L'US Dax, club de rugby à XV emblématique des Landes, a marqué l'histoire du rugby français par son jeu, ses joueurs d'exception et sa contribution au XV de France. Malgré une popularité et un vivier de talents impressionnants, le club n'a jamais réussi à décrocher le titre de champion de France, laissant derrière lui un sentiment de regrets.
Les Années de Promesse (1950-1960)
Dès le début des années 1950, une génération de jeunes joueurs émerge à Dax, permettant au club de se faire connaître sur la scène nationale. L'US Dax dispute ainsi la première finale du championnat de France de son histoire en 1956, mais s'incline face au FC Lourdes (20-0).
Après une excellente première partie en poules de 8 en 1960, l'USD est considérée comme l'une des favorites au titre. Après avoir écarté le Stade toulousain et l'US Tyrosse en début de phases finales, elle retrouve le FC Lourdes en demi-finale.
Finales Cruelles et Désillusions (1960-1970)
Les années 1960 sont marquées par plusieurs occasions manquées pour l'US Dax. En 1961, menés par leur pilier Berilhe, les rouge et blanc atteignent facilement le stade des quarts de finale, pour lesquels ils battront difficilement le Stade rochelais d'Arnaud Elissalde. En finale, ils affrontent l'AS Béziers au stade de Gerland. Les avants se neutralisent pendant la première mi-temps, le score restera longtemps réduit à 3 partout. Si les Dacquois sont à l'initiative de plusieurs actions dangereuses en deuxième mi-temps par l'intermédiaire d'Othats, Bénédé, P. Albaladejo et Carrère, c'est le drop converti par Pierre Danos, pourtant défavorablement placé cinq mètres derrière la ligne d'en-but et quasiment sur celle de la touche, qui clôt l'issue du match à l'avantage des Bitterois sur le score de 6 à 3.
La saison suivante, l'US Dax rencontre le SU Agen en demi-finale, après avoir successivement éliminé l'USA Perpignan, le CA Lannemezan et le Stade rochelais. Au stade municipal de Bordeaux, les deux équipes restent à égalité à l'issue du temps de jeu réglementaire avec un essai inscrit pour chacune. Les Landais prennent la tête pendant la majeure partie des prolongations, avant de voir les Lot-et-Garonnais égaliser à quinze secondes du terme de la rencontre ; ces derniers se qualifient pour la finale au bénéfice du nombre d'essais inscrits.
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Les phases finales de 1963 sont marquées de la confrontation la plus célèbre entre l'US Dax et le Stade montois, accédant ensemble à la finale du championnat de France. Au lendemain de leurs victoires respectives en demi-finale contre le FC Grenoble et le FC Lourdes, le journal régional Sud Ouest qui couvre l'événement titre sur son édition sport du 20 mai « Le rugby landais est champion de France ». Cette affiche oppose deux équipes du même département, un cas de figure ayant alors lieu pour la 2e fois de l'histoire du championnat. Hasard du calendrier, alors que la finale est organisée à tour de rôle entre les villes de Bordeaux, Lyon et Toulouse, c'est dans la capitale aquitaine voisine qu'elle se déroule cette année. Le match est entre autres caractérisé par une affluence record de plus de 30 000 spectateurs obligeant les organisateurs à installer des chaises de fortune sur la piste du vélodrome, la disparition des ballons en début de rencontre, un essai litigieux accordé aux Dacquois ainsi qu'un refusé pour les Montois, la blessure de Darrouy et le KO de Berilhe sur coup de poing de Cazals, le drop final de Lestage et la météo capricieuse, passant d'une chaleur estivale étouffante à un orage accompagné d'averses et de grêle.
La saison suivante, après avoir écarté le Stade rochelais puis le SC Graulhet, l'US Dax se présente en quart de finale devant l'AS Béziers mais s'incline en l'absence de Berilhe blessé lors de la rencontre précédente.
Le Deuil et la Reconstruction (Milieu des Années 1960)
Le début de l'exercice 1964-1965 est marqué par un événement tragique dans le cadre d'un match amical nocturne du mois de septembre, organisé au stade municipal de Bordeaux contre le CA bèglais. Après les festivités sportives, les Dacquois bouclent leur déplacement effectué par leurs propres moyens. Le véhicule transportant Raymond Albaladejo, Amile Carrère et Jean Othats, après un accrochage avec un camion, s'encastre dans un arbre en bord de route ; deux des joueurs perdent la vie sur le coup, tandis que le troisième meurt lors de son transfert vers l'hôpital de Dax. L'équipe parvient tout de même à se qualifier à l'issue de la phase de poules, non sans difficultés, mais s'incline dès les seizièmes de finale face au Rugby club toulonnais.
Après y avoir disputé une première finale de championnat en 1956 puis de Challenge en 1957, l'US Dax retrouve le stadium municipal de Toulouse pour la finale de championnat de 1966. Alors que l'équipe est fortement remaniée, entre retraites, blessures et disparitions, le XV rouge et blanc assure tout de même son rang en 1966. Après avoir éliminé l'USA Limoges puis le CA bèglais, ils l'emportent contre le Stado tarbais en prolongation des quarts de finale, puis assurent leur place en finale en renversant le cours du jeu dans les dernières minutes des prolongations aux dépens du SC Graulhets. L'US Dax affronte ainsi le tenant du titre, le SU Agen, dans une ultime rencontre qui sera retenue comme la « finale la plus violente de l'histoire ».
Jean-Pierre Bastiat : L'incarnation de l'esprit dacquois
Jean-Pierre Bastiat, troisième-ligne centre ou deuxième-ligne imposant (1,99 m, 110 kilos), resté fidèle toute sa carrière à Dax, était une figure du rugby des années 1970. Il avait totalisé 32 sélections en équipe de France, dont certaines comme capitaine. Une entorse d'un genou lors d'un match anodin contre Tyrosse a mis fin prématurément à sa carrière de joueur en 1978, Bastiat était devenu dirigeant de l'US Dax qu'il avait présidé de 1990 à 1995. Le natif de Pouillon (Landes), devenu assureur, s'était également engagé en politique en se présentant notamment aux élections européennes de 1989 sur la liste CPNT (Chasse, pêche, nature et tradition) et aux élections municipales à Dax en 2014 sur une liste de droite.
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Pierre Albaladejo, ancien ouvreur international et consultant, a salué en Bastiat "un monstre de joueur", soulignant sa stature et son impact sur le rugby français et international. La Fédération française de rugby a également rendu hommage à Bastiat, le qualifiant de "légende de notre sport".
La Génération Dorée des Années 1990
Au milieu des années 1990, alors que le rugby venait de passer pro, la bourgade dacquoise bouscula quelque temps la hiérarchie hexagonale, disputant même une demi-finale de championnat de France (face à Toulouse en 1996) et un quart de finale de coupe d’Europe, une poignée de mois plus tard.
L'US Dax connut au milieu des années 1990 un formidable regain de vitalité, un second souffle que la cité thermale dut à une génération dorée, aidée dans sa quête par quelques vieux barbons du championnat. Trois titres, chez les Crabos, les Reichel et la Nationale B en 1993. Et ne parlons même pas du niveau international, avec un Quinze de France teinté de rouge et blanc à l’image de ses deux capitaines que furent Fabien Pelous et Raphaël Ibañez. Accompagnés de Richard Dourthe et Olivier Magne, ils étaient de cette renversante demi-finale de la Coupe du monde 1999, quand la France s’était imposée à Twickenham face à la Nouvelle-Zélande de Jonah Lomu.
Richard Dourthe explique : "À l’époque, nous parvenions à attirer au club les meilleurs jeunes du pays. Il y avait donc à Dax, en ce temps-là, Ugo Mola, Fabien Pelous, Rudolf Bérek, Rémy Susbielle, Pascal Giordani, Jérome Daret, Patrice Labeyrie ou Olivier Magne." Il ajoute : "Aucun d’entre eux n’était dacquois… Magne arrivait d’Aurillac (Cantal), Susbielle de Monein (Béarn), Pelous de Graulhet (Tarn), Giordani de Trignac (Charente-Maritime), Laperne d’Oloron (Béarn), Bérek de Labouheyre (Landes)…"
Claude Dourthe, dit le Chameau, était un gros pardessus assez influent, du côté de la rue de Liège à Paris, au siège de la FFR. Chargé de superviser toutes les équipes de jeunes à la fédération, l’ancien trois-quarts centre du XV de France parvenait donc à souffler les meilleurs "rookies" du pays, leur faisant comprendre en trois mots que l’USD était surtout connue pour produire des internationaux à la pelle.
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Transition vers le Professionnalisme et Difficultés
L'année 1995 est capitale pour le rugby à XV. La Coupe du Monde qui s'est déroulée en Afrique du Sud a révélé que la reconnaissance d'une certaine professionnalisation serait inévitable. Dès 1996, on s'interroge sur la mutation que va subir le système français.
Peu après avoir refusé en septembre 1995 la pratique du rugby professionnel dans sa définition au niveau mondial, la Fédération Française de Rugby (FFR) instaure un mode de recrutement professionnel. Mais, appliquant le système du football français, elle n'organise pas de pré-sélection à la différence de la Nouvelle-Zélande par exemple (pour être All Black, il faut jouer, au cours de la même année, en club ou en province…).
Quelques joueurs français intègrent des équipes de l'hémisphère Sud. C'est le cas de Thierry Lacroix et Olivier Roumat en Afrique du Sud, qui en 1995 sont recrutés suite à la Coupe du monde. A la fin de cette même année, Thierry Lacroix remporte, avec le Natal, la Currie Cup, contre la Western Province où joue Olivier Roumat. De retour en Europe, il rejoindra Dax puis l'Angleterre au sein du club des Harlequins.
Suite à sa virée professionnelle en Afrique du Sud, la Fédération prive Thierry Lacroix d'équipe de France, en octobre et novembre 1995 : sanction hâtive qui engage, tardivement et pour quelques années, un débat sur la cohérence du système. "Pardonné" par les instances fédérales, il est sélectionné, comme Olivier Roumat, dès le premier match contre l'Angleterre, pour le Tournoi de 1996.
Ces deux joueurs, internationaux depuis 1989, pourront conseiller les jeunes Dacquois nouvellement sélectionnés pour le Tournoi des cinq nations : Richard Dourthe, fils de Claude, à la mentalité de gagneur (31 sélections en équipe de France entre octobre 1995 et 2001), et Fabien Pelous, qui deviendra recordman des sélections en équipe de France (118 capes, entre octobre 1995 à 2007).
Fabien Pelous fut le premier des jeunes stars dacquoises à quitter la cité thermale. Il explique : "Je ne suis pourtant pas parti pour de l’argent, puisque ce que me donnait le Stade était équivalent à ce que je touchais à l’USD. Mais je suis né à Saverdun (Ariège) et j’étais alors étudiant à Toulouse. Signer à Toulouse allait dans le sens de l’histoire, en quelque sorte. Finalement, je crois que Dax n’est pas passé dans le rugby professionnel assez rapidement : quand nous nous entraînions deux fois par semaine, les autres clubs en étaient déjà à cinq sessions hebdomadaires."