Fondé en 1890 par des étudiants du lycée Saint-Louis, à Paris, le Stade Français a pris son nom lors d'une réunion au café Procope, dans le quartier Latin. Depuis plus de 110 ans, ce club omnisports a trusté titres et médailles. Entre sa création et le rendez-vous au Parc, pour la finale de la Coupe d'Europe, la section rugby du Stade Français a connu une histoire mouvementée, marquée par dix titres de champion de France. Ce club figure aujourd’hui parmi les plus grands clubs omnisports d’Europe, et a largement contribué à la renaissance et à l’organisation du sport en France. Il est depuis sa création, centré sur l’éducation des jeunes par le sport et ses valeurs, mêlant harmonieusement l’initiation, la compétition et le haut-niveau. Il enseigne le dépassement de soi, le partage, la solidarité et le respect.
Les débuts héroïques (1890-1908)
Le 19 mai 1891, le Stade dispute et remporte face au Racing (3-0) la première rencontre officielle. Un an plus tard, à Bagatelle, il échoue dans sa quête du Graal face au Racing (4-3), rencontre arbitrée par le baron Pierre de Coubertin. Le club va alors piocher dans ce qui se fait de mieux dans la discipline pour se développer, les Britanniques. Soucieux de profiter du savoir-faire et de l’expérience de ceux qui ont inventé ce jeu, le Stade Français va trouver son premier demi d’ouverture et capitaine en la personne de C. Heywood. Grandement impliqué dans le développement du sport parisien et particulièrement du Stade Français, allant même jusqu’à accompagner le Baron Pierre de Coubertin à l’Elysée pour rencontrer le Président Carnot. C’est ainsi que dès 1892, le Stade Français est le premier club hexagonal à participer à un match international de rugby à Londres, face à Rosslyn Park. Après avoir fourni avec Henri Amand le premier international, il remportera huit titres jusqu'en 1908, menés par leur emblématique Capitaine Louis Dedet, Professeur agrégé de philosophie à 25 ans à l’école de Dominicains d’Arcueil, puis directeur du collège de Normandie. Après avoir été un héros de la Grande Guerre, il sera arbitre (notamment du 1er match international officiel de l’équipe de France, contre la Nouvelle-Zélande le 1er janvier 1906 à Paris), puis dirigeant, finissant président honoraire de la FFR et du Stade Français. Il est à ce jour le seul international français ayant arbitré en match international.
La traversée du désert (1908-1992)
La suite sera moins glorieuse. Le Stade Français section Rugby a subi un long passage à vide, de 1910 à 1990, où le Racing Club (autre fabuleuse organisation sportive parisienne) fut bien mieux représentatif du Rugby Parisien. Le Racing s’est trouvé à son tour en mal de succès. Il faudra patienter jusqu'en novembre 1992 et l'arrivée de Max Guazzini, ancien avocat venu d'Aix-en-Provence et cofondateur de radio NRJ, pour entamer un fantastique retour vers les sommets.
L'ère Guazzini et la renaissance (1992-2011)
« Après un match à Sèvres, Christophe Mombet et Michel Bès m'ont invité à la Faisanderie, me demandant de devenir dirigeant, raconte le futur mécène. Je tombais des nues. C'est Jean-Pierre Rives qui m'a briffé. J'ai dit banco. Au départ, je me suis occupé de la communication aux côtés de Pierre Landon, le président. » En 1993, Guazzini prend la présidence. « Il a mis tout le monde en blazer-cravate, se marre Eric Bachoffer désormais coordinateur général. C'est bien passé. » Homme de défi, Guazzini se fixe vite des objectifs : « Entre nous, nous nous étions baptisés Aventuriers du Bouclier perdu. En 1994, ça se passe mal. Six entrées payantes à la Cipale. Nous étions devenus des « SDF ». A l'autre bout de Paris, le CASG de Jean-François Guérinot stagne. La fusion a lieu le 15 mai 1995. « Dans la foulée, se souvient Guérinot, Bernard Laporte arrive comme entraîneur. Parti pour la Coupe du monde en Afrique du Sud, je ramène dans mes bagages le pilier Pieter De Villiers. » Le Stade va alors tout briser sur son passage. « Au départ, c'était le temps de l'insouciance, raconte Christophe Laussucq, le plus ancien, au club depuis six ans. En province, on était traité de mercenaires et méprisés. Rapidement, on a fait peur à tout le monde. La demi-finale contre Toulouse en 1998 à Brive a servi de déclic. On était morts de trouille. La victoire nous a donné de l'assurance pour la suite. » Un premier titre, puis un deuxième ont forgé aux mutins de Paris un moral à toute épreuve. « La force de l'équipe, c'est l'esprit de convivialité qui l'anime », résume David Auradou.
La fusion avec le CASG et l'installation à Jean Bouin
En cours de route, l’heureuse opportunité de s’associer au club de la Société Générale, a permis et favoriser cette ascension, en réunissant les forces de ces deux clubs. Ceci explique le terme « CASG » dans notre appellation, et le choix de Jean Bouin comme terrain de base de notre équipe, et non un local du Stade Français. Le 15 mai 1995, le Stade Français fusionne avec le CASG (Athlétique des Sports Généraux). En 2002, la Société Générale se désengage du CASG.
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Le Stade Jean Bouin : un stade chargé d'histoire
En 1926, le Stade Jean Bouin était inauguré par le Cercle Athlétique de la Société Générale en remplacement de son ancien terrain situé sur les actuels courts de Roland Garros. Comme son nom l’indique, le CASG constitue l’émanation sportive de la Société Générale. Le club fondé en 1903 s’installe dès 1907 sur un terrain au milieu des serres de la ville de Paris, là où siège aujourd’hui le Stade Roland Garros. Une fois la Grande Guerre achevée, et notamment parce que la Fédération France de Football nouvellement née interdit les clubs corporatifs, le club opère un changement de statut, qui s’accompagne d’un changement de nom: Société Générale devient Sports Généraux. Les « Banquiers » doivent cependant bientôt quitter leur terrain des serres désormais confié au Stade Français qui doit y permettre avec l’aide du Racing l’aménagement du Stade Roland Garros. Le club n’aura pas à se déplacer de beaucoup, c’est un terrain situé à quelques centaines de mètres situé Porte Molitor qui va désormais les accueillir. Les 2 et 3 octobre 1926, le nouveau terrain du CASG est inauguré qui comme son prédécesseur prend le nom de Jean Bouin. La première journée d’inauguration est dédiée au football (réception de l’Olympique de Marseille, récent vainqueur de la Coupe de France). Le lendemain, la section rugby affronte une sélection d’Armagnac-Bigorre. Le nouveau stade est confié au club par concession régie par une convention signée pour 40 ans. Si les premières décennies du CASG ont été marquées par la section football du club (vainqueur de la Coupe de France 1919 et 1925), la section rugby des « Généraux » prend à partir des années 30 le dessus sur la branche football qui disparaît rapidement des hautes sphères du football français. L’enceinte accueille également les rugbymen du Stade Français, et plus occasionnellement ceux du Racing Club de France, deux clubs tout aussi historiques l’un que l’autre et cumulant alors 11 titres de champions de France. Les années 30 sont également marquées par la présence de l’athlétisme. Dès les années 20, de nombreuses réunions y sont organisées chaque année (Championnats de Paris, Prix de la République…). Mais c’est surtout avec la signature en 1930 de Jules Ladoumègue au CASG que la piste parisienne de 450 m gagne une réputation internationale. Le natif de La Bastide près de Bordeaux y bat 3 de ses 6 records du monde entre 1930 et 1931, ceux du kilomètre, du 1 500m et du mile. A partir des années 50, Jean Bouin connait une certaine désaffection. Le Stade Français disparaît ainsi des divisions nationales et se replie sur ses installations de la Faisanderie, tandis que le Racing se rapproche de son siège à Colombes et délaisse également Jean Bouin. Quant au CASG, il ne fait rien pour enthousiasmer les foules parisiennes. Après une dernière saison disputée dans l’élite en 1952, il ne peut plus guère que lutter pour ne pas sombrer dans les rangs régionaux. Inchangée depuis l’ouverture du stade en 1925, la physionomie de Jean Bouin est subitement modifiée en 1968, date des travaux de construction du boulevard périphérique qui entraînent la refonte du stade (ainsi que celle du Parc des Princes). Une nouvelle tribune est ainsi construite en lieu et place des anciens gradins découverts, tandis qu’un nouveau bâtiment est aménagé afin d’accueillir un club-house et les bureaux du club. Cette réouverture s’accompagne de timides pas de Jean Bouin dans le monde du football professionnel, d’abord via le Racing Paris-Neuilly, puis par son avatar le RCF Paris-Joinville. En 1975, l’enceinte se dote d’un gymnase, tandis qu’une nouvelle piste d’athlétisme en Résisport est inaugurée en 1982. Les grandes réunions d’athlétisme font ainsi leur retour à Jean Bouin,notamment le Meeting de Paris sponsorisé par BNP. Le 13 juillet 1985, profitant de conditions exceptionnelles, Sergueï Bubka devient le premier homme à franchir à Jean Bouin la barre symbolique des 6 mètres. Une hauteur encore jugée inaccessible quelques années auparavant. Privé de rugby de haut niveau depuis des décennies, le public de Jean Bouin y reprend goût en 1985 avec l’organisation du Challenge Jean Bouin. Une rencontre faisant office de petite finale du Championnat de France et opposant les deux perdants des demi-finales en lever de rideau de la grande finale jouée le même jour au Parc des Princes. Ce challenge récompensé par le Trophée Société Générale prend fin en 1994. Président depuis 1992 d’un Stade Français anonyme en Deuxième Division, il fusionne en 1995 le club avec le CASG, alors en Groupe B. Après deux montées successives, le Stade Français CASG rejoint l’élite en 1997. D’importants travaux de rénovation de Jean Bouin sont dès lors entrepris. Les travaux s’achèvent en 1999, entre-temps, Max Guazini avait réussi son pari sportif en faisant sacré son club champion de France en 1998. Ces succès sportifs s’accompagnent d’une belle réussite populaire: lorsqu’il avait emménagé sur le terrain du CASG, le Stade Français peinait à attirer quelques dizaines de spectateurs et devait recourir à la politique de la gratuité pour donner un peu de vie aux travées de Jean Bouin. Pour répondre aux demandes de ce nouveau public, le club fait dès 1998 le pari du Parc des Princes, d’abord dans une configuration réduite à 20 000 places, puis bientôt à guichets fermés devant plus de 45 000 personnes. Cette nouvelle cohabitation entre footballeurs et rugbymen dérange les dirigeants du Paris Saint-Germain qui font tout pour contrecarrer les plans du président Guazzini.
Les délocalisations au Parc des Princes et le record d'affluence
Le 15 octobre 2005, le Stade français bat ainsi le record mondial d’affluence pour un match de championnat de rugby à XV en saison régulière avec 79 502 spectateurs. Une expérience renouvelée chaque saison depuis en Championnat ou en Coupe d’Europe, le record d’affluence s’établissant aujourd’hui à 79 783 spectateurs pour un duel entre les deux Stades le 22 mars 2008. Ces délocalisations multiples n’écornent cependant pas la volonté de Max Guazzini de posséder un stade de 20 000 places propre à répondre aux exigences du sport professionnel (confort, capacité, accueil des partenaires…). Un premier projet dans la lignée de Paris 2012 devait ainsi faire d’un Jean Bouin agrandi et rénové le site olympique du hockey sur gazon. L’extension de Jean Bouin est officialisés 12 février 2007 par le vote du Conseil de Paris qui donne un avis favorable (80 voix pour, 59 contre) à l’agrandissement du Stade Jean Bouin à 20 000 places. Les incessantes querelles politiciennes de la Capitale et l’antagonisme d’une partie des riverains retarderont de plusieurs années le projet dont les travaux ne débutent qu’à l’été 2010. Le 30 août 2013, le nouveau Jean Bouin ouvre enfin ses portes à l’occasion de la réception de Biarritz en Top 14. Le stade Jean Bouin disposait également d’installations pour pratiquer l’athlétisme jusqu’en 2013 et accueillait notamment le meeting d’athlétisme de Paris jusqu’au début des années 1990. Le stade fut également utilisé (de 1983 à 1993) pour quelques finales du Casque d’Or (championnat de France de football américain). Depuis 2016, le stade accueille la plateforme d’innovation sportive « Le Tremplin » et son incubateur de startups. Lors de la saison 2016-2017, le club de football du Red Star FC y joua ses rencontres à domicile suite à la convention signée entre le club audonien, la ville de Paris, propriétaire de l’enceinte, et le conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Depuis la saison 2018-2019, la section féminine du Paris Saint-Germain y élit également domicile.
Caractéristiques du nouveau Stade Jean Bouin
La fine résille qui enveloppe le stade, lui donnant cette impression de légèreté, est réalisée en béton fibré. Jean Bouin dispose de 19 500 places assises et couvertes pour une meilleure convivialité pendant les événements, de 30 loges privatives, 12 salons collectifs et 1 000 places au coeur des Halles de Paris.
L'ère des maillots roses et du spectacle
De radio NRJ sponsor du club. Soucis d'esthétisme. Se développe dans une ville aussi anonyme que Paris. Phénoménal. Par Adidas sont vendus en 2005-2006. Max Guazzini vends le club en 2011.
L'évolution du blason du Stade Français
Dans l’histoire du sport en général peu de clubs ont autant révolutionné leur discipline. Mieux encore, à l’aube des années 2000 le Stade Français a bouleversé le monde du rugby et inspiré bon nombre d’autres équipes ! Une (R)évolution perceptible au travers de son blason.
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1883, « Et si on essayait le rugby ? »
Avant de devenir l’un des mastodontes du rugby français, le club de la Capitale fut comme bien souvent à cette époque une association étudiante. A la fin du XIXe siècle, des jeunes parisiens souhaitent se réunir de façon officielle afin de s’adonner à la course à pied. Au grès des sorties, ils aperçoivent et côtoient leurs homologues britanniques tous pratiquants du rugby. Séduits par la mentalité de cette nouvelle discipline et motivés par l’éternelle rivalité entre les deux peuples, les étudiants décident de créer leur équipe : c’est la naissance du Stade Français. La dénomination « Stade » étant choisie pour faire référence aux athlètes antiques et l’adjectif « Français » pour marquer leur patriotisme, en sachant qu’ils allaient affronter des Anglais. La « petite » association prend une ampleur inattendue au point de devenir le premier club de l’hexagone à disputer un match international en 1892 puis de rafler 8 boucliers entre 1893 et 1908. Les initiales du club incrustées dans un écusson bleu et rouge, reprenant les couleurs de la ville de Paris. Le premier derby francilien face au Racing Club de France en 1892.
1992, Guazzini et son éclairante révolution
Au début des années 90, le Stade Français est un club plus que centenaire dont la santé vacille. Un ambitieux et jeune président du nom de Max Guazzini (fondateur de la radio NRJ) veut donner un second souffle à cette institution. Il fusionne avec le CASG avant d’entamer une folle remontée vers le plus haut niveau. La fusion apparait clairement sur le blason du club parisien de 1995 à 2003 avant un retour à une forme plus épurée de 2003 à 2008. Ce côté épuré tranchant avec la révolution entreprise par le créatif entrepreneur parisien sortant le rugby de son côté champêtre et traditionnel. A la suite de ces folles années, le blason va se parer de la couleur rose et de 3 éclairs symbolisant les trois montées successives du club jusqu’au titre de 1998 (96 groupe B, 97 groupe A2, 98 groupe A1 et bouclier de Brennus). Le premier sacre de la nouvelle ère en 1998.
2018, la vie en rose
Vainqueur de son 14e bouclier de Brennus en 2015, le Stade Français connait toutefois des turbulences internes avant le rachat par Hans Peter Wilde en 2018. Cette arrivée aux commandes s’accompagne d’un nouveau logo, proche de celui retravaillé en 2013 mais en version modernisée. En 2015 les Parisiens ont remporté le 14e Brennus 🖊️ Les initiales « SF » historiquement utilisées sont forcément présentes.
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