Thierry Mortagne est une figure emblématique du handball à Falaise, en Normandie. Son parcours est marqué par une fidélité sans faille à son club d'origine, où il a successivement été joueur, entraîneur et dirigeant, avant d'en devenir le président.
Un Parcours Sportif Exceptionnel
Thierry Mortagne a été international à 48 reprises en jeunes et seniors avec l'équipe de France de handball. Malgré ses sélections en équipe de France, il est toujours resté fidèle à Falaise. Il a déclaré : "Je ne me suis jamais considéré comme un international au club de Falaise. Je redevenais international quand je partais en stage." Pour rester en équipe de France, alors que le club s'entraînait deux fois par semaine, il s'entraînait tous les jours pour pouvoir garder sa place en sélection.
L'Âge d'Or du Handball à Falaise
La décennie 1989-1999 fut celle de l'âge d'or du handball à Falaise. En 1992, Falaise intègre la Nationale 1 qui comporte deux poules selon un découpage géographique Nord-Sud ou Ouest-Est selon les saisons. Falaise évolua en Nationale 1 pendant dix saisons, remportant en 1993 le Challenge de France et en 1996 la coupe de Normandie. Allais, Favennec, Breysacher, Carpentier, Carnet, le regretté Dan Giurgea, les frères Gourdel, Campos, Rey-Garcia, puis Chapon, Langevin, Calbry (futur international), Gracia, Grain, Hobbé, Martin, Ruban, Coignard intègrent tour à tour l’effectif.
L'Héritage de Dan Giurgea
Dan Giurgea, international roumain, a marqué de son empreinte le handball à Falaise. Né le 22 novembre 1962, il avait découvert le handball au lycée de Bega avant de rejoindre en 1981 le CSU Politehnica Timisoara avec lequel il remporta en 1985-1986 la coupe de Roumanie et la saison suivante le titre de vice-champion de Roumanie. Sélectionné 50 fois en équipe nationale, il disputa avec le CSU Politehnica Timisoara la coupe d’Europe des clubs de 1985 à 1989.
Le 14 février 1990, le club roumain du CSU Politehnica Timisoara vint disputer une rencontre amicale à Falaise dans le cadre d’une tournée en France. Quelques mois plus tard, un des joueurs de la formation roumaine, qui avait noué des relations d’amitié avec Michel Hnatyszyn, contactait le président de l’époque pour lui exprimer son désir de venir jouer à Falaise. Il s’appelait Dan Giurgea.
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Son séjour en France ne devait durer que l’espace d’une saison. Il avait, en effet, prévu de retourner dans sa Roumanie natale. Pendant sa première saison à Falaise, son ancien club, champion de Roumanie de handball à 11 en 1956, remportait pour la première et unique fois de son histoire le championnat de Roumanie de handball à 7. Dan Giurgea s’installa finalement à Falaise. Il reprit du service quelques saisons plus tard pour aider son ancien club redescendu en Prénationale mais une rupture du talon d’Achille mit fin prématurément à son retour. Ingénieur de formation, Dan Giurgea travailla aux Carrières de Perrières puis à Clips. Il est décédé le 10 novembre 2014 des suites d’une longue maladie. Il allait avoir 52 ans. Thierry Mortagne se souvient de Dan Giurgea comme d'un garçon "d’une grande rigueur et d’une grande discrétion". Dan Giurgea incarnait la rigueur, la discrétion et la simplicité.
Transition Professionnelle et Engagement Local
Moniteur de sport à l’IME de Vire pendant 10 ans, Thierry Mortagne opte pour une reconversion dans sa carrière professionnelle en 1987. "C’est Roger Jardin qui m’a sollicité. Un jour, il me dit : le magasin de sport va quitter Falaise. Tu devrais t’y intéresser. C’est comme ça que je suis devenu commerçant sachant que mes parents l’ont été eux-mêmes. Ils ont tenu un café à Gacé. J’ai été élevé dans ce milieu-là. Cela ne m’aurait pas déplu de tenir un café, ou autre commerce, à partir du moment où il y a du contact".
Dans la cité de Guillaume-le-Conquérant, Thierry Mortagne prend le magasin de sport rue Trinité. Il y reste jusqu’en 1991, année où il déménage place Belle-Croix. C’est en 2002 qu’il arrive rue Louis-Rochet tout près du centre E. Leclerc.
Au fil des années, Thierry Mortagne a évolué « avec le marché du sport et les arrivées de Décathlon vers 1991. On s’est développé un peu au fur et à mesure pour évoluer au niveau des surfaces parce que, sinon, on n’existerait plus. Il n’y a plus de petit magasin en centre-ville même si c’était plus mon ADN, le petit magasin. Je ne veux pas dire que tu changes de métier mais tu es plus aux achats, tu es un peu moins en contact avec le client. Ce n’est plus le même métier de commerçant. J’aimais bien ce contact avec le client, c’est différent mais si j’étais resté en centre-ville - le terme n’est pas péjoratif quand je dis petit commerçant - je n’existerais plus. La tendance n’est pas à ça ; je trouve ça un peu dommage car ça veut dire que les centres-villes vont avoir du mal à vivre et c’est quand même l’âme d’une ville. C’est plutôt vers les périphéries que le commerce s’est développé. Il y a eu plusieurs mutations dans le commerce. La dernière, c’est l’arrivée d’Internet. Ça a changé, ça va changer et dire comment ça va évoluer, ce n’est pas évident. C’est allé très vite ces deux dernières années. Chez les clients, tu sens que ça convient à certains et à d’autres, pas du tout. Ils ont envie de la proximité et du contact. Est-ce qu’on va devenir que des magasins physiques, qui vont servir de vitrine pour les marques, c’est fort possible. Ce sera une autre forme de commerce. De toute façon, on ne peut pas trop échapper au digital ».
Un Commerçant Apprécié
Quand vient l’heure du bilan, Thierry Mortagne estime qu’il a eu « en 31 années de vie sur Falaise, une clientèle globalement très sympa. Beaucoup sont des amis. On n’a pas une clientèle anonyme, même si on est une ville qui nous apporte un peu de tourisme l’été et les week-ends. On a une clientèle fidèle et de connaissances. Je suis certain que si on tombe en panne avec la machine, la moitié des chèques serait à mon nom et non pas à Sport 2000. C’est quand même un signe.
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Dans les premières années, Thierry Mortagne se souvient « avoir cordé des raquettes à 4 heures du matin. J’ai démarré tout seul pour pouvoir vendre des raquettes. C’était un investissement total pendant 3 ou 4 ans avant de pouvoir prendre du personnel. Cela devenait plus confortable car j’ai eu la chance d’avoir du bon personnel, des gens motivés, responsables et engagés pour l’entreprise. Ici, on travaillait plus en famille ».
Thierry Mortagne loue « une relation de confiance suite à une erreur initiale. Le club de Grainville-Langannerie est resté client tout au long de mon activité commerciale ». Il se souvient aussi que, lors de l’inauguration du Stade de France, en 1998, « j’avais quelques invitations. J’ai tenu à emmener Gérard Yvon. Il y avait aussi les présidents des clubs de football de Trun et Condé-sur-Ifs. On a passé un super bon moment ensemble. ».
Pour Thierry Mortagne, même s’il y a des contraintes, comme dans tout métier, « ce n’est pas une profession désagréable. Les gens viennent au magasin pour faire un achat plaisir, ils sont décontractés. Le but est de faire en sorte qu’ils repartent avec le sourire, et qu’ils reviennent avec le sourire. J’ai du mal à me dire que ça fait plus de 30 ans que je fais ce métier. Il y a trois ans, je disais aux gens, je ne suis pas en retraite. C’était hier, mais là, c’est aujourd’hui. Je n’ai pas vu le temps passer. On a un système qui fait que tout va très vite. On rentre dans une collection, on a des opérations commerciales. On sort de Noël, ce sont les soldes. Le printemps arrive puis c’est au tour de l’été, il y a aussi les fêtes des mères et des pères, la rentrée des classes. L’année s’étire, comme ça. Il y a toujours des échéances ».
Thierry Mortagne profite de l’occasion pour remercier les clients, réguliers ou occasionnels. « Je ne pourrai pas tous les revoir », conclut-il.
Bientôt la Retraite
Thierry Mortagne, qui fut international à 48 reprises en jeunes et seniors avec l’équipe de France de handball et toujours demeuré fidèle à Falaise, fait valoir ses droits à la retraite. Il ne sait pas encore exactement quel mois de l’année 2018 mais une chose est sûre : l’heure de la retraite a bientôt sonné pour Thierry Mortagne qui aura 62 ans en juillet. Le magasin vit actuellement la période synonyme de liquidation totale. La figure emblématique du handball falaisien va refermer les pages d’un livre très étoffé, la représentation de 31 années passées dans le commerce.
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La Flamme Olympique
Souhaité par les Falaisiens, Thierry Mortagne ne portera pas la flamme à Falaise jeudi 30 mai 2024. Lors d’un appel à témoignages lancé par Ouest-France en décembre 2023 pour savoir qui les Falaisiens (Calvados) aimeraient voir porter la flamme olympique dans leur ville jeudi 30 mai 2024, Thierry Mortagne était arrivé largement en tête. L’ancien joueur de l’équipe de France de handball et actuel président du club de Falaise ne participera pas à ce relais. Son absence parmi les porteurs ne l’attriste pas particulièrement : « Si on m’avait demandé, je l’aurais portée, mais ça ne me gêne pas. Je n’avais pas postulé, rien du tout. Thierry Mortagne regrette ainsi l’absence de Pascal Mahé, champion du monde de hand avec l’équipe de France en 1995, ou de Vincent Barteau, vainqueur d’étape sur le Tour de France. « Personne ne leur a demandé, ni ici, ni à Caen. Le passage de la flamme à Falaise l’enthousiasme cependant : « Avec le club de hand on va participer au passage de la flamme. On est très heureux que les Jeux olympiques soient chez nous.
Un Homme de Valeurs
Thierry Mortagne est un homme de valeurs, attaché à sa ville et à son club. Il a su concilier une carrière sportive de haut niveau avec un engagement local fort. Son parcours est un exemple de fidélité, de persévérance et de passion. Il incarne l'esprit du sport et les valeurs du handball.
"Il faut qu'un club, ça continue, ça perdure et qu'il y ait des gens qui s'investissent et ça a été mon chemin. Je ne regrette rien et j'ai toujours en mémoire ces gens qui ont fait ce club, qui a été créé en 1959. Actuellement, je suis le seul qui soit là depuis aussi longtemps mais ce serait injuste de dire que le club n'existerait pas sans Thierry Mortagne. C'est du travail, de l'envie et de la passion. Tout le monde me connaît sur Falaise, j'ai eu un commerce de sports assez important sur Falaise, j'ai fait cinq mandats municipaux, donc tout le monde me connait sur Falaise et je connais tout le monde !"
Esprit Sport
Esprit sport profite de la tenue du mondial de handball pour mettre un coup de projecteur sur les acteurs de ce sport. Troisième épisode avec Thierry Mortagne. Les championnats du monde de handball ont débuté le 14 janvier dernier, ils vont se dérouler jusqu'au dimanche 2 février. La compétition se dispute dans cinq villes de trois pays différents : Herning (Danemark), Porec, Varazdin, Zagreb (Croatie) et Oslo (Norvège), qui accueillera la finale. Esprit Sport profite de ce mondial pour consacrer une série à ceux qui font le handball en France. Pas les stars de l'équipe de France, mais ceux qui œuvrent dans l'ombre. C'est le cas de Thierry Mortagne. Cet ancien joueur de l'équipe de France n'a jamais voulu quitter Falaise, la cité du Calvados qui est un bastion du handball en Normandie. Thierry Mortagne, c'est 53 ans de fidélité à son club d'origine. Joueur, entraîneur, dirigeant, et toujours président. Il compte également, 48 sélections en équipe de France. " J'ai toujours fait abstraction de mes sélections en équipe de France. Je ne me suis jamais considéré comme un international au club de Falaise. Je redevenais international quand je partais en stage. Par contre, pour rester en équipe de France, alors que le club s'entraînait deux fois par semaine, moi, je m'entraînais tous les jours pour pouvoir garder ma place en sélection "