Le rugby, bien plus qu'un simple sport, est une véritable institution à Caussade. Son histoire, riche et tumultueuse, est intimement liée à la vie de la ville et à ses habitants. Des pionniers du début du XXe siècle aux équipes actuelles, en passant par les périodes de reconstruction et les succès mémorables, le Stade Caussadais a su traverser les époques en conservant sa passion et son esprit de combativité.
Les Débuts du Rugby à Caussade: Un Mécénat Chapelier
Au début du XXe siècle, alors que l'industrie chapelière, fleuron de Septfonds, rayonnait, le rugby commençait à gagner du terrain à Caussade. Des hommes visionnaires se sont employés à implanter le ballon ovale dans le Bas-Quercy. Parmi eux, un chapelier du nom de Belarbre se distingue comme le premier mécène du club, soulignant ainsi le lien étroit entre l'identité locale et l'essor du rugby.
Malgré cet élan initial, les guerres et les difficultés économiques ont freiné l'ascension du club. Ce n'est qu'avec l'arrivée d'Arnaud Marquesuzaa, joueur international et triple champion de France, que le Stade Caussadais a trouvé un nouveau souffle. Son expérience et son dynamisme ont permis de structurer le club et d'attirer de nouveaux talents.
Reconstruction et Développement des Infrastructures après-guerre
Après la période historique agitée que le Stade Caussadais a traversée, et le sport en général, le contexte d'après-guerre est caractérisé par une période de reconstruction. Cela suppose que l'on rebâtisse aussi au niveau local. Puis le football va s'européaniser, entraînant un déplacement des centres d'intérêt. Au niveau local, toutes proportions gardées, le Stade caussadais a repris sa marche en avant, tant sur le plan sportif que sur le plan des installations.
Sur le plan matériel, F. Mitterrand, ministre des Anciens Combattants, s'est rendu à Caussade afin d'inaugurer le portique d'entrée des installations de La Piboulette dédié à Robert Olive, résistant et déporté en 1943. Les mesures d'aménagement se sont enchaînées alors, en 1948, avec la pose de mains courantes autour des terrains de jeu, puis avec la mise en œuvre de terrains scolaires, de terrains de basket, de clôtures, de vestiaires, de gradins et d'un terrain de tennis. Toutes ces réalisations se sont faites entre 1950 et la fin des années «60», la construction de véritables tribunes intervenant plus tard, ainsi que la pose d'un éclairage permettant les rencontres nocturnes.
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Les Années de Gloire des Juniors et l'Émergence de Nouvelles Disciplines
Sur le plan sportif, les succès ne se sont pas fait attendre, notamment avec les équipes juniors qui, en 1956 et en 1960, se sont qualifiées pour les seizièmes de finale de la coupe Gambardella, équivalent de la Coupe de France des seniors. Les juniors se sont inclinés finalement avec panache contre les équipes professionnelles de l'OGC Nice et de Montpellier. Par ailleurs, sous l'impulsion de MM. Gaudfrin et Lebrun, les écoles de football ont vu le jour, et en 1958, la section basket du Stade caussadais a décidé de prendre son envol et de devenir autonome sous l'impulsion de Serge Brajon.
Le Rugby Aujourd'hui: Consolidation et Ambition
Aujourd'hui, le club ne peut que consolider son avenir avec l'équipe de dirigeants bénévoles qui, saison après saison, œuvre pour son bon fonctionnement. Le rugby tient une place prépondérante dans la ville. À l'orée de la saison 2017-2018, un nouvel organigramme a été mis en place qui voit s'installer à la présidence Jean-Marie Durand (consultant en management, ex-joueur d'Albi et ex-trésorier de la Fédération de triathlon), et à la vice-présidence Jean-Marc Rey (en charge du sponsoring, du partenariat et des festivités) et Laurent Betton (responsable commission sportive).
Pour le président : « Le nouveau bureau s'appuie sur la création de cinq grandes commissions orientées sur le sportif, la logistique, les finances, l'administration et les festivités. Chacune d'entre elles est dotée d'une enveloppe budgétaire et d'une large autonomie. Ce qui permettra un fonctionnement efficient. La saison s'annonce importante au plan de l'obtention de résultats. Le groupe seniors sera encadré par un manager Alexandre Aymar (ex-Cahors) et deux entraîneurs Jean-Paul Berc (qui déjà coachait l'équipe 2) et Philippe Pujo (ex-Lauzerte). « Complémentarité et complicité, explique Jean-Marie Durand, vu les expériences antérieures ; ces deux qualificatifs sont le ciment d'une activité qui doit s'inscrire dans la durée. »
Quant au recrutement, il est important avec l'arrivée de seize joueurs dont Lacroix (talonneur) et Dubuc (troisième ligne) de Cahors, Valette (pilier) et Combelle (deuxième ligne) du RC Montauban, Carles (pilier) de Castelsarrasin, et d'autres qui reprennent du service dont Malby (pilier) et Brassac (troisième ligne). Les objectifs ? Pour Jean-Marie Durand : « La saison 2016-2017 devait assurer le maintien en Honneur. 2017-2018 devra apporter un titre de plus à l'USC soit à l'échelon régional, soit au plan national. Il faudra envisager un retour en Fédérale 3 dès la fin de ce championnat, car telle est la place de Caussade au sein de la grande famille du rugby français.
Un Match Récemment: US Caussade contre Sor-Agout
Sor Agout, solide premier de la poule 9 (45 points, 10 victoires, une défaite), se déplaçait sans pression à Caussade (7ème, 24 points, 5 victoires, 5 défaites, 1 match nul), mais pas sans intentions. Les deux équipes, aux trajectoires inverses, ont des arguments à faire valoir pour régaler leurs supporters. Les Soragoutois voulaient définitivement assurer leur qualification directe, les Caussadais, s’éloigner de la zone rouge. Restait à écrire l’histoire de ces retrouvailles… (résumé et photos par Wildon)
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Le match« La raison du plus fort est toujours la meilleure ». Ainsi parlait La Fontaine dans sa fable du Loup et de l’Agneau, le vers du poète n’a pas pris une ride du côté de Caussade, ce dimanche, à l’heure de recevoir Sor-Agout, leader incontesté de la poule 9. Pourtant, d’entrée de jeu, les Caussadais mettaient les Tarnais sous pression et, en vingt minutes seulement, menaient 17-3 avec deux essais en deux minutes (17e et 19e).
Le public du Stade Municipal de Caussade pouvait légitimement s’enflammer un brin, d’autant que l’adversaire, outre le fait d’être mené, perdait coup sur coup son talonneur Deilhes, touché à la clavicule, puis son troisième ligne Sagne, une poche de glace sur les cervicales. A ce moment précis du match, le plus fort, c’est Caussade et La Fontaine peut bien retourner réviser ses fables. Oui mais voilà : Sor-Agout va revenir dans la partie à pas de… loup : une pénalité de Rieu (22e) et un bel essai en coin de Serres (39e) plus tard (non transformé), les Tarnais reviennent au score au moment des oranges et des citrons (17-11).
19e : Serres serre bien le cuir et s’envole en terre promise : Caussade mène alors 17-3…Le passage aux vestiaires ne change pas la dynamique : trois minutes à peine après le coup d’envoi, Sor-Agout envoie son ailier Terme en terre promise, le tout étant bonifié par Rieu (43e, 17-18). Les Tarnais prennent la tête pour la première fois. 43e : G. Terme inscrit le second essai tarnais, Sor-Agout vire en tête et ne lâchera plus le score…T. Chauderon, sur pénalité, ramène l’USC à un tout petit point (67e, 20-21). L’agneau gonfle les pectoraux pendant que le loup s’interroge et que La Fontaine tremble pour sa morale. Les buteurs de deux camps se rendent alors des pénalités coup pour coup (65e, 67e, 69e, 20-24), Sor-Agout maintenant toujours un écart suffisant pour une onzième victoire de la saison régulière, sans pour autant se sentir à l’abri d’un retour offensif adverse.
Et ce qui devait arriver arriva : dans un mouvement collectif superbe et un effort individuel sublime, l’ailier Botella s’en va aplatir le précieux cuir dans l’en-but tarnais ! Caussade repasse devant au score pendant que le stade R. Olive entre en éruption. Oui, mais voilà : Botella, pour un crampon en touche, voyait son essai refusé par l’arbitre. Au grand dam des Caussadais qui ne parviennent pas à conjurer le mauvais sort à domicile, et au grand soulagement des Tarnais… et de La Fontaine. La raison du plus fort est bien la meilleure, Sor-Agout l’emporte et reste bien leader, la morale de fable est sauve…
Avec ses quatre points, Sor Agout creuse donc son avance sur son dauphin, le Coq Léguevinois, défait à domicile par Nègrepelisse (18-20). C’est justement chez le SC Négrepelissien (7ème) que les Tarnais joueront leur prochaine rencontre, après un week-end de pause, pour entrevoir encore un peu plus les 1/32èmes de finale de championnat de France. De son côté, malgré un point de bonus défensif, Caussade descend d’un rang au classement, au profit de Nègrepelisse. Les Tarn-et-Garonnais tenteront de récupérer cette septième place dès la prochaine journée, lors de leur déplacement, périlleux, à La Salvetat (5ème). Caussade va se battre jusqu’au bout, croyant même à l’essai de la victoire à la 79e minute. En vain…Sor-Agout a su renverser le cours du match pour s’imposer. Ici, Guillaume Terme, revenu sur le pré après son passage à une retraite éclair.
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Réactions d'Après-Match
Gérald Fabre, entraîneur de Caussade : « Le leader a une équipe bien en place, avec un bel alignement. Ils ont su nous contrer sur nos touches et donc nous priver de rampes de lancement. Ça se joue à pas grand-chose, ça aurait pu basculer en notre faveur. Mais je suis fier de nos joueurs, car le leader est venu chez nous et nous avons été à la hauteur de l’évènement. Félicitations à eux. On sort la tête haute et on va continuer à travailler. »
Xavier Imart, entraîneur de Sor-Agout : « On ne peut pas dire qu’on a douté en première période, même si on a eu une première demi-heure compliquée où Caussade a mis de l’intensité et quatorze points en deux minutes. Mais le groupe a bien réagi et remis les choses dans l’ordre. On est venu à Caussade sans pression particulière, sereins, confiants. Sincèrement, on n’a pas douté. On a un groupe, solidaire, soudé, qui en est à dix victoires consécutives, donc on ne s’énerve pas, on ne s’affole pas et on fait les choses de manière concentrées et appliquées. Le score n’était pas le plus important, ce qui m’intéressait, c’est le contenu et la manière et j’en suis satisfait. Et avec les quatre points de la victoire, c’est très positif… »
Feuille de Match
US Caussade 20-24 Sor-Agout (MT : 17-11)
Arbitre : Mr Lahieyte
Pour Caussade : 2 essais de Pies (16) et H. Gonzalez (19), 2 pénalités (1, 67) et 2 transformations (16, 19) de T.
Pour Sor-Agout : 2 essais de Serres (39) et Terme (43), 4 pénalités (6, 22, 65, 69) et 1 transformation (43) de Rieu
Composition de Caussade : S. Turella, N. Pies, C. Riviere, J. Robert, K. Heradi, F. Antoine (cap), M. Sevoz, R. Pies, H. Gonzalez (m), J. Chauderon (o), B. Botella, T. Chauderon, S. Chamlali, C. Bigouin, V. Sur le banc : D. Quercy, N. Vigneulle, L. Betton, G. Cubaynes, M. Palot, S. Gonzalez, L. Lacharme.
Composition de Sor-Agout : H. Ferlus, T. Deilhes, N. Maumus, A. Bes, T. Antoine Dominique (cap), B. Jousserand, L. Sagnes, B. Batejat, S. Biau (m), J. Escolano (o), L. Serres, T. Vincent, A. Pelozo, G. Terme, L. Sur le banc : P. Fontaynes, M. Willig, P. Navarrot, B. Lebrasseur, C. Maurel, T. Oyharcabal, F.
L'Écho de l'Histoire: Parallèles avec Carcassonne
C’est vers 1898-1900 que le rugby fit son apparition à Carcassonne grâce à deux sociétés : L’étoile sportive et l’Union sportive. L’étoile sportive recruta parmi les employés et les ouvriers ; elle avait son siège au café L’ambigu, actuellement Hôtel Central sur le boulevard J. Jaurès, et jouait à Luna-Park (Païchérou). L’Union sportive, de son côté, rassemblait surtout des étudiants ; elle se réunit d’abord au café Maymou (actuellement, Brasserie à 4 temps), puis au Helder (café des platanes). Ses animateurs étaient MM. Génie, Limousis, Benoît et Séguier.
La trésorerie ne roulait pas sur l’or, mais l’esprit de camaraderie suppléait au manque de moyens. Ces jeunes pratiquaient le rugby mais également l’équitation, le tennis, l’escrime et la course à pied. Chaque joueur devait se payer tout son équipement et les déplacements afin de disputer les matchs qui se tenaient à l’Enclos Saint-Joseph, propriété du lycée. C’est là que l’équipe reçut les Vétos toulousain, le Stade Toulousain, Mazamet, Narbonne, Lézignan et Perpignan.
Vers 1902-1903, les deux sociétés fusionnèrent pour constituer l’Association Sportive Carcassonnaise qui s’installa au Helder et fut d’abord présidée par M. Retmeyer, puis l’avocat Me Soum. L’équipe comprenait des éléments locaux, mais le régiment des Dragons en garnison à Carcassonne, fournit de bons joueurs : De Talencé (International), Cogna, Charra, Godail, de Pracomtal, Deproge, etc. La ligne des 3/4, la plus fameuse, se composait de Bonnaure, Bilhou, Bringuier, Bruniquel et Rousset.
Pendant la Grande guerre, les jeunes, sevrés de ballon, créèrent le Club Olympique Carcassonnais. Après l’armistice de 1918, l’A.S.C fut reconstituée par Vitalis-Brun avec pour président M. Bruguier. Elle installa son siège au Café des deux gares (Café Bristol). En 1921, grâce à une avance de fonds des dirigeants, complétée par un emprunt, l’A.S.C créa un nouveau terrain de sport à la Pépinière (Stade A. Domec) et l’Enclos Saint-Joseph fut abandonné aux potaches et aux petits clubs qui n’avaient à leur disposition que Saint-Jean, ou le champ de manœuvres (Romieu). L’Ecole Normale venait de remporter le Championnat de France Scolaire en 1920 et 1923 et de nombreux futurs instituteurs brillèrent en équipe première du Club civil.
Le Lycée, de son côté, eut aussi des éléments de valeur et grâce à l’esprit sportif des Directeurs de ces Etablissements, les étudiants purent être recrutés par l’A.S.C. A cette époque, le Comité du Languedoc groupait des équipes de premier plan : US Perpignan, Quins, Narbonne, Béziers, Lézignan, Carcassonne. Par la suite, Pézenas et Quillan furent admis à disputer ce championnat. La présidence du club était assurée par le Dr Buscail. Les pyrénéens Domec, Castérot, Senquirgue et Balansa, venus s’installer à Carcassonne vinrent renforcer les rangs Ascéistes et à la fin de la saison 1924-1925, l’A.S.C battait en demi-finale, au Stade Sainte-Germaine de Bordeaux, le Stade Toulousain par 3 à 0 grâce à la botte de Bambou.
Une première fois cette finale se tint à Toulouse par un temps épouvantable et les deux équipes se quittèrent sur un score nul et vierge. La réédition de cette finale eut lieu en 1925 à Narbonne, où 183000 francs furent récoltés aux guichets. Le rugby était à son apogée à Carcassonne et, outre l’A.S.C, d’autres clubs s’étaient créés : White Devils, Rugby Club, Club Sportif Stadoceste, Etoile Sportive, Trivalle Sportive, le Stade, Sport Saint-Michel, les Espoirs, les Red Devils. La plupart des bons joueurs de ces clubs venaient après ce premier stage, grossir les rangs de l’A.S.C, attirés par la gloire du club fanion, dans lequel ils étaient en mesure de mieux démontrer leurs talents. Par la suite, les petits clubs qui avaient eu jusque’à deux et trois équipes, perdirent de leur importance et finirent par disparaître, faute de moyens financiers. A l’A.S.C, M. Ramond, succédant à M. Balmes, prit le faute de président, qu’il conserva plus de 28 ans. Avec M. En 1929-1930, le club Jaune et Noir se trouva opposé en demi-finale du Championnat de France à Paris, à l’équipe de Quillan. Le nul obtenu au stade de Colombes, après une rencontre homérique, renvoya les équipes dos à dos. En 1932, les dirigeants abandonnèrent leurs avances de fonds, et le nouveau stade fut pris en charge par la municipalité qui l’aménagea dans son état actuel.