Le Volley Sight et le Fonctionnement du Fusil Lee-Enfield : Un Aperçu Détaillé

Le fusil Lee-Enfield est une arme emblématique, intimement liée à l'histoire militaire britannique. Cet article explore en détail le "volley sight" et le fonctionnement des différents modèles de Lee-Enfield, en mettant particulièrement l'accent sur le SMLE (Short Magazine Lee-Enfield) Mk III et le N°4.

Genèse et Évolution du Lee-Enfield

L'histoire du Lee-Enfield commence avec le Lee-Metford, adopté par l'Empire britannique en 1889. Le Lee-Enfield SMLE Mk III, apparu en 1907, est une évolution de ce fusil à verrou, caractérisé par un chargeur conçu par Lee. Suite aux enseignements tirés de la guerre contre les Boers en Afrique du Sud, l'Empire britannique décide de raccourcir le Lee-Metford, donnant naissance à l'Enfield SMLE en 1903, un fusil universel pour tout l'empire.

Le Lee-Enfield SMLE Mk III : Une Arme Révolutionnaire

Le Lee-Enfield SMLE Mk III est une arme d'avant-guerre, conçue pour former d'excellents tireurs au sein d'une petite armée professionnelle. Ce fusil se distingue par plusieurs innovations notables :

  • Chargeur amovible : Doté d'un excellent chargeur amovible "court", à piles imbriquées en feuille d'acier, d'une capacité de dix coups, et surtout détachable.
  • Rapidité de tir : La rapidité de mise en œuvre du système de verrou Lee, la simplicité de fonctionnement/mise en place du chargeur et la capacité de dix coups permettaient à un fantassin bien entraîné de placer en cible une trentaine de coups à la minute.
  • Compacité : Les Anglais avaient appris à se méfier de l'encombrement des armes longues aux colonies et dans la guerre d'Afrique du Sud, adoptant une arme remarquablement compacte.
  • Hausse réglable : L’arme “standard” du fantassin est dotée d’une hausse très finement réglable en site et en dérive, cas unique dans les armées modernes de l’époque.

Le Dispositif Unique du "Volley Sight"

Le Lee Enfield MK III est équipé d’un dispositif encore plus fou, le “Volley Sight”, situé sur le côté gauche de l’arme. Ce dispositif permettait une volée de balles qui partait dans le ciel et retombait sur l’ennemi en pluie.

Fonctionnement du "Volley Sight"

Le "volley sight" était conçu pour le tir en saturation à grande distance. Il permettait à une troupe de faire un tir en salve, une sorte de tir de barrage. Le "volley sight" était un dispositif de visée indirecte qui permettait aux soldats de tirer en coordination sur des cibles éloignées, hors de portée de la visée directe.

Lire aussi: Les enjeux et perspectives de l'ACVB

Utilité et Déclin du "Volley Sight"

Le "volley sight" était utile en terrain découvert et à longue portée. Cependant, il s'est avéré totalement inutile dès les premières tranchées creusées pendant la Première Guerre mondiale. Les "volley sights" cessèrent d'être produits vers 1915 et furent peu à peu retirés.

Les Différentes Versions du Lee-Enfield Mk III

Au fil des années, le Lee-Enfield Mk III a connu plusieurs modifications et améliorations, donnant naissance à différentes versions :

  • Mk III (sans étoile) : Apparue en 1907, cette version initiale était dotée d'un "cut-off" (arrêtoir de chargeur) et d'un "volley sight" (dispositif de tir en volée).
  • Mk III* : Apparue en 1915, cette version simplifiée se débarrassait du "cut-off" et du "volley sight" pour accélérer la production en temps de guerre.
  • .22 Sht Rifle MkIII: Conversion en .22lr fin 1912.

Le Lee-Enfield N°4 : Une Nouvelle Numérotation et des Améliorations

En 1933, une nouvelle numérotation entre en vigueur simultanément avec l’adoption de la nouvelle variante du Lee-Enfield. Le SMLE devient Rifle N°1 et est désormais rendu obsolète par l’arrivée du N°4 MkI. Visuellement le N°4 est instantanément différenciable du N°1 au niveau de l’embouchoir et il n’y a quasiment aucune pièce interchangeable.

Caractéristiques du N°4 MkI

Si l’on considère le N°1 MkIII comme référence, le N°4 dans sa version initiale peut être décrit par les attributs suivants :

  • Boitier à la géométrie renforcé avec flanc gauche plus haut et plus épais
  • Portique pour lame chargeur usiné d’un seul tenant avec le boitier
  • Sécurité simplifiée
  • Viseur rabattable dit « Singer Type 1 » pivotant via un axe monté toute à l’arrière du boitier. En position rabattu, un œilleton de combat propose un zero à 200 yards et jugé utilisable pour le tir jusqu’à 400 yards. En position relevée, un œilleton plus fin est réglable en hauteur de 200 à 1300 yards avec intervalles de 50 yards. Le réglage en hauteur est marqué par des clics.
  • Nouveau canon à cinq rayures de longueur identique mais au profil plus lourd que celui employé sur le SMLE, dit MkI. Deux tenons situés à environ 1cm en retrait de la bouche permette la fixation d’un nouveau modèle de baïonnette, là où celle du SMLE se fixait sur l’embouchoir. Rapidement dès Mai 1941 et pour faire face aux difficultés de lenteur de la production un canon à deux rayures est adopté, dit MkII.
  • Garde-main supérieur en deux parties avec jonction sous la grenadière intermédiaire. Sans ouverture pour l’embase de hausse puisque celle-ci est désormais à l’arrière du boitier. Les premiers N°4 ont une garde-main avec stries de préhension.
  • Fut adapté pour les diverses modifications listées. Le profil plus lourd du canon permet de supprimer l’anneau de mise en tension du canon vers le bas, ainsi la fixation de cet anneau sur le fut est omise.
  • Embouchoir grandement simplifié avec oreilles de protection droites et ouvertures circulaires de part et d’autre pour permettre le réglage en dérive du guidon en créneau monté sur queue d’aronde. L’embouchoir est désormais rendu solidaire de l’embase du guidon par une vis. Sur les premiers N°4, les oreilles sont très légèrement recourbées vers l’extérieur à leur extrémité avec un léger texturage. Très rapidement ce modèle précoce sera remplacé par l’embouchoir avec un profil simplifié.
  • Le garde-main et le fut sont maintenus ensemble via une grenadière intermédiaire avec battant de bretelle. La grenadière est d’un seul tenant et n’est plus articulé sur le dessus. Une deuxième grenadière plus large mais de conception similaire est située juste en arrière de l’embouchoir
  • Noix de percuteur circulaire semblable à celle du SMLE MkIII. Celle-ci sera très vite remplacée par celle semblable au standard SMLE MkIII* et le plus couramment rencontrée de forme oblongue avec 3 stries de préhension de chaque côté. Durant la période de simplification extrême pour accélérer la production, les stries de préhension seront momentanément supprimées.
  • Plaque de couche légèrement revue au niveau de la trappe. Les versions en Zamak sont plus couramment rencontrées sur le N°4 mais celles en laiton ont également été utilisées.
  • Battant de bretelle de crosse en acier d’abord usiné puis embouti selon deux variantes
  • Le disque d’unité est définitivement absent de la crosse.
  • Adoption d’une nouvelle baïonnette cruciforme dit N°4 MkI. Celle-ci subit plusieurs simplifications successives. MkI, construction par usinage d’un seul tenant avec lame cruciforme, MkII avec lame simplifiée de section carré, MkII* simplifié avec support et lame fabriqué séparément puis assemblés, MkIII simplifié avec une douille entièrement emboutie.
  • Deux autres types de baïonnettes sont compatibles avec le N°4. La N°7 MkI, aussi compatible avec le pistolet mitrailleur STEN MkV, tente en 1944 de rendre la baïonnette utilisable pour un plus grand nombre de tâches autre que le combat. Trop complexe, elle ne sera jamais associée au N°4 en quantités importantes. La deuxième, dit N°9 MkI et produite à partir de 1947, permettra de remplacer la baïonnette N°4 de manière satisfaisante.

Variations des organes de visée du N°4

La hausse Mk1I dit « Singer » est un bel objet. Finement réglable via une molette, usinée dans la masse, avec une planchette d’œilleton quadrillée pour éviter les reflets, avec une échelle finement graduée. Elle est aussi très fastidieuse à produire et est un des premiers points de recherches d’optimisations.

Lire aussi: Tout sur la durée d'un match de volley

  • Le viseur MkII est l’extrême opposé. Viseur pivotant non réglable. Deux œilletons, un avec petit orifice pour le tir de précision calibré à 600yds et un grand pour le tir de combat calibré à 300yds. Cette variation est assumée comme une mesure extrême et temporaire le temps de développer un modèle simplifié par rapport au MkI mais aux performances acceptables
  • La hausse MkIII reprend les caractéristiques de la hausse MkI avec les exceptions suivantes : L’œilleton est monté sur glissière, l’échelle graduée est en tôle emboutie, la planchette d’œilleton reçoit un quadrillage moins profond. Adoption fin 1942. Un marquage « MkII » en haut de l’échelle graduée permet d’identifier ce modèle. La hausse MkII n’était pas marquée donc la hausse MkIII reçoit la dénomination « MkII », faisons simple…
  • La hausse MkIV est quasi identique à la MkIII avec simplement une amélioration du mécanisme de verrouillage de la planchette d’œilleton. Celle-ci est marqué « MkIII » en haut de l’échelle graduée.
  • On rencontre aussi des hausses marquées « CMk2 » et « CMk3 ». Celle-ci sont quasi identiques à la hausse MkIV, avec de très légères variations sur la planchette d’œilleton. Ce sont des productions exclusives à Long Branch d'où l'ajout du "C" signalant une production Canadienne.

Au final, nombre d’exemplaires récupérerons une hausse MkI par la suite une fois que leur production deviendra suffisante. Ainsi, les variantes MkII, MkIII, MkIV et C sont assez rares et tout particulièrement la rudimentaire MkII qui a été produit pendant quelques mois seulement.

Le support de guidon a été simplifié à deux reprises. Le premier type a des oreilles de protection séparée du support de guidon et le guidon est monté sur queue d’aronde et sécurisé par une vis. Le deuxième type supprime la sécurisation par vis, le guidon n’est retenu que par la friction de la queue d’aronde. Le troisième rend monobloc le support de guidon de oreilles de protection.

Lee-Enfield N°4 MkI*

Le N°4 MkI reprends la méthode d’extraction de la culasse déjà présente sur le SMLE. Il s’agit d’un bouton guide cranté positionné juste en arrière du portique de lame chargeur. Afin d’extraire la culasse il convient d’enfoncer ce bouton afin de le mettre hors de la trajectoire de la tête de culasse. Il s’avère que cette pièce a posé des problèmes d’approvisionnement et une solution alternative fut approuvé en juin 1942 puis employé à partir de 1946 exclusivement sur les productions nord-américaines de Long Branch et Savage.

Lee-Enfield N°4 MkI(T)

Variante pour tireur d’élite du N°4 MkI, le MkI(T) retiens les leçons de la myriade de montages et d’optiques utilisés sur le SMLE. Un modèle unique standardisé, y compris avec les autres membres du Commonwealth est souhaité. Dès 1940, un montage amovible est conçu pour associer au N°4 l’optique N°32, initialement conçue pour le Bren.

Le Lee-Enfield sur le Champ de Bataille

Le Lee-Enfield Mk III a été le fusil standard de l'armée britannique pendant la Première Guerre mondiale. Sa cadence de tir élevée et sa fiabilité en ont fait une arme redoutable dans les tranchées. Bien que remplacé par le Lee-Enfield No. 4 Mk I pendant la Seconde Guerre mondiale, le Mk III est resté en service dans de nombreuses unités.

Lire aussi: Beach Volley : Retour sur les Mondiaux

tags: #volley #sight #enfield