Histoire et Palmarès du Stade Bordelais Féminin Rugby

L'histoire du Stade Bordelais féminin rugby, surnommé les Lionnes, est marquée par une ascension rapide et une domination récente du rugby féminin français. De ses débuts modestes à son statut actuel de triple champion de France d'Élite 1, le club a su se forger une identité forte, notamment grâce à un recrutement stratégique et à une éthique de travail rigoureuse.

Genèse et Développement du Club

L’histoire des Lionnes débute lors de la création de la section féminine du Stade Bordelais en 2006 - 2007, avec 32 licenciées. En 2012, l’équipe Elite 2 remporte le titre de championne de France. Les Lionnes du Stade Bordelais comptent aujourd'hui un effectif de plus de 120 joueuses, avec 3 équipes à XV et une équipe à X. Elles sont dirigées par un trio de présidents dynamiques et ambitieux composé de Patrick Laporte, Guy Accoceberry et Laurent Treuil.

En préambule, il faut rappeler que le Stade bordelais n’est pas une formation historique de l’élite 1 comme le sont Montpellier, Romagnat ou Blagnac. Promues en élite 1 en 2018, les Lionnes ont connu une ascension particulièrement rapide.

L'Ère Canadienne : Un Tournant Décisif

Un des facteurs de la montée en puissance du Stade Bordelais depuis deux ans, c'est évidemment le recrutement des internationales françaises (Deshaye, Sochat, Fall, Annery, Arbez, Konde), mais surtout l'éthique de travail que les Canadiennes ont amené.

Le recrutement massif de Canadiennes a fait changer l’équipe de dimension. Juste après le premier titre acquis le 10 juin 2023 aux dépens de Blagnac (27-23), l’emblématique centre et internationale du club Rose Thomas, aujourd’hui entraîneure des trois-quarts, mesurait le chemin parcouru en si peu de temps grâce à un recrutement ambitieux opéré par les dirigeants girondins : "Je suis à Bordeaux depuis seize ans. J’ai tout connu avec cette équipe, la montée en Élite en 2012, le titre de championne de France d’Élite 2, la montée en Élite 1 il y a cinq ans… Le groupe a mis du temps à se construire. Le recrutement des deux dernières saisons a bien aidé mais le projet s’est amorcé avec la venue des Canadiennes il y a trois ans. Elles nous ont apporté une rigueur que nous n’avions pas avant, notamment sur la musculation et la préparation physique : les Tessier, Thibaud, Pelletier, Forteza et Vallois sont arrivées en force. Certaines sont parties, d’autres sont restées mais on a gardé cette rigueur de travail."

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Dès 2020, des joueuses canadiennes rejoignent les rangs du Stade Bordelais, insufflant une nouvelle dynamique au club. Parmi elles, Justine Pelletier et Fabiola Forteza, arrivées en 2020, Sarah-Maude Lachance, Gaby Senft et Magali Harvey, désignée meilleure joueuse du monde en 2014. Majoritairement Québécoises, à l'exception de Gaby Senft qui vient de la Saskatchewan, les Canadiennes du Stade Bordelais, toutes internationales, ont changé le visage du club.

François Ratier, l'entraîneur du club girondin, a joué un rôle clé dans ce regroupement. Ancien sélectionneur de l'équipe féminine du Canada, il a facilité l'arrivée de ces joueuses en relayant une annonce du club. Leur force de travail et leur rigueur ont contribué au premier titre de championne de France remporté l'an passé, le premier de l'histoire du club.

Justine Pelletier, demie de mêlée canadienne du Stade Bordelais, témoigne de cette transformation : « On a amené une rigueur, que ce soit à la muscu, sur le terrain, dans les skills. Des choses qui n'étaient pas nécessairement acquises quand je suis arrivée. Maintenant, on est vingt à venir le midi pour en faire un peu plus entre les entraînements. Avant, il n'y avait que les trois ou quatre Canadiennes. »

L'Ascension vers les Sommets : Titres et Reconnaissance

Après avoir touché pour la première fois au bois sacré en 2023, les Lionnes ont marqué durablement les esprits du rugby féminin français. Elles ont su réitérer l'exploit en s’imposant à nouveau en 2024, puis en 2025. Sacrées championnes de France d’Elite 1 pour la troisième fois consécutive, les Lionnes du Stade bordelais dominent le rugby féminin français.

Le championnat d’Élite 1 a trouvé ses reines : ce sont les Lionnes du Stade bordelais. Et celles-ci règnent sans partage sur la première division de rugby féminin. Sur les dix-huit journées de la phase régulière, les protégées du manager François Ratier en ont remporté seize. 646 points inscrits, 237 encaissés, dix bonus offensifs… et deux matchs de phase finale où les Lionnes ont inscrit plus de trente points.

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L'équipe partage ses matchs à domicile entre le stade Sainte-Germaine et le stade Chaban Delmas. Une rencontre par saison se déroule en lever de rideau d'un match masculin de TOP 14.

Palmarès

  • Championnes de France Élite 1: 2023, 2024, 2025
  • Championnes de France Élite 2: 2012

Stratégies de Réussite : Recrutement, Staff et Jeu

Les dirigeants girondins ont donc bâti un projet taillé pour envoyer très rapidement le club vers les sommets. Leur deuxième pierre, les dirigeants girondins l’ont posée du côté du staff. En recrutant François Ratier, ils ont d’abord offert à cette équipe un entraîneur à plein temps. Mais surtout un technicien avec une solide expérience du haut niveau : le Charentais a été sélectionneur du Canada pendant quatre ans (2013-2017), avant de diriger les Arrows de Toronto, formation professionnelle engagée en Major League aux États-Unis : "à mon arrivée, j’ai identifié quelques besoins essentiels sur les ressources médicales, les entraînements midi et soir, la cohérence de suivi entre les internationales et non-internationales… On a aussi beaucoup insisté sur l’état d’esprit. Si l’arrivée des Canadiennes avait déjà fait monter d’un cran le niveau d’exigence, celui de Ratier en a rajouté deux. Et notamment sur le traitement des internationales françaises qui ont débarqué au fil des saisons et dont nous reparlerons plus loin. Ces mêmes Tricolores qui, parfois, connaissent un coup de mou quand elles retrouvent leur club après la sélection : "Je les challenge tout le temps. Dès qu’elles reviennent, je leur rappelle qu’elles doivent apporter autant au club qu’à leur sélection, même s’il y a moins de lumière. En tant qu’internationales, elles ont des droits mais elles ont surtout beaucoup de devoirs. Cette continuité dans le staff n’a pas empêché le technicien de faire évoluer le jeu de son équipe : "Je suis admiratif du travail de François, nous confiait Fabrice Ribeyrolles, manager de Romagnat battu en demi-finale par les Girondines (34-18). La première année, les filles ont été championnes en pratiquant un jeu très direct. Au fil des mois et des saisons, il a inculqué à cette équipe un jeu plus complet, avec plus d’alternance et surtout beaucoup plus d’incertitude."

Ratier encore : "Avant, on marquait 70 % de nos essais par nos avants. L’année suivante, le rapport s’est inversé à hauteur de 60 % pour nos trois-quarts. Aujourd’hui, je dirais que c’est équilibré. Si nous n’avions pas eu de plan B, on aurait été en difficulté. J’ai simplement proposé des idées pour être plus dangereuses partout sur le terrain et pour augmenter l’incertitude et nos leaders ont adhéré.

L’effectif girondin a de quoi donner le vertige. Les Lionnes et le XV de France féminin, c’est comme le Stade toulousain avec son homologue masculin ou le Leinster avec l’Irlande : "Déjà, vous avez une bonne partie de la colonne vertébrale du XV de France avec talonneuse (Sochat, N.D.L.R.), deuxième ligne (Fall-Raclot), demi d’ouverture (Arbez), centre (Amédée ou Kondé) et arrière (Bourgeois). Et sur les postes manquants comme demi de mêlée ou huit, vous avez des internationales canadiennes (Pelletier et Forteza), pose Ribeyrolles. Vous avez aussi la première ligne voire plus, avec Brosseau, Khalfaoui, Deshaye et Sochat et l’ailière des Bleues (Grisez), qui nous a fait très mal en demie.

Ne vous trompez pas, toutes ces joueuses ne viennent pas que pour la douceur de vivre en Gironde. Sur le marché des transferts, les Lionnes sont extrêmement attractives en proposant des salaires ou des avantages divers (voiture, logement) que bien peu de clubs peuvent proposer : "Il y a un potentiel fort en entreprises, en partenaires, et puis les titres en attirent toujours plus, c’est le phénomène boule de neige, explique Ribeyrolles. Quand tu gères bien ton club, tu peux proposer des avantages aux joueuses et il est vrai qu’ils sont actifs et attractifs sur le marché des transferts. Il y a aussi un cadre et une qualité de vie, des résultats, donc il est normal que les filles veulent aller là-bas. En plus, le club a décidé de miser sur la formation et commence à en retirer les bénéfices car leurs cadettes ont été vice-championnes de France cette année.

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Défis et Perspectives d'Avenir

Certaines d’entre elles quitteront néanmoins la meute : Yllana Brosseau et Assia Khalfaoui se sont engagées avec Romagnat, Julie Annery prend sa retraite et Fabiola Forteza a décidé de prendre une année sabbatique pour voyager. Autant de cadres qui manqueront l’année prochaine mais qui, selon François Ratier, sont déjà remplacées : "Nous aurons huit départs pour dix arrivées, et nous avons choisi des filles aux profils variés : des jeunes, des revanchardes, des filles qui viennent ici avec des objectifs clairs. Le meilleur exemple, c’est Koudedia Cissokho. Elle nous a rejoints l’année dernière avec deux objectifs : elle voulait gagner un titre, et jouer en équipe de France. Une fois encore, les Lionnes ont recruté de façon qualitative, avec nombre d’internationales : les Tricolores Axelle Berthoumieu (Blagnac), Emma Couderc (Montpellier), et Hina Ikahehegi (Lille), la deuxième ligne italienne Sara Tounesi (Montpellier), la numéro 8 canadienne Taylor Price (Toulon), ainsi que la très prometteuse demie de mêlée Maiana Gony (Bayonne), pour ne citer qu’elles : "Ces filles participeront au renouvellement du groupe, et maintiendront de la concurrence. Comment vais-je faire pour les garder affamées après ces titres ? Bonne question. Mais les leviers existent."

Côté adversaires, on ne s’inquiète pas pour elles : "Cette équipe va travailler dans la continuité avec son coach et le groupe va se renouveler pour ajouter de la concurrence, pose Ribeyrolle. Derrière, elle ne perd personne et le titre va apporter de nouveaux partenaires. Donc il est sûr qu’elle ne sera pas drôle à jouer." Au point de décrocher un quatrième titre consécutif ?

Conclusion

Le Stade Bordelais féminin rugby est un exemple de réussite dans le monde du rugby féminin. Grâce à une combinaison de facteurs tels qu'un recrutement intelligent, un encadrement de qualité et une culture de travail rigoureuse, le club a su se hisser au sommet et y rester. L'histoire des Lionnes est une source d'inspiration pour les jeunes joueuses et un symbole de la croissance et de la professionnalisation du rugby féminin en France.

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