niveau de compétence (et donc de confiance en ses compétences) et le niveau de défi. Si le niveau de compétence n’est pas au niveau du défi, on tombe vite dans l’anxiété. Si le niveau de défi n’est pas au niveau des compétences, on finit dans l’ennui ou la relaxation. Si on résume en quelques mots l’état de « flow », on pourrait dire que c’est un mode d’urgence qui s’active dans le cerveau quand le défi est très élevé et que le sujet pense avoir les compétences pour le réussir.
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Des chercheurs (Christian Swann, Lee Croute et Stewart A. La différence entre les deux est la conscience de soi. Si dans le premier cas, le sujet ne fait que très peu d’efforts, pour ainsi dire pas du tout, le deuxième en fait, et pas qu’un peu. On le voit d’ailleurs dans la dernière lignes « outcome ». C’est d’ailleurs pour ça que beaucoup de joueurs clutchs ont eu des moments « on fire », car il y a des vraies similitudes et surtout que les joueurs qui font ça ont beaucoup de talents.
Un joueur "clutch", lui, est conscient de la pression et fait des efforts considérables pour réussir.
Finalement, n’est ce pas, dans un espace-temps souvent plus restreint, la définition aussi du « clutch » ? Le contre de LeBron James en 2016, n’était ce pas là un état de « flow » très restreint durant lequel son corps a poussé les limites de la course pour arriver à chasedown Iguodala ? Peut-être bien que si. Peut-être que non.
L'Exemple de Robert Horry : Un Joueur Clutch par Excellence
Robert Horry incarne parfaitement la notion de joueur "clutch". Bien qu'il n'ait jamais été une superstar dominante, il a remporté 7 bagues de champion, ce qui en fait l'un des joueurs les plus titrés de l'histoire. L' "échelle de Horry" est une échelle sur 5 étoiles qui permet de juger le caractère décisif d’une action. Elle n’est pas au nom de Jordan, LeBron, Bird, Miller ou Allen. En effet, ce n’est pas du vol. Robert a tellement d’actions clutchs au compteur. Des gros tirs face aux Kings en 2002, face aux Pistons en 2005, face au Magic ou aux Spurs en 1995.
Robert Horry est concentré, il est précis, toujours prêt à apporter et n’a pas peur de prendre les gros tirs. Cependant, il ne prend jamais feu, ne fera jamais de la performance XXL comme peuvent le faire les grosses stars. Jamais nous avons vu Robert Horry perdre sa conscience et shooter n’importe quoi comme un caillou dans l’océan. Robert Horry est la conception du joueur parfaitement clutch mais jamais dans la « zone ». La raison à cela ? Un manque de talent par rapport à des superstars ? Un manque d’occasions dû au fait qu’il jouait avec des superstars ?
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L'Impact Médiatique et le Storytelling
Avec l’explosion médiatique de la NBA d’un point de vue d’abord national puis international, avec l’arrivée d’Adam Silver et le coup marketing énorme avec la Dream Team de 1992, les gens ont de plus en plus de possibilités de voir de plus en plus de matchs. Aujourd’hui, quiconque le souhaitant (et ayant la motivation) pourrait regarder les 82 matchs de chaque équipe sans soucis. L’explosion des réseaux sociaux a aidé aussi à cela. Tout le monde peut voir des images et stats, tout le temps. Évidemment, le storytelling, déjà omniprésent auparavant, a grandi avec. C’est le sujet des travaux de chercheurs comme Thomas Gilovich, Robert Vallon et Amos Tverski. D’autres chercheurs, comme Jonathan Koehler et Caryn Conley, ont travaillé aussi sur ces questions, en prenant les 3 Points Contest de 1994 à 1997.
Cependant, ces études ont plusieurs soucis. Le premier, c’est qu’elles sont un peu datées. Les études de Gilovich datent des années 80 et celles de Koehler des années 90. De plus, l’échantillon est faible et ne permet pas de vraiment doser le vrai du faux. L’autre soucis, c’est la « Croyance populaire » qui pensent à 84% que la théorie de la main chaude est vraie.
Red Auerbach, c’est pas n’importe qui. C’est 9 titres en tant que coach et 11 en tant que GM. Red, c’est un personnage respecté de tous et qui a une voix qui porte ENORMEMENT dans le basketball, d’autant plus dans les années 80. Donc forcément, quand l’un des monsieurs les plus influents de la ligue critique ouvertement les travaux de Gilovich, c’est dur.
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