La Coupe du Monde de la FIFA, un événement quadriennal, est plus qu'une simple compétition sportive. C'est un phénomène mondial qui transcende les frontières, les cultures et les langues, captivant des milliards de personnes à travers le monde. De ses modestes débuts en Uruguay en 1930 à l'événement colossal qu'elle est devenue aujourd'hui, l'histoire de la Coupe du Monde est intimement liée à l'évolution du football, de la société et de l'économie mondiale.
Les Premières Éditions : Naissance d'une Légende (1930-1938)
La première édition de la Coupe du Monde de football, qui se déroule en 1930 en Uruguay, n'a pas attiré un grand nombre d'équipes européennes. Les participants sont invités et n'ont pas à se qualifier, mais beaucoup sont rebutés par la distance à parcourir et le coût du voyage. La France fait néanmoins partie des nations en lice et c'est un Bleu, Lucien Laurent, qui fera entrer l'Europe dans l'histoire du football international en marquant le premier but de l'histoire du Mondial, après 19 minutes de jeu contre le Mexique.
Les deux Coupes du monde suivantes, organisées en Italie puis en France, sont marquées par le contexte politique de l'avant-guerre. Encore plus que l'Allemagne nazie, qui se sera surtout appuyée sur les Jeux olympiques de Berlin de 1936 pour essayer de prouver sa supériorité athlétique, c'est l'Italie fasciste qui profite de ces éditions du Mondial, qu'elle remporte toutes deux. A domicile en 1934, la Squadra Azzura vient à bout de la Tchécoslovaquie, grâce à un arbitrage curieusement favorable, diront certains. Et de l'autre côté des Alpes, quatre ans plus tard, les Italiens terrassent la Hongrie, une autre dictature alors dirigée par l'amiral Horthy. Deux mois avant le Mondial 1938 a lieu l'Anschluss. L'équipe d'Allemagne "avale" alors la talentueuse sélection autrichienne, débarrassée toutefois de son joueur vedette juif, Matthias Sindelar.
L'Après-Guerre et les Révolutions Tactiques (1950-1970)
En 1950, le monde se remet à peine de la Seconde Guerre mondiale et l'Europe est un continent dévasté. La Coupe du monde se déroule cette année-là au Brésil, seul pays candidat, et en l'absence de nombreuses nations du Vieux Continent. L'Angleterre, qui n'a jusqu'alors jamais daigné participer, est en lice pour la première fois.
Un an après avoir marqué l'histoire du football en terrassant l'Angleterre à Londres sur le score de 6-3, l'équipe de Hongrie arrive grande favorite à la Coupe du monde 1954, organisée en Suisse. La sélection hongroise révolutionne le football en pratiquant un jeu très offensif. Elle se heurtera néanmoins à l'Allemagne de l'Ouest (RFA). Les deux pays s'affrontent d'abord au 1er tour et la star hongroise Ferenc Puskás sort blessée. Puis les deux équipes se retrouvent en finale dans la capitale suisse, pour une victoire 3-2 des Allemands. Ils trouveront dans ce match, resté dans l'histoire comme le "miracle de Berne", leur première source de fierté nationale depuis la guerre. Pour les Hongrois, la déception est totale.
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La Coupe du monde 1958, qui a lieu en Suède, a des accents britanniques, avec la présence historique des quatre nations constitutives du Royaume-Uni, qui concourent séparément dans les compétitions internationales de football. Le tournoi est toutefois davantage marqué par l'équipe de France : Just Fontaine marque la bagatelle de 13 buts, un record toujours d'actualité aujourd'hui dans le palmarès du football international. Les Bleus, qui peuvent aussi compter sur Raymond Kopa, n'échoueront qu'en demi-finale contre le Brésil, où figurent Garrincha et un jeune inconnu de 17 ans, Pelé. Les Auriverde écrasent les Français 5-2.
De l'avis général, le Mondial 1962, qui se déroule au Chili (dévasté par un tremblement de terre deux ans plus tôt), n'aura pas proposé un jeu aussi attrayant et offensif que lors des deux Coupes du monde précédentes. Le Brésil domine à nouveau les débats de la tête et des épaules, remportant un deuxième trophée consécutif. Le match du 1er tour entre le Chili et l'Italie passe tristement à la postérité, ayant ensuite été baptisé "la bataille de Santiago". Inventé sous sa forme moderne par les Britanniques, le football et sa compétition reine se posent enfin sur le sol de Sa Majesté en 1966. L'Angleterre, qui a boudé les premières Coupes du monde puis enchaîné les contre-performances, ne rate pas le coche et peut brandir la Coupe reçue des mains de la reine à Wembley. Huit ans après le crash de l'avion du club de Manchester United, où ont péri plusieurs espoirs du football anglais, l'émotion est immense. La défaite a toutefois un goût amer pour l'Allemagne de l'Ouest finaliste, car un des buts anglais n'a en fait probablement pas passé la ligne de but.
Pour de nombreux amoureux de football, la Coupe du monde 1970 est la plus belle de l'histoire. Il est vrai qu'après deux éditions marquées par des matchs rudes et défensifs, le beau jeu est de retour, avec des rencontres à rebondissements. La demi-finale entre l'Italie et l'Allemagne est à cet égard un sommet. Menée toute la partie, la RFA égalise à la dernière minute, arrachant des prolongations. Elles seront les plus folles de l'histoire de la Coupe du monde, avec 5 buts marqués en 30 minutes, les deux équipes menant tour à tour jusqu'à la victoire des Italiens 4-3. L'Allemand Beckenbauer finit même la rencontre avec le bras en écharpe.
Controverses et Innovations (1974-1990)
Vingt ans après celle initiée par la Hongrie, une nouvelle révolution footballistique est en marche en 1974, lors du Mondial organisé par l'Allemagne de l'Ouest. Elle vient des Pays-Bas. Emmenée par la star Johan Cruyff, parfaitement à son aise dans l'ambiance des années 70, l'équipe néerlandaise survole le tournoi. Elle pratique le "football total", une tactique où les joueurs ne sont pas assignés à une position particulière : ils attaquent et défendent tous ensemble comme un rouleau-compresseur. Mais comme les Hongrois en 1954, les Néerlandais vont se heurter à l'Allemagne de l'Ouest, qui oppose à leur vision "romantique" du football un réalisme à toute épreuve. Au 1er tour, un drôle de match a lieu à Hambourg : une confrontation RFA-RDA. A la surprise générale, elle tourne à l'avantage des Est-Allemands.
44 ans après l'Italie en 1934, une autre édition de la Coupe du monde se déroule, en 1978, dans un pays sous le joug d'une dictature. En Argentine, la junte militaire s'est emparée du pouvoir deux ans avant le Mondial et on sait aujourd'hui que des centaines de prisonniers politiques étaient enfermés dans des geôles à quelques encablures du stade Monumental de Buenos Aires, où eut lieu la finale. L'Albiceleste y remporte la première Coupe du monde de son histoire, contre une équipe des Pays-Bas qui essuie un deuxième échec consécutif. L'ambiance est délétère et les Néerlandais accusent les Argentins de délibérément retarder le coup d'envoi pour faire encore plus monter la pression de la foule.
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Si l'Allemagne a marqué de son empreinte la Coupe du monde 1982, organisée par une Espagne tout juste sortie du franquisme, ce n'est pas tant pour sa défaite en finale contre l'Italie. C'est d'abord pour son "match de la honte" du 1er tour contre l'Autriche. Les deux équipes peuvent se qualifier en cas de courte victoire des Allemands. La Nationalmannschaft ouvre le score à la 10e minute et les deux sélections vont faire la passe à 10 pendant les 80 restantes. Les huées de la foule n'y changeront rien, le résultat est homologué (1-0). Deux semaines plus tard, en demi-finale contre la France à Séville, l'Allemagne se retrouve à nouveau au cœur du scandale. Le gardien Harald Schumacher assomme volontairement Patrick Battiston qui filait au but. L'arbitre ne siffle rien. S'en suit une rencontre à rebondissements, que les Français pensent d'abord gagner avant que la RFA ne revienne miraculeusement au score. Au 1er tour, la France affronte le Koweït. Les Bleus dominent largement lorsqu'un but valable d'Alain Giresse est contesté par l'équipe adverse. A tel point que l'émir du Koweït descend sur la pelouse et convainc l'arbitre de l'annuler.
Plus que Michel Platini, qui joue sa dernière Coupe du monde, c'est l'Argentin Diego Maradona qui s'impose comme le joueur majeur du Mondial 1986. Un match particulièrement va asseoir sa légende : le quart de finale contre l'Angleterre. Devant les 115 000 spectateurs du stade Azteca de Mexico, il assomme à lui seul la partie. D'abord en marquant de la main au terme d'une action confuse. On parle aujourd'hui encore de "la main de Dieu". Puis en réalisant le "but du siècle", après avoir dribblé l'intégralité de la défense anglaise. Un coup de filou suivi d'un coup de génie.
En 1990, la Coupe du monde se déroule en Italie et les sélections présentes s'adaptent au style de jeu du pays hôte. Les gardiens et les défenseurs vont prévaloir et jamais le nombre de buts par match n'aura été aussi bas, avec des matchs ennuyeux se terminant aux tirs au but. A ce petit jeu, l'Allemagne de l'Ouest, qui joue sa dernière compétition avant la Réunification (qui interviendra trois mois plus tard), sera la plus forte. Au bout du suspense, les Allemands éliminent les Anglais en demi-finale, puis les Argentins en finale.
L'Ère Moderne : Globalisation et Professionnalisation (1994-Aujourd'hui)
Aux Etats-Unis en 1994, la finale est un classique Brésil-Italie, remportée aux tirs au but par les Brésiliens. Les demi-finalistes malheureux sont, eux, des invités surprises. La Suède d'abord, qui perd de peu en fin de match contre les Auriverde. Et la Bulgarie ensuite, qui perd elle-aussi par un but d'écart contre l'Italie.
Quand commence son Mondial 1998, l'équipe de France dispose de trois références avec ses demi-finales perdues de 1958, 1982 et 1986. Cette fois, il n'y aura aucun accroc avec une victoire historique à la clé. La génération de Didier Deschamps - aujourd'hui sélectionneur - et de Zinédine Zidane obtient le Graal à domicile. Le 1er tour a été parfait, la suite plus difficile contre le Paraguay, l'Italie et la Croatie. La finale en revanche apparaît aujourd'hui presque facile, soldée par un 3-0 sans appel contre le Brésil de Ronaldo.
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Pour la première fois organisé en Asie (en Corée du Sud et au Japon), la Coupe du monde 2002 est le théâtre de nombreuses surprises. Plusieurs favoris sont prématurément éliminés, dont la France, piteusement dès le 1er tour. L'Allemagne que personne n'attendait atteint la finale, remportée par le Brésil. Et, surtout, la Corée du Sud élimine successivement l'Italie et l'Espagne. Sauf que le pays hôte est bien aidé par l'arbitrage. But indument refusé et expulsion sévère pour les Italiens.
Dominé par les sélections européennes, la Coupe du monde 2006, qui se déroule en Allemagne, se termine par une finale France-Italie. Il s'agit du dernier match de Zidane avant sa retraite. Le n°10 des Bleus a survolé la compétition et peut finir sur un triomphe. Seulement voilà, après avoir marqué le seul but des Français, Zidane perd ses nerfs pendant les prolongations. Il répond aux provocations de l'Italien Materazzi et lui assène un coup de tête au plexus passé à la postérité. Zidane est expulsé.
En finale de la Coupe du monde 2010, qui se tient pour la première fois en Afrique (du Sud), ce sont probablement les deux meilleures équipes n'ayant encore jamais gagné la compétition qui s'affrontent : l'Espagne et les Pays-Bas.
Pour les Brésiliens, remporter le Mondial qui se déroule chez eux en 2014 est la seule option. La sélection est emmenée par Neymar - qui deviendra le joueur le plus cher de l'histoire avec son transfert au PSG en 2017 pour 222 millions d'euros - et la pression du public est immense. Elle sera d'ailleurs probablement en partie responsable de l'échec des Auriverde en demi-finale contre l'Allemagne, future gagnante du trophée. La Nationalmannschaft marche littéralement sur le pays hôte et le score s'achève sur un incroyable 7-1.
La Coupe du monde en Russie contribue à l'éclosion d'un grand talent : Kylian Mbappé. Le jeune français se distingue, notamment lors d'un huitième de finale disputé face à l'Argentine où il martyrise la défense adverse par sa vitesse. Mais surtout en finale, contre la Croatie, durant laquelle il inscrit un but et participe à la victoire française (4-2). Il devient au passage le deuxième plus jeune buteur de l'Histoire à inscrire un but dans une finale de Coupe du monde, derrière Pelé.
La Coupe du Monde : Un Enjeu Économique Majeur
Le « joyau » de la couronne de la FIFA et son principal « actif » demeure la Coupe du monde. Créée en 1928, elle a lieu tous les quatre ans depuis le tournoi de 1930 organisé et remporté par l’Uruguay parmi treize prétendants. Qatar accueillera 32 équipes, mais plus de 200 formations appartenant aux six confédérations continentales ont participé aux phases éliminatoires.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Coupe du monde va connaitre une très forte croissance en termes de diffusion (à partir de 1966), de notoriété sportive, d’enjeu social et d’activité économique (surtout à partir des années 1970). La compétition est devenue un évènement global, bénéficiant d’une diffusion planétaire. La dimension économique et le potentiel de croissance financière de la Coupe du monde apparaissent dès ses origines. Le tournoi uruguayen, bien que modeste par rapport aux standards contemporains, montre que, dès le début, la compétition a été un événement de grande ampleur, exigeant une organisation du pays hôte en dehors même du terrain.
En 1934, en Italie, le budget FIFA augmente légèrement, soit environ 65 500 francs suisses (526 000 francs suisses actuels) et en 1938 en France, atteint plus de 63 750 francs suisses (plus de 485 000 francs suisses). Ces revenus provenaient pour plus de 85 % de la part de la billetterie revenant à la FIFA (qui représentait 5 % du total des recettes des stades), le reste étant constitué des droits d’inscriptions des équipes participantes.
Les innovations technologiques des années 1950 et 1960 en matière de retransmission permettent à la FIFA de diversifier son modèle économique même si les négociations mettent du temps à être intéressantes financièrement pour la FIFA. La Coupe du monde de 1954 en Suisse fut ainsi la première à être télévisée : l’European Broadcasting Union paya alors des droits de l’ordre de 2 500 dollars (environ 27 500 dollars actuels) à la FIFA pour retransmettre neuf matchs. En 1958 en Suède, les droits furent négociés à hauteur de 103 448 livres pour onze matchs (environ 2 millions de livres en valeur actuelle) pour des recettes de billetterie de l’ordre de 716 000 livres (soit plus ou moins 14,25 millions de livres). Les droits de la Coupe du monde 1962 au Chili atteignent 75 000 dollars (environ 727 000 dollars actuels).
La retransmission de la Coupe du monde de 1966 en Angleterre dans 75 pays est négociée à hauteur de 300 000 livres (soit environ 4,7 millions de livres actuels) pour des revenus de billetterie cinq fois supérieur, de l’ordre de 1,5 million de livres (23,5 millions de livres), ce qui peut apparaître comme une valeur sous-estimée compte tenu du fait que plus de 400 millions de personnes auraient suivi à la télévision la finale entre l’Angleterre et la RFA de 1966, soit plus que l’alunissage d’Apollo 11 en 1969.
Avant 1974 et 1998, les revenus issus des Coupes du monde se situent entre 150 (pour la Coupe du monde 1974) et 500 (pour la Coupe du monde en France) millions de francs suisses (en valeur actuelle). Le budget de l’événement explose en 2002 puisqu’il sera multiplié par cinq par rapport à celui de 1998, cette croissance s’expliquant par la croissance des droits TV (multipliés par plus de neuf) et des revenus commerciaux (par plus de sept).
Ces budgets, comme on l’a vu précédemment, se composent principalement de trois postes : la billetterie, les droits TV et les revenus commerciaux (sponsoring, merchandising, licensing…). La croissance des revenus s’explique à la fois par l’augmentation des droits TV et par celle des revenus commerciaux. L’évolution des recettes de billetterie est plus irrégulière et dépend du pays organisateur. En termes de structure, on constate que les droits TV sont devenus majoritaires (entre 50 et 66 %) à partir de 2002 (48 % en 1998) et que la part des recettes de billetterie est toujours inférieure à 15 % à partir de la même date.
La Coupe du monde dégage des profits pour la FIFA depuis la première édition organisée en 1930 et la marge bénéficiaire est de plus en plus importante. Jusqu’en 1982 la FIFA percevait 10 à 15 % de ce surplus. Après 1950, la fédération du pays organisateur touchait entre 25 et 30 % de cette marge financière et les fédérations participantes entre 50 et 70 %. La FIFA percevait par ailleurs de 5 à 10 % du total des recettes de billetteries du pays organisateur.
La période d’avant-guerre durant laquelle les profits de la FIFA sont inférieurs au million de francs suisses (en valeur actuelle) ; celle de l’après-guerre jusqu’au tournoi espagnol de 1982 où la part de la FIFA se situe entre cinq et vingt millions de francs suisses ; enfin la période ultérieure jusqu’à la Coupe du monde française où les marges bénéficiaires de la FIFA dépassent les trente millions de francs suisses avec un forte croissance en 1998 (cinq fois la part du tournoi américain, soit plus de 300 millions de francs suisses actuels). En 2002, les excédents liés à la Coupe du monde ont été multipliés par près de cinq par rapport à 1998, le taux de croissance moyen étant ensuite d’environ 26 % quadri-annuellement. La Coupe du monde en Russie a été une grande réussite financière, l’excédent approchant les 3,5 milliards de francs suisses, ce qui a permis à la FIFA de presque doubler ses réserves (2,745 $M en 2018 vs. 1,523 $M en 2014). Depuis 2002, plus de 80 % des revenus totaux de la FIFA sur les cycles de quatre ans proviennent des recettes liées à la Coupe du monde.
La popularité grandissante du football, notamment sur certains marchés continentaux, et le fait que la FIFA dispose de l’exclusivité des droits de propriété de la compétition lui assure, du côté des revenus, des sommes de plus en plus conséquentes. Simultanément, du côté des dépenses, sa position de monopole permet à la FIFA de transférer une grande partie des coûts associés à l’événement sur le pays hôte. De plus, pendant la compétition, les salaires des joueurs internationaux continuent d’être payés par leurs clubs et les coûts salariaux supplémentaires (en général relativement faibles) liés au tournoi sont supportés par les fédérations nationales.
La motivation des joueurs et des fédérations nationales conjuguée au très fort intérêt des supporters du monde entier pour la compétition contraignent alors les clubs à accepter de mettre leurs footballeurs à la disposition des équipes nationales sans grandes compensations financières. Il est vrai que la visibilité internationale des joueurs sélectionnés peut bénéficier indirectement aux footballeurs, mais aussi aux clubs (ou au deux) à travers leur pouvoir de négociation salariale, leur valeur de transferts et leur potentiel commercial. Enfin, les coûts les plus importants pour les infrastructures sportives, la logistique et la sécurité sont supportés financièrement par le comité d’organisation local (COL) et sont souvent largement financés par les fonds publics du pays hôte. La FIFA est un monopole qui vend, pour une année donnée, les droits (dont elle a l’exclusivité) d’organiser la Coupe du monde et qui a le dernier mot sur toutes les questions concernant l’organisation de l’événement.
Impacts Économiques sur les Pays Organisateurs : Un Bilan Mitigé
Les grands événements sportifs sont-ils bénéfiques à l’économie du pays organisateur ? L’impact économique d’une grande compétition est difficile à déterminer avec certitude mais son évaluation se déroule toujours de la façon suivante : les études d’impact faites avant - souvent financées par l’organisateur - montrent toujours des effets positifs sur la croissance, l’emploi, le tourisme, etc.
Cependant, Stefan Szymanski a fourni un cadre d’analyse détaillé pour quantifier l’impact économique d’un grand tournoi de football. Baade et Matheson se sont intéressés à l’impact économique de la Coupe du monde 1994 aux États-Unis. Ils estiment que les villes hôtes ont subi une perte globale estimée à plus de neuf milliards de dollars, en contraste avec les gains projetés de l’ordre de quatre milliards de dollars avant l’événement. Toutefois, les estimations varient d’une ville à l’autre, positives pour Chicago (près d’un milliard de bénéfices) et négatives, notamment pour Los Angeles et Dallas (d’un peu plus de 3,5 milliards pertes chacune). Dans l’ensemble, les villes hôtes et leur région ont connu une croissance du revenu disponible inférieure à la croissance prévue.
Allmers et Maennig ont analysé les effets des Coupes du monde 1998 et 2006 sur le nombre de nuitées supplémentaires, sur le commerce de détail et le chiffre d’affaires du tourisme de manière générale. En France, il n’y a eu aucun effet, et en Allemagne, les auteurs ont montré que le nombre de nuitées et le chiffre d’affaires du tourisme ont augmenté. Avant les grands événements sportifs, les gouvernants des pays hôtes promettent toujours de nombreuses embauches. Mais quand on compare le taux de chômage avant et après les grands événements sportifs, on ne note dans le meilleur des cas, aucune différence.
Hagn et Maennig analysent les effets à long terme sur l’emploi des neuf villes organisatrices de la Coupe du monde 1974 en RFA. Leurs résultats concluent que la Coupe du monde n’a pas généré d’effets statistiquement significatifs sur l’emploi, ni à court ni à long terme. Les mêmes auteurs s’intéressent ensuite aux effets à court terme sur le chômage de la Coupe du monde 2006, également organisée en l’Allemagne. Comme précédemment, les résultats montrent qu’après la Coupe du monde, le taux de chômage dans les douze villes où se sont déroulés les matchs n’est pas significativement différent de celui des villes non organisatrices. On peut même observer des effets négatifs lorsque l’événement a lieu dans des pays en voie de développement. En effet, une grande compétition crée des demandes d’emploi supplémentaires qui attirent des individus à l’écart du marché du travail. Les grands événements sportifs peuvent également avoir des conséquences sur les absences au travail et sur le retour à l’emploi des chômeurs. On peut également évoquer les « éléphants blancs », ces stades prest…