Le football, sport le plus populaire au monde, suscite des passions intenses et des débats passionnés. Alors que certains y voient un vecteur d'unité, de fraternité et d'émotions positives, d'autres dénoncent ses dérives mercantiles, ses scandales et son influence parfois néfaste sur la société. La question de savoir si l'on peut encore aimer le football mérite donc d'être posée et examinée sous différents angles.
Le football : un miroir de nos sociétés
Robert Redeker, philosophe, décrit le football comme une "fable du monde", une "saga impudique du monde réel". Il y voit une critique virulente du capitalisme contemporain, où l'argent, l'égoïsme et la performance à tout prix prennent le pas sur les valeurs sportives et humaines. Le football-spectacle, avec ses stars surpayées, ses transferts faramineux et sa récupération politique, serait ainsi devenu un "opium du peuple", détournant l'attention des vraies questions de notre temps.
Les dérives du football moderne
Les critiques envers le football moderne sont nombreuses et souvent justifiées. On peut notamment citer :
- La marchandisation des joueurs : Les footballeurs sont devenus des marchandises, objets de transferts exorbitants et de spéculations financières. Leur valeur sportive est souvent reléguée au second plan, derrière leur potentiel marketing et commercial.
- La corruption et les scandales : Le football est régulièrement éclaboussé par des affaires de corruption, de matchs truqués, de dopage et de malversations financières. Ces scandales minent la crédibilité du sport et alimentent le cynisme des supporters.
- La violence et le hooliganisme : Les débordements de violence et les actes de hooliganisme sont une réalité préoccupante dans certains stades et lors de certains matchs. Ces comportements nuisent à l'image du football et mettent en danger la sécurité des spectateurs.
- L'influence excessive de l'argent : L'argent est devenu le nerf de la guerre dans le football professionnel. Les clubs les plus riches peuvent s'offrir les meilleurs joueurs et dominer les compétitions, créant ainsi un déséquilibre et faussant la compétition.
- L'abrutissement des foules : Certains dénoncent l'effet "opium du peuple" du football, qui détournerait l'attention des citoyens des problèmes sociaux et politiques. Le football serait ainsi un outil de manipulation et d'aliénation.
Les raisons d'aimer le football
Malgré ces critiques, le football conserve un pouvoir d'attraction immense et continue de susciter l'enthousiasme de millions de personnes à travers le monde. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet engouement :
Un sport simple et universel
Le football est un sport simple, accessible à tous, quel que soit son âge, son origine sociale ou son niveau de pratique. Il suffit d'un ballon et de quelques amis pour jouer et s'amuser. Cette simplicité en fait un sport universel, capable de rassembler des personnes de cultures et d'horizons différents.
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Un vecteur d'émotions positives
Le football est une source d'émotions intenses et variées : joie, tristesse, espoir, déception, excitation… Un but marqué, une victoire importante, un geste technique spectaculaire peuvent procurer un plaisir immense et créer des souvenirs inoubliables. Ces émotions partagées renforcent le sentiment d'appartenance à une communauté et créent des liens entre les supporters.
Un catalyseur d'unité et de fraternité
Le football peut être un puissant catalyseur d'unité et de fraternité, notamment lors des compétitions internationales. Les supporters se rassemblent derrière leur équipe nationale, oubliant leurs différences et partageant une même passion. La victoire d'une équipe peut ainsi susciter un sentiment de fierté nationale et renforcer la cohésion sociale.
Un espace d'expression collective
Le stade de football est un espace d'expression collective, où les supporters peuvent chanter, crier, danser et manifester leur soutien à leur équipe. Cette communion collective crée une atmosphère unique et festive, qui contribue au charme du football.
Un laboratoire de valeurs
Au-delà du simple divertissement, le football peut être un laboratoire de valeurs telles que le fair-play, le respect de l'adversaire, le travail d'équipe, la solidarité et la persévérance. Ces valeurs, lorsqu'elles sont incarnées par les joueurs et les entraîneurs, peuvent inspirer les jeunes et contribuer à leur éducation.
L'art du beau geste
Comme le souligne Robert Redeker, il y a un amour du beau geste et du sport, de la passion pour la lecture, le cinéma d'art et d'essai ou la peinture contemporaine. Le football peut être une forme d'art, où la créativité, l'improvisation et la beauté du geste sont mises en valeur. Les grands joueurs sont capables de gestes techniques exceptionnels, qui suscitent l'admiration et l'émotion.
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Peut-on encore aimer le football ? Une question de conscience
La question de savoir si l'on peut encore aimer le football est donc une question de conscience individuelle. Il est légitime de s'interroger sur les dérives du football moderne et de dénoncer ses aspects négatifs. Mais il est également possible de continuer à apprécier le jeu, les émotions qu'il procure et les valeurs qu'il peut véhiculer.
Pour aimer le football de manière responsable, il est important de :
- Être conscient des enjeux économiques et politiques qui sous-tendent le sport.
- Dénoncer les actes de corruption, de violence et de discrimination.
- Promouvoir les valeurs du fair-play, du respect et de la solidarité.
- Soutenir les initiatives qui visent à rendre le football plus accessible et plus éthique.
- Ne pas se laisser aveugler par la passion et conserver un esprit critique.
En conclusion, il est encore possible d'aimer le football, à condition de le faire avec lucidité et responsabilité. Le football peut être une source de plaisir, d'émotion et de partage, mais il ne doit pas nous faire oublier les valeurs essentielles de notre société.
L'Expérience Intégrale du Football
Le football offre une expérience totale, une expérience "intégrale". Un match de foot comprend toutes les dimensions: le génie des grands joueurs réside dans l’équilibre entre qualités physiques et techniques, résistance émotionnelle, intelligences multiples … et intuition fulgurante qui leur permet de trouver dans l'instant le geste parfait dont on parlera encore vingt ans plus tard. De ce point de vue un match de foot est un contexte où tous ces niveaux s’expriment en même temps. Par exemple, le stade archaïque s’active juste après une victoire importante ou une cuisante défaite. La dimensions tribale est présente au sein de chaque équipe et dans la communauté des supporters, Il y a du guerrier dans chaque joueur de foot, dans l’envie physique qu’il a de gagner, de marquer, dans le courage dont il fait preuve sur le terrain.
La tradition est présente à de multiples niveaux - dans les règles du jeu d’abord, qui est sur le terrain comme en dehors le lieu d’expression par excellence de la tradition. Mais également au sein des supporters (qu’on pense aux hymnes chantés par exemple par le Football Club de Lens) . Chaque club est héritier d’une histoire, de traditions qui lui sont propres et constituent une partie de son identité collective. La composante moderne est évidente dans la dimension individuelle de ce sport collectif, dans le culte de la réussite, ses liens avec la sphère économique et sa large médiatisation. Les dimensions égalitaires du foot, coopératives, multi ethniques, mondo-centrique, sont aussi à l’oeuvre dans le football.
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Dans l’expérience du football il est possible de concilier à l’intérieur de nous-mêmes et entre nous des stades de développement, et des niveaux de consciences qui sont souvent antagonistes, mais qui soudain peuvent non seulement cohabiter, mais s’exprimer dans toute leur force et leur complémentarité.
L'Opposition entre Football et Culture
Il y a une forme de double snobisme à la fois des sportifs qui rejettent toute forme de théorisation, qu’ils considèrent comme Illégitime et dénaturante. Et à la fois de la part des intellectuels qui se piquent de ne pratiquer aucun sport. C’est un gage de sérieux pour un intellectuel français de ne surtout pas être qualifié de « sportif ».
Notre sport à nous c’est la politique. On le voit bien en période électorale. Tout le monde parle de politique en France comme tout le monde parle de football en Espagne, dans les mêmes termes, selon la même logique partisane. On peine à faire libérer le sport de la morale. On n’arrive pas à le sortir d’une logique purement fonctionnelle, d’utilité.
Notre problème vient de notre difficulté à accepter que le sport et le football en particulier puisse être un objet de connaissance en tant que tel. Car la philosophie française est omniprésente comme fondement théorique des grands penseurs du football… à l’étranger.