Coming-Out dans le Football Français : Entre Tabou, Espoir et Réalité

Le coming-out des sportifs gays, et plus particulièrement des footballeurs, reste un sujet délicat en France comme ailleurs. Si certains pays affichent une plus grande ouverture, le milieu du football français semble encore réticent à accueillir publiquement des joueurs homosexuels. Cette situation complexe est marquée par des témoignages poignants, des initiatives timides et des mentalités qui évoluent lentement.

Un milieu encore hostile ?

L'homophobie dans le football n'est pas un mythe. Ouissem Belgacem, ancien joueur professionnel et auteur du livre "Adieu ma honte", en témoigne : les insultes homophobes sont courantes sur les terrains, et les vestiaires sont souvent le théâtre de blagues misogynes et homophobes auxquelles il faut participer pour ne pas éveiller les soupçons. Cette réalité pousse les joueurs homosexuels à se cacher, à porter un masque d'hétérosexualité pour être acceptés par leurs coéquipiers.

Yoann Lemaire, président de l'association "Foot Ensemble" qui lutte contre les discriminations dans le football, partage ce constat. Il estime qu'un joueur n'a "rien à gagner et tout à perdre" à faire son coming-out aujourd'hui. La peur du rejet, des insultes et des conséquences sur sa carrière est un frein majeur. "Il suffit d'avoir un coéquipier homophobe, et il y en a forcément un dans un vestiaire, voire plus… L'homophobie c'est lié au sexisme, où tu fais un amalgame des 'gonzesses', des 'pédés', des 'tarlouzes' etc."

Jonathan Clauss, international français évoluant à l'OGC Nice, confirme que le sujet est "mal vu" dans le milieu. "Certains joueurs ne veulent pas entendre parler d'homosexualité. Ils se disent : ''Si j'accepte, on va penser que…''" Il ajoute que "c'est presque déjà trop tard" pour agir auprès d'un groupe professionnel et constate que "s'il y a des joueurs homosexuels, ils se cachent".

Des initiatives et des soutiens

Malgré ces obstacles, des initiatives se multiplient pour lutter contre l'homophobie dans le football. La Ligue de Football Professionnel (LFP) organise chaque année des campagnes de sensibilisation avec des brassards, des lacets ou des flocages arc-en-ciel. L'Union Nationale des Footballeurs Professionnels (UNFP) s'associe également à ces opérations.

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Certains joueurs affichent publiquement leur soutien à la cause LGBT+. Antoine Griezmann, par exemple, a posé en couverture du magazine TÊTU et a déclaré qu'il serait aux côtés de tout joueur souhaitant faire son coming-out. D'autres figures du milieu, comme Raphaël Varane, ont également salué le coming-out de Josh Cavallo, joueur australien.

Yoann Lemaire intervient dans les centres de formation pour sensibiliser les jeunes joueurs à la question de l'homophobie. Il constate une évolution des mentalités, mais souligne que certains jeunes invoquent leur religion pour justifier leur homophobie.

L'exemple de Jakub Jankto

Jakub Jankto, international tchèque, a été le premier footballeur en activité à faire son coming-out public en février 2023. Son témoignage est précieux car il montre que le coming-out peut avoir des retombées positives, même si des défis persistent.

Jankto explique que son coming-out a modifié certains aspects de sa vie : "Je ne me cache plus, je sors comme je veux, je pense que j'ai fait office d'exemple pour plein de personnes, car tout se passe très bien depuis." Il a reçu des dizaines de milliers de messages de soutien, notamment de grands clubs comme le Real Madrid, Arsenal et le FC Barcelone.

Cependant, il a également constaté que son coming-out a été "le plus mal pris" en Afrique et dans le monde arabe, où il a reçu des commentaires négatifs et des insultes. Il a également été victime d'insultes homophobes sur les pelouses tchèques.

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Jankto ne souhaite pas devenir un "ambassadeur" de la cause LGBT+ dans le football, mais il espère que son exemple permettra à d'autres joueurs de vivre leur homosexualité sans se cacher.

Les obstacles persistants

Plusieurs facteurs expliquent la difficulté pour les joueurs de football français de faire leur coming-out.

  • L'homophobie ambiante : Comme le souligne Nicolas Pottier, ancien arbitre international, les insultes homophobes sont encore monnaie courante dans les stades.
  • La pression sociale : Le football est souvent perçu comme un sport "viril", où l'homosexualité est mal vue. Les joueurs craignent d'être stigmatisés et rejetés par leurs coéquipiers et leurs supporters.
  • La peur des conséquences sur la carrière : Les joueurs craignent que leur coming-out n'ait un impact négatif sur leur carrière, en termes de contrats, de sponsors et de sélection en équipe nationale.
  • Le manque de soutien institutionnel : Certains acteurs du football, comme l'ancien président de la FFF Noël Le Graët, minimisent le problème de l'homophobie et ne mettent pas en place de politiques efficaces pour lutter contre les discriminations.

Perspectives d'avenir

Malgré ces obstacles, l'espoir demeure. Les mentalités évoluent lentement, et de plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer l'homophobie dans le football. Les initiatives de sensibilisation et les témoignages de joueurs comme Jakub Jankto contribuent à faire avancer la cause.

Jonathan Clauss estime qu'il est essentiel d'éduquer les jeunes générations pour faire en sorte que la question de l'homosexualité ne soit plus un tabou dans le sport. Yoann Lemaire plaide pour une "journée du coming-out" avec plusieurs joueurs qui sortent du placard en même temps, afin de mutualiser les risques et de créer un effet d'entraînement.

Le chemin est encore long, mais il est possible d'imaginer un avenir où les joueurs de football français pourront vivre leur homosexualité au grand jour, sans crainte ni discrimination.

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