Au Japon, les joueurs de volley-ball sont devenus de véritables idoles, suscitant un engouement comparable à celui des boys bands. Cet article explore les raisons de cette popularité, les stratégies mises en place pour la cultiver et les défis auxquels est confrontée l'équipe nationale, notamment dans sa quête de succès aux Jeux olympiques.
Un phénomène de société : le volley-ball transformé en spectacle
Le volley-ball au Japon a connu une transformation notable, passant d'un simple sport à un véritable divertissement. Les clubs, à l'instar des Tokyo Great Bears, misent sur une atmosphère excitante avec des DJ et des MC pour offrir un bon moment aux spectateurs, indépendamment du résultat du match. Des événements "meet and greet" sont également organisés, permettant aux fans de rencontrer brièvement leurs idoles, une pratique courante dans le show-business japonais.
L'influence des mangas et des animés
L'engouement pour le volley-ball au Japon ne date pas d'hier. Dès 1964, les Jeux olympiques de Tokyo mettent en lumière l'équipe féminine, surnommée "Les Sorcières", qui remporte l'or. Cet événement inspire la mangaka Chikako Urano, qui crée en 1968 le manga "Atakku Nanbā Wan", popularisant le volley féminin. Plus tard, en 1984, "Jeanne et Serge" continue d'alimenter la passion pour ce sport, suscitant de nombreuses vocations. Plus récemment, le manga Haikyū!! lancé en 2012 connaît un succès fulgurant, contribuant à l'essor du volley-ball. La société de production de l'anime, Production I.G, est même devenue l'un des sponsors des Tokyo Great Bears, créant ainsi un cercle vertueux.
Des joueurs érigés en idoles
En parallèle de ces initiatives, l'équipe nationale masculine a connu un rajeunissement en 2014, avec l'arrivée de quatre étudiants surnommés les "Next 4". Leur talent et leur physique avantageux ont immédiatement séduit les jeunes japonaises, qui ont afflué dans les tribunes. Des joueurs comme Ran Takahashi, Yuki Ishikawa et Yuji Nishida sont devenus de véritables stars, adulés par leurs fans. Leurs visages sont omniprésents, que ce soit sur les écrans géants des salles de sport ou sur les réseaux sociaux, où ils comptent des centaines de milliers, voire des millions d'abonnés. Cette popularité a conduit à une forme de "fanatisme", où les joueurs sont vénérés comme des idoles.
L'équipe nationale japonaise : entre tradition et modernité
Si le volley-ball japonais bénéficie d'une ferveur populaire indéniable, l'équipe nationale masculine est confrontée à des défis importants pour rivaliser avec les meilleures nations mondiales.
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Un jeu rapide et spectaculaire
L'une des particularités de l'équipe japonaise est sa petite taille moyenne. Pour compenser ce désavantage, elle mise sur un jeu rapide et spectaculaire, privilégiant la vitesse d'exécution et la précision technique. Sho Nose, le responsable de la communication des Tokyo Great Bears, souligne l'importance de créer du spectacle pour attirer les spectateurs.
L'apport des entraîneurs étrangers
Conscient des limites de son système, le Japon a fait appel à des entraîneurs étrangers pour moderniser son approche. Philippe Blain, ancien sélectionneur de l'équipe de France, a dirigé l'équipe japonaise pendant plusieurs années, apportant son expertise et son expérience. Il a notamment insisté sur l'importance d'améliorer le contre, un secteur de jeu où l'équipe nippone était traditionnellement faible. Laurent Tillie, également ancien sélectionneur de l'équipe de France, lui a succédé en 2024, avec pour objectif de mener le Japon sur le podium aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028.
Les défis structurels
Malgré les efforts déployés, le volley-ball japonais reste confronté à des défis structurels importants. Le système universitaire, qui détient un pouvoir considérable sur la formation des joueurs, freine l'émergence de jeunes talents. Les joueurs japonais atteignent souvent le niveau professionnel plus tard que leurs homologues étrangers, ce quiHandicap leur progression. De plus, le modèle économique, où de nombreux joueurs sont employés par des entreprises, limite leur mobilité et leur professionnalisation.
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