Le rugby en Nouvelle-Zélande est bien plus qu'un simple sport ; c'est une véritable religion nationale. Aucun autre sport ne suscite autant de passion et de ferveur dans le cœur des Néo-Zélandais. Le rugby transcende les divisions régionales, les classes sociales, les genres et les communautés culturelles. Pakehas (blancs d'origine européenne) et Maoris d'origine polynésienne jouent côte à côte, unis par un amour commun pour ce sport. L’attachement à la terre, la solidarité, le courage, l’engagement physique du rugby, correspondent aux valeurs et aux aptitudes physiques des communautés du Pacifique et des Pakehas.
Les Racines du Rugby Néo-Zélandais
La légende raconte qu’en 1823, William Webb Ellis, un jeune collégien de la ville de Rugby en Angleterre, aurait pris la balle à la main lors d’une partie de folk football. Avec ses équipiers, ils créèrent les règles du rugby. Puis le sport se diffusa dans tout le pays, à mesure que ses partenaires se déplaçaient. En 1870, Charles Monro revint à Nelson, en Nouvelle-Zélande, après avoir fait ses études en Angleterre. Il expliqua les règles du rugby aux habitants et organisa rapidement des rencontres locales.
Les All Blacks : Une Fierté Nationale
Les All Blacks est le nom de l’équipe nationale de rugby en Nouvelle-Zélande. Véritable fierté nationale, ils sont les ambassadeurs de tout un peuple. La légende des All Blacks s’est construite à travers l’histoire du rugby mondial pour devenir La référence. Ils règnent en maîtres sur les rencontres internationales. Chez les Néozélandais, le rugby fédère la communauté et tous les habitants sont susceptibles de jouer au rugby. Depuis l’arrivée du rugby, les Pakehas (les blancs d’origine européenne) et les Maoris se sont alliés pour jouer. Pourtant, en dehors du terrain leurs relations sont souvent limitées. Beaucoup de joueurs d’origine polynésienne intègrent aussi les équipes. Des équipes féminines se créent aussi, et la plus prestigieuse à XV est The Black Ferns.
Valeurs et Symbolique
Dans sa définition stricte, le rugby est un sport collectif de combat. Dans la symbolique, le rugby s’apparente à une ligne de front et s’accompagne de valeurs guerrières. Chez les All Blacks, le Haka annonce l’affrontement. Bien que le jeu puisse paraître agressif, il est tempéré par la discipline et le respect. Il provoque l’honneur, le courage, l’abnégation et l’engagement physique des joueurs. La dimension collective est très forte et explique que les joueurs sont prêts à se sacrifier pour le groupe.
L'Éducation au Rugby
Dès le plus jeune âge, les enfants néozélandais sont éduqués aux valeurs du rugby. Toutes les écoles ou presque forment des équipes, transmettent le goût de l’effort et du collectif. Elles affichent fièrement les anciens pensionnaires devenus joueurs professionnels et/ou All Blacks, en modèles de réussite. Les systèmes de détection cherchent à faire émerger les talents, et le perfectionnement tend à façonner les futurs joueurs professionnels.
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Compétitions Majeures
Les All Blacks se réunissent lors du Rugby Championship face à l’Australie, l’Afrique du Sud et l’Argentine. Ancien Tri-Nations, ce tournoi est l’équivalent du tournoi des 6 Nations de l’hémisphère Nord. Particularité de ce « Four Nations », ce sont des matchs aller-retour. Le Super 18 réunit 18 équipes franchisées provinciales lors d’une compétition de février à août : 5 équipes néozélandaises, 5 australiennes, 6 sud-africaines, 1 argentine et 1 japonaise s’affrontent. Son niveau est reconnu dans le monde entier.
Coupe du Monde de Rugby
Si le rugby fut créé en 1823, il aura fallu attendre 1987 pour que s’organise la première Coupe du monde de rugby. L’Australie et la Nouvelle-Zélande furent les deux pays organisateurs, à une époque où les joueurs étaient encore amateurs. La Nouvelle-Zélande accueillit une seconde fois la compétition en 2011. Le pays se trouve à ce jour en haut du palmarès, avec trois victoires en 1987, 2011 et 2015.
Infrastructures et Spectateurs
Toutes les villes et villages de Nouvelle-Zélande possèdent un stade ou un terrain de rugby. Créé en 1900, l’Eden Park à Auckland est le plus célèbre et le plus prestigieux. Il a notamment accueilli le match d’ouverture de la Coupe du monde en 1987 et la finale en 2011. S’il existe de nombreux stades, il n’est pas rare que les tribunes soient partiellement vides. Les Néozélandais adorent regarder les matchs depuis leur canapé ou dans les pubs. Pour les passionnés de rugby et les plus curieux, le New Zealand Rugby Museum a ouvert ses portes en 2011 à Palmerston North, sur l’île du Nord. Il retrace l’histoire du rugby néozélandais et des All Blacks, bien sûr.
La France Face aux All Blacks : Une Histoire Épique
Dans le monde du rugby, chaque rencontre face à la Nouvelle-Zélande est unique. Jouer contre les All Blacks est mythique, et ces matchs sont restés dans la mémoire des joueurs, mais aussi des supporters.
1979 : Cocorico à Auckland
En 1979, le jour de gloire est arrivé du côté de Auckland. Lors de l’été 1979, le XV de France est en tournée estivale au pays du long nuage blanc pour y affronter deux matchs face aux All Blacks. Défaits lors de la première rencontre à Christchurch (23-9), les Bleus vont décider de créer l’exploit la semaine d’après… Un 14 juillet. Sur l’île du nord de la Nouvelle Zélande, le XV de France emmené par le capitaine Jean-Pierre Rives s’impose pour la première fois chez les Kiwis grâce aux essais d’Averous, de Caussade, de Codorniou et de Galion (19-24).
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Avec une équipe rafistolée, les Français réussissent l’exploit de s’imposer en Nouvelle-Zélande pour la première fois de leur histoire (24-19). Après sept matchs perdus sur l’île et notamment un, les Français l’emportent enfin. Le jour de la fête nationale de notre pays, le XV de France a embelli encore un peu plus ce 14 juillet 1979. Dans le sillage d’un Jean-Pierre Rives capitaine, les Bleus proposent un jeu alléchant et efficace. Pourtant, l’effectif est remaniée : Daniel Dubroca faisait ses débuts en pilier droit, les centres Codorniou et Mesny vivaient leur deuxième sélection après le premier test de Christchurch. Le deuxième ligne Francis Haget déclarait après le match : "Mon meilleur souvenir, c’est qu’après ce succès, nous avons pris l’avion le 15 juillet pour Tahiti. Mais quand nous avons retrouvé ce territoire français, c’était encore le 14 juillet.
1987 : La Finale Perdue
Le 20 juin 1987, l’Eden Park d’Auckland est le théâtre d’un match pour l’histoire. Pour la première édition de la plus prestigieuse des compétitions, la France et la Nouvelle-Zélande se retrouvent en finale de la Coupe du monde. Dans cette rencontre, les Bleus, surfant sur leur incroyable victoire face à l’Australie en demi-finale, espèrent quitter Auckland avec le trophée Webb Ellis. Face à eux, les All Blacks sont les grands favoris, portés par un public en fusion et des talents tels que John Kirwan et David Kirk. Mais les Français, emmenés par Serge Blanco, Philippe Sella et le capitaine Daniel Dubroca, n’ont pas dit leur dernier mot et croient dur comme fer en l’exploit. Ce groupe a prouvé tout au long du tournoi qu’il pouvait renverser des montagnes, à l’image de cet essai légendaire de Blanco en demi-finale qui reste gravé dans les mémoires. « Je pense qu’ils nous craignaient davantage qu’on ne les craignait » disait Ondarts en 2015. Cependant, la finale sera à sens unique. Dès le début du match, les All Blacks imposent leur rythme, étouffant les initiatives françaises. Les Bleus se battent, mais la machine néo-zélandaise est bien huilée. Au coup de sifflet final, la Nouvelle-Zélande s’impose 29-9, inscrivant son nom comme le premier champion du monde de l’histoire du rugby.
1994 : L’Essai du Bout du Monde
15 après la première victoire en Nouvelle-Zélande, la France réalise une nouvelle fois de l’emporter sur les terres des Maoris, dans un scénario totalement dingue. Alors que les Bleus sont menés à quelques minutes de la fin à l’Eden Park d’Auckland, Philippe Saint-André décide d’amorcer une relance depuis son propre camp à la suite d’un jeu au pied adverse. Derrière, s’en suit un mouvement de passes rapides, pour remonter tout le terrain. 80 mètres plus tard, Jean-Luc Sadourny est à la conclusion de cette magnifique action collective, et permet aux Tricolores de s’imposer une nouvelle fois en hémisphère sud (20-23).
1999 : Le Miracle de Twickenham
Si les Bleus sont parvenus à battre les Néo-zélandais en test match, l’addition s’est avérée différente lors de la Coupe du Monde. Le XV de France reste sur une défaite lors de la première édition en 1987, en finale. 12 ans plus tard, les deux équipes se rencontrent en demi-finale du mondial 1999, à Twickenham. Face à la puissance de Lomu, et la justesse de Mehrtens, les Bleus vont réaliser un nouvel exploit, voir un miracle. Comment ne pas se rappeler des images de Christophe Dominici, lancé sur son aile à la réception d’un jeu au pied de Fabien Galthié, pour permettre à la France de reprendre la tête du match. Cette équipe a encore surpris, en s’imposant (31-43) et en battant les All Blacks pour la première fois en Coupe du Monde.
Cette rencontre, que certains jugent comme la plus grande rencontre de l’histoire du XV de France, illustre de la plus belle des manières l’expression : déjouer les pronostics. Des pronostics qui donnaient ce jour-là les Néo-zélandais ultra-favoris face à des Français qui avaient terminé derniers au précédent Cinq Nations et qui se présentaient avec un groupe loin d’être dans les meilleures conditions. Le sélectionneur néo-zélandais de l’époque John Hart déclarait même à la veille du match : « Nous sommes trop forts pour être battus par la France ». Et pourtant, ces Bleus-là n’ont pas froid aux yeux. Contre les champions du monde 1987, les Tricolores réalisent un match dantesque, dingue, mémorable, historique et éternel. Sur une aile, Jonah Lomu tient sa place et les Français veulent l’éviter, ne pas aller dans sa zone pour ne pas se frotter à celui qui deviendra une légende du rugby. D’abord dans la course (17-10) à la pause, les Français se font ensuite distancer peu de temps après le retour des vestiaires (24-10). Mais, lancé par Titou Lamaison et ses deux drops, les Bleus réalisent un deuxième acte tout simplement hors norme. Entre la 45ème minute et la 75ème, les Français infligent un 33-0 aux hommes à la fougère et entrent définitivement dans l’histoire en s'imposant. Ce jour-là, la France a regardé la Nouvelle-Zélande droit dans les yeux.
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2007 : Cardiff et l'Exploit
Cardiff, Millennium Stadium, toit fermé… Le décor était planté pour ce quart-de-finale de la Coupe du Monde. Le match est déjà lancé, avant même que l’arbitre de la rencontre monsieur Wayne Barnes ait sifflé le coup d’envoi. Les yeux dans les yeux. Si le premier acte est en faveur des Néo-zélandais, Thierry Dusautoir, auteur de 38 plaquages, va répondre en deuxième période avec le premier essai français. C’est à moins de 15 minutes de la fin que le match va basculer. Entré quelques secondes auparavant, Frédéric Michalak va transpercer la défense. Il retrouve ensuite Yannick Jauzion en soutien intérieur avant que ce dernier termine en terre promise, pour offrir une nouvelle victoire aux Bleus (20-18).
Que ce soit lors d’un haka bouillant, devenu mythique, ou lors d’un match exceptionnel, devenu légendaire, les Français ont proposé une opposition rare aux All Blacks durant ce quart de finale de Coupe du monde 2007. Surmotivés, les hommes de Bernard Laporte ont pourtant encaissé le premier essai de la partie, inscrit par Luke McAlister. Menés de dix points, les Français se sont révoltés dans le sillage d’un Thierry Dusautoir, qui est devenu lors de ce match le Dark Destroyer. Auteur d’un essai et surtout de 38 plaquages, le troisième ligne était immense et a permis aux siens de rester à flot. Héroïques, les Bleus ont marqué un dernier essai grâce à Yannick Jauzion, avant de tenir le score.
2011 : Si Près du Graal
Après le mondial en Europe en 2007, la coupe William Webb Ellis fait son retour en Nouvelle-Zélande. Les Bleus et les All Blacks se retrouvent dans la même poule en 2011, où le pays hôte ne fait pas de cadeaux dans un premier temps (37-17). Mais les Bleus vont avoir la possibilité de prendre leur revanche, en finale face à l’ogre néo-zélandais et en plus à l’Eden Park qui rêve de voir son équipe soulever le trophée. Dans un match où les Bleus ont montré leur courage, leur capacité à rivaliser physiquement, ils se sont finalement inclinés d’un petit point cruel, voyant leur rêve de devenir champion du monde s’échapper et voyant les All Blacks soulever leur deuxième Coupe du Monde dans leur pays cette fois-ci (8-7). Avant le France - Afrique du Sud 2023, c’est certainement le match qui a le plus traumatisé les Français par sa dramaturgie. À la surprise générale, le XV de France est en finale de la Coupe du monde 2011 et s’apprête à défier les All Blacks, en mission sur leurs terres. Malgré les absences de Carter et Cruden, les hommes en noir sont donnés ultra favoris, avec une équipe qui reste impressionnante. Seulement, impossible n’est pas français et les hommes de Marc Liévremont font plus que résister sur la pelouse d’Auckland. Guidés par un Thierry Dusautoir décisif avec un essai inscrit, les Bleus sont au contact jusqu’au bout. Ils échouent finalement à un point, avec des occasions manqués et des regrets éternels. Une journée noire pour le XV de France.
2015 : La Déroute à Cardiff
4 ans après la finale, le XV de France retrouve la Nouvelle-Zélande en phase finale de la Coupe du Monde, et cette fois dans un endroit qui leur avait réussi quelques années avant à Cardiff. Mais cette fois, la marche était trop haute et la France est tombée sur bien plus forte qu’elle. Dans le camp d’en face, la classe de Dan Carter, la rage de Julian Savea, et tous les autres ont fait forte impression. Ce 17 octobre 2015, la France a encaissé au total 9 essais et plus de 60 points face à une équipe qui était à ce moment-là, maître de son rugby (62-13). Quelques jours plus tard, les All Blacks réalisaient le back-to-back et s’adjugeaient leur troisième titre de champion du monde. À bout de souffle lors d’une Coupe du monde déjà très laborieuse en 2015, les Bleus de Philippe Saint-André font face à la meilleure nation du monde, la Nouvelle-Zélande en quart de finale. Un match dans lequel les All Blacks font peur, très peur. Whitelock, McCaw, Carter, Read, Nonu, Savea… La liste est longue. Malgré une relative résistance en première période, les Bleus vont exploser lors de la deuxième partie du match, encaissant en tout neuf essais, dont un triplé de la bombe Julien Savea. Sur une de ses réalisations, l’ailier réalisait une action folle, en mettant sur les fesses trois défenseurs français.
2021 : La Fin d'une Malédiction
Avant d’affronter les All Blacks ce soir du 20 novembre 2021, les Bleus étaient sur 14 revers de rang face à cette même équipe, aucune victoire depuis 2009. Mais cette nuit-là, la malédiction a été vaincue, avec une nouvelle génération. Avec dans ses rangs, l’équipe qui se dessine aujourd’hui, les Bleus ont mis le feu à la défense des Blacks avec 4 essais inscrits dont 2 de Peato Mauvaka, dans un Stade de France en ébullition. Rien ne résistait aux hommes de Fabien Galthié, même pas une relance depuis l’en-but. Une soirée mémorable, et un succès des Français (40-25) après des années d’attente face à la Nouvelle-Zélande.
2023 : Un Début Prometteur
Un peu comme en 2011, la France et la Nouvelle-Zélande se retrouvent dans la même poule en Coupe du Monde, qui se déroule cette fois dans l’Hexagone. D’entrée, les deux équipes se retrouvent face à face pour le match d’ouverture de la compétition. Dans un Stade de France gonflé à bloc, c’est pourtant Mark Telea qui a légèrement baissé la température peu après de temps le coup d’envoi. Mais grâce à justesse au pied de Thomas Ramos, les Tricolores parviennent à devancer les Kiwis. Il faut attendra la seconde mi-temps pour voir le premier essai de la partie côté français, avec Damian Penaud. L’équipe de France s’était arrêtée en quarts de finale de sa Coupe du monde pour un point, l’an passé face à l’Afrique du Sud (28-29). Ce samedi soir, en sortant victorieuse d’un point d’une bagarre incessante face à la Nouvelle-Zélande (30-29), elle vient de poser la première véritable pierre de sa reconstruction dans l’optique de la Coupe du monde 2027. Dominés en première période, les Bleus ont réussi à retourner la situation au retour des vestiaires portés par un Stade de France incandescent.
La victoire face au Japon ne valait pas grand-chose, la semaine passée ; la victoire de ce samedi soir, elle, va donner au XV de France une excellente base de travail pour les trois prochaines années. Sur le plan sentimental d’une part, puisque ce groupe avait terriblement besoin de renouveler ses références après un été très délicat ; mais aussi sur le plan du jeu, car malgré le résultat, tout n’a pas été parfait pour les Bleus, loin s’en faut.
Ce sont pourtant eux qui ont ouvert le score grâce à une pénalité de Thomas Ramos (8e), après un enchaînement de coups de sifflet de M. Amashukeli qui a saccadé le début de match. Mais les All Blacks n’ont pas mis deux minutes à se remettre dans le sens de la marche. Une erreur de jugement de Gabin Villière en bout de ligne, parti intercepter mais lobé par la passe, a mis le rideau défensif bleu dans la panade. Vêtus de blanc pour cette soirée qui s’annonçait de gala, les Blacks ont pris les commandes de la rencontre grâce Peter Lakai, à la conclusion d’un mouvement rapide et spontané (7-3, 9e)."Attendons l'Argentine pour, peut-être, parler de tournée fondatrice"
Le pack français embouti. Assommés par ce revirement brutal de situation, les Bleus n’ont d’abord pas su réagir. Rabroués dans les rucks par les Néo-Zélandais, fébriles en touche et complètement anesthésiés en mêlée fermée, les joueurs de Fabien Galthié ont parfois semblé étonnamment impuissants lors de cette première période. Le Stade de France avait goûté le Kapa o Pango, version “ultra” du haka que les All Blacks avaient choisi d’interpréter avant le coup d’envoi ; il n’a pas goûté le moins du monde l’explosion du pack tricolore à la 27e minute sous la pression néo-zélandaise en mêlée.
Le demi de mêlée Cam Roigard, filou en chef, en a profité pour chiper le ballon à Grégory Alldritt et donner une avance appréciable à son équipe (14-3, 28e). Comme si les briscards n’y pouvaient rien, il a fallu que ce soit un nouveau venu, Romain Buros, qui sonne la révolte sur le seul mouvement bleu véritablement construit de la première période (14-10, 34e). Les Bleus restaient dans le coup, mais il allait falloir revenir tambour battant sur la pelouse.
Décidément, ce Bielle-Biarrey ! Chose promise à un Stade de France en fusion, chose due : dès la première mise en route, Paul Boudehent s’en est allé inscrire un essai sur ballon porté (17-17, 44e), qui a renvoyé les deux équipes dos à dos à l’entrée de la dernière demi-heure. Puis ce fut au tour du grand bonhomme de la soirée, Louis Bielle-Biarrey, d’entrer en scène. Après une transmission manquée des Blacks, qui avaient visiblement le désir de prendre de vitesse la défense tricolore autant que faire se peut ce samedi soir mais qui s’exposaient forcément à des contres, le Bordelais a profité d’un coup de pied à suivre de Thomas Ramos pour déposer l’arrière-garde black (24-17, 52e).
Ce fut ensuite un jeu de botteurs, et le XV de France sait qu’à ce petit jeu-là, il tient un maître en la matière avec Thomas Ramos. L’ouvreur français a répondu du tac au tac à Damian McKenzie jusqu’à la fin de la partie, donnant des sas de respiration aux 30 acteurs qui, depuis la 1e minute, se disputaient chaque ballon comme si c’était le dernier. Le dernier ballon, justement, a demandé aux Bleus un ultime effort puisque la sirène a retenti alors que les Blacks tenaient le ballon dans leur camp. La tentative était vaine : Georges-Henri Colombe passait par là, et il avait décidé que le porteur de balle black ne toucherait pas le sol après son plaquage. M. Amashukeli a sifflé une dernière fois, permettant au Stade de France de crier sa joie.