De nos jours, les États fédéraux sont une structure politique courante, illustrée par des pays comme l'Allemagne, la Russie et les États-Unis. Cependant, des systèmes précurseurs de cette forme d'organisation se retrouvent dès l'Antiquité, notamment en Grèce avec la fédération Thessalienne (VIIe-VIIIe siècles avant J.-C.). Cette dernière mettait en place un système où chaque cité membre se réunissait pour décider d'une stratégie commune, particulièrement sur les plans militaire et économique. La Ligue de Délos (-478/-404), dominée par Athènes pendant une grande partie du Ve siècle avant notre ère, constitue un cas d'étude pertinent, tant par son histoire que par les transformations qu'elle a subies au cours de son existence.
Il est essentiel de définir certains termes pour éviter toute confusion. Une fédération est une association d'États qui abandonnent une partie de leur souveraineté à une autorité centrale. À l'inverse, une confédération est une association d'États qui conservent leur souveraineté. Enfin, une ligue est une alliance à but strictement militaire. La Ligue de Délos, initialement une alliance militaire, évoluera vers une forme de confédération puis, sous l'hégémonie d'Athènes, se transformera en une structure impériale.
I. La Genèse de la Ligue de Délos : Une Réponse aux Guerres Médiques
Entre -490 et -472, les cités grecques furent affaiblies par une série de deux guerres contre l'empire perse, connues sous le nom de guerres médiques. C'est durant ces conflits que se déroulèrent des batailles emblématiques comme Marathon (-490) et les Thermopyles (-480). Ces guerres marquèrent profondément l'histoire et le fonctionnement des cités grecques. Ayant subi de lourdes pertes et frôlé la reddition, les cités n'eurent d'autre choix que de s'unir pour repousser l'envahisseur perse.
Deux cités émergèrent grandies de ces guerres : Sparte et Athènes, les plus importantes de l'époque sur les plans politique, économique et militaire. Cette position dominante leur permit de se placer à l'avant-garde des Grecs pour mener à bien la victoire sur les Perses. Ainsi, Sparte et Athènes tentèrent de s'imposer comme leaders politiques en formant des alliances avec les cités voisines, afin de garantir une sécurité commune face à la menace perse. Sparte forma alors la Ligue du Péloponnèse, qui unissait principalement les cités de la région du Péloponnèse et de Béotie. De son côté, Athènes créa la Ligue de Délos en -478, regroupant surtout des cités maritimes autour de la mer Égée.
Plusieurs facteurs incitèrent les cités à s'allier au sein de la Ligue. La peur des Perses fut un puissant catalyseur, facilitant le rapprochement des Grecs, renforcé par une langue commune et une culture panhelléniste, en particulier une culture religieuse généralement similaire à tous les Grecs.
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Au moment de sa création, la Ligue de Délos affichait un fonctionnement apparemment équitable. Les cités membres se réunissaient plusieurs fois par an sur l'île de Délos pour décider des stratégies à adopter. Chaque cité disposait d'une voix, ayant le même poids que celles des autres. De plus, tous les membres versaient un tribut (en argent ou en hommes) à Athènes, afin de constituer une armée puissante et se préparer à affronter les Perses.
II. La Transformation de la Ligue : L'Ascension de l'Impérialisme Athénien
L'hégémonie d'Athènes sur la Ligue se transforma progressivement en impérialisme, particulièrement sous le mandat de Périclès. Un événement symbolique de cette prise de pouvoir fut le détournement, en -454, du trésor de la Ligue par Périclès vers Athènes, pour financer une politique de grands travaux dans la cité, notamment sur l'Acropole.
Cette appropriation forcée entraîna des contestations de la part des cités membres. Face à ces protestations, Athènes n'hésita pas à recourir à la violence pour s'assurer de la fidélité de ses alliés. Plusieurs cités importantes se révoltèrent et tentèrent de quitter la Ligue, comme Naxos (-468) et Samos (-440), mais furent violemment réprimées par les hoplites athéniens. Ultime humiliation, Athènes implanta des clérouquies (colonies de citoyens athéniens) à proximité des cités insurgées, afin de dissuader toute nouvelle révolte.
La situation se tendit au sein de la Ligue de Délos, et les premiers signes de désunion apparurent sous le mandat de Périclès.
III. La Guerre du Péloponnèse et le Déclin de la Ligue
Les tensions s'intensifièrent également avec les autres cités grecques, en particulier avec la Ligue du Péloponnèse. Dans cette volonté d'hégémonie sur toute la Grèce, les deux ligues s'engagèrent dans une guerre qui dura près de 30 ans : la guerre du Péloponnèse.
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Dans la première phase de la guerre, Athènes fut malmenée par Sparte, qui lança des raids autour de la ville. L'expédition de Sicile en -415 fut initialement lancée par Athènes dans le but de reprendre l'avantage dans ce conflit. Cependant, elle se solda par un désastre, marquant le début de la fin pour la cité, qui perdit la quasi-totalité de son armée. Athènes ne pouvait alors plus assurer la sécurité de son empire.
En -404, Lysandre, roi de Sparte, entra dans Athènes et imposa le démantèlement de la Ligue de Délos.
IV. La Ligue de Délos : Un Instrument de Domination Athénienne
La Ligue de Délos occupe une place particulière dans l'histoire du monde grec antique en raison de ses transformations. Fondée initialement comme une ligue militaire pour faire face aux Perses, elle prit la forme d'une confédération, où chaque membre avait une voix pour décider des stratégies à adopter. Cependant, Athènes transforma progressivement la Ligue en un instrument de domination, en détournant le trésor et en intervenant contre les cités dissidentes. De ce fait, les cités alliées perdirent leur souveraineté, transformant la Ligue en une forme de fédération sous contrôle athénien.
En 478 avant J.-C., la Ligue de Délos était une alliance militaire unissant près de 250 cités grecques contre la menace perse. Cette alliance, également appelée Première Confédération athénienne, permit aux cités grecques de tenir tête à l'Empire perse pendant plus de 70 ans. Les guerres médiques, par leur répétition et leur ampleur, poussèrent les Grecs à s'unir. Les cités mirent leur trésor en sécurité à Délos, une île des Cyclades abritant un temple d'Apollon, vénéré dans tout le monde grec, témoignant de leur collaboration et de leur implication à égalité.
La constitution de la Ligue de Délos fut une initiative des dirigeants athéniens Thémistocle et Aristide. Thémistocle était à l'origine des premiers aménagements du Port de Pirée et commanda la flotte athénienne lors de la bataille de Salamine, offrant à la Grèce une victoire importante contre les Perses. Aristide fut stratège lors de la bataille de Marathon, où eut lieu la victoire majeure des Grecs contre les Perses en 490 avant J.-C.
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L'objectif de la Ligue, créée dans le contexte des guerres médiques, était de se prémunir contre une éventuelle nouvelle guerre menée par les Perses, en mettant des ressources en commun : bateaux, équipage, finances. Pour éviter tout conflit ou prise de pouvoir d'une cité sur les autres, l'argent de la confédération était rassemblé sur l'île de Délos, où était érigé un temple à Apollon, et où nul n'était autorisé à s'installer, car l'ensemble constituait un sanctuaire panhellénique.
La Ligue de Délos rassemblait près de 250 cités grecques, principalement situées en Ionie, Carie, Hellespont, Thrace et dans les îles. Autrement dit, la Ligue concernait essentiellement la mer Égée et les côtes d'Asie Mineure. Sparte, l'un des plus grands adversaires d'Athènes, ne faisait pas partie de l'alliance, ce qui conduira à la dislocation de la Ligue de Délos.
Certaines cités, telles que Chios, Lesbos, Thasos et Samos, étaient suffisamment puissantes pour fournir à la Ligue des bateaux de guerre. La plupart des autres fournissaient un tribut en nature et en monnaie. Bien qu'unies contre les Perses, les cités de la Ligue de Délos n'étaient pas profondément alliées, et des révoltes éclatèrent parfois, à l'image de Thasos et Samos, ou encore de plusieurs villes d'Ionie dans les années 490 avant J.-C. En -469, Skyros se souleva, ainsi que Naxos.
Plusieurs raisons poussèrent Athènes à dominer la Ligue de Délos, malgré le désir d'égalité à l'origine du projet. L'importance de sa flotte de guerre fit d'elle le commandant naturel des bateaux et des frais associés. Quelques années plus tôt, Athènes avait dédié une grande partie des gains tirés de ses mines d'argent du Laurion à la fabrication de vaisseaux de guerre. Cependant, d'autres cités grecques, telles que Thasos et Samos, disposaient également d'une flotte importante, mais elle fut détruite lors de la révolte de ces cités qui, comme bien d'autres, estimèrent le tribut exigé par Athènes bien trop important, surtout depuis l'année -425, où la ville décida de le doubler. Athènes fut donc largement laissée maître dans le domaine naval.
Par ailleurs, Périclès prit pour prétexte la menace perse pour faire déplacer le trésor de Délos à Athènes en -454. La cité disposa alors d'importants fonds, qui renforcèrent sa suprématie. Pour justifier la prise de contrôle par Athènes, Périclès avança que, étant la principale cité à assurer la défense, notamment maritime, face aux Perses, elle méritait certaines compensations, comme l'installation du trésor en son sein. Périclès multiplia les initiatives qui firent d'Athènes la cité principale de la Ligue de Délos : il porta secours (vainement) aux Égyptiens attaqués par les Perses, il mena lui-même des troupes en direction de Corinthe où grondait la rébellion… En outre, Périclès assura que nul ne pouvait protester tant qu'Athènes continuait de garantir la sécurité des membres de la Ligue.
Selon Thucydide, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, la Ligue de Délos était d'abord fondée sur des décisions communes, prises après discussions au sanctuaire de l'île de Délos. C'est également là que chaque cité membre versait annuellement son tribut. Avec l'affirmation de l'hégémonie d'Athènes, les choses changèrent quelque peu. Les décisions se prirent à Athènes. C'est également là qu'était entreposé le trésor à partir de -454, et ce sont des Athéniens qui se chargèrent de le percevoir ainsi que d'en déterminer le montant. Ce dernier variait, entre autres, selon le degré de coopération dont faisait preuve chaque cité. Un décret finit par imposer aux cités l'utilisation des étalons athéniens en termes de poids et de mesures, afin d'éviter tout risque de faux-monnayage. On assista ainsi à une véritable centralisation du fonctionnement de la Ligue.
Par ailleurs, la réfection de l'Acropole sur les fonds de la Ligue de Délos contribua à l'hégémonie culturelle et religieuse d'Athènes. En -440, la ville imposa aux alliés de fournir une bête en sacrifice lors des Panathénées. Cinq ans plus tard, les alliés défilèrent à ces jeux en tant que colonies athéniennes.
V. La Dissolution de la Ligue et ses Conséquences
La Ligue de Délos prit fin avec la chute d'Athènes, lors de la guerre du Péloponnèse, face à Sparte, cité hostile à l'hégémonie athénienne dès la fondation de la Ligue. Sparte rassembla ses propres alliés dans la Ligue du Péloponnèse, qui comptait notamment Thèbes et des cités de Béotie. Sparte ne cessa de s'affronter avec Athènes, mettant à profit les différentes révoltes des membres de la Ligue de Délos. C'est finalement grâce au soutien financier perse que Sparte parvint à soumettre Athènes en 404 av. J.-C.
La Ligue de Délos fut fondée sous l'impulsion des Athéniens, Thémistocle et Aristide, afin d'opposer une force de résistance plus importante face aux Perses. Les guerres médiques venaient de prendre fin, mais la menace persistait. Malgré le prestige qu'il avait pu obtenir lors de la bataille de Salamine, Thémistocle subit dans les années -470 un déclin politique qui alla de pair avec la montée en puissance de Cimon. Face à leur conflit de point de vue en politique extérieure, Cimon obtint l'ostracisme de Thémistocle, c'est-à-dire un exil de la cité pendant dix ans pour aspiration à la tyrannie. Thémistocle considérait en effet que l'ennemi véritable d'Athènes était Sparte, tandis que Cimon craignait avant tout les Perses.
Sparte fut déstabilisée par un séisme qui détruisit et désorganisa une partie de la ville. La cité des "Égaux" subit dans la foulée une révolte de ses serfs, les hilotes. Le soulèvement, qui profita certainement de la faiblesse contextuelle de la cité, se poursuivit un certain temps, et engendra une rupture diplomatique avec Athènes. Après un tremblement de terre qui affecta profondément la ville de Sparte, les hilotes de la cité, dont le rôle s'apparentait aux serfs du Moyen Âge, méprisés et humiliés par les Spartiates, s'enfuirent et se révoltèrent. Athènes proposa son aide à Sparte, qui la déclina.
Athènes franchit le pas symbolique qui entérina son hégémonie en mer d'Égée : elle transféra le trésor de la Ligue de Délos au Parthénon. Après plusieurs guerres destinées à maintenir de force des cités dans l'union, la Ligue devint un empire, une "hégémonie" d'Athènes, sans pour autant être un État.
Élu en 443 avant J.-C., Périclès introduisit de nombreux changements dans la vie politique athénienne. Les citoyens de troisième classe pouvaient désormais devenir archontes. Le pouvoir de l'aréopage fut limité. Des indemnités furent accordées aux différents types de magistrats, afin que les citoyens n'hésitent pas à se présenter pour des questions d'argent.
Symbole athénien par excellence, le Parthénon est un temple de l'acropole d'Athènes érigé à l'initiative de Périclès sur les fonds de la Ligue de Délos, dont le trésor avait été rapporté à Athènes. C'est dans ce temple que le trésor était conservé, ainsi que celui propre à la ville.
En -443, Périclès fut élu pour la première fois au rang de stratège. Il le sera quinze fois d'affilée ou presque. Ses initiatives conduisirent Athènes à détenir la suprématie sur la Ligue de Délos. Favorisant la démocratie athénienne par de nombreuses réformes civiques, il mena aussi des troupes lors des guerres du Péloponnèse.
Menée par Archidamos II, Sparte et ses alliés de la Ligue du Péloponnèse se lancèrent dans diverses incursions dans l'Attique. En dépit des ravages causés, Périclès préféra ne pas intervenir.
Après avoir dirigé Athènes presque en continu entre -443 et -429, Périclès mourut de la peste d'Athènes (maladie inconnue), quelques mois après avoir été réélu stratège. Il succomba ainsi à la grande épidémie, qui toucha Athènes à cette époque, et qui emporta également ses deux fils ainsi que des milliers de citoyens.
Les Athéniens prirent le dessus sur l'armée spartiate à Sphactérie, et capturèrent alors environ 400 hoplites. Parmi ces soldats, au moins cent étaient Spartiates, la victoire fut alors également psychologique : ces armées, dans lesquelles combattaient des "égaux", étaient réputées pour leur invincibilité.
Athènes et Sparte mirent un terme à dix années de conflit, en signant un accord instaurant une paix de cinquante ans. La paix de Nicias permit une pause dans la guerre du Péloponnèse. Née d'une rivalité entre la démocratie athénienne, qui cherchait à répandre (voire à imposer) son modèle à travers la Ligue de Délos, et le régime oligarchique de Sparte qui souhaitait conserver sa prédominance, cette guerre aboutit finalement au statu quo.
Le stratège athénien Alcibiade fut atteint par une affaire de profanation de statues d'Hermès, les hermai. La crise qui s'ensuivit fut majeure dans la cité, qui craignit un complot. Prêt à affronter les accusations, Alcibiade, alors commandant de l'expédition en préparation pour Syracuse, voulut un jugement avant son départ. Finalement on le laissa partir, mais ce disciple de Socrate et membre de la famille de Périclès sera rappelé à Athènes : risquant la peine de mort, il opta pour la trahison.
Face aux conflits qui se poursuivirent entre les cités grecques, et à l'expédition d'Athènes en Sicile contre Syracuse, Sparte annonça qu'elle rompit la paix de Nicias. Prévue pour durer cinquante ans, cette paix atteignit péniblement les sept ans.
Le stratège Nicias, qui conduisit un des deux contingents de l'armée athénienne présente en Sicile, ne parvint pas à traverser l'Assinaros, et se fit prendre au piège par l'armée de Syracuse. Ses troupes furent massacrées et lui exécuté. Quant à Démosthène, à la tête de l'autre contingent, il se fit encercler : exécuté lui aussi, ses soldats furent, quant à eux, enfermés dans des carrières, les Latomies. Les conditions de captivité furent extrêmes et les survivants seront vendus comme esclaves.
Après l'échec de l'expédition de Sicile, Athènes subit une grave crise politique et financière. La démocratie fut alors renversée pour être remplacée par un système oligarchique : le régime des Quatre cents. Mais l'armée qui s'était reconstituée à Samos n'était pas prête à l'accepter. De surcroît le régime échoua dans ses négociations de paix avec Sparte. Il sera remplacé par le régime des Cinq milles dès le mois de juin. Mais le peuple et l'armée le mettront en échec, et la démocratie sera restaurée.
Profitant des difficultés de politique intérieure à Athènes, Alcibiade acheva de se racheter aux yeux de ses concitoyens en multipliant les victoires militaires. Conduisant la flotte, il fut victorieux à Cyzique. Cette troisième victoire consécutive face à Sparte mit Athènes en position de force.
De retour à Athènes, les stratèges victorieux lors de la bataille des Arginuses furent jugés et condamnés à mort. La victoire sur Sparte ne pardonna pas, aux yeux des Athéniens, l'abandon des naufragés en pleine mer suite à une tempête. Pour Athènes, cette victoire au cours de la guerre du Péloponnèse fut la dernière.
Lysandre, à la tête d'une flotte de 180 navires spartiates, attaqua par surprise et infligea une sévère défaite à la flotte athénienne, postée à Aigos-Potamos. Constituée de 170 trirèmes et dirigée par Conon, cette flotte avait pour but de garantir le ravitaillement en blé d'Athènes. La cité se retrouva donc dans une situation intenable.
Assiégée, affamée et dénuée de ressources militaires navales, Athènes capitula et fut contrainte d'accepter les conditions imposées par Sparte. Les longs murs qui l'entouraient, symbole de sa puissance, furent détruits tandis que l'Empire, existant à travers la Ligue de Délos, fut dissout. Mais surtout, la démocratie fut remplacée par un régime oligarchique : le conseil des Trente. Sparte imposera ensuite à toutes les démocraties construites sur le modèle athénien des décarchies, oligarchies gouvernées par dix personnes. Ces régimes, autoritaires et violents, seront perçus comme une régression, notamment à Athènes qui l'interpréta comme un retour à la tyrannie.
La symmachie ou alliance militaire entre les États autonomes de la mer Égée, à partir de 477 av. J.-C., prit le nom de « Ligue de Délos » car, pendant plusieurs années, le trésor des cités fut déposé dans l'île de Délos, centre religieux très vénéré. Créée à l'origine pour lutter contre les Perses, la Ligue se transforma petit à petit en empire athénien et, en 451 av. J.-C., le trésor confédéral fut transporté à Athènes. La Ligue assura en fait la suprématie économique et militaire de cette ville. Elle domina plus de 250 cités (les îles, l'Ionie, la Carie, l'Hellespont et la Thrace). Chacune d'entre elles, tout en gardant son autonomie, dut s'acquitter d'un impôt, le phoros, payé aux Athéniens, dont le montant était fixé tous les quatre ans lors de la célébration des Grandes Panathénées. Des magistrats athéniens, les episcopoi, furent présents dans chaque cité de la Ligue et veillèrent aux intérêts d'Athènes. Des clérouquies, ou colonies athéniennes, furent installées chez tous les confédérés. L'usage des monnaies athéniennes, « à la chouette », fut généralisé chez tous les membres de la confédération. La Ligue de Délos fut officiellement dissoute en 338 av. J.-C.
Constituée en 477 avant J.-C., la capitale officielle était Délos, sanctuaire panhellénique vénéré, où le conseil de la Ligue devait siéger chaque année. Mais le centre réel était Le Pirée, et la direction athénienne prit de plus en plus l'allure d'une domination. Quand la paix de Callias (449-448) mit fin aux guerres médiques, la Ligue perdit sa raison d'être et devint l'instrument de l'Empire athénien : transfert du trésor fédéral à Athènes (454) ; suppression du conseil fédéral au profit de l'assemblée du peuple (ecclésia) ; fondation des clérouquies (colonies peuplées d'Athéniens).