Le Stade Briochin, club de football basé à Saint-Brieuc dans les Côtes-d'Armor, possède une histoire riche et passionnante qui s'étend sur plus d'un siècle. Fondé en 1904, le club a connu des moments de gloire, des épreuves difficiles et a marqué la vie locale par ses nombreuses aventures sportives et humaines. Cet article vous invite à découvrir les moments clés de l'histoire du Stade Briochin, de ses origines modestes à ses exploits en Coupe de France et son passage en deuxième division.
Les origines du club : L'éclosion du football à Saint-Brieuc
À la fin du XIXe siècle, le football, sport d'origine anglaise, fait son apparition en Bretagne grâce à des sujets britanniques et se répand dans les milieux lycéens et étudiants. C'est dans ce contexte qu'un groupe de jeunes briochins prend l'initiative de créer un club de football à Saint-Brieuc en 1904. Joseph Connan eut l’idée de constituer une société de football à Saint-Brieuc. Le 28 mars 1904, Guillaume Le Lousse, premier président du Stade Briochin, adresse une déclaration à la Préfecture des Côtes-du-Nord (Côtes d’Armor). L’insertion au Journal Officiel donne à la société une existence légale. Le club prend d'abord le nom de "Stade et Véloce Club Briochin", suite à l'annexion de la section cycliste, avant de devenir le SBUC le 1er mai 1912.
Bien avant la Première Guerre mondiale, la ville de Saint-Brieuc se dote d'un parc municipal des sports aux Villes Dorées, situé sur l'ancienne pièce de terre dite "Le Champs Clos". En 1921, d'autres disciplines sportives, telles que le cross et l'athlétisme, rejoignent la structure du club.
Les premières performances et la Coupe de France
Dès les années 1920, Saint-Brieuc commence à se faire remarquer sur le plan national. La Coupe de France, par son fonctionnement, permet de mettre en lumière les villes dont les clubs sont performants et d'accroître leur notoriété. Saint-Brieuc réalise rapidement de bonnes performances, atteignant les 16èmes de finale en 1920-1921, où il s'incline face aux professionnels du Red Star, vainqueur de l'épreuve cette année-là. Les Stadistes rééditent cette performance lors de l'édition 1924-1925, atteignant à nouveau les 16èmes de finale.
En 1929, Fred Aubert, ancien joueur du club, est élu président. Avocat de profession, il décède sur le front en 1940. En son hommage, le stade actuel du club porte son nom.
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Pendant l'Occupation, le parc des sports est régulièrement réquisitionné par la Wehrmacht pour ses propres exercices. L'activité du club est relancée en 1941 avec l'arrivée à la présidence de Paul Neumager. C'est à ce moment-là que l'association se développe, avec l'ajout de nouvelles disciplines sportives telles que le basket féminin, le ping-pong et la boxe, en plus du football, du cross et de l'athlétisme.
La structuration du club et l'ascension en Division d'Honneur
Au début des années 1940, le club commence à se structurer. Auparavant, les entraînements se déroulaient sans entraîneur, les joueurs expérimentés se chargeant de la préparation de l'équipe. Une évolution importante a lieu en 1945 lorsque M. Le Begue, alors président, engage le premier entraîneur officiel du club, Louis Bodez. Les entraînements ont d'abord lieu deux soirs par semaine, avant de se fixer au jeudi midi et parfois le soir.
Sous la présidence de Pierre Mahéo (1946-1954), les entraîneurs se succèdent. Jules Dutilleul remplace Louis Bodez en 1946 après une année à la tête de l'équipe. En 1954, une nouvelle équipe dirigeante arrive, avec Paul Taillanter comme président et Romuald Castellani comme entraîneur. Le duo ne tarde pas à obtenir des résultats, puisque l'équipe fanion accède à la Division d'Honneur (D.H., l'équivalent d'une 6e division) à l'issue de la saison 1954-1955. Lors de sa première saison dans ce nouveau championnat, l'équipe termine à la deuxième place et manque de peu une seconde montée successive synonyme de CFA (Championnat de France Amateur).
L'épopée en Coupe de France 1966 : Un exploit mémorable
De 1959 à 1962, le club évolue pendant trois saisons en CFA et réalise un nouveau 32ème de finale contre Le Havre (1ère division), avec une défaite 7-2. Malheureusement, à l'issue de la saison 1961-1962, le club termine douzième du championnat et redescend en D.H.
L'année 1965-1966 est marquée par deux épopées qui resteront à jamais gravées dans les annales du club. La première est réalisée par les juniors lors de la Coupe Gambardella. Cette campagne exceptionnelle, menée par une équipe de jeunes joueurs tels que Bernard Goueffic, Guéna Le Blanc et Michel Bougeard, sous la direction de Louis Omnès, les mène jusqu'en demi-finale, où ils s'inclinent face à Sedan au Parc des Princes.
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La seconde épopée est celle de l'équipe première en Coupe de France. Évoluant en Division d'Honneur, le club briochin se fait remarquer à l'échelle régionale en 1959 en remportant le titre de champion de D.H. Ouest. Toutefois, c'est en 1966 que le club se retrouve sous les feux des projecteurs. En effet, durant l'hiver 1966, il parvient en 1/16e de finale de la Coupe de France après avoir battu 3 à 2 l'Union Clissons-Korrigans de Vannes.
Tout s'accélère avec sa victoire inattendue 1 à 0 face à l'Olympique de Marseille en février 1966. Les portes des quarts de finale lui sont ouvertes. Devant Marseille, nos Briochins ne partiront pas favoris, certes, mais ne se considèrent pourtant pas battus d’avance. Le club phocéen a déjà remporté par deux fois le championnat de France (1937 et 1948), ainsi que six coupes de France (1924, 1926, 1927, 1935, 1938, 1943). De son côté, le club de la préfecture des Côtes-du-Nord, fondé en 1904, évolue en Division d’honneur de la Ligue de l’Ouest de football, la plus haute division régionale. Par le passé, d’après le président du club René Girard, les « jaunes et bleus » de Saint-Brieuc ont déjà atteint par six fois les 1/16 de finale de la Coupe. A ce stade de l’édition 1966, le successeur de Fred Aubert, l’emblématique président d’avant-guerre, renchérit : « Nous sommes les plus petits amateurs de la compétition. Sous la direction de l’entraîneur, André Sorel, les joueurs amateurs de Saint-Brieuc répètent leurs gammes : footing, conduite de balle, tactique etc. A ce propos, on apprend que l’équipe s’apprête à aligner un 4-2-4 défensif pour affronter l’équipe olympienne. Cette rencontre tant attendue à Saint-Brieuc a pourtant lieu à Brest, sur le terrain du stade de l’Armoricaine (actuel stade Francis-Le Blé). C’est ainsi que le président du club des supporteurs, Loulou Bodez - également père d’un des joueurs du Stade Briochin - attend entre 1 000 et 1 500 Briochins pour encourager les « Griffons ».
Toutefois, le 8e de finale face au Racing Club de Strasbourg va être fatal au club briochin. En effet, en mars 1966, le Racing bat facilement le petit club de DH par 5 buts contre 2. Pour l'anecdote, c'est d'ailleurs le Racing Club de Strasbourg qui va gagner la Coupe de France le 22 juin 1966 au Parc des Princes face au Football Club de Nantes 1 à 0, privant ainsi les Nantais d'un doublé Coupe-Championnat.
De la Division 3 à la D2 : L'ascension fulgurante des années 1990
En 1973, le président Paul Le Hesran fait appel à un nouvel entraîneur, Pierre Garcia, qui fait immédiatement remonter le Stade briochin en Division 3. Le club passe alors neuf saisons à ce niveau, frôlant même la montée en Division 2 par deux fois, en 1979 et en 1980 sous les ordres de Claude Petyt. En championnat, le Stade Briochin retombe en Division 4 en 1983.
À l'aube de la saison 1988-1989, le Stade Briochin se retrouve en DSR (niveau le plus bas depuis la création du club). C'est à ce moment qu'arrive un nouvel entraîneur, Denis Goavec, sous la présidence de Serge Rouxel. Ensemble, ils font regrimper les échelons au club breton : champion de DH en 1990, de D4 en 1991 (avec en prime un mémorable 32ème de finale de Coupe de France contre le Stade Lavallois, 2-2 et élimination des Griffons 4-5 aux tirs au but), et champion de D3 en 1993. Pour la première fois de son histoire, le Stade briochin accède à la D2. Ces ascensions successives se produisent notamment avec quelques joueurs locaux comme Nicolas Carnec, Patrice Carteron, Luis Satorra, Jean-Michel Eouzan ou encore Yannick Le Saux.
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Le 8 juin 1993, le Stade Briochin parachevait sa première grande aventure commencée en DSR. Il s’imposait en match de barrage à Aubervillers (1-0) et accédait pour la première fois de son histoire à la D2. L’anniversaire a été fêté jeudi soir, dans le bar Le Connemara. La plupart des protagonistes de l’époque étaient là. Avec une kyrielle d’anecdotes à raconter. S’y est même joint Dario Brose, l’unique buteur de ce 8 juin, joint par visio depuis sa Caroline du Nord aux États-Unis. Sur la photo souvenir, on reconnaît ici, accroupis (de gauche à droite) : Gaël Limon, Jean Visdeloup, Franck Royé, Denis Goavec et Éric Lagadeuc. Debout (de gauche à droite) : Carlos Amorin, Jean-Michel Eouzan, Serge Rouxel, Thierry Bernard, Christophe Rosello, Nicolas Carnec et Patrick Bellot.
L'éphémère passage en D2 et le dépôt de bilan
Désormais professionnel, le club prend le nom de Saint-Brieuc Côtes-d'Armor. La première saison en D2 est une réussite, avec une sixième place au classement. En août 1994, c’est l’événement : l’Olympique de Marseille est accueilli à Saint-Brieuc. Dès le départ, le jeu à la britannique des Jaune et Bleu séduit, le style s’impose. On savait que c’était historique , souffle Yannick Le Saux. L’ancien joueur de foot professionnel connaît parfaitement la face A et B du Stade briochin. A même fait chavirer son public, lors de la grande aventure sportive du club de Saint-Brieuc en D2. Ça a permis de faire grandir le club avec nous, avec les supporters.
La deuxième saison s'avère beaucoup plus difficile. Les Briochins doivent cette fois se passer de Yannick Le Saux, longtemps blessé. Parmi les adversaires du Saint-Brieuc Côtes-d'Armor cette saison-là : l'Olympique de Marseille et les voisins de l'En Avant de Guingamp, pour la seule confrontation entre les deux clubs costarmoricains dans le football professionnel. En fin de saison, les briochins sont devancés à la différence de buts par Angers et redescendent en National.
Marc Collat prend alors place sur le banc briochin. Le nouvel entraîneur peut compter sur Yannick Le Saux qui forme une doublette d'attaquants très efficace avec Didier Monczuk (32 buts à eux deux en championnat). Pour aller chercher le maintien, le club costarmoricain réalise alors un recrutement mêlant joueurs d'expérience (Pierre-Yves David et Joël Cloarec notamment) et jeunes espoirs (Robert Malm, Christophe Le Grix, Edvin Murati). Cette équipe obtient de bons résultats et à la fin de l'hiver, semble déjà proche de remplir son objectif.
Malheureusement, le Saint-Brieuc Côtes-d'Armor ne peut terminer sa troisième saison à ce niveau. En raison d'un déficit de 7 millions de francs, le club est placé en liquidation judiciaire et est automatiquement disqualifié. Le football professionnel s'arrête brutalement à Saint-Brieuc le 24 mars 1997. Jour de match, le 21 mars 1997. Le Stade accueille Cuiseaux-Louhans sur sa pelouse. Les joueurs bretons ne savent pas encore que ce sera le dernier en D2, mais le cœur n’y est plus. On est rentrés avec nos enfants à la main dans le stade. On ne se faisait pas trop d’illusions. Nos adversaires respectaient notre jeu, mais on n’était pas dedans.
La reconstruction en amateur et le retour progressif
À l'été 1997, le Stade Briochin reprend donc son histoire en CFA2. De 2002 à 2005, il parvient même à retrouver le CFA avec à sa tête Pierre-Yves David comme entraîneur. Le néo-président Guillaume Allanou fait alors appel à un nouvel entraîneur : Sylvain Didot. Il fait remonter le club en DH dès l'année suivante, puis enchaîne sur une accession en CFA 2. Cela faisait cinq ans que le Stade briochin n'avait pas joué à ce niveau. Pourtant, les Costarmoricains parviennent à jouer le haut de tableau, terminant 3e en 2014, puis 5e en 2015.
Lors de la saison suivante, le Stade briochin affronte, pour la première fois depuis 18 ans, un club professionnel en match officiel : le 5 décembre 2015, il élimine en effet le Stade brestois (Ligue 2) lors du huitième tour devant près de 5000 personnes (4397 entrées payantes), en l'emportant 2-0. Il s'inclinera par la suite sur le score de 2-0 en 32ème de finale contre Mantes-la-jolie.
À l'issue de la saison 2015-2016 (au cours de laquelle le club termine 4e), le Stade briochin change de président puisque Jérôme Camard succède à Guillaume Allanou. Le 29 avril 2017, en dominant La Flèche 2-0, le Stade Briochin obtient le titre de champion de CFA 2 et remonte au quatrième niveau national, douze ans après l'avoir quitté.
L'exploit en Coupe de France 2020 et les ambitions futures
Pour la saison suivante, le club annonce un changement d'entraîneur : après six années sur le banc briochin, Sylvain Didot quitte le club et est remplacé par l'ancien président, Guillaume Allanou, assisté de Maxime d'Ornano. En renversant Nice (Ligue 1) au terme d’un final absolument époustouflant, le Stade Briochin (N2) a réalisé un incroyable exploit qui semblait impossible à cinq minutes de la fin (2-1), et atteint les 1/4 de finale pour la première fois. Il a fallu un but. Celui de l’égalisation briochine, à la 88e minute, quand tout semblait perdu, pour réveiller un stade qui jusqu’alors s’était trop bien tenu. Personne ne sait. L’intéressé non plus, ne le sait pas. Mais il était là. Le premier essai avait eu lieu en 1966, quand l’Angleterre régnait sur le toit du monde du ballon rond, mais l’aventure s’était arrêtée en 8e, dans une épreuve à la formule alors différente. Le Stade Briochin n’avait pas cadré un tir avant d’égaliser.
Franck Allanou, l’entraîneur qui fait tout dans le club mais pas tout seul, aussi heureux : « C’est le plus grand moment de ma vie sportive » a-t-il confié devant les micros, après la qualification pour les 1/4 de finale (mercredi 26 février).
Ce 8 juin, les anciens du Stade Briochin fêtaient le trentième anniversaire de la montée de leur club en D2. Le 8 juin 1993, le Stade Briochin parachevait sa première grande aventure commencée en DSR.
Aujourd'hui, le Stade Briochin continue de se battre pour retrouver une gloire passée. Malgré les difficultés rencontrées, le club reste un symbole fort de la ville de Saint-Brieuc et un lieu de rassemblement pour les passionnés de football. L'histoire du Stade Briochin est une histoire de passion, de résilience et d'attachement à un territoire. Elle continue de s'écrire avec les exploits, petits et grands, de tous ceux qui aiment le football et le sport.