Le monde du volley-ball professionnel féminin est en deuil. Après 19 ans de présence au plus haut niveau, le Pays d'Aix Venelles Volley-Ball (PAVVB) disparaît des radars. Le Tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence a prononcé sa liquidation judiciaire, mettant fin à une aventure riche en émotions, en succès et en déceptions.
Un Coup de Tonnerre
La nouvelle est tombée brutalement, sous forme d'un communiqué : « Le Pays d’Aix-Venelles VB met fin à son aventure professionnelle. Seule la section amateur poursuivra son activité la saison prochaine, sous une autre forme. » Cette annonce a ébranlé le monde du sport, laissant derrière elle un sentiment de gâchis immense.
Finalistes malheureuses du dernier championnat de France, les ReBelles, surnom donné aux joueuses du PAVVB, vont donc quitter la Ligue A, après deux décennies passées au plus haut niveau national, deux coupes de France gagnées et une campagne européenne.
Une Spirale Infernale
Malgré des succès notables, dont deux coupes de France remportées en 2017 et 2020, le PAVVB s'est laissé griser et a été happé dans une spirale infernale. Alexandre Hubner, le président du club, a tenté de moderniser l'édifice en croyant aux promesses des partenaires institutionnels et en laissant planer un hypothétique projet privé d'une salle de 2 200 places. Cependant, les collectivités ont largement réduit leur soutien aux sports, laissant le club dans une situation financière précaire.
Le club aixois traverse actuellement "une période de tensions financières importantes". Le placement en redressement judiciaire annoncé précédemment n'était qu'un signal d'alerte fort : celui d’une structure fragilisée par une accumulation de difficultés économiques dans un contexte général tendu pour le sport professionnel féminin. Ces dernières années, de nombreux clubs de volley féminin ont dû faire face à des problèmes financiers. On se souvient notamment d'Istres Provence Volley, qui a longtemps évolué aussi au plus haut niveau, et qui a décidé en 2023 de quitter l'Elite pour repartir en Nationale 2. Plus récemment, c'est Vitrolles qui a pris la décision de redescendre en N2.
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Les Conséquences Humaines
La liquidation judiciaire du PAVVB a des conséquences dramatiques pour les joueuses, le staff et les employés de la structure professionnelle. Les 12 joueuses professionnelles se retrouvent au chômage en plein cœur de l’été, alors que les principaux effectifs des autres clubs pros sont quasiment bouclés.
Si certaines joueuses, comme Ajla Paradzik (Nancy), Ela Koulisiani (Cuneo), Romy Brooking (Marcq-en-Barœul) et Lalie Zeggagh (Tremblay), ont déjà trouvé un point de chute, les internationales tricolores comme Emilie Respaut ou Eva Elouga - actuellement en équipe de France pour la Ligue des Nations - se retrouvent sur le carreau.
Des mesures d’accompagnement vont être prises pour les salariés licenciés, du fait de la liquidation judiciaire.
L'Avenir du Secteur Amateur
Malgré cette sombre issue, l'espoir subsiste pour le secteur amateur. Le club a communiqué en affirmant que "les démarches de ré-affiliation du club sont entreprises auprès de la Fédération française de volley et une association pourra repartir dès la saison prochaine en Nationale 2, selon la décision de la Fédération. Le club prendra les mesures nécessaires pour accompagner les licenciés, salariés, joueuses et familles dans une transition structurée et organisée".
Le PAVVB devra donc changer de nom pour sauver l’avenir des 250 licenciés… à la condition que la FFVB accepte le deal. Des démarches ont été entreprises auprès de la Fédération française de volley-ball afin d’obtenir une ré-affiliation du club, en tant que club amateur. L’espoir est de pouvoir engager une équipe en Nationale 2. En fonction de ce que décidera la FFVB.
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Les Facteurs de la Disparition
Outre ses ressources financières insuffisantes, le Pays d’Aix-Venelles VB est également victime de normes de plus en plus draconiennes édictées par la Ligue nationale de volley-ball pour les clubs évoluant dans le championnat professionnel. Pointée du doigt, la salle Nelson-Mandela et ses 600 places, trop exiguë selon les critères du haut niveau. Le club a bien cherché des solutions, en tentant l’Aréna du Pays d’Aix pour la coupe d’Europe ou encore le palais des sports de Marseille. Mais cela n’était pas acceptable sur le long terme.
Souvenirs Impérissables
L'histoire du PAVVB restera gravée dans les mémoires. On se souvient notamment de cette date du 11 mars 2017, inscrite à l’encre indélébile dans le grand livre de l'histoire du Pays d'Aix Venelles. Un jour de grâce où rien de pouvait arriver aux Rebelles. Et Clermont-Ferrand était devenu le théâtre des possibles et même de l'impossible.
Dans cette salle immense, le volley français fêtait ses rois et ses reines avec les finales de coupe de France fédérales et professionnelles. Quatre matches dans la journée avec en guise de plat d'entrée, un certain Béziers-PAVVB chez les filles. Un événement pour les Venelloises et tout un village. Les Rebelles avaient décroché pour la première fois de leur histoire leur billet pour la grande messe du volley. Plus de 500 supporters venellois avaient fait le déplacement dans la Maison des Sports où plus de 3000 personnes étaient déjà chauffées à blanc.
Le Pays d'Aix Venelles VB méritait cette place en finale après un parcours sans faute depuis les 8e de finale. Trois victoires 3-0 sur St Cloud en 8e, sur Vandoeuvre Nancy en quart puis Mougins en demi-finale. Le président de l'époque, Bernard Soulas, tenait enfin sa récompense après tant d'année à se battre pour la reconnaissance du volley féminin. Avec son équipe de bénévoles fous furieux et amoureux du club, il ne restait qu'une marche à franchir pour décrocher la lune. Béziers a tout fait pour briser leur rêve. Une entame quasi parfaite dans cette finale qui se transformait en correction. Venelles n'y était pas. Sur le terrain, Tamara Matos Hoffmann tentait de réveiller ses troupes. Félix André hurlait sur son banc. Et ça a marché ! le PAVVB égalisait à 1-1 . Le jeu du chat et la souris allait se poursuivre….. jusqu'au 5e set! Béziers avait épuisé son arme fatale, Isabelle Haak, auteure de 46 points!!!! Venelles sortait les tripes comme jamais autour d'une Marielle Bousquet infatigable. Les Biterroises se procuraient deux balles de match dans un 5e set à vous faire perdre la tête. Mais Venelles tenait bon avant que la pointue portoricaine Shirley Ferrer ne libère tout le monde (25-12, 17-25, 25-22, 22-25, 15-17). Le PAVVB pouvait exulter, cette victoire était une première historique pour un club qui n'avait, jusque là, jamais participé à une finale.
Trois ans plus tard, le PAVVB récidivait pour la plus grande joie de son nouveau président Alexandre Hubner.
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Un Appel à l'Avenir
La disparition du Pays d'Aix Venelles Volley-Ball est une perte immense pour le sport féminin dans les Bouches-du-Rhône. Deux ans après Istres, c’est le dernier fleuron du volley-ball féminin dans les Bouches-du-Rhône qui jette l’éponge. Il est essentiel de tirer les leçons de cette situation et de mettre en place des mesures pour soutenir les clubs sportifs professionnels féminins et éviter que de telles situations ne se reproduisent.
Le club, conscient de son rôle social et de son impact sur la communauté, souhaite continuer à véhiculer des valeurs d’engagement, de courage, de solidarité, de compétition mais aussi de plaisir fort. Le PAVVB, 1er club féminin de la Métropole Aix-Marseille Provence, s’engage pour un sport plus vertueux et souhaite rendre le sport féminin plus visible.
Dans ce contexte difficile, l'espoir renaît avec la possibilité d'un rebond en Nationale 2. Seule la section amateur poursuivra son activité la saison prochaine, sous une autre forme. L'avenir du volley-ball à Venelles est incertain, mais la passion et l'engagement des bénévoles et des supporters pourraient bien permettre de reconstruire un projet solide et pérenne.
Moments de Gloire : Coupe de France 2017 contre Béziers
Un match mémorable reste gravé dans les annales : la finale de la Coupe de France 2017 contre Béziers. L'équipe, entraînée par Félix André, avait su déjouer tous les pronostics face à une équipe de Béziers emmenée par une Isabelle Haak en grande forme.
Le premier set n’est qu’une formalité pour les Angels de Béziers. Le Pays d’Aix Venelles subit les foudres de la jeune (17 ans) Franco-suédoise Isabelle Haak (44 points au total), actuellement meilleure marqueuse du championnat. Un démarrage trop simple ? Les joueuses du Pavvb se révoltent au second set avec une belle série au service engagée par Jasna Majstorovic. "Priorité à la défense", les consignes de Félix André fonctionnent. Isabelle Haak, toujours autant servie, a du mal à conclure face à la défense adverse parfaitement organisée. Les Aixoises peuvent enfin respirer. Aux deux ailes, la Portoricaine Shirley Ferrer et la Brésilienne Ludmilla Da Silva font le travail en jonglant habilement entre attaques franches sur la ligne, feintes au coeur du terrain et blocks-out. Entrée de Sotto au centre, Martin à la passe, Martin à l’attaque, les changements entrepris par Cyril Ong semblent vains, le Pavvb décroche aisément le deuxième set 17-25. Au troisième set, la combativité brésilienne n’a pas quitté le camp d’Aix-Venelles. Mais, en difficulté en réception, le Pavvb peine à construire son attaque. Côté Angels, Isabelle Haak enchaîne les points, inépuisable. Un bloc précieux à 23-22 de la capitaine Aixoise Tamara Hoffman redonne espoir au Paavb. mais c’est toujours la même talentueuse Suédoise qui abrège le combat et conclut de son bras haut : 25-22. Renversement de situation au quatrième set : les Aixoises, extrêmement précises en défense, prennent le large (8-14). À la moitié du set, Cyril Ong effectue un changement de passeuse en donnant la place à Pauline Martin. L’opération paie, les Angels reviennent à égalité (15-15). Du côté du Pavvb, la Brésilienne Ana Maria Padao Gosling déroule une distribution audacieuse qui permet de creuser à nouveau l’écart. En défense, c’est aussi le moment de briller pour Marielle Bousquet qui relève systématiquement les attaques adverses. Le duo brésilien Hoffman-Gosling stoppe les ambitions de Safiatou Zongo au filet pour offrir une balle de tie-break (22-24). Euphoriques, les Aixoises mènent l’entame du tie-break et changent de terrain à 6-8. Les points qui suivent sont interminables, la faute à une qualité de défense de très haut niveau des deux côtés. Aucune balle offerte, les points sont directs et les équipes se rendent mutuellement les coups. Les deux dernières actions sont signées de la réceptionneuse-attaquante slovaque Dominika Drobnakova, au top dans les moments importants. Les joueuses de Félix André remportent le tie-break 15-17 et réalisent l’exploit.
Félix ANDRE, entraîneur du Pays d’Aix Venelles Volley Club : "On s’était bien préparés à ce scénario. Nous n’avons pas paniqué à l’issue du premier set, considérant qu’il s’agissait d’un échauffement. C’est la première fois que le club accède à une finale, c’est la preuve que l’on travaille. Marielle BOUSQUET, libéro du Pays d’Aix Venelles Volley Club : "À 31 ans, je ne pouvais pas rater cette finale. C’était magique. La prise de risque était inédite. On sentait dans les regards l’importance du moment. Isabelle HAAK, attaquante des Béziers Angels : "C’était dur. Je suis vraiment triste. On a bien commencé au premier set, mais ensuite ça a été difficile. Contre une équipe comme Aix Venelles, il faut garder les tactiques en tête à chaque fois que l’on part à l’attaque. Cyril ONG, entraîneur des Béziers Angels : "Il nous manque des joueuses, c’est difficile de faire tourner. À chaque poste, toutes les joueuses sont très jeunes. On a manqué de cran à l’attaque lorsque l’on s’est faits surprendre au deuxième set.
À la Maison des Sports de Clermont-Ferrand, la finale féminine a offert une très belle opposition de style. D’un côté du filet, Isabelle Haak toujours transcendante mais trop esseulée. De l’autre, un vrai collectif généreux et combatif. C’est la qualité de défense des Aixoises qui l’a finalement emporté. Les supporters d’Aix-Venelles, venus en nombre également, exultent.