Bernard Pardo, né et façonné au cœur de la Provence, dans la ville de Gardanne, a marqué le football français par son parcours atypique, oscillant entre performances remarquables sur le terrain et une vie privée tumultueuse. Milieu de terrain combatif et endurant, il a évolué dans plusieurs clubs prestigieux, dont l'AS Saint-Étienne, le Sporting Toulon, l'Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain.
Des débuts prometteurs à Gardanne et Boulogne-sur-Mer
Bernard Pardo se lance dans le football professionnel avec un physique de santon, certes, mais un cœur énorme, un mental en acier et un troisième poumon. Il fait ses premiers pas à l'AS Gardanne, le club de sa ville natale, où son père a également joué. Il se révèle être un élément-clé du dispositif de son entraîneur de l’époque et participe à la montée de son équipe en division 4. Fort de cette saison l’US Boulogne-sur-Mer, en seconde division, propose de lui faire passer un essai… qui se révèlera concluant. Là aussi il sera un indéboulonnable du onze de départ et joue 33 des 34 rencontres du championnat. Le Gardannais n’arrive cependant pas à éviter la relégation, mais Lille va à son tour lui faire les yeux doux.
L'éclosion à Brest
Formé de manière relativement inexpliquée à Boulogne-sur-mer, c’est à 80 kilomètres de là, au Lille OSC, que Bernardo débute sa carrière. Mais le Grand Nord, qui l’a rendu dur au mal, ne le sied que moyennement. Lille est à l’époque (déjà ?) un club sans envergure et Bernard ne joue pas. Malgré ses 19 ans, il sait qu’il peut prétendre à autre chose et signe en 1980 à Brest, alors ambitieux club de Division 2. Pardo participe à la remontée du club et enchaîne les saisons pleines de promesses.
Brest était, il faut dire, à l’époque, LE choix de carrière intelligent. Bernard passe en Armorique ses plus douces années de footballeur, loin de l’agitation de sa fin de carrière. Mais, las des saisons entre la ligne de flottaison et le ventre mou, dans un club où les stars s’appelaient Jean-Luc Le Magueresse (le père de la chanteuse Nolwenn Leroy) et Gérard Buscher, Pardo se casse.
Il remporte le titre de seconde division et signe son premier contrat professionnel. Brest est le club où il a joué le plus de matchs (192) dans sa carrière. Il est resté cinq ans à Brest. C’est le seul club avec lequel il est allé au bout de son contrat.
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Selon Pardo, Brest avait de particulier une ferveur collective, toute la ville était comme ça. L’Arsenal vivait, la veille ville, la Rue de Siam, ça vivait beaucoup dans les cafés, les discothèques… Ils étaient accessibles, les gens aimaient ça. Son meilleur souvenir est le titre de champion en 81 lors de sa première saison avec Brest.
Saint-Étienne : une contribution à la remontée
Après son passage à Brest, Pardo rejoint l'AS Saint-Étienne. Malgré une sale blessure à l’intersaison qui le prive d’une quinzaine de matches, Bernard fait une très bonne deuxième partie de saison sous les ordres de Kasperscak. De l’avis des supporters verts, il contribue d’ailleurs grandement à la remontée. Il a joué une seule saison à l'AS Saint-Etienne pour 20 matches et 2 buts inscrits mais il a grandement contribué à la remontée des Verts en D1 sous la houlette d'Henri Kasperczak lors de la saison 1985-86.
Toulon : l'Étoile d'Or et la découverte de l'équipe de France Olympique
Lui, le vaillant et endurant joueur DE milieu va devenir un joueur DU milieu. Car signer au Sporting Toulon en 1986 est un vrai choix, un de celui que l’on doit assumer. Bernard va y côtoyer du lourd : le tout jeune David Ginola, le déjà costaud Bernard Casoni, le fantasque Pascal Olmeta, le pré-retraité de 24 ans Laurent Paganelli et d’autres joueurs méridionaux aux noms qui sentent le pastis. Le tout, bien entendu sous les ordres de Rolland Courbis, qui vient de prendre sa retraite de joueur.
Véritable machine à récupérer des ballons dans l’entrejeu, le joueur part ensuite à Saint- Étienne, puis à Toulon où il découvre l’Équipe de France olympique en 1987 et est nommé Étoile d’or de Ligue 1. Un titre récompensant le joueur le plus régulier de la saison.
Marseille : la finale de Coupe d'Europe et la blessure
Son statut international lui permettra d’être recruté par l’Olympique de Marseille en 1990. Comme dans toutes les équipes où il est passé, le Français se révèle être très performant lors de ses titularisations mais il devra cependant regarder son équipe depuis le banc de touche à partir des quarts de finale de Ligue des Champions en 1991. En effet, Bernard Pardo est victime d’une rupture des ligaments croisés du genou lors d’un entraînement. Il jouera la finale de Bari, de triste mémoire.
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PSG : une fin de carrière en pointillé
À l’issue de cette unique saison, l’OM décide de l’échanger, avec Bruno Germain et Laurent Fournier, contre Jocelyn Angloma du PSG. On entend ci-et-là que c’est sa dépendance à la poudre blanche et ses liens très douteux avec la mafia marseillaise qui l’ont fait quitter la Canebière pour rejoindre le PSG. Un exil forcé, il sert vaguement de monnaie d’échange dans le transfert de Jocelyn Angloma à l’OM. Arrivé blessé dans le club de la capitale il ne joue que 6 matchs et perd sa place en Équipe de France avant de rejoindre la réserve de Toulon. Sa carrière s’arrêtera finalement à 32 ans. Miné par une blessure répétitive, l'ancien Brestois ne dispute que six rencontres dans la capitale et ne s'y impose pas.
Les années sombres : affaires judiciaires et problèmes de santé
Fin 1993 il se fait coffrer aux Baumettes puis à Luynes pour participation active à un vaste trafic de cocaïne. Au bout de 6 mois il est libéré sous caution. Sans y voir un quelconque lien de cause à effet, Pardo avait payé de sa poche quelques mois plus tôt la libération de Francis le Belge… Simultanément, il est fortement suspecté avec d’anciens joueurs toulonnais d’être impliqué dans une affaire de matches truqués. 1995 : un de ses nombreux partenaires financiers, Christian Claisse, se fait coffrer pour escroquerie et abus de confiance après 3 ans de cavale.
Après une carrière bien remplie dont le point d'orgue a été la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions, il a connu une vie mouvementée agrémentée d'excès en tous genres. Décembre 1997, atteint au cœur, foie et pancréas est admis aux urgences de La Timone. Transplantation cardiaque. Les médecins sont par ailleurs contraints de lui éclater les chicos suite à une infection.
Reconversion et retour aux sources
En 2007, il gère le Bar de la Poste à Gardanne (Bouches-du-Rhône). Aôut 2004 : Bernard Casoni, un ami de longue date, lui offre le poste d’entraîneur adjoint de l’équipe d’Arménie.
Aujourd'hui, il habite à Gardanne (Bouches-du-Rhône), dans son petit village, il est rentré chez lui. Il suit toujours le Stade Brestois et a d’ailleurs donné le coup d’envoi contre Lens la saison passée.
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