Les Barbarians britanniques : Histoire d'une équipe pas comme les autres

Cette équipe, difficile à cerner, a su conserver sa place dans le calendrier international, même si son rôle a évolué avec le temps. Aujourd'hui, les Barbarians affrontent l'Argentine à Twickenham pour célébrer leur 125e anniversaire. Un rendez-vous qui ne soulève peut-être pas les foules, mais qui rappelle avec nostalgie et un certain conservatisme qu'il aurait été regrettable de voir cette tradition disparaître.

Qu'est-ce que les Barbarians ?

Comment définir cette équipe si particulière ? La tâche est ardue pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire du rugby. Les Barbarians sont une sorte de club sans terrain, sans siège social, sans joueurs permanents. À l'origine, il s'agissait d'une sélection de joueurs anglais de bon niveau qui effectuaient une tournée de fin de saison dans le nord de l'Angleterre, puis au Pays de Galles. Par la suite, les Barbarians ont rassemblé des joueurs de différentes nationalités et, depuis 1948, ils s'efforcent traditionnellement d'affronter les équipes de l'hémisphère sud en tournée en Grande-Bretagne. Ils ont inauguré cette tradition en 1948 contre l'Australie.

L'épopée des Barbarians : Un héritage de prestige

C'est ainsi que les Barbarians se sont imposés dans la mémoire des passionnés de ce sport, avec un moment d'anthologie : le match de 1973 contre les All Blacks, considéré comme l'un des plus beaux matchs de l'ère amateur. À Cardiff, des Barbarians à forte connotation galloise ont triomphé ce jour-là des Néo-Zélandais (23-11) après un festival offensif et une performance exceptionnelle de Gareth Edwards. Ce match des Barbarians était perçu comme le bouquet final des longues tournées des équipes de l'hémisphère sud. À cette époque, la frontière entre matchs officiels et amicaux était floue.

En réalité, ces Barbarians ressemblaient à une sélection européenne, un peu comme des Lions jouant à domicile, sans pour autant être une équipe fixe. L'équipe de 1973 illustre bien cette idée, avec une constellation de grands joueurs gallois (Phil Bennett, JPR Williams, John Dawes…), mais aussi Fergus Slattery, le flanker irlandais, Sandy Carmichael, le pilier écossais, et John Duckham, l'ailier anglais. En 1978, la présence d'une troisième ligne entièrement française (Rives, Bastiat, Skréla) au sein des Barbarians était une source de fierté.

Évolution et adaptation : Les Barbarians à l'ère moderne

Au fil du temps, l'équipe a perdu de son prestige, les tests internationaux se sont multipliés, les championnats nationaux se sont renforcés et la Coupe d'Europe a vu le jour. Les grands noms se sont faits moins disponibles. Cependant, cette équipe basée sur l'esprit d'improvisation n'a pas disparu. Elle s'offre toujours un rendez-vous au mois de mai contre l'Angleterre et une autre nation. Ces rencontres servent de laboratoire avant la tournée estivale et remplacent les matchs de province qui ont disparu des calendriers estivaux. En novembre, les Barbarians donnent encore la réplique à des équipes en tournée, comme ce fut le cas avec les Fidji en 2013.

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Avec le temps, les joueurs de l'hémisphère sud exilés en Europe sont devenus des habitués (ayant généralement terminé leur carrière internationale), et les Barbarians sont devenus un tremplin pour les entraîneurs expérimentés, dont les compétences sont reconnues par la grande famille du rugby. Bernard Laporte a occupé ce rôle au printemps dernier.

Alors que le XV de France s'envole pour sa tournée estivale en Nouvelle-Zélande, certains joueurs français, tels que Melvyn Jaminet, Camille Chat et Hassane Kolingar, rejoignent les Barbarians britanniques pour affronter l'Afrique du Sud.

La genèse d'une légende : Les origines des Barbarians

Pour comprendre l'identité des "Baa-Baas", il faut remonter à plus d'un siècle. C'est en 1890, sous l'impulsion de William Percy Carpmeal, que les Barbarians ont vu le jour. Cet étudiant de Cambridge estimait que le championnat comportait trop de périodes creuses et qu'il fallait y remédier. Il proposa donc de créer une équipe de "copains", rassemblant des amis de différentes universités pour disputer des matchs avant la reprise du championnat.

Cette expérience s'est avérée plaisante pour les joueurs et pour les spectateurs, qui appréciaient le jeu débridé, la camaraderie et le fair-play. L'équipe s'est ensuite développée, en conservant une identité forte transmise par les premières générations. Leur devise résume bien cet esprit : "aimer la liberté, l'aventure et le jeu d'attaque".

Valeurs et philosophie : L'esprit Barbarians

Au-delà de l'amour du jeu et de la liberté sur le terrain, les Barbarians prônent leur indépendance vis-à-vis de toute fédération. L'idée est de promouvoir les valeurs du rugby à travers des joueurs du monde entier, sans distinction de nationalité. Ce jeu débridé et plein de panache a permis aux Baa-Baas de briller. Bien qu'ils n'aient pas le statut d'équipe nationale et ne participent pas aux grands tournois (Coupe du monde, Tournoi des Six Nations), ils sont invités à jouer de nombreux matchs amicaux.

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Au cours de leur histoire, ils ont eu l'occasion d'affronter les plus grandes nations du circuit international, avec parfois de grands succès. On peut citer leur exploit de 1948 contre l'Australie (9-6) ou leur victoire de 1973 contre les All Blacks, considérée comme leur plus belle performance. Plus récemment, en 2022, ils ont remporté une victoire éclatante contre l'Angleterre à Twickenham (52-21). De nombreuses légendes du rugby ont participé à l'écriture de cette histoire, de Phil Bennett à Antoine Dupont, en passant par Damian Penaud et Jonah Lomu.

Les Barbarians français : Une autre facette de la légende

Il est important de ne pas confondre les Barbarians britanniques avec les Barbarians français. Ces derniers ont été fondés par les Bleus vainqueurs du Grand Chelem 1977. Les joueurs sélectionnés dans l'équipe du Barbarian Rugby Club (BRC) proviennent de tous les clubs du Top 14, sans être nécessairement français.

La philosophie du BRC est la même que celle du BFC : un club atypique et mythique, attaché aux valeurs d'amitié et d'amour du rugby. L'idée est d'attaquer de toutes les positions possibles, même les plus improbables, en prenant le risque de se faire contrer. Cependant, depuis la fin des années 1990, les Barbarians français sont régulièrement utilisés comme une sorte d'équipe de France "A". Comme au BFC, chaque joueur apporte les chaussettes de son club.

Les Barbarians français ont également remporté des victoires de prestige, notamment contre une équipe "bis" de l'Australie (19-11) lors de leur dernier match en novembre. En juin, ils effectueront une tournée en Afrique du Sud, où ils affronteront les Springboks.

Les Lions britanniques et irlandais : Une sélection d'élite

Les Lions britanniques et irlandais sont une sélection des meilleurs joueurs d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande et du Pays de Galles. Ils sont dirigés par un comité permanent composé de quatre représentants, un de chaque "Union". Porter ce maillot est considéré comme un honneur suprême pour un joueur britannique.

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En 1891, l'équipe a remporté chacun des trois tests de la série en Afrique du Sud. Il a fallu attendre quatre-vingts ans et le triomphe des Lions de 1971 en Nouvelle-Zélande pour assister à une nouvelle victoire britannique dans l'hémisphère sud. Les années 1970 marquent l'âge d'or des Lions. Lors de leur dernière tournée, il y a quatre ans, l'équipe dirigée par Warren Gatland a remporté deux tests matches sur trois contre l'Australie.

Le match de légende : Barbarians - Nouvelle-Zélande (1973)

Ce match, considéré comme l'un des plus beaux de l'histoire du rugby, a débuté par un essai exceptionnel de Gareth Edwards, souvent qualifié de "plus bel essai jamais inscrit". Une action de 95 mètres impliquant sept joueurs des Barbarians, avec des crochets de Phil Bennett, une prise d'intervalle de John Dawes, des passes après contact de JPR Williams et Tom David, et un débordement d'Edwards.

Malgré la réaction des All Blacks en seconde période, les Barbarians ont conservé l'avantage et remporté le match 23-11, offrant un spectacle mémorable aux spectateurs de l'Arms Park de Cardiff.

Esprit d'équipe et valeurs humaines : L'essence des Barbarians

Fabien Galthié, entraîneur des Barbarians britanniques, a récemment titularisé Vakatawa et Botia, qui avaient joué ensemble dans la même équipe scolaire aux Fidji sans jamais se retrouver depuis. Un geste symbolique qui illustre l'importance des valeurs humaines au sein de cette équipe.

Les Barbarians, les Maoris et les Lions sont trois équipes spéciales qui participent aux matchs internationaux de juin. Pour faire partie des Maoris, il faut être d'origine maorie, la population polynésienne autochtone de Nouvelle-Zélande. Pour intégrer les Lions, il faut être Anglais, Écossais, Gallois ou Irlandais. Quant aux Barbarians, il suffit d'être invité, quelle que soit sa nationalité.

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