L'histoire de l'affiche de la Ligue 1 sur Canal + : Une saga de 40 ans

L'histoire de la diffusion de la Ligue 1 est intimement liée à celle de Canal +, depuis le premier match retransmis en 1984 jusqu'aux récentes turbulences liées aux droits TV. Cet article explore en détail cette relation complexe et ses enjeux.

Les débuts : Canal + et la révolution du football à la télévision (1984-1999)

Canal +, lancée le 4 novembre 1984, a révolutionné la diffusion du football en France. Auparavant, seuls les matchs de l'équipe de France étaient diffusés à la télévision, avec quelques extraits dans l'émission Téléfoot de TF1 à partir de 1977. Le 9 novembre 1984, la chaîne cryptée diffuse son premier match du Championnat de France en direct : Nantes-Monaco (1-0), commenté par Charles Biétry et Michel Denisot.

Un mois plus tôt, Canal + et la Ligue nationale de football ont trouvé un accord pour la diffusion de 20 affiches par saison, moyennant 250 000 francs par rencontre (un peu plus de 38 000 €). Cet événement marque le début d'une longue et fructueuse collaboration. Canal + a innové en diffusant un match de Ligue 1 par semaine, une décision clé qui a fait décoller le nombre de ses abonnés.

Au début des années 1990, l'Olympique de Marseille domine le football français. En 1991, Canal + décide de racheter le Paris Saint-Germain avec un objectif : créer un concurrent à l'OM pour susciter l'intérêt et augmenter le nombre d'abonnés à la chaîne. Pari réussi, la rivalité entre l'OM et le PSG grandit et devient un événement sportif et médiatique.

Canal + a également bouleversé les codes de la réalisation sportive, en diversifiant les types de plans grâce à des innovations techniques et des caméras hi-tech. La chaîne a embauché Jean-Paul Jaud et a misé sur une réalisation plus proche du terrain, avec des joueurs filmés de très près et une place importante accordée au ralenti et aux vues aériennes.

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Premières fissures : l'arrivée de TPS (1999-2005)

Le règne sans partage de Canal + est écorné une première fois par l'arrivée de TPS, bouquet créé en 1996 par TF1 et M6 pour concurrencer Canal +. En 1999, TPS remporte une partie des droits de la Ligue 1, avec le deuxième meilleur match de chaque journée. Jusqu'en 2005, TPS et Canal + se disputent les droits, dans une surenchère qui fait monter les prix.

Le 25 juin 1999, TPS obtient un partage des droits du Championnat de Ligue 1 avec Canal + jusqu’en 2004. Le bouquet satellite, financé entre autres par TF1 et M6, diffuse un match en exclusivité, la chaîne cryptée deux, moyennant 122 millions d’euros par an pour la LFP, puis 266 millions d’euros les deux dernières saisons.

Retour à l'exclusivité et nouveaux concurrents (2005-2018)

En 2004, Canal + réussit un coup de force : la chaîne débourse 650 millions d'euros, un record pour l'époque, et rachète la totalité des droits de la Ligue 1. Le 10 décembre 2004, Canal + récupère l’exclusivité des matchs de Ligue 1 de 2005 à 2008, avant d’absorber TPS.

Mais en 2008, Orange arrache une partie des droits de la Ligue 1 pour 2008-2012, dont le grand match du samedi soir. Canal + voit ensuite débarquer un nouvel acteur bien plus puissant : Al-Jazira Sport, filiale de la chaîne qatarie Al-Jazira, financée par l'Emir du Qatar, rebaptisée BeIN Sports. Al-Jazira Sport acquiert les droits des troisième et quatrième meilleurs matches, ainsi que les droits internationaux du championnat français et ceux de la Ligue 2, tandis que Canal + garde les deux meilleures affiches de chacune des 38 journées.

Le 28 juin 2011, Al-Jazeera Sport obtient huit rencontres de Ligue 1 pour la période 2012-2016, contre 153 millions d’euros. La chaîne cryptée conserve les deux plus belles affiches, pour 427 millions d’euros. Avec le lancement en 2012 de beIN Sports, c’est une nouvelle concurrence sérieuse (et durable) qui déboule dans le paysage audiovisuel français pour Canal.

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En mars 2014, le partage entre Canal + et beIN Sports est entériné : les trois meilleures affiches sont réservées à Canal +, contre 540 millions d’euros pour la LFP et le reste revient à la chaîne franco-qatarienne, moyennant 186,5 millions d’euros. Ce vendredi 4 avril 2014, la Ligue de Football Professionnel a mis fin au suspense en dévoilant le nom des chaînes qui diffuseront la Ligue 1 sur la période 2016-2020. Mis en danger par l'ascension de BeIN Sports, Canal+ a finalement remporté le gros lot avec les trois plus belles affiches de chaque journée. Avec les lots 1 et 2, la chaîne cryptée garde donc les deux plus belles affiches de toutes les journées et y ajoute le match du vendredi soir, qui était jusqu'ici la propriété de BeIN Sports.

Le séisme Mediapro et ses conséquences (2018-2023)

Le 29 mai 2018, pour la première fois de son histoire, Canal + n’a droit à aucune part du gâteau. C’est le groupe espagnol Mediapro qui remporte l’appel d’offres pour la période 2020-2024 et obtient de diffuser 8 matchs, dont celui du dimanche soir, moyennant 780 millions d’euros par an. BeIN doit se contenter de deux rencontres, pour 332 millions d’euros.

En août 2020, Mediapro lance la chaîne Téléfoot, mais la crise du Covid-19 perturbe ses plans et le met en difficulté financière. Le 11 décembre, la Ligue scelle un accord de retrait avec le groupe espagnol qui n’a pas effectué le troisième versement de la saison attendu, et obtient 100 millions d’euros de dédommagement en échange de l’assurance de ne pas poursuivre le diffuseur.

Dans un entretien au « Figaro », Maxime Saada, président du directoire de la Canal +, annonce le 12 janvier 2021 que la chaîne cryptée va restituer à la LFP son lot de matches, souhaitant voir l’intégralité des rencontres remis en vente via un nouvel appel d’offres. Pour lui, « la Ligue 1 a perdu beaucoup de valeur » avec la crise du Covid-19. Quelques jours plus tard, beIN Sports lui emboîte le pas. Le 19 janvier, un appel d’offres est lancé par la LFP pour attribuer les lots laissés vacants pour la Ligue 1 et la Ligue 2. Un appel d’offres contesté quelques jours plus tard par Canal+.

Canal + hors jeu ? (2023)

C’est un séisme qui s’est abattu sur la Ligue 1 le lundi 25 septembre 2023. Après 40 ans de diffusion continue, la chaine cryptée CANAL + a officiellement informé, via une lettre envoyée à la Ligue de Football Professionnel (LFP) et relayée par le journal L’ÉQUIPE le mardi 26 septembre, de sa non-participation à l’appel d’offre des droits TV du championnat français pour la période 2024-2029. Maxime Saada, président du directoire du groupe CANAL +, a indiqué dans cette lettre que « Les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour que le groupe CANAL + dépose une offre les 16 et 17 octobre prochains ».

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Le problème remonte à la faillite de MEDIAPRO en 2020 et à la réattribution hâtive des droits TV de la LIGUE 1. Malgré le fait que CANAL + soit le partenaire historique de la Ligue 1, Amazon a obtenu 80% des droits TV de la Ligue 1 en 2020 correspondant aux droits TV abandonnés par Mediapro (dont les 10 meilleures affiches de Ligue 1) pour un montant de 250 millions d’euros par saison seulement. CANAL + s’est vu imposer par la justice de continuer à payer le contrat initial négocié lors de l’appel d’offre de 2018 et qui correspondait à un montant de 332 millions d’euros par saison pour deux matchs par journée uniquement. Cet accord est alors mal passé du côté de CANAL + et de son président Maxime Saada qui est même allé jusqu’à annoncer dans un communiqué officiel de 2021 la volonté du groupe de : « se retirer de la Ligue 1 ».

Selon Maxime Saada, la LFP a fixé des tarifs de réserves extrêmement élevés afin d’éliminer toute potentielle concurrence au géant américain, ce qui pourrait porter préjudice à la LFP et à Vincent Labrune dans sa conquête du milliard d’euros de droits TV. Car, sans CANAL +, Amazon apparait bien comme le seul et unique candidat crédible à l’achat des droits TV de la Ligue 1.

Un retour possible ? (2023)

Selon une information dévoilée par L’Équipe, Canal + a formulé deux offres écrites à LFP Media pour la future chaîne de la Ligue 1. Le plan A consisterait pour Canal + à devenir le mandataire exclusif de la distribution de la nouvelle chaîne 100% Ligue 1 pour les quatre prochaines saisons. Canal + se chargerait de commercialiser la chaîne auprès de tous les distributeurs et offrirait un minimum garanti à la LFP. La chaîne demanderait en prime à pouvoir co-diffuser l’affiche de Ligue 1 du dimanche soir sur sa chaîne.

En cas de refus de la Ligue, Canal + aurait présenté un plan B consistant en une distribution plus "classique" de la chaîne de la Ligue 1, avec l’ambition d’atteindre rapidement un nombre d’abonnés compris entre 800.000 et un million. Ce plan B aurait davantage les faveurs de la Ligue et du nouveau directeur général de LFP Media, Nicolas de Tavernost.

La Ligue 1+ : une nouvelle ère ? (2025)

Face à l’échec répété des diffuseurs externes, la Ligue de Football Professionnel a opéré un virage stratégique radical : reprendre la main sur la valorisation de ses droits en créant sa propre plateforme de diffusion, Ligue 1+. Officiellement créée le 1er juillet 2025, la plateforme Ligue 1+ a été lancée le 15 août 2025 avec la rencontre Rennes-OM. Ligue 1+ diffuse huit des neuf matchs de chaque journée en direct et en exclusivité. Le neuvième match, programmé le samedi à 17h et considéré comme « la grande affiche » de la journée, reste diffusé par beIN Sports en direct, mais est accessible en différé à minuit sur Ligue 1+.

L’absence notable reste Canal +, avec qui les négociations ont échoué en août 2025 après que LFP Media ait exigé l’abandon des 600 millions d’euros de poursuites judiciaires engagées par la chaîne cryptée depuis 2021.

Le démarrage de Ligue 1+ dépasse toutes les attentes. Dès le premier week-end, la plateforme comptabilise plus de 600 000 abonnés, dépassant déjà les chiffres de DAZN en fin de saison précédente. Fin septembre 2025, la progression se poursuit avec 1,08 million d’abonnés, soit 130 000 de plus qu’un mois auparavant. Ce chiffre place déjà la plateforme très près de l’objectif de 1,15 million d’abonnés fixé pour la fin de la première saison. Nicolas de Tavernost affiche des ambitions à long terme : atteindre 2,25 millions d’abonnés d’ici la fin de la saison 2028-2029, soit au terme de la quatrième année d’exploitation.

Si les débuts de Ligue 1+ sont encourageants en termes d’audience, les revenus générés restent modestes pour les clubs, du moins lors de cette première saison. À titre d’exemple, le Stade Brestois ne touchera que 4,5 millions d’euros de droits TV domestiques et internationaux pour 2025-2026, contre 42,5 millions d’euros en 2023-2024.

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