Après un premier tour où ses nombreuses individualités ont brillé, le Portugal joue un huitième de finale à haut risque contre un adversaire qui a tout d’un trouble-fête. Cela peut nous amener à se poser la question : Pourquoi le Portugal a-t-il une histoire si mince en Coupe du Monde ? Dans cet article, nous allons essayer de résumer chacune des causes en étudiant les échecs chronologiquement.
Les Premières Tentatives Manquées (1930-1958)
Lors des trois premières Coupes du Monde, le football portugais naissant ne se qualifie pas. Comme en 1934, la participation se jouera sur un match aller-retour face aux rivaux espagnols de Telmo Zarra et comme en 1934 tout se jouera au match aller à Madrid où la Roja va gagner 5 à 1 avec un grand match de l’attaquant basque. En 1954, encore un match aller-retour mais cette fois-ci contre la redoutable équipe d’Autriche, future demi-finaliste. En 1958, une équipe de Portugal entre deux générations se retrouve pour la première dans un groupe de qualification face à l’Irlande du Nord et à l’Italie.
Et si la sélection ne décolle pas, le foot de club portugais devient majeur en Europe, le Benfica gagne deux C1 et le Sporting une C2. Encore une fois les poules seront fatales aux Portugais opposés aux Anglais et Luxembourgeois. Ce sont ces derniers qui scellent le sort des Portugais avec une victoire 4-2 et un triplé du futur Sochalien Ady Schmit. Et malgré une équipe très forte avec des joueurs comme Aguas, Eusebio, Coluna ou Germano le Portugal restera à quai encore une fois.
L'Épopée de 1966 : Une Lueur d'Espoir
En 1966, Eusebio marque presque tous les buts en qualification, triplé contre la Turquie, doublé contre la Roumanie et but de la victoire à Bratislava. Grâce à son idole le peuple Portugais va enfin vivre une Coupe du Monde. De nombreux Portugais achètent à cette occasion leur première télévision (comme feu mon grand-père) pour visionner les exploits d’Eusebio et des siens.
Les Occasions Manquées des Années 1970 et 1980
En 1978 le Portugal a une très belle équipe, avec des jeunes pépites comme Chalana, des joueurs en plein pic comme Nené, Manuel Fernandes, Joao Alves, Manuel Bento ou Jordao. En 1982 les attentes sont très grandes au Portugal. Le pays se reconstruit et cette Coupe du monde se déroule à quelques centaines de kilomètres chez le voisin espagnol. Mais malgré des victoires contres les Ecossais et les Irlandais du Nord, le Portugal va inaugurer ce qui deviendra une tradition nationale, se saborder contre les plus « faibles » du groupe.
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En 1986, le Portugal requinqué par son bel Euro aborde son « groupe de la mort » avec confiance. RFA, Suède et Tchécoslovaquie, les Portugais vont lutter dans ce groupe très dense et obtenir de haute lutte leur qualification avec une historique victoire face aux Allemands à Stuttgart. Le pays est confiant, cette génération menée par sa jeune star Futre, ses joueurs en pleine bourre comme Carlos Manuel ou Fernando Gomes sera inarrêtable.
Désillusions et Promesses Non Tenues dans les Années 1990
En 1994 une nouvelle génération pleine de promesses arrive, celle des doubles champions du monde juniors. Les qualifications pour 1998 seront marquées par cette expulsion de Rui Costa (merci Marc Batta) alors que le Portugal menait sur le terrain de Berlin, éliminant ainsi l’Allemagne de cette Coupe du Monde française. Mais la réalité est que cette magnifique équipe perd surtout sa qualification en faisant des 0-0 en Arménie ou en Irlande du Nord, deux terrains où l’Ukraine et l’Allemagne iront gagner.
Le Nouveau Millénaire : Entre Espoirs et Frustrations (2002-2014)
En 2002 le Portugal brise le signe Indien, dans un groupe difficile avec des Hollandais brillant à l’Euro 2000 mais éliminé par un incroyable Toldo et une Irlande de Roy Keane très difficile à manier. Les Portugais emmenés par un grand Luis Figo ne vont pas vaciller, le Ballon d’Or égalisant sur pénalty à la 91e minute à Porto contre les Pays-Bas puis de nouveau à Dublin quelques semaines plus tard. Le Portugal passe premier à la différence de buts devant les Irlandais et gagnent le droit de jouer une troisième Coupe du monde. La suite est comme 1986, un fiasco.
En 2006 grâce à son Euro réussi et son meilleur classement FIFA, le Portugal du tenant du titre Scolari hérite pour la première fois d’un groupe « abordable » avec la Russie et la Slovaquie et malgré un nul contre le Liechtenstein va se qualifier sans trembler. Cette Coupe du monde allemande va être la plus aboutie avec celle de 1966. Trois victoires en poules, cinq buts marqués et un seul encaissé dans un groupe relativement simple. Deco, Ronaldo, Simao ou Maniche marquent pour leur première coupe du monde. En huitièmes ils vont aller défier le deuxième du groupe de la mort de cette Coupe du monde, les Pays-Bas dans un match qui aura marqué cette édition. Non pas pour la qualité du jeu mais pour la violence et surtout le nombre de cartons distribués. Et si tout le monde a oublié le beau but de Maniche (déjà buteur face à ces mêmes Hollandais deux ans plus tôt), l’attentat de Boulahrouz et surtout les 12 jaunes et les quatre rouges resteront dans l’Histoire de la compétition. Le Portugal défie en quart de finale les Anglais sans Deco ni Costinha dans un match serré et âpre, qui se finira comme la confrontation deux ans plus tôt par une séance de tirs au but où Ricardo dégoûtera à nouveau les Anglais. L’histoire s’arrêtera dans une demie contre la « bête noire » française comme en 2000 ou 1984. Mais à la différence de ces deux rencontres, la rencontre est plus fermée et la France plutôt dominée au milieu et gênée par les incursions du jeune feu follet Ronaldo se contente de fermer la boutique après avoir obtenu un pénalty grâce à la malice de Thierry Henry (et la glissade de Carvalho). Zidane l’admettra dans L’Équipe plus tard, cette demie a été le match le plus difficile pour l’Équipe de France lors de cette Coupe du monde.
En 2010, Figo est parti, le nouveau leader est le tout juste Ballon d’Or Cristiano Ronaldo. Pauleta qui marquait énormement en qualifications est également parti, et la sélection a du mal à conclure certains matchs face aux bloc bas. Un nul à domicile contre l’Albanie va lui faire perdre la première place au profit du Danemark. Le Portugal va ainsi débuter ce qui va devenir une tradition, passer par les barrages pour se qualifier. Sous les ordres de Carlos Queiroz le Portugal élimine la Bosnie pour rejoindre l’Afrique du Sud et un groupe très compliqué avec le Brésil et la Côte d’Ivoire de Drogba. Deux 0-0, et un fameux 7-0 contre la Corée du Nord, Ronaldo et le ketchup, la diffusion arrêtée à Pyongyang et un huitième de finale contre le favori espagnol.
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Quatre ans plus tard l’histoire se répète, des points perdus bêtement en poules , deux nuls contre Israël ou nul contre l’Irlande du Nord forcent les Portugais a jouer à nouveau un barrage contre la Suède. Dans un duel d’égos surdimensionnés, Ronaldo domine Ibrahimovic avec notamment un triplé au match retour qui offre à son équipe une place dans la compétition reine chez les cousins brésiliens. Dans un groupe difficile (Allemagne, Ghana, USA) et avec un effectif en reconstruction, le Portugal commence de la pire des manières en coulant contre l’Allemagne (4-0) avec une grotesque simulation de Muller qui amènera une des deux expulsions de Pepe en 130 sélections (la deuxième étant contre l’Irlande en qualifications pour le dernier Mondial). Sans son leader défensif le Portugal patine contre les USA et n’arrive pas à marquer suffisamment de buts contre le Ghana pour sortir de son groupe.
L'Ère Cristiano Ronaldo : Entre Succès Continentaux et Difficultés Mondiales (2018-2022)
Quatre ans plus tard, le Portugal voit une nouvelle génération arriver et dans un mano a mano passionnant avec la Suisse (déjà), les Portugais finissent premier de leur groupe à la différence de buts globale. Une première rencontre spectaculaire contre l’Espagne avec un triplé de Ronaldo puis une victoire étriquée contre le Maroc sur un nouveau but de celui qui évolue encore à Madrid donne confiance aux supporters portugais. Mais ce dernier match contre l’Iran va s’avérer le tournant de la compétition. Alors que le Portugal se dirige tranquillement vers une victoire et même une place de premier du groupe grâce au Maroc qui accroche l’Espagne, Ronaldo rate un pénalty et dans les dernières minutes des arrêts de jeu l’arbitre offre un pénalty généreux pour une main de Cédric. L’Iran ayant même une balle de but pour éliminer les Portugais dans les ultimes secondes. En plus de briser le bon élan de la star portugaise, ce pénalty raté a empêché son équipe de basculer dans la partie « facile » du tableau.
Nous arrivons donc à la Coupe du monde actuelle, une qualification en barrage suite à deux déconvenues face aux Serbes (dont une incroyable erreur d’arbitrage) qui punie une frilosité très contestée au Portugal. Car l’effectif est brillant avec une qualité digne des meilleures sélections mais entre un Ronaldo vieillissant et un Santos incapable d’insuffler de la qualité de jeu à son équipe, les supporters sont inquiets. Les deux premiers matchs sont rassurants, Bruno Fernandes et Bernardo Silva semblent enfin au niveau mais le collectif manque encore de solidité pour qu’enfin le Portugal assume son statut d’outsider.
Le Portugal vers 2026 : Un Nouveau Cycle ?
Tout juste qualifié pour la Coupe du monde 2026 en terminant premier de son groupe, le Portugal a inscrit 9 buts dans un match pour la deuxième fois de son histoire. La première fois c'était le 11 septembre 2023 lors de la victoire 9-0 face au Luxembourg lors des qualifications à l'Euro 2024 et la deuxième donc, ce dimanche 16 novembre 2025 au cours de la dernière journée des qualifications au Mondial 2026 face à l'Arménie (9-1). Autre point commun entre ces deux rencontres : Cristiano Ronaldo était absent car suspendu.
Expulsé en Irlande, Cristiano Ronaldo n'a pas participé à la démonstration du Portugal contre l'Arménie (9-1). En 231 sélections avec le Portugal, Cristiano Ronaldo n'avait jamais écopé d'un carton rouge sur le terrain. Il a donc fallu attendre la 232e et un déplacement en Irlande pour voir le joueur d'Al-Nassr laisser ses partenaires à 10 et constater la défaite des siens (2-0). Sur un coup de sang à l'heure de jeu, CR7 a asséné un violent coup à Dara O'Shea. Malgré la défaite, le Portugal a bien réagi en s'imposant à Porto pour la réception de l'Arménie, trois jours plus tard. A l'Estadio do Dragão, les hommes de Roberto Martinez ont déroulé avec neuf buts inscrits. Un triplé pour Bruno Fernandes, un autre pour Joao Neves et une fête totale. Tout cela… sans Cristiano Ronaldo.
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Pour Maxime Chanot, ancien défenseur international du Luxembourg et consultant pour RMC Sport, ces scores et l'absence de CR7 révèlent la façon dont le Portugal joue avec et sans l'ancien buteur du Real Madrid. Lors de la sévère défaite encaissée au Portugal, Chanot a d'ailleurs évoqué une anecdote. Sur le sixième but des Portugais, le défenseur des Lions rouges avait demandé à Diogo Jota, passeur ce soir là, de « se calmer ». Une phrase à laquelle le regretté Reds de Liverpool avait répondu : « C'est le seul match sans Cristiano, on doit montrer qu'on peut faire sans lui. »
C’est désormais officiel : le Portugal sera l’invité d’honneur pour la réinauguration du légendaire Estadio Azteca, au Mexique. L’information, déjà évoquée en octobre, a été confirmée par la presse mexicaine. La Fédération Mexicaine de Football, par l’intermédiaire de son commissaire Mikel Arriola, avait indiqué que la présence du Portugal dépendait de sa qualification pour la Coupe du monde 2026. Cette condition étant remplie, les derniers détails ont été finalisés et l’accord est désormais acté. Cristiano Ronaldo attendu pour un rendez-vous symbolique. Après Pelé et Maradona, une nouvelle légende foulera cette pelouse iconique : Cristiano Ronaldo. Le capitaine portugais, qui pourrait disputer en 2026 son sixième Mondial, ne manquera sans doute pas l’occasion de participer à un moment aussi symbolique. La réouverture du stade représente une page importante de l’histoire du football mondial, et la présence du Portugal renforce encore la dimension de l’événement.