Histoire du Virage Auteuil du PSG : De la Naissance des Supras au Collectif Ultras Paris

Le Virage Auteuil, situé au Parc des Princes, est plus qu'une simple tribune ; c'est un lieu chargé d'histoire, de passions et d'évolutions au sein du Paris Saint-Germain (PSG). Cet article explore la genèse de ce virage emblématique, en se concentrant sur l'ascension des Supras Auteuil (SA) et leur contribution à la culture ultra parisienne.

Genèse des Supras Auteuil (1991)

La création des Supras Auteuil en 1991 marque un tournant dans l'histoire du supportérisme parisien. À l'initiative du club, alors sous l'égide de Canal+, l'objectif était de créer une tribune plus festive et moins turbulente que le Kop Of Boulogne (KOB). Des discussions entre le club et des supporters déjà présents à Auteuil ont abouti à la formation des Supras, contraction de « supporters ultras ».

Le premier match officiel des Supras a eu lieu le 26 octobre 1991 contre l’Olympique Nîmois. Le club a soutenu les Supras à leurs débuts, en leur accordant une subvention d'environ 6 000 francs pour lancer le groupe. Cette somme était essentielle pour financer les premières voiles et les tifos, ainsi que pour organiser les déplacements.

Premiers pas et identité visuelle

Les premiers symboles du groupe étaient un logo « SUPRA » avec un pouce en l'air, perçu comme trop positif pour des tribunes populaires. Cependant, il est important de noter que les membres fondateurs partaient d'une feuille blanche. L'évolution du logo a conduit à une main se refermant en un poing, orné d'une chevalière PSG.

L'influence italienne a été significative, avec des références à des groupes ultras comme ceux de la Sampdoria. L'organisation et la ferveur des Ultras de la Sampdoria ont suscité l'admiration des Supras. De même, des symboles comme « The Screaming Hand » ont été adoptés, témoignant de la recherche d'une identité visuelle forte.

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Structure et autonomie

Au début, les Supras partageaient un local en Auteuil rouge avec d'autres groupes tels que les Lutece Falco, Dragon’s et Tigris Mystic. Cet espace commun favorisait une certaine cohésion, bien qu'une rivalité persistait entre Lutèce et Supras. En 1998, une séparation physique a été créée en divisant le local en deux, puis en construisant un autre local pour les Supras. Avec le recul, cette décision d'isolement est considérée comme une erreur.

La structuration du groupe était un défi majeur. Les symboles manquaient et l'organisation était défaillante. L'objectif était de structurer le groupe, mais l'histoire était en marche et l'organisation faisait défaut.

Le groupe a commencé avec un premier logo « SUPRA » et un pouce en l’air. Bobine : C’est la contraction de Supporters et Ultras, de ce que nous étions et allions devenir. Aussi, dans Supras, vous avez quasiment toutes les lettres de Paris. D’où ça vient ? C’est simplement venu petit à petit, l’idée de rapprocher ce que les gens sont quand ils viennent au stade : des supporters et l’autre idée, de ce que certains deviennent : des Ultras. Il y a avait donc « SUPRA », mais sans le S en terminaison puis SUPRAS. Ensuite une évolution du logo, une main qui se durcit et se referme pour laisser apparaître un poing avec en son majeure une chevalière PSG. A noter que beaucoup de références italiennes ont naturellement été importées.

L'influence de la culture ultra italienne

L'Italie, berceau de la culture ultra, a exercé une influence considérable sur les Supras Auteuil. Des tournois amicaux à Gênes ont permis aux membres des Supras de s'immerger dans l'univers ultra italien et de s'inspirer des méthodes d'organisation et d'animation des tribunes.

La « Samp » et ses Ultras ont suscité beaucoup d’admiration dans les rangs. Quand j’entendais parler de leur organisation, j’exultais. Attention on parle d’un groupe de 1969 ! Aucune comparaison possible mais un exemple, c’est certain. Pour revenir aux nombreux symboles, prenons l’exemple de « The Screaming Hand », très en vogue dans le monde ultra, dessinée en 1985, par Jim Philips, légende de l’industrie du skate-board. « La main hurlante » qui figura sur une de nos écharpes. Nous sommes à cette époque en recherche de ces symboles transalpins, comme presque tout le monde.

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L'accès à l'information sur la culture ultra était limité au début des années 2000. Les fanzines italiens comme "Supertifo" et les rares VHS de groupes étrangers étaient des sources précieuses. Un exemplaire de « I Furiosi » traduit en français circulait à Auteuil, témoignant de la soif de connaissance et d'immersion dans la culture ultra.

Évolution et défis

Les Supras Auteuil ont évolué au fil des années, passant d'un groupe de supporters à un groupe ultra structuré. Cependant, cette évolution n'a pas été sans défis. Des tensions internes, des désaccords entre les membres et des difficultés de gestion ont parfois freiné le développement du groupe.

Au milieu des années 90, le groupe commence à être dedans. On parlait tout à l’heure de symboles, j’estime qu’ils sont loin d’être aboutis. Nous sommes passés de notre bâche de groupe « SUPRAS FOREVER » avec le pouce (un intitulé qui a un sens tout particulier aujourd’hui) à une nouvelle, la « SUPRAS AUTEUIL », avec un poing mais très mal dessiné, un pouce démesuré et en guise de chevalière le logo PSG « 3 lettres » version Canal+ que nous rejetions. On défendait le logo originel dit « Berceau ». J’avais en tête de refaire dessiner le poing, changer la chevalière et donc à terme la bâche. Un jour, en flânant Boulevard Malesherbes, je passe devant un troquet et je vois sur la devanture le logo de la bière munichoise « Paulaner », c’est le déclic, il était aux couleurs parisiennes ! Je continuais dans ma quête aux symboles (ndlr : « Bobine » sort de son sac un écrin, avec une chevalière dedans).

Les Supras ont également été confrontés à des problèmes de relève générationnelle. Le noyau dur du groupe a parfois fait défection, laissant place à de nouvelles générations qui n'avaient pas connu les mêmes expériences et les mêmes valeurs.

Relations avec le club et les autres groupes

Les relations entre les Supras Auteuil et le PSG ont connu des hauts et des bas. Le club a d'abord soutenu le groupe financièrement, mais cette aide a diminué au fil du temps. Les Supras ont revendiqué leur autonomie et ont cherché à se professionnaliser, notamment en acquérant des locaux et en développant leur propre organisation.

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Les relations avec les autres groupes de supporters, en particulier le KOB, ont été marquées par une forte rivalité. Des incidents violents ont éclaté à plusieurs reprises, culminant avec le drame de 2010 qui a conduit à la dissolution de plusieurs associations de supporters.

Dissolution et renaissance

Le plan Leproux, mis en place en 2010, a entraîné la dissolution des Supras Auteuil et des Authentiks. Cette décision a marqué la fin d'une époque et a laissé un vide dans le Virage Auteuil.

Cependant, la passion des supporters parisiens n'a pas été éteinte. En 2016, le Collectif Ultras Paris (CUP) a été créé, marquant le retour des ultras au Parc des Princes. Le CUP a revendiqué l'héritage du Virage Auteuil et a œuvré pour recréer une ambiance festive et passionnée dans les tribunes.

Héritage et identité

Malgré les difficultés et les dissolutions, les Supras Auteuil ont laissé une marque indélébile dans l'histoire du supportérisme parisien. Ils ont contribué à créer une identité propre au Virage Auteuil, caractérisée par son ouverture, son multiculturalisme et sa passion pour le PSG.

L'héritage des Supras se manifeste aujourd'hui dans le Collectif Ultras Paris, qui continue de faire vibrer le Virage Auteuil et de porter haut les couleurs du PSG.

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