À Anfield, une tradition immuable précède chaque match : les 60 000 supporters de Liverpool unissent leurs voix pour chanter à pleins poumons "You'll Never Walk Alone". Cet air, mondialement connu des fans de football, est un hymne fondateur de l'identité du club, figurant même sur son blason. L'ambiance d'Anfield est réputée comme l'une des plus vibrantes d'Europe.
"You'll Never Walk Alone" : Un hymne né d'une comédie musicale
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, "You'll Never Walk Alone" n'a pas été créé spécifiquement pour le club de Liverpool. Sa version originale date de 1945, écrite par Richard Rodgers et Oscar Hammerstein pour la comédie musicale américaine "Carousel". Au fil des années, la popularité de l'œuvre a traversé l'Atlantique pour atteindre le Royaume-Uni.
Dans les années 1960, Gerry and the Pacemakers, un groupe de Liverpool ami des Beatles, réalise une reprise de la chanson. Cette version devient un véritable succès, atteignant le Top 10 des ventes en novembre. À la même époque, le DJ d'Anfield (l'un des rares au monde dans les stades de football à cette époque) diffuse le Top 10 des ventes avant chaque rencontre. Le public se l'approprie alors que les Reds retrouvent leur gloire au sommet du football anglais.
On raconte que Bill Shankly, l'entraîneur emblématique de Liverpool, a rencontré Gerry Marsden, le chanteur du tube, lors d'une tournée du club aux États-Unis à l'été 1964. Marsden lui aurait remis une copie dédicacée du single. Pourquoi cette chanson et pas une des Beatles, les stars planétaires de la ville ? Contrairement à Gerry and the Peacemakers, le légendaire groupe n'a jamais tranché entre Liverpool et Everton, l'autre club majeur de la ville.
Depuis les années 2010, les supporters de Liverpool sont devenus experts dans l'art de créer des chants à destination de leurs joueurs. Jamie Webster s'est engouffré dans la même brèche.
Lire aussi: Chanson rugby : immersion en Espagne
"Allez Allez Allez" : Un tube disco italien devenu chant de supporters
La reprise du tube italo-disco "Allez Allez Allez" par Jamie Webster est devenue un symbole de l'ère glorieuse de Jürgen Klopp. Le succès de Jamie Webster, qui a multiplié les chants dédiés aux stars de l'équipe, est tel que The Guardian le qualifie de "musicien semi-officiel" du club.
Mais d'où vient ce "Allez Allez Allez" qui résonne dans les stades ? Tout part d'un 45-tours italien de 1985, "L'estate sta finendo", du duo disco Righeira (déjà responsable du tube "Vamos a la playa"). Dans les années 2010, les supporters du petit club de L'Aquila reprennent le titre, après un concert dans la ville des Abruzzes de Stefano Righi, un des deux membres de Righeira. Les nouvelles paroles commencent par "Un giorno all'improvviso" ("Un jour soudain"), dorénavant le nom italien de ce chant qui conquiert plusieurs clubs de Serie A, du Genoa au Napoli.
Le morceau s'exporte ensuite. Atlético de Madrid, Glasgow Rangers… Après l'avoir découvert sur YouTube, des ultras de Porto le chantent dans le métro de Dortmund avant un match de Ligue Europa, en 2016. Un fan des Reds, Phil Howard, tombe cette fois sur cette nouvelle vidéo. « J'ai tout de suite voulu en faire une version, confiait l'Anglais au New York Times. Je ne tenais pas à ce que Manchester United ou Chelsea s'en emparent avant nous… »
Après un premier "Allez allez allez !", en déplacement à Porto justement, lors d'un 8e de finale de C1 en février 2018, les supporters de Liverpool en font vite un classique, adopté par d'autres clubs de Premier League (Arsenal, Aston Villa…)
"A Liverbird Upon My Chest" : L'hymne local
Le liver bird, oiseau fictif entre l'aigle et le cormoran, est le symbole de Liverpool et figure sur les armes du club. En 1986, après une finale de Cup gagnée 3-1 sur les voisins d'Everton, un fan, Phil Aspinall, écrit "A Liverbird Upon My Chest" (Un liver bird sur ma poitrine), qui peut compter jusqu'à 21 couplets selon les versions ! Un peu oubliée, elle refait surface en janvier dernier.
Lire aussi: Paroles des chants du PSG
Chants dédiés aux joueurs
Bien évidemment, les joueurs ont eux aussi droit à leur chansonnette. Certains en ont même plusieurs comme la star de l'équipe, Mohamed Salah. Le principal chant dédié au numéro 11 de Liverpool est "Egyptian King", sur l'air de "Sit Down", un titre de James, un groupe de Manchester. Héros du match aller au Parc des princes, le gardien brésilien Alisson Becker a droit, lui, à "All We Need Is Alisson Becker", sur l'air de "Radio Gaga", de Queen.
Idole d'Anfield et entraîneur des Reds de 2015 à la saison dernière, Jürgen Klopp a, lui, l'extrême honneur d'avoir un chant tiré d'un tube des Beatles, "I Feel Fine".
Les Beatles et Anfield : Une relation complexe
Malgré le chant pour Klopp et une adaptation de "Yellow Submarine", les Beatles, les autres icônes de Liverpool, ne fournissent pas forcément les airs les plus repris à Anfield. Les quatre garçons dans le vent n'ont jamais été des supporters revendiqués des Reds.
L'importance des chants de supporters
Les supporters chantent dans les travées des stades depuis l'antiquité. Démocratisé en France fin des années 1970 et au début des années 1980, le chant de stade trouverait son origine là où est né le sport lui-même : en Angleterre, à l'origine plutôt sous la forme de cris, de slogans repris à l'unisson. L'Italie a, elle aussi, sa part de responsabilité dans la propagation de cette pratique, dans la forme que l'on connaît aujourd'hui, et notamment en France, où elle a irrigué de son influence les premiers ultras, à Marseille.
Sans cesse en mouvement, la culture ultra fait émerger de nouveaux chants chaque année dans les tribunes pour venir enrichir le répertoire. Dans les stades, il n'est pas rare d'entendre émaner des tribunes des mélodies qui ont d'abord longuement squatté les rangs du Top 50.
Lire aussi: Ambiance Parc des Princes
Le dénominateur commun, bien souvent, c'est une mélodie à la fois entraînante et surtout abordable. En France, il faut que ce soit simple d'exécution, avec ce qu'on appelle des notes conjointes, des rythmes simples.