Le stade Jean-Bouin, situé dans le 16e arrondissement de Paris, est un complexe sportif chargé d'histoire. Voisin du Parc des Princes, il a connu de nombreuses vies et transformations depuis sa création. Cet article explore l'histoire de ce stade emblématique, de ses origines à sa rénovation moderne, en passant par les événements marquants qui l'ont façonné.
Les origines : du Cercle Athlétique de la Société Générale au stade Jean Bouin
L'histoire du stade Jean-Bouin commence en 1926, lorsqu'il est inauguré par le Cercle Athlétique de la Société Générale (CASG). Ce club omnisports, émanation sportive de la Société Générale, s'était installé dès 1907 sur un terrain situé au milieu des serres de la ville de Paris, là où se trouve aujourd'hui le stade Roland-Garros.
Après la Première Guerre mondiale, le club change de statut et de nom, devenant Sports Généraux. Contraint de quitter son terrain des serres, désormais confié au Stade Français et au Racing pour l'aménagement de Roland-Garros, le club se relocalise à quelques centaines de mètres, Porte Molitor. Le nouveau terrain est inauguré les 2 et 3 octobre 1926 et prend le nom de Jean Bouin, en hommage à l'athlète français.
La première journée d'inauguration est dédiée au football, avec un match contre l'Olympique de Marseille, récent vainqueur de la Coupe de France. Le lendemain, la section rugby affronte une sélection d'Armagnac-Bigorre. Le stade est alors confié au club par une concession régie par une convention signée pour 40 ans.
L'âge d'or et les transformations
Si les premières décennies du CASG sont marquées par la section football, vainqueur de la Coupe de France en 1919 et 1925, la section rugby prend le dessus à partir des années 30. L'enceinte accueille également les rugbymen du Stade Français et, plus occasionnellement, ceux du Racing Club de France.
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Les années 30 sont également marquées par la présence de l'athlétisme. De nombreuses réunions y sont organisées, et la piste parisienne de 450 mètres gagne une réputation internationale grâce à Jules Ladoumègue, qui y bat trois de ses six records du monde entre 1930 et 1931.
À partir des années 50, Jean Bouin connaît une certaine désaffection. Le Stade Français se replie sur ses installations de la Faisanderie, tandis que le Racing se rapproche de son siège à Colombes. Le CASG, quant à lui, lutte pour ne pas sombrer dans les rangs régionaux.
En 1968, la physionomie de Jean Bouin est subitement modifiée par les travaux de construction du boulevard périphérique, qui entraînent la refonte du stade. Une nouvelle tribune est construite, et un nouveau bâtiment est aménagé pour accueillir un club-house et les bureaux du club.
Renaissance et modernité
En 1975, le stade se dote d'un gymnase, et une nouvelle piste d'athlétisme en Résisport est inaugurée en 1982. Les grandes réunions d'athlétisme font ainsi leur retour à Jean Bouin, notamment le Meeting de Paris. Le 13 juillet 1985, Sergueï Bubka y devient le premier homme à franchir la barre symbolique des 6 mètres à la perche.
Privé de rugby de haut niveau depuis des décennies, le public de Jean Bouin y reprend goût en 1985 avec l'organisation du Challenge Jean Bouin, une rencontre faisant office de petite finale du Championnat de France. Ce challenge prend fin en 1994.
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En 1995, le Stade Français fusionne avec le CASG, alors en Groupe B. Après deux montées successives, le Stade Français CASG rejoint l'élite en 1997. D'importants travaux de rénovation de Jean Bouin sont entrepris et s'achèvent en 1999.
Le nouveau stade Jean-Bouin
Le 30 août 2013, le nouveau Jean Bouin ouvre enfin ses portes à l'occasion de la réception de Biarritz en Top 14. La fine résille qui enveloppe le stade, lui donnant cette impression de légèreté, est réalisée en béton fibré.
La maison du Stade Français Paris est aujourd'hui à la pointe de la technologie, avec des panneaux solaires permettant de couvrir les besoins liés à l'éclairage, des matériaux économes en énergie carbone et la récupération de l'eau de pluie utilisée pour arroser la pelouse.
Jean Bouin dispose de 20 000 places assises et couvertes pour une meilleure convivialité pendant les événements (15 500 places disponibles lors des matchs du Stade Français Paris pour la saison 2018-2019), de 30 loges privatives, 12 salons collectifs et 1 000 places au cœur des Halles de Paris.
Jean Bouin : Un stade polyvalent
Le stade Jean Bouin disposait également d’installations pour pratiquer l’athlétisme jusqu’en 2013 et accueillait notamment le meeting d’athlétisme de Paris jusqu’au début des années 1990. Le stade fut également utilisé (de 1983 à 1993) pour quelques finales du Casque d’Or (championnat de France de football américain).
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Depuis 2016, le stade accueille la plateforme d’innovation sportive « Le Tremplin » et son incubateur de startups. Lors de la saison 2016-2017, le club de football du Red Star FC y joua ses rencontres à domicile suite à la convention signée entre le club audonien, la ville de Paris, propriétaire de l’enceinte, et le conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Depuis la saison 2018-2019, la section féminine du Paris Saint-Germain y élit également domicile.
Un nouveau derby parisien ?
Avec la montée du Paris FC en Ligue 1 à partir de la saison 2025-2026, la capitale française va se doter d'un derby opposant deux équipes dont les stades seront séparés par quelques mètres à peine. Le Paris FC va en effet déménager au stade Jean-Bouin, voisin du Parc des Princes et du PSG. Le PSG et le Paris FC seront voisins, leur stade respectif n'étant distant que de 34 mètres.
Ce cas de figure est unique dans le football mondial, si l'on excepte les clubs qui partagent le même stade, comme à Milan (AC Milan et Inter à San Siro), Rome (l'AS Rome et la Lazio à l'Olimpico) ou à Gênes (Genoa et Sampdoria au Luigi-Ferraris). Paris va ainsi faire mieux que plusieurs références en matière de derby : celui de Dundee (Écosse) va être détrôné, malgré les 300 mètres d'écart à peine entre Dens Park (Dundee FC) et Tannadice Park (Dundee United). Il en va de même pour celui d'Avellaneda, en banlieue de Buenos Aires, où Independiente et le Racing Club voient leurs deux antres gigantesques séparées par une allée de 300 mètres seulement.
Qui était Jean Bouin ?
Depuis sa naissance en 1916, ce complexe sportif porte le nom d'un athlète français historique de la course de fond. De son nom complet Alexandre François Etienne Jean Bouin, ce Marseillais a notamment décroché une médaille d'argent aux Jeux olympiques d'été de 1912, sur 5.000 mètres. Il a également remporté trois fois de suite le Cross des nations, ancien championnat du monde de la discipline. Alors qu'il domine son sport, Jean Bouin est appelé en tant que soldat de 2e classe le 2 août 1914, pour participer à la Première Guerre mondiale.