Le football professionnel, un sport passionnant suivi par des millions de personnes à travers le monde, est de plus en plus sous les feux de la critique en raison du calendrier surchargé imposé aux joueurs. La question du nombre de matchs par saison est devenue un sujet brûlant, suscitant des inquiétudes quant à la santé physique et mentale des athlètes. Les joueurs, les entraîneurs et les syndicats tirent la sonnette d'alarme, soulignant les risques de blessures, de fatigue et de baisse de performance liés à un rythme de jeu effréné.
Les inquiétudes croissantes concernant la surcharge de matchs
La FIFPro, la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels, a mené une enquête auprès de 543 joueurs, dont ceux évoluant dans les clubs des championnats majeurs européens (Angleterre, France, Allemagne et Italie). Les résultats de cette enquête sont alarmants : "Certains des meilleurs joueurs du monde ont l’impression de jouer plus que leur niveau de confort, ce qui les rend vulnérables aux blessures." Theo van Seggelen, le secrétaire général de la FIFPro, a déclaré : "La santé des joueurs devrait être la première priorité du football, avant tout autre intérêt."
La réalité est que de nombreux joueurs sont soumis à une pression extrême pour donner le meilleur d’eux-mêmes dans des circonstances difficiles. "La santé et la capacité de performance des joueurs ne sont pas suffisamment prises en considération et protégées dans les calendriers actuels. Trop, c’est trop. 70, 75, 80 matchs par saison, les joueurs de football sont épuisés, et ils le font savoir."
Les joueurs montent au créneau
Face à cette situation, certains joueurs n'hésitent plus à exprimer leur mécontentement et à envisager des actions radicales. "On a toujours plus de matchs et de moins en moins de repos, déplorait Jules Koundé avant la première journée de Ligue des champions. Ça fait trois ou quatre ans qu’on le dit et personne ne nous écoute, nous les joueurs, qui sommes les premiers acteurs. Il va effectivement arriver un moment où on va faire grève. C’est le seul moyen qu’on aura pour être entendus."
Si une grève a été évoquée par certains, comme Rodri et Jules Koundé, des procédures ont déjà été lancées en coulisse. Une première plainte a été déposée le 13 juin par trois syndicats de joueurs, une deuxième pour « concurrence déloyale » exercée par la Fifa va suivre le 14 octobre auprès de la commission européenne, avec la FIFPro, le syndicat mondial des joueurs professionnels, et les cinq grands championnats. L’objectif est clair : soulager des corps éreintés et écourter ces saisons à rallonge.
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L'exemple du Paris Saint-Germain
Le Paris Saint-Germain (PSG) est un exemple frappant de l'intensité du calendrier des matchs dans le football moderne. Le PSG jouera son 63e match en 2024-2025 ce samedi à Atlanta, contre le Bayern Munich, en quart de finale de la Coupe du monde des clubs. Même si Paris va au bout de la compétition, le club n’égalera pas le record du Real Madrid 2001-2002 et celui de Manchester United 2008-2009, à savoir 66 matchs en une saison. Mais la grande différence, c’est que le Paris Saint-Germain a lancé sa campagne 2024-2025 le 15 juillet dernier, et pourrait donc enchaîner pendant un an non-stop.
Malgré ce calendrier chargé, l'entraîneur du PSG, Luis Enrique, semble apprécier la situation. "Les vacances, ça ne m’intéresse pas! La seule chose à laquelle nous devons penser, c’est au match contre le Bayern, c’est notre objectif de préparer ce match de la meilleure façon possible." Il coachera le PSG pour la 63e fois de la saison ce samedi en quart de finale (18h, heure française) et son sourire lors de la conférence de presse qui a suivi la victoire de ses hommes face à l’Inter Miami (4-0) trahit son plaisir d’être au mondial des clubs.
C’est pourtant une saison "Ironman" XXL qu’il est en train de vivre. 34 matches de Ligue 1, 17 de Ligue des champions, 6 de Coupe de France, un Trophée des champions et donc déjà 4 matchs de Coupe du monde des clubs. Mais le coach espagnol a réussi à conserver la cohésion et l’envie de ses hommes en se montrant assez souple, à l’image des deux jours de repos accordés aux Parisiens après leur succès contre la bande de Lionel Messi.
L'importance du repos et de la récupération
Le repos et la récupération sont essentiels pour les joueurs de football professionnels, afin de prévenir les blessures et de maintenir un niveau de performance optimal. À l’image de Bradley Barcola, cette escapade aux Etats-Unis n’a pas l’air de peser trop lourd pour les joueurs du PSG. "On a la chance d’avoir un coach qui nous comprend et qui nous laisse pas mal de repos. On arrive à bien relâcher pendant les après-midis et être tranquille. Ça nous permet d’arriver frais avant chaque match", glisse l'attaquant.
Preuve en est: malgré ce jour de foot sans fin, le PSG court en moyenne 118km par match en 2024-2025, un record pour le club. Il faut tout de même ajouter à ces 62 matchs un calendrier international très dense, avec par exemple 10 rencontres supplémentaires pour l’équipe de France. C’est avec elle qu’Ousmane Dembélé s’est blessé à la cuisse gauche début juin. Les trois semaines d’absence qui ont suivi en sont presque devenues un mal pour un bien selon le meilleur buteur du club: "Je me sens très bien physiquement et après la Ligue des nations, ça m’a fait du bien de couper. Je pouvais reprendre un peu plus tôt mais on n’a pas pris de risque."
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Les précédents historiques de calendriers chargés
Les joueurs du Paris Saint Germain ne sont donc pas les premiers de l’histoire à jouer autant. La preuve, le Real Madrid 2001-2002 avait dû disputer 66 matchs. Dans le détail, cela donnait 38 matchs de Liga, 9 de Coupe du Roi, 2 de Supercoupe d’Espagne et 17 de Ligue des champions (avec deux phases de groupes à l’époque). Et cela aurait pu être encore pire car la Coupe du monde des clubs 2001 (à 12 équipes), à laquelle le Real devait participer, a été annulée.
Ce record de 66 matchs a été égalé par le Manchester United 2008-2009 (1 Community Shield, 1 Supercoupe de l’UEFA, 38 matchs de Premier League, 13 de Ligue des champions, 5 de FA Cup, 6 de Coupe de la Ligue et 2 de Coupe du monde des clubs). Ces records sont l’apanage des équipes qui gagnent tout ou presque, et c’est le cas du Paris Saint-Germain.
La position de la FIFA et de l'UEFA
Face aux critiques concernant le calendrier surchargé, la FIFA et l'UEFA se défendent en soulignant que les calendriers sont adoptés à l'unanimité par les clubs européens. Ces calendriers fous existent donc depuis plus de 20 ans. Ce n’est pas une nouveauté en soi et face aux critiques de Jürgen Klopp par exemple sur la tenue de la Coupe du monde des clubs, un membre de la Fifa souhaite réagir: "Il faut rappeler que ces calendriers ont été adoptés à l’unanimité, l’ECA (l'association européenne des clubs) a apporté son soutien à cette compétition". ECA dont le président n’est autre que Nasser Al-Khelaïfi, le boss parisien.
"C’est une compétition qui a lieu tous les quatre ans", ajoute-t-on à la FIFA. "Alors oui, certains joueurs peuvent faire un peu plus de matchs et Hakimi est un bon exemple. Mais si vous prenez un joueur de Botafogo ou de l’Inter Miami, l’impact est minime et ces équipes sont très heureuses de participer à la Coupe du monde."
L'UEFA et la Fifa, qui s'appuient sur un récent rapport de l'Observatoire du football CIES, assurent que l'augmentation du nombre de rencontres n'est pas réelle. "Entre 2012 et 2024, le nombre moyen de rencontres par club et saison est resté stable juste au-dessus de 40 (42,4 pour 2023-2024)", est-il précisé, non sans rappeler que "40 des ligues les plus compétitives au monde" sont analysées.
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Les défis futurs et les solutions potentielles
Au-delà d’une saison interminable pour le PSG de quasiment 365 jours, le problème sera l’enchainement entre 2024-2025 et 2025-2026. La FIFPro, le syndicat des footballeurs, demande une période de vacances d’au moins trois semaines d’affilée pour les joueurs professionnels. Si le PSG venait à gagner la Coupe du monde des clubs, cette période de congés débuterait le 14 juillet et la reprise pourrait se faire dès le 4 août. Sauf que Paris joue la Supercoupe d’Europe face à Tottenham le 13 août. La préparation serait donc d’à peine dix jours, ce qui est évidemment très court pour se remettre en forme.
Vincent Kompany propose des solutions pour empêcher la surcharge de matches. Lire aussi. Football. « Quelles étaient mes chances ? Jouer 75, 80 matches ? On arrive à un stade où ce n’est plus réaliste, a-t-il ajouté avant de développer son idée : La solution que j’ai toujours souhaitée, c’est de plafonner le nombre de matches qu’un joueur peut disputer. »
Des experts sollicités par la FIFPro ont estimé qu'un cadre de 55 matchs par saison maximum par joueur devrait être fixé pour éviter le trop-plein. Un chiffre mentionné dès 2016 dans un groupe de travail organisé par la Fifa, se souvient Vincent Gouttebarge : "On avait décomposé les 52 semaines de l'année en considérant qu'avec une trêve estivale (au moins quatre semaines), une trêve hivernale avec une petite préparation physique (deux à trois semaines) et cinq semaines l'été lors de la pré-saison, il restait 40 semaines pour planifier des matchs, soit environ neuf mois et demi. Sur une série de quatre semaines, on estime qu'il faudrait avoir un maximum de six matchs."
La piste d'une liste de joueurs protégés après les matchs en équipes nationales et qui n'enchaîneraient pas tout de suite avec leurs clubs pourrait également être étudiée. Le rugby français s'est engagé dans cette voie dans le cadre de la convention entre la Fédération française et la Ligue nationale.