L'histoire du football et du sport en général ne se limite pas aux grands stades des métropoles. Elle s'écrit aussi dans les enceintes plus modestes des villes et villages. Le stade Suchet, situé à Paris, incarne cette réalité. Cet article explore l'histoire et l'évolution du stade Suchet, en mettant en lumière son importance pour le sport amateur et son rôle dans le tissu urbain parisien.
L'histoire du football : Des grands stades aux terrains ordinaires
L’histoire du football est autant écrite dans les grands stades des métropoles que dans ceux plus petits des villes moyennes ou des villages. Si les arènes et autres « temples » du football ont déjà fait l’objet de nombreux ouvrages, rares sont les études ayant porté sur des stades plus ordinaires, là où se pratique le « football du dimanche ». À l’exception peut-être du défi architectural et esthétique lié à leur édification, ces terrains de football étonnent d’abord par leur nombre mais également leur densité, confirmant le caractère précoce de l’ancrage du football-association dans les grandes agglomérations (où l’on rencontre également des stades de dimension modeste), les villes moyennes ou cette France aujourd’hui qualifiée de « périphérique », confirmant s’il en était encore besoin, la dimension populaire du football.
Le Stade de l'Étoile Sportive de Bully-les-Mines : Un exemple du dynamisme du football dans le nord de la France
L’une des singularités du football-association dans le nord de la France tient sans doute à son caractère précoce, et le pays minier n’échappe pas à la règle : à la veille de la Première Guerre mondiale, les premiers clubs s’organisent autour de championnats USFSA régionaux et locaux, autour de stades de fortune. La densité des petites villes minières, l’exploitation du charbon par les Compagnies et les politiques de contrôle social (sur fond d’hygiénisme) qu’elles déploient dans les corons puis les cités minières expliquent cette intrication remarquable associant la ville (l’espace social), le stade (l’espace sportif) et les fosses d’exploitation (l’espace industriel.
Dans le prolongement de la Grande reconstruction, l’édification d’un stade par la Compagnie des mines de Béthune à proximité des fosses 1, 1bis et 1ter de Bully-les-Mines (là où a débuté l’extraction dès 1852) s’inscrit dans le projet de réaménagement du carreau : raval des puits, nouveaux bureaux et ateliers et bains-douches destinés aux mineurs sont complétés par la construction d’un complexe sportif inauguré en 1920.
Ce dernier va devenir le lieu des rencontres disputées par la section football de l’Étoile Sportive de Bully, société omnisports (« athlétisme, gymnastique et football ») fondée le 30 septembre 1920 à l’initiative de Claude Perussel, ingénieur des mines et directeur des travaux du fond à la compagnie de Béthune.
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« Le stade de l’Étoile Sportive de Bully, c’est le monument sportif de la région, c’est le modèle qu’on cite en exemple, c’est la curiosité du pays […] La tribune, aussi luxueuse que celle d’un hippodrome, est ornée d’un balcon en belle ferronnerie ; au centre et aux extrémités, elle porte fièrement des bouquets de géranium comme une fleur à la boutonnière.
Outre le pavillon d’entrée d’inspiration Art déco (traduction des choix architecturaux qui président à la reconstruction des villes sinistrées) il se compose d’une salle de boxe et de gymnastique, de cinq terrains (dont l’un dédié aux matchs de l’équipe première, les autres étant réservés aux entraînements et équipes de jeunes), de vestiaires équipés de placards individuels et de douches collectives. L’aménagement d’une tribune en 1922 et la présence d’une main courante autour de la piste en cendrée entourant le terrain d’honneur permet d’accueillir un public de plus en plus nombreux.
À l’image du stade René Corbelle, les stades où se joue l’ordinarité du football amateur sont légion.
Le soutien financier de la Compagnie des mines, dans la droite ligne d’un paternalisme sportif qui a fait la preuve de son efficience dès la fin du xixe siècle, permet de recruter les joueurs les plus talentueux.
La configuration de cette infrastructure sportive ne doit pas surprendre, tant elle s’inscrit dans les projets successifs d’aménagement des cités minières par les compagnies. Le rachat avant-guerre à bas prix des terres agricoles leur permet de disposer au lendemain du premier conflit mondial d’un foncier considérable, mis à contribution dans l’édification d’un habitat pavillonnaire et de « cités-jardins » plus aérées et aux voiries moins rectilignes.
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Principalement dédié aux sports, le stade est aussi le théâtre d’autres manifestations collectives, à l’image de la fête des Sokols polonais du 31 juillet 1927.
Bénéficiant d’un stade « à demeure » et des ressources financières de la Compagnie autorisant la pratique de « l’amateurisme-marron », L’ES Bully devient rapidement l’un des clubs-phares du pays minier, disputant les premiers rôles dans les compétitions régionales : champion d’Artois (4e division) à l’issue de la saison 1920-1921, l’équipe première accède chaque année au niveau supérieur pour intégrer le groupe de Promotion Honneur Artois Picardie en 1925, puis accéder à l’élite régionale (DH) trois années plus tard. Mais ce sont surtout ses parcours en Coupe de France qui retiennent l’attention dans les années 1930.
Lors de l’édition 1932-1933, l’ES Bully est défaite face à l’OGC Nice en 1/16es.
Le basculement dans un « football de guerre » change paradoxalement peu la donne, même si les conditions d’organisation des championnats et des déplacements en « zone interdite » sont plus complexes qu’ailleurs. Les difficultés des clubs de l’hexagone à recomposer des équipes là où les « mineurs-joueurs » de l’ES Bully sont finalement protégés par leur emploi fictif : régulièrement déclarés dans les effectifs de la compagnie, ils échappent ainsi au STO et peuvent s’aligner dans les compétitions maintenues par le régime de Vichy.
Éliminée lors des phases finales de la Coupe Charles Simon (1/4 de finale lors de l’édition 1942, 1/8e de finale l’année suivante, 1/32e en 1944), l’équipe de l’ES Bully intègre le Championnat de France de la poule de Zone Nord en 1941-1942, en se classant à la neuvième place à l’issue de la saison.
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Comme le soulignent Étienne Dejonghe et Yves le Maner, le football (tout comme le cinéma) sert ici d’exutoire, en offrant aux populations locales éprouvées par l’Occupation et les restrictions quotidiennes, une parenthèse qui, le temps d’un match, permet d’échapper aux malheurs de la France « vert de gris.
Perturbés dès l’hiver 1943-1944 (aux restrictions de circulation des équipes s’ajoutent les réquisitions des mineurs pour travailler le dimanche), les championnats de football sont arrêtés en avril avant que de reprendre timidement, passés les combats de la Libération du Pas-de-Calais, se soldant par l’arrivée des troupes anglaises à Bully le 2 septembre 1944.
Si l’ES Bully a connu son heure de gloire lors d’une saison 1948-1949 qui propulse son équipe première dans le nouveau championnat de France amateurs (CFA) créé par la FFF, elle connait ensuite les affres de la relégation en Division d’Honneur (1954) pour évoluer aujourd’hui en R3, qui correspond au dernier niveau des compétitions de Ligue, avant les championnats de District.
Pour autant, le stade René Corbelle est encore là, dans une configuration proche de celle de 1920.
Le Stade Suchet : Un nouveau chapitre
Lieu de déroulement des matchs, le stade de football peut ainsi revêtir une dimension mémorielle particulière, au gré des exploits (et plus rarement des défaites) réalisés par telle ou telle équipe. La victoire des Bleus en 1998 renvoie ainsi, dans les imaginaires collectifs, au Stade de France. Et s’il en était de même pour les terrains de football ordinaires ?
Si certaines installations sont partagées par plusieurs clubs, notamment en zone urbaine, le stade de football est souvent celui d’un seul club. De ses équipes engagées dans les différents niveaux de compétition, de ses supporters qui se pressent chaque week-end autour de la main courante, derrière les buts, ou dans l’unique tribune qui abrite également les vestiaires des joueurs et des arbitres.
Telle est la vie du football ordinaire, dont la presse locale se fait l’écho après chaque journée de championnat, mais qui reste encore « invisible », sauf pour celles et ceux qui l’ont vécue ou la vivent encore, en tant que joueur, entraîneur, arbitre, supporter ou simple spectateur. Et ce football-là, bien peu médiatisé, souvent vilipendé au regard de ses dérives, mérite que l’on s’y attarde un peu, au prisme des stades justement. Parce que la « passion du football » s’y exprime tout autant.
À la limite du bois de Boulogne, entre l'hippodrome de Longchamp et du boulevard Suchet (XVIe), Paris vient d'édifier le tout nouveau gymnase du stade Suchet, l'un des premiers à être totalement en bois. « Il s'apparente à un grand vaisseau mystérieux » souligne un représentant de Woodeum, société spécialisée dans le bois, qui a apporté son assistance au cabinet Koz Architecte.
« C'est une très belle réalisation » se réjouit aujourd'hui Claude Goasguen, député maire LR de l'arrondissement. C'est aussi l'aboutissement d'une négociation avec les services de la Ville, afin de remplacer l'ancien stade du Fonds-des-Princes, dont le terrain a été accaparé par la fédération française de tennis pour l'extension de Roland Garros. « Désormais, le stade est plus proche des écoles », souligne encore Claude Goasguen.
Une semaine après son ouverture au public, ce nouvel équipement se rode. « Les gens apprécient son architecture est l'ensemble des salles », note un responsable du site. Il est composé d'un vaste espace omnisports pour le basket, le volley ou le handball, une salle de danse et un dojo, mais aussi un mur d'escalade de 10 m de haut ce qui en fait un des plus importants de la capitale. Une halle annexe accueille un terrain de tennis.
« C'est un stade enterré, ce qui lui assure une bonne intégration dans le quartier », estime Cécile Gayraud, l'architecte de 30 ans qui a imaginé ce projet de 8 M€.
Caractéristiques du centre sportif Suchet
Avec 2300 m2 et une structure 100% bois, le centre sportif Suchet (16e), dessiné par le cabinet Koz Architectes, se compose :
- d’un gymnase pour la pratique de sports collectifs (handball, volley-ball, basket-ball),
- de deux salles de sport (danse et arts martiaux)
- d’une aire d’escalade.
Les stades parisiens : Entre histoire et modernité
Piscines, stades, gymnases, vélodrome… Paris regorge d’équipements sportifs à l’architecture originale.
Piscine Georges Vallerey
Construite à l'occasion des Jeux olympiques d'été de 1924, la piscine Georges Vallerey (20e) était alors connue sous le nom de piscine des Tourelles. Dès l'arrivée des beaux jours, le toit rétractable de la piscine permet de nager à l’air libre. Entre 1986 et 1989, la rénovation du bâtiment lui a donné cet immense toit ouvrant qui ravit, l'été, les nageurs. Le complexe comprend un bassin de dimension olympique (50 m x 21 m), qui peut être divisé en deux piscines de 25 m (ou de 37,5 m + 12,5 m) grâce à une cloison mobile.
Les Arènes de Lutèce (5e)
Piscine d’Auteuil (16e)
Piscine Amiraux (18e)
Piscine de l’Espace sportif Pailleron (19e)
Vélodrome Jacques Anquetil (12e)
Gymnase Huyghens (14e)
Halle Georges Carpentier (13e)
Le Stade Chaban-Delmas
Mais en 1930, le Parc des Sports change de gestionnaire en raison de difficultés financières. A la suite de la réunion du conseil d’administration de la société qui se tient le 19 mai 1930, le Parc est vendu à la ville pour la somme de 3 millions 8 de francs (environ 250 millions d’euros 2023). Les travaux à réaliser pour le rénover sont estimés à 1 million 5 de francs par l’architecte de la ville Jacques D’Welles, mais la somme est loin d’être réaliste. Relié par le tramway au reste de la ville, le complexe sportif voulu par Adrien Marquet (1925-1944) peut espérer voir le jour. « Trois tranches de travaux sont à ce moment-là envisagées, d’un montant de 11 millions de francs (…). De 1933 à 1938, le stade ferme pour travaux. Il est inauguré par une rencontre de la Coupe du monde de football Brésil-Tchécoslovaquie avec une capacité d’accueil du public estimée entre 23 000 à 30 000 places selon les sources. Les choix effectués par les édiles de la ville ne sont pas sans conséquences. En effet, la construction de la piste d’athlétisme est reportée à 1940 à un moment où Jules Ladoumègue, bordelais, certes disgracié pour cause de professionnalisme, a fait résonner la voix de la France au niveau international. La raison en est sans doute financière. « L‘estimation finale est de 35 millions de francs, étalés entre 1930 et 1942, soit un coût six à sept fois supérieur au coût de départ » (Mourgues, 2014), (près d’1 milliard 160 millions d’euros 2023). En effet, il y a eu de nombreux travaux supplémentaires dont ceux d’assainissement du marais du Peugue côté Est nécessitant le forage de pieux de 25 m et un nivellement du terrain dans un sol d’une excessive dureté Côté Ouest. Mais, sans conteste, le stade est une réussite sur le plan fonctionnel et architectural. Il est même qualifié « de stade le plus moderne de France » (Excelsior, 2 décembre 1937). Sont particulièrement mises en valeur « les fantastiques voutes à encorbellement » ainsi que l’entrée « qui sera d’une largeur inusitée, et recouverte d’un dôme audacieux en ciment armé » (La France, 29 mai 1937). A côté de l’immense portique d’entrée, 24 guichets sont disposés pour la vente de billets. Entre travaux d’entretien et de rénovation, le stade subit de constants travaux. La piste d’athlétisme, en particulier, doit être réalisée. Un second gymnase est envisagée au-dessus de l’ancien afin de ne pas abattre d’arbres. En 1977, le Peugue doit être de nouveau canalisé. Le stade pour l’équipe de football ou la piste d’athlétisme pour les scolaires est inutilisable. S’y ajoute une salle de réception. Mais ce sont surtout les capacités d’accueil du public qui sont remis en cause au regard des résultats des Girondins de Bordeaux. « La construction d’une nouvelle enceinte est mise sur le devant de la scène par la municipalité en 1980. Jacques Chaban-Delmas n’est pas défavorable à un nouveau stade : la France a obtenu l’organisation de l’Euro 1984, et doit disposer de stades de plus de 50 000 places. Dans un contexte de réussite sportive de l’équipe de football, et après bien des atermoiements entre les différentes parties prenantes hésitant entre la rénovation du stade Lescure et la construction d’un nouveau, la première solution est envisagée : une première tranche de travaux est confiée à l’architecte Guy Dupuis et il est décidé de supprimer la piste cycliste. Suite à la surélévation des gradins la capacité d’accueil est portée à près de 50 000 places pour un coût estimé d’environ 100 millions de francs selon Vincent Mourgues. « Le prix des places est resté à la discrétion du club et des instances du football : le prix d’une place « populaire » est passé de 13,50 francs en 1981 à 24 francs en 1988 » (Mourgues, 2014). L’attachement mémoriel à l’ancienne structure et, surtout l’investissement important qu’aurait requis une nouvelle, emportent la décision auprès de Jacques Chaban-Delmas. Mais « si les aménagements faits le sont pour rendre durable le stade, celui-ci connaît une rénovation moins de dix ans après sa mise en service » (Mourgues, 2014). Pour la Coupe du monde de football de 1998, la rénovation du stade est confiée à Michel Moga, et comporte la modernisation des équipements et la transformation de toutes les places en places assises ainsi que la construction sur l’annexe du stade d’un centre de presse reconverti depuis en salle omnisports. En 2001, le stade Lescure est renommé Stade Chaban-Delmas en hommage à Jacques Chaban-Delmas, qui fut maire de Bordeaux de 1947 à 1995. Avec la Coupe du monde de rugby de 2007, le stade accueille le quatrième mondial de son histoire.