Le Classique, opposant l'Olympique de Marseille (OM) au Paris Saint-Germain (PSG), est bien plus qu'un simple match de football. C'est un affrontement chargé d'histoire, de culture et de passion, qui transcende le sport lui-même. Mais cette rivalité a-t-elle toujours existé ? D'où vient-elle réellement ? Cet article explore les origines, les moments clés et les enjeux de cette confrontation emblématique du football français.
Les prémices d'une rivalité (1970-1980)
Contrairement à l'histoire centenaire de l'OM, fondé en 1899, le PSG est un club relativement jeune, créé en 1970. Jean-François Pérès, co-auteur du livre "OM-PSG, histoire d'une rivalité", souligne que les premières rencontres entre les deux équipes étaient sympathiques mais sans grande conséquence, le PSG étant une jeune équipe en construction. À cette époque, l'OM avait des rivaux plus établis, tels que Saint-Étienne, Bordeaux, Nice ou Toulon.
Les premières "escarmouches" arrivent en 1975, lors d'un quart de finale retour de Coupe de France à Paris où une bagarre éclate. Fait aujourd'hui inimaginable, l'entraîneur champion de France avec le PSG, Gérard Houiller, est accueilli dans les locaux du Provençal en 1986. "L'OM était une équipe sur la pente descendante après sa victoire en coupe de France en 1976, pendant que le PSG est grimpé", se souvient Jean-François Pérès. L'OM est ensuite descendu et a failli disparaître avant d'être sauvé par les minots au début des années 1980.
La naissance de la rivalité (1986-1991)
L'arrivée de Bernard Tapie à la présidence de l'OM en 1986 marque un tournant. Le club phocéen retrouve rapidement les sommets, et la rivalité avec le PSG commence à prendre forme. "On retrouve les deux clubs à la fin des années 1980 quand pour la première fois de leur histoire, ils jouent le titre des champion", détaille Jean-François Pérès. Un match en particulier reste gravé dans les mémoires : celui du 5 mai 1989, où un but de Franck Sauzée à la dernière minute offre la victoire à l'OM (1-0) et scelle son titre de champion de France, le premier depuis 17 ans.
La rivalité orchestrée (1991-1997)
En 1991, l'OM est au sommet de sa gloire, dominant le football français et européen. Canal+, qui diffuse le championnat, rachète le PSG et s'associe à Bernard Tapie pour créer une rivalité de toutes pièces. "Bernard Tapie et Canal Plus se sont très vite entendus pour se dire que ce match devait être la rivalité numéro 1 du football français, se souvient Jean-François Pérès. Parce que l'OM était le meilleur club français, et devait aller gagner la coupe d'Europe. Et c'est avec le PSG comme rival numéro 1 que les meilleurs matches de préparation seront donnés pour ça. Et accessoirement pour Canal+ que le business sera le mieux géré entre les deux clubs et les deux plus grandes villes."
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Cette stratégie marketing s'appuie sur des éléments antagonistes : la capitale contre la province, le Nord contre le Sud, la bourgeoisie contre le peuple. Médéric Gasquet-Cyrus, maître de conférence à l'université d'Aix-Marseille, explique : "Cette rivalité c'est l'histoire d'une ville, d'une cité qui s'est presque toujours sentie comme indépendante. Et qui avait en face d'elle une ville qui s'est toujours sentie comme le centre du monde."
L'incendie s'allume le 18 décembre 1992 au Parc des Princes, lorsque l'entraîneur du PSG, Arthur Jorge, lance des provocations à l'égard des Marseillais ("On va leur marcher dessus"). Bernard Tapie affiche la coupure de presse dans le vestiaire olympien pour galvaniser ses joueurs.
Le retour sera davantage. L’OM triomphe au match retour, 3 jours après sa victoire en Ligue des champions. Dans un Vélodrome en fusion, l’OM sans entraînement ni heure de sommeil fera l’un des plus beaux matches de son histoire, avec un autre chef d’oeuvre de Basile Boli.
L'affaire OM-VA et la domination parisienne (1997-2011)
L'affaire OM-Valenciennes (OM-VA) en 1993 marque un coup d'arrêt pour l'OM, qui est relégué en deuxième division. Le PSG profite de cette situation pour briller sur la scène nationale et européenne. Cependant, l'OM reste à jamais le premier club français à avoir remporté la Ligue des Champions, ce qui alimente la haine entre Marseillais et Parisiens. "Cet épisode-là est fondamental, explique Jean-François Pérès. L'OM commet un espèce de crime de lèse-majesté aux yeux des supporters de la capitale en remportant la Ligue des champions. Dans le contexte que l'on connaît avec l'affaire VA-OM, qu'il paieront très cher avec la descente en Ligue 2 pour deux ans. C'est quelque chose que les Marseillais ont totalement interiosé. Ils sont devenus pro-Marseillais et anti-Parisien. Parce que Paris c'est la Fédération, Paris c'est la Ligue, et Paris c'est le gouvernement."
Les 15 années suivantes sont marquées par de nombreux incidents et rivalités exacerbées entre les supporters des deux camps.
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La rivalité à l'ère qatarie (depuis 2011)
Malgré la prise de contrôle du PSG par QSI en 2011 et la domination parisienne qui en a résulté, la rivalité entre l'OM et le PSG perdure. "On aura toujours cette volonté de revanche, affirme Médéric Gasquet-Cyrus. Imaginez que l'OM repasse devant et que Paris descende en Ligue 2 parce qu'on se rend compte qu'il y a de la corruption, on sera là à regarder leur résultat et les chambrer pour leur dire 'vous avez volé le football' !"
Pour Peter Luccin (OM 1998-2000, PSG 2000-2001), "il y avait un extra, un plus qui nous transcendait sur tous les efforts. Parce que le pays s'arrête et que tout le monde vous voit, vous parle pendant la semaine, vous dit 'il faut gagner, ne rentre pas à la maison si tu ne gagnes pas. Tout ça fait que cela nous donnait un peu plus d'adrénaline. Et tout joueur rêve de ces moments-là."
Les acteurs et leurs témoignages
De nombreux anciens joueurs des deux clubs ont partagé leurs souvenirs et leurs sentiments sur cette rivalité. Marcel Dib, défenseur de l'OM de 1994 à 1996, estime qu'en termes d'ambiance, OM-PSG est au-dessus des derbys de Buenos Aires et de Rome. Marcel Desailly, défenseur de l'OM de 1992 à 1993, pense que la rivalité va renaître avec le projet de Frank McCourt à l'OM. Bernard Lama, gardien du PSG de 1992 à 2000, affirme que ce match est et sera toujours le derby de la France. Pierre Ducrocq, milieu du PSG de 1994 à 2002, estime que l'électricité qu'il ressentait a un peu disparu. Edouard Cissé, qui a joué pour les deux clubs, pense qu'il n'y a plus une véritable rivalité entre les deux clubs.
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