L'histoire du handball féminin français est intrinsèquement liée à celle de clubs emblématiques tels que l'ASPTT Metz, devenu plus tard Metz Handball. Ces clubs ont non seulement dominé la scène nationale, mais ont également contribué à l'émergence de l'équipe de France féminine sur la scène mondiale. Cet article explore l'histoire et le palmarès de ces clubs, ainsi que l'impact de figures emblématiques comme Olivier Krumbholz.
Les Débuts et l'Ascension du SMEC Metz
Tout prédestine Olivier Krumbholz à briller sur les planchers. Des parents professeurs d’éducation physique, à l’Ecole Normale de Montigny-les-Metz pour son père, au lycée Robert Schuman pour sa mère. Un frère aîné, Jean Paul, « accro » de hand, qui pendant dix ans sera son entraîneur au SMEC. Au terme d’une scolarité, bien gérée, au collège Barbot à Metz, cet élève studieux opte pour la section sport et études du lycée Raymond-Poincaré de Bar-le-Duc, spécialisée dans l’athlétisme et le handball: «historiquement, la première en France ». Le BAC en poche, cet élève studieux peut dès lors prétendre à poursuivre sa formation à l’UFR STAPS de Nancy. « Malheureusement, une grave blessure au genou m’oblige à jeter l’éponge, en cours d’année ». L’étudiant frustré ne pourra donc pas suivre le chemin tracé par ses parents et c’est finalement dans le sillage de son frère qu’il va se faire remarquer. Arrière gauche vigoureux de l’équipe première du SMEC, évoluant en 1ère division, Olivier, dès l’âge de 16 ans entraîne, en parallèle, les cadets, puis les juniors du club . « La belle époque où Metz compte deux équipes au plus haut niveau, le SMEC et l’ASPTT. Une situation unique dans le monde du hand ». Période glorieuse, marquée profondément par ces derbys épiques qui enflamment le Palais des Sports Saint-Symphorien. « Une fantastique émulation et en même temps un grand gâchis. En ratant la fusion des deux associations, Metz va perdre de sa superbe et disparaître purement et simplement de l’élite ».
L'Épopée Messine et l'Ascension de l'Équipe de France
Dans les années 90, l'histoire des Messines est intimement liée à l'accession des tricolores aux meilleures places mondiales. Le premier titre de championnes de France en 1989 est gagné notamment grâce à Corinne Zvunka, l'épouse d'Olivier Krumbholz. Ce dernier arrache un premier trophée, suivi de quatre autres jusqu'en 1995. Olivier Krumbholz a quitté l'ASPTT Metz pour se consacrer à l'équipe de France junior, puis à l'équipe senior en 1998 et les résultats ont suivi la courbe de progression de Metz.
À l'entame de la finale mondiale France-Norvège le 12 décembre 1999, la première de l'histoire du handball féminine tricolore, une seule joueuse sur le parquet n'est pas licenciée à Metz : Valérie Nicolas, la gardienne de but. Si la première finale est perdue 25-24 face aux nordiques, l'histoire retiendra que la médaille d'argent des mondiaux 99 est la première d'une série de quatorze à ce jour pour l'équipe de France.
Domination Nationale et Défis Continentaux
Au début des années 2000, alors que ses cadres partent tenter leur chance à l'étranger, l'ASPTT réussit à maintenir son niveau et au coude à coude avec Besançon, engrange de nouveaux titres : entre 1999 et 2009, les Messines n'en laissent échapper que deux. À leur tête, un autre messin, Bertrand François, qui a pris la suite d'Olivier Krumbholz sur le banc mosellan. Hormis une parenthèse en 2003, Bertrand François poursuit la moisson de titres jusqu'en 2010. Devenu Metz Handball la même année, le club remercie Bertrand François qu'il estime responsable de nombreux échecs à l'échelle continentale.
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L'équipe de France traverse une décennie difficile : en dehors du titre de champion du monde en 2003, la France ne ramène que du bronze et de l'argent de ses campagnes européennes et mondiales. Le handball continental moderne se déplace progressivement vers l'Est.
Renaissance et Succès Récents
En 2017, la dynamique collective est relancée : Metz enchaine les titres de championnes de France, et conforte sa place parmi les meilleurs clubs européens. L'équipe de France devient presque invincible : titres mondiaux en 2017 et 2023, européen en 2018 et olympique en 2021.
La belle histoire entre le Metz Handball et l'équipe de France se poursuit, puisque l'équipe actuelle mosellane compte cinq internationales françaises dans son collectif.
Olivier Krumbholz : Un Entraîneur d'Exception
Olivier Krumbholz, entraîneur et sélectionneur de l'équipe de France féminine de handball, né à Longeville-lès-Metz, est une figure emblématique du handball français. Sa popularité est due à un palmarès décoiffant, un franc-parler et une éthique du coaching. Il veille scrupuleusement aux rapports humains au sein de l'équipe sportive.
On lui a reproché une forme d'autoritarisme, qui lui aurait valu la perte du poste de sélectionneur en 2013 : « Le courant ne passait plus avec les cadres de l'équipe, qui ne supportaient plus ses méthodes autoritaires. La blessure fut profonde et Olivier Krumbholz a mis longtemps à cicatriser », assure Jérôme Porier. Ce sont les joueuses qui militent alors pour son retour, acté en 2016.
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Olivier Krumbholz : « Je suis revenu en courant. Plusieurs joueuses m'avaient demandé si j'accepterais de revenir les entraîner et du tac au tac, j'avais répondu : je traverserais tous les océans à la nage pour revenir vous entraîner. Ça les a convaincues que j'avais envie, que j'avais encore la patate. Un entraîneur doit être lui-même. À partir du moment où il se théâtralise, il perd toute authenticité et ne peut pas, par exemple, développer de charisme. Il faut rester soi-même tout en apprenant à évoluer. Je le dis souvent : on ne change jamais mais on évolue. Moi, je suis un colérique terrible mais j'ai appris à me discipliner, sans me travestir. Il y a des choses qu'on peut dire avec colère, mais toujours avec respect.
En visitant son parcours, où le sport et le hand s'imposent dès l'enfance, on reçoit dix sur dix la puissance des vibrations et des émotions de sa vie, celle d'un joueur, puis entraîneur de hand désormais auréolé : « L'entraîneur lorrain laissera une trace indélébile dans l'histoire du sport français », écrit Jérôme Poirier. On comprend d'autant mieux à l'énoncé de son éthique du coaching.
Olivier Krumbholz : « Si on ne regarde pas les choses de manière un peu philosophique, on ne peut pas tenir dans ce genre de métier, la pression est trop forte et les événements difficiles seraient insupportables à vivre. C'est pour cela que je ne considère pas qu'un grand sportif gagne tout le temps ; ceux qui gagnent tout le temps sont ceux qui dominent de manière outrageuse au travers de qualités physiques exceptionnelles. Ils dominent souvent grâce à un potentiel supérieur, plus que par rapport à un savoir-faire.
Un état d'esprit cicatrisant plus vite la blessure d'une finale perdue à Lille contre la Norvège aux JO de Paris ? « Je ne dirais pas que cette défaite a été blessante parce que rien ne nous est dû et rien ne nous est acquis. On a perdu contre notre plus bel adversaire, qui a été nettement plus performant que nous sur ce match. On fera bien sûr une analyse de l'échec mais il faut aussi rester raisonnable, beaucoup auraient aimé avoir cette médaille d'argent, et moi je la prends de bon cœur ».
D'autant qu'il rentre des JO le cœur ému, bercé par une « ovation extraordinaire quand on est montés sur la deuxième marche du podium. C'est d'ailleurs ça, la plus belle évolution du hand féminin [depuis qu'il pratique à l'ASPTT Metz en 1986, ndla], c'est le respect qu'on a obtenu de la part des Français au fil des années. Ces JO, d'une manière générale, c'était une fête extraordinaire. Il y aura beaucoup à débriefer sur la vie dans le Village olympique, parce qu'il y avait des choses extra mais d'autres qui n'ont pas suivi [il cite plusieurs défaillances d'ordre technique ou d'organisation, ndla], après, ce ne sont que des détails, on finira par s'en foutre, on retiendra surtout l'émotion et le partage avec le public. Ce qui était extraordinaire, c'est le remplissage et l'ambiance dans les salles.
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Avec les multiples victoires internationales d'Olivier Krumbholz à la tête des Bleues (championnes d'Europe 2018, championnes du monde 2003, 2017 et 2023, championnes olympiques en 2021…) et son parcours hors-norme d'entraîneur « le plus titré de l'histoire », on ne note même plus les sous-titres, les vice-podiums, les succès en Coupe de France, lorsque Olivier Krumbholz entraînait le club de Metz, ni ses sélections en tant que joueur en équipe de France dans les années 80, en « solide arrière-gauche » (2). Époque lointaine et fondatrice.
Formation et Parcours Lorrain
La force forgeant ce palmarès, il l'a en partie puisée à Metz. Né à Longeville-lès-Metz en 1958, d'un père mosellan, d'une mère marnaise, il est écolier à Montigny-lès-Metz, « J'avais intérêt à me tenir à carreau parce que mon père étant professeur d'éducation physique dans cette école, il savait dans la journée toutes les bêtises que je faisais », puis collège Barbot, à Metz. « Je suis ensuite parti à Bar-le-Duc, en 1974, quand je suis rentré en seconde. C'était l'époque de la création des sections sport-études et la Lorraine avait choisi non pas Metz mais Bar-le-Duc. Les deux tiers des étudiants étaient des Messins, exilés à Bar-le-Duc. Je suis ensuite venu étudier à Nancy ».
Sport et hand, il en rêve très tôt, « déjà à l'école primaire, je commençais à jouer. Quand j'étais au collège, je pensais plus au handball qu'aux cours. Je n'étais pas un élève très sérieux, ni brillant, j'aimais bien m'asseoir près des fenêtres pour regarder dans la cour les matchs de foot des copains ».
Le sport, chez les Krumbholz, c'est d'abord messin, mosellan… et familial. Olivier Krumholz, avant d'entraîner, joue au SMEC (Stade messin étudiants club) avec ses frères, on parle alors du « trio Krumbholz », faisant écho à un autre trio de la même région (du côté de Ban-Saint-Martin), celui des frères Zvunka, célèbres footballeurs.
ASPTT Metz : Une Étape Clé dans la Carrière de Krumbholz
Un rendez-vous manqué avec un avenir plus florissant, mais aussi et surtout une occasion rêvée, pour le joueur du SMEC, de se remettre en question en saisissant une belle opportunité à 28 ans, celle d’entraîner l’équipe féminine de l’ASPTT Metz. Une reconversion inattendue, mais parfaitement réussie, avec à la clé six titres de champions de France et une rencontre sentimentalement capitale, « avec Corinne Zvunka, brillante capitaine de l’équipe et qui deviendra ma femme ». Tremplin idéal sur le plan technique, pour attirer l’attention des instances fédérales « qui me confient la gestion de l’équipe de France junior durant six ans ». En 1998, ultime marche franchie vers les sommets, avec la décision de la Fédération de nommer Olivier, entraîneur de l’équipe nationale… pour un bail de 15 années, sans interruption, marqué, comme il se doit, par des hauts et des bas. On retiendra ainsi 4 finales de Championnats du Monde (1999,2009, 2011, 2013), dont une gagnée en 2013. Deux médailles de bronze aux Championnats d’Europe (2002, 2006), avant d’en décrocher une troisième, lors de son retour aux affaires en 2016. « Nous allons même réaliser un exploit unique dans les annales de ce sport, en enchaînant cinq qualifications consécutives, pour les Jeux Olympiques, mieux que la Norvège, qui en affiche quatre à son compteur… mais avec, à l’arrivée, deux médailles d’or ». Autre référence notoire, l’équipe du manager messin se qualifiera pour toutes les compétitions significatives de 1999 à 2013. Un palmarès inédit qui ne suffira pourtant pas à sauver la tête de cet entraîneur d’exception, pris dans une zone de turbulence en 2013, au sortir d’un quart de finale des Jeux Olympiques, perdu face au Monténégro, par un petit but à la dernière seconde.
Seize ans avec les Bleues
Olivier Krumbholz est remercié par les instances nationales. « Une sanction sévère et difficile à digérer. Mais mon sort semble avoir été scellé quelques mois plutôt. Cette défaite aura été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Trois ans de tunnel, empreints d’une grosse déception ; « après ce revers contre le Montenegro, nous avions pourtant les capacités de rebondir légitimement. Mais à priori, la cause était entendue depuis un certain temps ». Trop longue absence à la tête de l’équipe de France aux conséquences préjudiciables, puisqu’après une série inquiétante de lourdes désillusions, les Bleues de l’après-Krumbholz, se retrouvent dos au mur, avec l’obligation de passer par un tournoi de rattrapage, afin d’ obtenir leurs billets pour Rio. La compétition de la dernière chance ayant lieu à Metz, la Commission technique de la Fédération a la bonne idée de rappeler, pour une seizième saison de coaching, l’enfant du pays. Dans des Arènes chauffées à bloc, les « filles » de l’entraîneur ressuscité, renversent la vapeur et décrochent leur visa pour le Brésil. Mission accomplie pour Olivier Krumbholz qui manquera d’un cheveu la médaille d’or, de nouveau battu, en finale, par la Russie, véritable bête noire des tricolores. Une inoubliable médaille d’argent qui comble d’aise la délégation française. Avec calme et lucidité, Olivier a su négocier ce virage périlleux, assurant, dans la foulée, la pérennité de son contrat, prolongé jusqu’aux Championnats d’Europe de 2018, qui auront lieu en France et dont Nancy sera ville étape.
L'Impact du Mondial 2017 et l'Avenir du Handball Lorrain
Durant ses trois ans de mise à l’écart, Olivier Krumbholz n’a pas perdu son temps. Œuvrant avec enthousiasme pour la candidature de la France à l’organisation des championnats du monde masculin, il peut se réjouir légitimement, aujourd’hui, d’avoir apporté sa pierre à l’édifice. « Cette compétition nous ayant échappé en 2015 au bénéfice du Qatar, plus grande encore est notre satisfaction d’avoir pu aboutir à l’obtention de ce rendez-vous international incontournable, qui plus est, avec une belle étape à Metz ». Après l’Islande en 1995, la France en 2001, la Croatie en 2009, la Suède en 2011 et le Qatar en 2015, retour à Bercy pour les hommes de Claude Onesta. « Nous aurions aimé les accueillir chez nous en phase de qualification, malheureusement la capacité des Arènes, voire même celle du Galaxie, s’est avérée insuffisante au moment du choix ». Même déception pour nos voisins d’Outre Rhin et pour le public lorrain qui auraient souhaité voir évoluer l’équipe d’Allemagne en Moselle. Un mal pour un bien, car la poule proposée à Metz, selon Olivier Krumbholz, est sans nul doute la plus attractive. « Si l’Espagne, l’Islande et la Slovénie devaient passer, au terme terme d’un combat acharné pour décrocher la première place du groupe, la lutte sera très serrée pour la 4ème position qualificative entre la Tunisie, l’Angola et la Macédoine. Voilà qui promet du grand spectacle ». Même s’il n’a pu influer sur la candidature messine pour l’attribution de cette étape en Lorraine, « ne pouvant être juge et partie », l’entraîneur de l’équipe de France féminine ne cache pas sa fierté de voir ainsi sa ville de cœur placée sous les feux de la rampe. « Il s’agit d’un évènement planétaire. Ce coup de projecteur fera du bien à notre agglomération. Une vitrine lumineuse pour notre métropole ». Une véritable montée en puissance pour la Ligue de Lorraine, qui depuis les ¼ de finale du Mondial Masculin en 2001 à Amnéville, a eu le privilège de recevoir le 2ème tour du championnat du monde féminin en 2007, puis, plus récemment, le Tournoi Qualificatif pour les Jeux Olympiques de Rio, avant d’accueillir en décembre 2018, à Nancy, une poule de l’Euro féminin. « Sans oublier la présence récurrente et valorisante de Metz Handball, au plus haut niveau. Un vrai joyau pour notre région ». Porté par cette dynamique, Olivier Krumbholz mesure le chemin parcouru depuis ses premières envolées sur le parquet du Palais des Sports Saint-Symphorien sous les couleurs du Smec. Étonnamment, c’est dans une remontée fantastique des Bleues, lors d’un match complètement fou, face à la Hongrie en 2003, qu’il faut rechercher le souvenir émotionnel le plus marquant du coach des tricolores. « Être mené de 7 buts, à 7 minutes de la fin de la rencontre, revenir à égalité à quelques secondes du terme du temps réglementaire et l’emporter finalement de trois buts dans les prolongations. Scénario incroyable que seul le sport peut nous procurer ». Quant à la déception la plus cauchemardesque ? Bien évidemment, cet échec traumatisant lors des Jeux Olympiques de Londres, face au Monténégro, d’un petit but d’écart, « en ayant été considérée comme la meilleure équipe du début du Tournoi. ». La page est tournée désormais pour ce compétiteur hors pair, dont la silhouette bondissante reste bel et bien indissociable du destin de l’équipe de France féminine. Profitant d’une trêve bien méritée avec les Bleues, Olivier, quinze jours durant, va pouvoir se consacrer pleinement à sa mission de responsable sportif du Mondial 2017.