Le Tournoi des Six Nations, un événement annuel majeur dans le monde du rugby, est bien plus qu'une simple compétition sportive. C'est un héritage riche en histoire, en rivalités et en moments de gloire. De ses modestes débuts en tant que "Home Nations Championship" à son format actuel incluant l'Italie, ce tournoi a su évoluer tout en conservant son âme. Cet article explore l'histoire fascinante de cette compétition, ses moments clés, ses équipes dominantes et son évolution à travers le temps.
Les Origines : Le Home Nations Championship (1883-1909)
La genèse du Tournoi des Six Nations remonte à 1883, avec la création de l'"International Championship", opposant initialement les quatre nations britanniques : l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande et le Pays de Galles. Cette compétition, née de la fondation de la Football Rugby Union, a rapidement captivé les foules, en particulier avec la fameuse Calcutta Cup, mise en jeu chaque année lors du match entre l'Écosse et l'Angleterre depuis leur première rencontre en 1871, remportée par l'Écosse.
L'Ère du Tournoi des Cinq Nations (1910-1931 et 1947-1999)
En 1910, un tournant majeur s'opère avec l'intégration de la France, marquant la naissance du Tournoi des Cinq Nations. Le XV tricolore est invité à rencontrer l'Écosse le 22 janvier 1910 à Édimbourg. Malgré une victoire précoce sur l’Écosse dès 1911, à Colombes, par 16 à 15, la première période internationale du rugby français est marquée par de très lourdes défaites, l'équipe de France manquant de joueurs d'expérience. Cette époque est dominée par le pays de Galles, qui réalise le grand chelem (c'est-à-dire remporte tous ses matches dans le tournoi des Nations) en 1908, en 1909 et en 1911, et par l'Angleterre, auteur d'un même exploit en 1913 et en 1914. Le tournoi est interrompu de 1915 à 1919, à cause de la Première Guerre mondiale. Après 1918, le rugby connaît un développement considérable en France. Le rassemblement à Joinville des meilleurs joueurs sous les drapeaux permet de remarquables progrès, notamment chez les trois-quarts, où René Crabos, F. Borde et Adolphe Jauréguy sont considérés comme les meilleurs spécialistes d'Europe. Les victoires de 1920 à Dublin (première victoire à l’extérieur), de 1921 à Inverleith (Écosse), le match nul de 1922 à Twickenham illustre cet après-guerre. Un déclin se manifeste ensuite, qui est suivi d'une remontée. En 1927, la France bat l’Angleterre pour la première fois.
Cependant, cette période est interrompue en 1931 en raison de différends liés au professionnalisme et à la violence de jeu, entraînant l'exclusion de la France. Les relations entre les Français et les Britanniques ne vont reprendre qu'en 1939, après que l'unité ait été refaite en France et que le championnat ait été supprimé par le congrès de la F. F. Après l’interruption du fait de la Seconde Guerre mondiale, la France réintègre le Tournoi l’année de la reprise, en 1947, et affirme sa maturité, en l'emportant pour la première fois au pays de Galles, à Swansea, en 1948, et en Angleterre, à Twickenham, en 1951 : il a fallu attendre un demi-siècle pour que la France obtienne une victoire qui la place parmi les meilleures nations mondiales. Le XV de France est alors bien près de terminer à la première place, qu'il obtient enfin en 1954, ex-aequo avec le pays de Galles. Les avants Robert Soro, A. Moga, Jean Prat, G. Basquet et Jean Matheu avec les demis de mêlée Yves Bergougnan et Gérard Dufau marque particulièrement cette période. Sur le plan international, c'est surtout le pays de Galles (qui réalise le grand chelem en 1950 et en 1952) et l'Irlande (auteur d'un semblable exploit en 1948) qui se distingue. Les Gallois possèdent alors de remarquables lignes arrière avec H. Tanner, W. B. Cleaver, K. Jones, B. Williams, J. Matthews, et les Irlandais des avants généreux, K. Mullen, J. W. McKay ainsi que J. S. McCarthy et aussi un des plus grands demis d'ouverture de l'histoire du rugby, J. Le tournoi 1954, où la France partage la première place avec l'Angleterre et le pays de Galles, marque l'avènement du rugby français. En 1955, la France s'impose pour la deuxième fois à Twickenham. Après avoir battu les Springboks en Afrique du Sud pour leur première grande tournée en 1958, les Français, conduits par un de leurs plus grands capitaines, Lucien Mias, remportent seuls, enfin, le tournoi 1959 grâce à une suprématie totale d'un jeu d'avants remarquablement organisés et disposant de riches individualités, comme Alfred Roques, Roger Vigier, Aldo Quaglio, Bernard Momméjat, Jean Barthe, François Moncla, Michel Celaya, Michel Crauste en avants, Pierre Danos, R. Sur sa lancée, tour à tour sous le capitanat de François Moncla, de P. Lacroix, de Michel Crauste, de Christian Darrouy et de Christian Carrère, le XV de France remporte encore le tournoi en 1960 (avec l'Angleterre), en 1961, en 1962 et en 1967, avant de réussir son premier grand chelem en 1968, ce qui l’arrime définitivement au gotha du rugby mondial, et de terminer encore en tête en 1970 (avec le pays de Galles). Il dispose toujours d'avants d'une rare qualité athlétique et d'une grande aisance dans le jeu à la main (avec Amédée Domenech, A.
Cette période est marquée par des moments forts, des figures emblématiques et une ferveur populaire grandissante autour du rugby. Devant cette montée française, seule l'Angleterre, avec sa grande équipe de 1957 et de 1958, celle des D. Marques, de P. G. D. Robins, de C. R. Jacobs, de J. D. Currie, de D. Jeeps, de J. Butterfield, de P. Jackson, avait fait front. C’est ensuite l'ascension galloise, avec les succès accumulés en 1966, en 1969, en 1970, 1971, 1975, 1976, 1978 et 1979. Le Tournoi de 1972 n’a pas fait l’objet d’un classement, l’Écosse et le pays de Galles ayant refusé de se rendre en Irlande pour cause de guerre civile. Cette année-là a lieu la dernière rencontre à Colombes, l’occasion d’une victoire contre l’Angleterre. Les matchs suivants ont eu lieu au Parc des Princes. Cette période des années 1970 est marquée par le jeu très élaboré des Gallois, les premiers à adopter un système collectif de préparation pour leur équipe nationale et qui dispose d'atouts de premier ordre avec une paire de demis exceptionnelle, Gareth Edwards et Barry John, auquel succède Phil Bennett, le phénoménal pilier Graham Price, des trois-quarts bien menés par J. Dawes et un arrière offensif aux prodigieux moyens athlétiques, J.P.R.
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Les années 1980 sont dominées par la France, qui l’emporte à six reprises, réalisant deux grands chelems, en 1981 et en 1987 (avec ces deux années une victoire à Twickenham). L'équipe de France, entraînée désormais par Jacques Fouroux, possède d’excellentes lignes arrières menées par Philippe Sella (qui marque un essai par match en 1986) et Patrice Lagisquet pour les trois-quarts et par l'arrière Serge Blanco - considéré comme le meilleur au monde à ce poste. Les victoires écossaises sont rares et le grand chelem réussit par cette équipe en 1990 est à signaler, avec des joueurs comme le troisième ligne John Jeffrey et l’arrière Gavin Hastings, digne successeur du grand Andy Irvine. Le début des années 1990 voit le retour au premier plan de l’Angleterre, qui s’appuie sur la botte de Rob Andrew à l’ouverture, derrière un pack formidable emmené par le géant Peter Winterbottom qui peut fournir de bons ballons aux talentueux Will Carling, Jeremy Guscott et Rory Underwood : l’équipe empoche deux grands chelems d’affilée, en 1991 et en 1992. Entraînée par la paire Skrela-Villepreux, la France réussit ensuite deux grands chelems, en 1997 (en battant les Anglais à Twickenham) et en 1998 (en écrasant les Gallois 51 à 0 à Wembley), année où le Stade de France prend le relais du Parc des Princes. Le premier tournoi des Cinq-Nations féminin a lieu en 1999.
L'Ère Moderne : Le Tournoi des Six Nations (depuis 2000)
L’Italie s’immisce dans le concert des nations en battant en 1997, à Grenoble, la France, alors auréolée de son grand chelem : les Italiens se rapprochent du Tournoi, qu’ils rejoignent en 2000. Pour ce premier Tournoi des Six-Nations, ils battent l’Écosse chez eux. L’Angleterre est présente avec des victoires en 2000, 2001 et 2003, cette dernière assortie d’un grand chelem, en s’appuyant sur la solidité de Martin Johnson à la touche et de Lawrence Dallaglio en troisième ligne et sur l’immense talent de Jonny Wilkinson à l’ouverture. Le Tournoi devient de plus en plus un spectacle et s’ouvre à un nouveau public. La France améliore ses installations en inaugurant le centre international du rugby de Linas-Marcoussis en 2002. En 2004, on assiste au premier match en nocturne, au Stade de France, contre l’Angleterre. La fin de la décennie voit le réveil du pays de Galles, qui remporte deux fois le tournoi, assorti de deux grands chelems, après une décennie de disette, en 2005 et en 2008, avec une équipe emmenée par l'ailier Shane Williams. En 2009, l'Irlande réussit le grand chelem, qu'elle attendait depuis 1948, avec O'Gara à l'ouverture et les talentueux D'Arcy et O'Driscoll en trois-quarts, et l'Italie décroche sa quatrième cuillère de bois (cinq matchs, cinq défaites) en dix Tournois. Pour la première fois, un match est joué un vendredi soir. En 2010, pour ses 100 ans de présence dans le Tournoi, la France remporte le neuvième grand chelem de son histoire, avec notamment Sylvain Marconnet et Sébastien Chabal. En 2011, L'Italie bat la France pour la première fois.
Aujourd'hui, le Tournoi des Six Nations continue de captiver les foules et de susciter la passion à travers l'Europe. De février à mars, les meilleurs sélections nationales européennes s'affrontent dans un mini championnat qui donne souvent lieu à des matchs spectaculaires. Lors de la 131e édition du tournoi disputée du 31 janvier au 15 mars 2025, la France a remporté le trophée aux dépens de l'Angleterre, de l'Ecosse, du pays de Galles, de l'Irlande et de l'Italie.
Palmarès et Domination
L'Angleterre et le pays de Galles sont à égalité au sommet du palmarès du Tournoi des Six Nations. Les deux sélections ont chacune remporté 39 fois la compétition. Derrière, la France a été sacrée à 27 reprises, contre 24 pour l'Irlande et 22 pour l'Ecosse. Un palmarès qu'il faut toutefois mettre en perspective, étant donné que la France et l'Italie, au contraire des nations britanniques et irlandaise, n'ont pas disputé l'intégralité des éditions d'une compétition née en 1882. Ainsi, le XV de France n'a pas participé à ce championnat de 1882 à 1910, puis de 1932 à 1947. Si on regarde le palmarès uniquement pour le format Six Nations qui existe depuis 2000, avec l'intégration de l'Italie, c'est bien plus serré !
Format et Règles
Le tournoi des Six-Nations se dispute chaque année, opposant les équipes d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande, du pays de Galles, d’Italie et de France, qui se rencontrent chacune une seule fois. Le cas de l’Irlande est particulier : les joueurs de l’Irlande du Nord, britanniques, jouent avec ceux de l’Irlande du Sud, indépendante, défendant ainsi un pays qui n’existe pas. Traditionnellement, les lieux de rencontre changent chaque année, les hôtes de l'année précédente devenant les visiteurs l'année suivante. Chaque équipe jouait deux fois à domicile et deux fois à l'extérieur, mais cette égalité de traitement a pris fin avec le passage à six équipes lorsque l'Italie a rejoint le tournoi en 2000. Une victoire vaut 2 points, une défaite 0 point et, en cas d'égalité, chaque équipe marque 1 point. La différence entre les points marqués et les points encaissés (le goal-average) départage les équipes ayant obtenu le même nombre de points. Le grand chelem récompense l'équipe qui a battu tous ses adversaires.
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Enjeux et Perspectives d'Avenir
Si le Tournoi des Six Nations est aujourd'hui mondialement connu pour rassembler chaque année l'Angleterre, l'Ecosse, la France, le pays de Galles, l'Irlande et l'Italie, sa forme actuelle n'existe que depuis 2000.
Parmi les six nations qui participent chaque année à ce tournoi, trois sont des Etats membres de l'Union européenne : la France et l'Italie depuis 1957, ainsi que l'Irlande depuis 1973. L'Ecosse, le pays de Galles et l'Angleterre ne sont pas des pays, mais des nations constitutives du Royaume-Uni, membre de l'UE de 1973 à 2020, année du Brexit.
Récemment, l'intégration de la Géorgie ou de la Roumanie a été envisagée, tandis que des nations non-européennes, comme l'Argentine, l'Afrique du Sud, le Japon ou les Fidji ont fait part de leur envie de rejoindre le tournoi. L'avenir du tournoi pourrait donc être marqué par de nouvelles expansions et une compétition encore plus intense.
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