Les Crevettes Pailletées : Une vague d'humour et d'inclusion dans le monde du water-polo

Ce jeudi 8 août, M6 a diffusé "Les Crevettes Pailletées", un film qui se distingue par son originalité et son humour. Le film raconte l’histoire de Mathias Le Goff, vice-champion du monde de natation, qui se retrouve en pleine tourmente après avoir tenu des propos homophobes. En guise de sanction, il est contraint d'entraîner "Les Crevettes Pailletées", une équipe de water-polo gay plus passionnée par les fêtes que par les compétitions. Cette équipe haute en couleur se prépare à participer aux Gay Games en Croatie, le plus grand rassemblement sportif homosexuel du monde.

L'histoire vraie derrière la fiction

Cédric Le Gallo, co-réalisateur du film avec Maxime Govare, s’est inspiré de sa propre expérience. Le Gallo fait partie d’une véritable équipe de water-polo gay avec laquelle il parcourt le monde depuis sept ans, participant à divers tournois, dont les Gay Games. Dans le dossier de presse, Le Gallo explique : « Ce film est inspiré de ma véritable équipe de water-polo gay avec qui je parcours le monde depuis sept ans, de tournois en tournois, dont les derniers Gay Games ». Il évoque l’impact de cette expérience sur sa vie et son désir de défendre des valeurs importantes : « Conscient de vivre une aventure unique qui a changé ma vie, j’avais envie de défendre les valeurs qui nous animent : la liberté, le droit à la différence et à l’outrance, et surtout le triomphe de la légèreté sur la gravité de la vie.

Un film engagé et divertissant

Mercredi prochain sortira en salles Les Crevettes Pailletées, premier long-métrage de Cédric Le Gallo. Son scénario ? Pour avoir tenu des propos homophobes, un vice-champion du monde français de natation est condamné par sa fédération à entraîner les Crevettes pailletées, une équipe de water-polo gay. Problème : les Crevettes sont plus motivées par la fête que par la compète, et ça, ça déboussole le coach. Le film est inspiré de la véritable équipe de water-polo de Cédric Le Gallo, les Shiny Shrimps. Avec ses potes, l'ancien rédacteur en chef de l'émission 50 minutes inside, sur TF1, a parcouru le monde, de tournoi en tournoi, dont les Gay Games de Paris, en 2018. « J'avais envie de défendre les valeurs qui nous animent, explique-t-il dans le vacarme des cornes de brume de l'Optisport Sloterparkbad. La liberté, le droit à la différence, à l'outrance et surtout le triomphe de la légèreté sur la gravité de la vie. Lors du tournoi d'Amsterdam, l'équipe a enchaîné six à huit matches par jour.

L'importance de la représentation

Les modèles d’hommes homosexuels sportifs sont très rares. Les sportifs de haut niveau homosexuels font rarement leur coming-out par peur des représailles. C’est pourquoi ce genre de film manquait cruellement en France alors qu’on en retrouvait déjà dans d’autres pays tout au long des années 2000.

Au-delà des stéréotypes : une exploration des thèmes profonds

Bien que certains critiques aient regretté la sexualisation des personnages homosexuels dans le film, il est important de noter que le film aborde également des thèmes importants tels que l'âgisme, le racisme et l'homophobie.

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L'âgisme dans le sport et la communauté gay

Roland Menou incarne Joël, un homosexuel plus âgé que le reste de l’équipe. Dans le premier film, ce personnage a plusieurs facettes. L’une d’entre elles consiste à aborder la peur de vieillir chez certains hommes homosexuels. Alors qu’ils sont arrivés aux Gay Games, Joël se confie à Fred : “ Alex a raison, j’ai plus ma place ici, je suis obsolète. […] Non mais regarde-les, regarde-moi ![…] Ouais enfin quand t’es beau, jeune avec des abdos partout…”

Cette obsolescence séductive annoncée à ce moment-là est directement reliée à une autre obsolescence : la sportive. De la même manière que des homosexuels âgés vont vite perdre en pouvoir de séduction, les sportifs et les sportives vont rapidement perdre en valeur. Ainsi, bien que ce phénomène ait ralenti avec les avancées en préparation physique, un sportif est déjà considéré comme un vétéran à 30 ans. Toujours dans ce continuum, les jeunes pépites sont toujours fortement convoitées. C’est sur leurs potentiels que les propriétaires espèrent faire des plus-values.

Le racisme et l'homophobie : une critique de la société

Lors du second opus, le traitement de l’homophobie est choisi par les deux scénaristes/réalisateurs, Cédric le Gallo et Maxime Govare. L’homophobie ne sera pas analysée à travers la société française mais à travers des ennemis faciles : les russes.

Ainsi, durant l’épopée des Crevettes Pailletées en Russie, ces dernières sont confrontées clairement à l’homophobie de la société russe : ils sont embusqués et chassés par des homophobes sur Grindr. Dans une boîte de nuit LGBT, Joël est choqué devant la découverte d’un mémorial d’hommes homosexuels assassinés pour leur seule orientation sexuelle. Enfin, plusieurs des héros sont emprisonnés dans un camp de reconversion pour les faire devenir hétérosexuels.

Mais ça n’est pas tout, dans ce film, l’homophobie est incarnée par un autre personnage : Selim, incarné par Bilal El Atreby.

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Selim est un nageur de haut niveau qui a été invité dans l’équipe par Matthias. La fille de Matthias, Pauline, a eu une “sensation” sur l’homosexualité de Selim. Matthias a donc eu la très bonne idée d’inviter Selim au sein des Crevettes Pailletées sans prévenir les deux partis. Ceci créé évidemment un bordel homophobe.

Les scénaristes ont donc répété la mécanique du premier film en mettant un homophobe chez les homesexuels. Dès la rencontre avec les Crevettes Pailletées, Selim ne cache pas son homophobie en affichant son mépris pour l’équipe homosexuelle de water-polo. L’affaire prend un tournant franchement raciste dès les premières minutes de Selim à l’écran. Ce dernier mentionne immédiatement qu’il vient du “quartier” et qu’il ne peut donc être vu avec des hommes homosexuels. Il écoute du rap, ne connaît pas la pop et trouve ça inenvisageable d’écouter Céline Dion.

Comme vous l’avez compris, le personnage est un stéréotype sur pattes. Il brutalise Joël en lui envoyant un ballon dans la tête, il dit “Wallah” et répète à plusieurs reprises des formules homophobes :

“Je ne suis pas un pd moi, je ne suis pas comme vous”“Je ne vais pas aller à votre kermesse de pds”De plus, quand ils sont envoyés en centre de thérapie de conversion, Selim n’est pas perturbé, il donne des conseils, impliquant qu’il a déjà été en prison (52:50). Le bingo raciste est total. D’ailleurs, à la fin du film, quand Selim s’assumera en chantant avec l’équipe aux Gay Games, un plan suivra de sa famille entre de le regarder à la télévision. Sa mère et sa soeur souriront de bonheur alors que son frère sortira de la cuisine en trombe, furieux. Pendant ce temps, l’ex-femme de Matthias et sa fille sont montrées, souriantes de bonheur, car elles sont blanches et tolérantes.

Le parcours de Matthias : une occasion manquée ?

En tant que coach hétérosexuel qui n’a jamais eu d’homme homosexuel déclaré dans mon équipe pendant les 12 premières années de mes 15 années de coaching en senior, j’étais profondément intéressé par le traitement de l’homophobie de Matthias au sein de l’équipe. Quelles discussions allaient le faire basculer ? Quels moments de vie?

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Matthias devient un allié officiel dans le deuxième opus, à 35:20, où Joël et Fred lui expliquent la signification de LGBTQQIAAP+ et lui accordent au passage le statut d’allié. Pourtant, rien n’a été montré en ce sens. Dans le premier opus, la seule scène illustrant une ouverture d’esprit de Matthias arrive à 45:30. Matthias se morfond de ne pas pouvoir aller aux championnats du monde. C’est alors que Jean, incarné par Alban Lenoir, lui explique les problèmes de vie que rencontrent chacun des membres de l’équipe.

Matthias répondra à cette tirade que bon ça va, il ne comprend pas pourquoi il est écarté de la compétition juste parce qu’on le prend pour un “sale homophobe”. Jean lui répond alors que si l’équipe fait un bon tournoi, la presse parlera en bien de Matthias. J’ai été frappé de ce moment car l’introspection de Matthias n’est pas au centre de cette scène. Encore une fois, on introduit un élément extérieur pour le motiver à côtoyer cette équipe homosexuelle.

En conclusion, je trouve ça fort dommage que l’élément perturbateur du premier film qui sert toute l’intrigue ne soit jamais traitée. Est-ce que des hommes homophobes changent au contact des hommes homosexuels ? Comment cet apprentissage de la tolérance s’opère-t-il? Comment se déroulent les conversations de compréhension du vécu de l’autre?

Les Crevettes Pailletées : plus qu'un film, un symbole

Avec "Les Crevettes pailletées", le coréalisateur Cédric Le Gallo s'inspire de l'histoire de son équipe de water-polo gay pour une comédie solaire et engagée. L'heure est au sport. Alors, forcément, l'arrivée des deux films Les Crevettes pailletées ne pouvait pas mieux tomber. Cédric Le Gallo, coscénariste et coréalisateur du film, fait lui-même partie de cette équipe qu'il a rejoint en 2011.

La Revanche des Crevettes Pailletées : un tournage éprouvant et engagé

La Revanche des Crevettes pailletées rassemble la même équipe que le premier volet. Plus un nouvel acteur, Bilal el-Atreby en joueur de water-polo venu de banlieue. Cette fois, les Crevettes s'envolent pour le Japon pour participer aux Gay Games. Pour des raisons d'économies, ils doivent faire un stop en Russie… où ils ne sont pas les bienvenus. « Le premier film, c'était un homophobe chez les homosexuels. Là, c'est les homosexuels chez les homophobes », résume Maxime Govare. Plus sombre que le premier opus, le film pousse encore plus loin la dénonciation de l'homophobie, s'attaquant cette fois à la législation russe ou aux thérapies de conversion… Tout en restant une vraie comédie.

Effectué dans des conditions météo parfois extrêmes, entre tempête de neige et températures de -20 °C, le tournage a été « éprouvant pour tout le monde » selon Cédric Le Gallo. Geoffrey Couët, alias Xavier, a été victime d'une crise d'hypothermie, David Baiot, Alex dans le film, s'est fracassé la tête sur un lac gelé. Romain Lancry, Damien chez les Crevettes, a passé toute une nuit à courir dans la neige, perclus de crampes au mollet dès qu'il posait le pied par terre. Quant à Romain Brau et Nicolas Gob (Fred et Matthias), ils ont cru mourir étouffés en tournant une scène dans une piscine, sous une plaque de Plexi de 5 m2… Sans oublier le Covid, qui a entraîné trois semaines d'arrêt.

Ces épreuves ont créé une vraie solidarité entre la grosse quinzaine de Français sur place et la petite centaine d'Ukrainiens qui les accompagnaient tous les jours. Une solidarité qui s'exprime encore plus aujourd'hui, alors que l'équipe française du film enchaîne les avant-premières. C'est une guerre connectée, explique David Baiot. À chaque fois qu'on est en projection, on leur envoie un message avec les salles remplies qui les applaudissent. » « On demande au public de scander « Slava Ukraini ! » (Gloire à l'Ukraine), ajoute Cédric Le Gallo. Mais ce n'est pas grand-chose au regard de ce qu'ils vivent. » Ce soutien n'est pas anodin non plus.

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