Le volleyball, un sport mondialement populaire avec des millions d'adeptes, est bien plus qu'un simple jeu d'équipe. Son histoire, intimement liée à l'évolution des sports modernes en Europe, témoigne de l'essor du sport comme phénomène social, culturel et politique. Cet article explore l'histoire du volleyball, en mettant en lumière son développement européen et son lien avec les dynamiques sportives du continent.
Genèse du Volleyball: Un Sport Né aux États-Unis
Le volleyball a été créé en février 1895 à Holyoke, Massachusetts, aux États-Unis, par William G. Morgan, professeur d'éducation physique. Conçu initialement comme un sport d'intérieur pour les hommes d'affaires, le volleyball s'inspirait du basketball, du tennis et du badminton. Il se voulait une alternative moins vigoureuse au basketball, plus accessible à un plus grand nombre. Le nom original, "mintonette", fut rapidement remplacé par "volleyball" suite à la suggestion du professeur Alfred Halstead, qui remarqua la nature volatile du jeu. Halstead rédigea également les premières règles du volleyball.
Diffusion du Volleyball en Europe: Un Phénomène de l'Ère Moderne
L'espace européen a été un lieu central dans la genèse des sports modernes, avec un développement précoce des échanges sportifs et un rôle pionnier dans l'organisation internationale des sports. Le volleyball a été introduit sur le continent européen par les soldats américains pendant la Première Guerre mondiale. Ce sport, en plein essor depuis le XIXe siècle, a engendré son propre espace européen.
Les sports inventés en Angleterre au XIXe siècle se sont diffusés sur le continent au tournant du XXe siècle dans les lieux de contact que sont les ports, les capitales ou les lycées qui s’inspirent des public schools. Ce processus a été facilité par la diaspora anglaise - marins, commerçants, étudiants - sur le continent ou par le retour de continentaux qui ont étudié ou émigré dans les îles Britanniques. L’anglomanie des élites européennes a permis alors la réappropriation continentale de pratiques comme l’aviron, les sports hippiques, le golf ou le tennis. Dans ce processus, les aristocrates éclairés et la grande bourgeoisie ont tenu un rôle fondamental de passeurs, œuvrant concrètement à la mise en place des premiers clubs.
Cependant, les pratiques venues d’Angleterre ne sont pas arrivées sur une terre vierge. Ainsi, l’escrime et l’équitation, les gymnastiques militaires, patriotiques ou hygiénistes, développées en Europe centrale et du Nord, de même que les mouvements de randonnée, les sociétés de tir ou de natation ont contribué à la mise en mouvement des corps et à la popularisation de l’activité physique. La vogue des poids et haltères en Europe centrale et orientale, des combats de lutte et de boxe et l’essor des courses cyclistes ont tôt donné aux Européens le goût des spectacles sportifs. Ces pratiques ont connu un rapide et important essor auprès des populations parce qu’elles ont répondu aux enjeux politiques, économiques, sociaux et récréatifs de la première moitié du XXe siècle. L’affirmation des identités nationales, la militarisation des sociétés, la distinction sociale au moment où s’opère dans plusieurs États une citoyenneté élargie, l’encadrement de la violence et l’invention du temps libre sont autant de moteurs du développement des sports modernes.
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Les échanges sportifs croissants ont entraîné progressivement la nécessité d’une codification commune qui a poussé les dirigeants des clubs à collaborer et à fonder des fédérations nationales et internationales. Promotrices de l’activité, faisant office de groupes d’intérêt auprès des autorités politiques, leur but premier était d’établir des calendriers de rencontres, parfois d’organiser des compétitions et d’uniformiser les règles. Les élites dirigeantes de ces organisations s’apparentaient à des missionnaires qui souhaitaient développer les échanges sportifs internationaux et considéraient que les sports créaient des liens d’amitié entre les peuples. La proximité géographique entre les représentants européens et leur appartenance à des cercles communs de sociabilité a favorisé une surreprésentation du Vieux Continent dans les premières fédérations à visée mondiale et au Comité international olympique (CIO), fondé en 1894.
De l'Internationalisme Sportif à l'Europe du Sport
D’autres formes d’internationalisme sportif ont émergé en Europe au même moment : fédérations d’obédience catholique, socialiste (Internationale sportive de Lucerne) et communiste (Internationale rouge du sport), opposées au modèle capitaliste et compétitif promu par les fédérations disciplinaires et le CIO. À ces organisations dominantes, les fédérations dites affinitaires ont opposé un sport moral et éducatif, parfois émancipateur et initiateur de changements sociaux. Les sports affinitaires ont renforcé des solidarités internationales préexistantes, confessionnelles ou politiques. Les organisateurs de matchs, les propriétaires de salles de spectacles et de manèges, les journalistes et hôteliers ont également compris les profits qu’ils pouvaient encaisser de la médiatisation des compétitions, de l’essor des publics et de l’opposition codifiée entre champions.
Au début du XXe siècle, des pôles sportifs sont apparus : les capitales culturelles (Budapest, Londres, Paris ou Vienne) et les stations touristiques (balnéaires, thermales ou de montagne). Y ont été organisées des compétitions qui ont drainé des athlètes internationaux, structurant un marché des sportifs européens, que l’essor des communications et des transports a contribué à construire. De manière concomitante, l’industrie sportive a fait apparaître des « professionnels » du domaine sportif - champions, entraîneurs, organisateurs, médecins, architectes ou journalistes sportifs- parfois organisés en associations internationales. De grandes disparités existaient néanmoins au sein de l’espace européen dans la pratique des sports, le statut des athlètes et les infrastructures, gommées progressivement à partir des Trente Glorieuses.
Même si l’Europe n’est pas toujours l’échelle géographique envisagée par les promoteurs des organisations sportives internationales, jusqu’aux années 1930, l’universalisme se confond souvent avec le territoire européen. L’entre-deux-guerres correspond néanmoins à la mise sur pied des premières compétitions exclusivement réservées aux Européens. En 1926, plusieurs dirigeants ont fondé une ligue européenne de natation, chargée tous les quatre ans d’organiser un championnat européen, en alternance avec les jeux Olympiques. Dans les années 1930, c’est au sein de l’IAAF (International Association of Athletics Federations) que s’est mis en place un comité européen. Le premier championnat d’Europe de basket a eu lieu en Suisse en 1935. Le processus a pris de l’ampleur dans les années 1950-1960 avec la création d’organisations continentales. Ainsi l’Union des associations européennes de football (UEFA) fondée en 1954 est composée dès sa fondation de plus de trente associations nationales. Plusieurs compétitions ont été créées mettant aux prises des clubs issus de villes de toute l’Europe, alors divisée par la guerre froide, puis des sélections nationales.
La Fédération Internationale de Volleyball (FIVB) et Lausanne
La Fédération Internationale de Volleyball (FIVB) a été créée en 1947 à Paris, avant d’être délocalisée à Lausanne (en Suisse) en 1984. Ce déménagement a marqué une étape importante dans l'histoire du volleyball, soulignant l'importance de la Suisse, et plus particulièrement de Lausanne, comme centre névralgique du sport international. Lausanne, siège de nombreuses fédérations sportives internationales, offre un environnement stable et favorable au développement du volleyball à l'échelle mondiale.
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Évolution des Règles et Compétitions Internationales
Le volleyball a connu de nombreux changements à travers le temps. L’histoire du volleyball tourne essentiellement autour de ses règles et de ses compétitions. En 1916, des règles ont été établies simultanément par le YMCA et l’association nationale d’athlétisme collégiale (NCAA). Ces règles s’articulaient autour de l’adresse, les possibilités de jeu et l’attaque. En 1917, le set passe de 21 à 15 points et trois ans plus tard la règle des trois touches de balle est instaurée. C’est ainsi que les premières compétitions nationales de volleyball sont organisées aux états unis en 1922. En 1928, l’USVBA a organisé des tournois nationaux annuels de volleyball, et en 1945 une division féminine a été mise en place. A partir du 1er janvier 1999, le rôle du libéro au volleyball est apparu la première fois dans des équipes professionnelles. Après les Etats-Unis, plusieurs pays ont intégré le volleyball à leur panel de sport national. Le premier pays a été le Canada en 1900. Les Canadiens ont grandement participé au développement de ce sport. Ils ont donc écrit leurs propres lignes dans l’histoire du volleyball.
En 1913, les jeux d’extrême orient à Manille ont accueilli la première compétition internationale de volleyball. Quelques dizaines d’années plus tard, les championnats du monde de volleyball réservés aux hommes en 1942 et ceux réservés aux femmes en 1952, ont vu le jour.
Le Volleyball et l'Intégration Européenne
L’émergence de l’« Europe du sport » est néanmoins conditionnée par ce qui se passe dans les (autres) domaines culturels, économiques, scientifiques ou encore techniques. Dès le milieu des années 1950, la popularité des sports sur le continent intéresse plusieurs organismes politiques et économiques qui œuvrent au rapprochement des Européens (comme le Mouvement européen ou le Centre européen de la culture). Toutefois, les organisations sportives, jalouses de leurs prérogatives, revendiquent leur nécessaire neutralité politique contre l’intrusion de ces acteurs extérieurs. À leur création, les institutions européennes communautaires ne disent en revanche pas mot du sport. Symptomatiquement, la CECA vers laquelle se tourne l’organisateur du tour d’Europe cycliste lancé au milieu des années 1950 se félicite de l’initiative mais rejette la demande de subvention.
Si ni la CECA ni la CEE ne s’intéressent encore au sport, le Conseil de l’Europe (CE) prend très vite des initiatives. En outre, cette institution a développé la notion de « sport pour tous » en 1966 puis entrepris une lutte contre le dopage. En 1975, plusieurs ministres européens du sport adoptent une « charte européenne du sport pour tous » qui pose les fondements d’une politique sportive européenne. Dans l’atmosphère de détente favorisée par la conférence d’Helsinki de 1975, la prise en compte des sports comme moyen de résoudre des problèmes de santé des populations (stress, obésité) ou les enjeux grandissants que le sport professionnel pose en matière de santé des athlètes de haut niveau (blessure, dopage) constituent des sujets communs de discussion.
Au début des années 1980, c’est cette fois le Parlement européen qui fait des propositions en vue de créer une identité européenne au travers des pratiques sportives. Des idées fortes sont proposées, comme celle de construire une équipe sportive européenne, d’adopter un insigne sportif communautaire, voire d’utiliser le drapeau européen lors de la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques. Dans le même esprit, la Conférence européenne du sport (CES) qui réunit dirigeants fédéraux et ministres des Sports voit le jour en 1973. Mais cette plateforme, qui transcende le rideau de fer, s’avère davantage un lieu d’échanges (avec la mise en place de commissions, telle celle sur le sport des jeunes) que de mise en œuvre de politiques.
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Avec l’extension de ses tâches, la Communauté économique européenne (CEE) commence, à son tour, à s’intéresser au domaine sportif. Aux coupes du Marché commun proposées par des organisateurs sportifs au tournant des années 1970 dans différents sports (par exemple en tennis), succède une volonté de faire du sport un support du développement d’un sentiment européen, ce que suggère le rapport Adonnino de 1985. La CEE prend désormais des mesures sous l’impulsion de la commission Delors et parraine, par exemple, des épreuves en cyclisme (tour de l’Avenir et tour féminin de la Communauté européenne), en voile (course de l’Europe) ou en tennis (tournoi d’Anvers). En outre, elle projette de créer des jeux de la Communauté européenne.
L’action des instances bruxelloises dans le domaine sportif - communauté devenue en 1992 l’Union européenne (UE) - est surtout juridique, comme en témoigne l’arrêt Bosman en 1995, fruit d’une concertation entre la Commission et certains organismes sportifs. Celui-ci casse le Gentlemen’s Agreement qui existait préalablement entre les dirigeants de l’UEFA et l’UE et oblige les acteurs du football à accepter la libre circulation des travailleurs sportifs. C’est ensuite l’aspect social des sports qui est pris en compte, le domaine sportif devenant une compétence européenne après la ratification du traité de Lisbonne en 2009.
Volleyball et Identité Européenne: Un Débat Complexe
Si l’espace européen des sports est indéniable, l’hypothèse d’un rôle joué par les sports dans le développement de l’identité européenne est rendue douteuse tant ils sont un vecteur et un terreau privilégié des identités locales et nationales. Touchant de manière différenciée les élites comme les masses, bénéficiant d’une large couverture médiatique, les rencontres sportives internationales se multiplient et se jouent souvent des vicissitudes du contexte géopolitique. Alors que l’euroscepticisme prend de l’ampleur, l’existence des échanges sportifs entre les Européens n’est quasiment jamais discutée. Les échanges continentaux en sport sont depuis longtemps ordinaires. Ils ont banalisé le rapport des Européens à l’Europe.
S’il est difficile de connaître les effets des sports sur la formation de l’identité européenne, deux éléments doivent être soulignés. Premièrement, les échanges sportifs continentaux, en raison de leur médiatisation croissante, ont permis aux Européens de voyager par procuration. Lors de la guerre froide, jusqu’aux accords de Helsinki, les journalistes sportifs sont des privilégiés qui peuvent suivre les équipes par-delà le rideau de fer, informant leurs lecteurs sur les rencontres sportives mais aussi sur les modes de vie dans les pays visités. De même, par l’entremise des réseaux transnationaux de télévision (Eurovision et Intervision), c’est une découverte de la géographie du continent qui s’opère chez les nombreux téléspectateurs, et ce, des deux côtés du rideau de fer. Ce rapport médié à l’espace européen devient un rapport direct. Dans les décennies 1970 à 1990, la démocratisation progressive des transports permet à des milliers de fans de suivre leur équipe aux quatre coins de l’Europe. Des études empiriques restent néanmoins à conduire pour savoir comment ces voyages influencent leur rapport à l’Europe.
Deuxièmement, ces échanges, avec leur part de drame et d’émotions, ont créé de véritables « lieux de mémoire » européens. Les cols du tour de France, les grands stades européens, les prestigieuses pistes de ski ou les mythiques arènes de basket sont connus de bon nombre d’Européens. Certains sont même devenus des lieux de pèlerinage, comme la colline de Superga, où s’est écrasé l’avion du Torino AC en 1949. Cela incite certains auteurs à postuler l’existence d’un « espace public européen du sport ». Il faut cependant rester prudent quant au rôle des sports dans l’émergence d’une identité ou d’une conscience européenne. De plus amples études seraient à cet égard nécessaires pour mesurer le rapport qu’entretiennent des pratiques, des événements et des espaces communs à un sentiment d’appartenance collective.