Le basket-ball, bien que pratiqué par un nombre important de jeunes en Grande-Bretagne, peine à s'imposer comme un sport majeur au Royaume-Uni. Malgré un intérêt certain pour la NBA et des succès ponctuels, le basket-ball britannique reste à la traîne par rapport à d'autres nations européennes et à d'autres sports populaires localement. Cet article explore les raisons de cette situation paradoxale et les perspectives d'avenir pour le basket-ball en Angleterre.
Un intérêt certain, mais un ancrage culturel limité
La popularité du basket-ball en Grande-Bretagne se manifeste de plusieurs manières. La vente rapide des 20 000 places pour un match de NBA à Londres en 2019 témoigne de l'engouement pour le basket-ball américain. La Grande-Bretagne est également le premier marché européen pour le NBA League Pass, signe d'un public fidèle qui suit la saison régulière de la NBA. L'installation de NBA Europe à Londres en 2008 a renforcé la présence de la ligue nord-américaine sur le continent.
Cependant, malgré cet intérêt, le basket-ball n'est pas profondément ancré dans la culture britannique. Contrairement au football, au rugby, au cricket ou au tennis, qui ont été inventés ou codifiés par les Britanniques, le basket-ball est un sport importé des États-Unis. Cet héritage étranger peut expliquer en partie la difficulté du basket-ball à s'imposer comme un sport national.
Des chiffres encourageants chez les jeunes
Selon une étude du ministère britannique de la Culture, des Médias et des Sports, le basket-ball est le deuxième sport le plus pratiqué chez les jeunes de 11 à 15 ans. Près de 200 000 personnes âgées de 14 à 25 ans jouent au basket-ball au moins une fois par mois, un chiffre comparable à celui du cricket et du golf réunis. De plus, le basket-ball est particulièrement populaire dans les quartiers défavorisés et auprès des minorités ethniques, où il surpasse d'autres sports en termes de participation. Le basket-ball féminin est également en croissance, avec un pourcentage de participantes presque deux fois supérieur à celui du football.
Ces chiffres démontrent le potentiel humain pour développer le basket-ball en Grande-Bretagne. Cependant, ce potentiel est freiné par plusieurs facteurs structurels et culturels.
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Les défis structurels : infrastructures, financement et formation
Le développement du basket-ball en Grande-Bretagne est confronté à plusieurs défis majeurs :
- Manque d'infrastructures : L'accès aux salles de sport est limité et coûteux, ce qui rend difficile la pratique du basket-ball, en particulier pour les jeunes et les clubs amateurs. La météo britannique, souvent pluvieuse, rend la pratique en extérieur aléatoire.
- Financement insuffisant : La fédération britannique de basket-ball est confrontée à des problèmes financiers chroniques, qui ont failli entraîner la suppression des équipes nationales des compétitions européennes. La British Basketball League (BBL), qui ne compte que 11 équipes, souffre également d'un manque de ressources, ce qui se traduit par des salaires bas pour les joueurs. La pandémie de coronavirus a aggravé la situation financière de la BBL, entraînant des pertes importantes.
- Formation déficiente : Le système de formation des jeunes joueurs est moins structuré qu'en France ou dans d'autres pays européens. De nombreux jeunes talents britanniques choisissent de poursuivre leur formation aux États-Unis, en NCAA, plutôt que de rester au Royaume-Uni. Le niveau des entraîneurs est également un problème, avec un manque de professionnalisation et de formation continue.
Le rôle du netball et le manque de taille
La popularité du netball, un sport similaire au basket-ball mais réservé aux femmes, peut également limiter le développement du basket-ball féminin en Grande-Bretagne. Le netball est pratiqué par un nombre important de femmes et de jeunes filles, ce qui réduit potentiellement le nombre de participantes potentielles pour le basket-ball.
L'argument selon lequel la taille moyenne des Britanniques, inférieure à celle d'autres pays européens, serait un frein au développement du basket-ball est moins convaincant. L'Espagne, malgré une taille moyenne inférieure à celle de la France, est une puissance européenne du basket-ball.
Le racisme et l'incurie des instances dirigeantes
Le racisme est un facteur qui freine le développement du basket-ball au Royaume-Uni. Luol Deng et Pops Mensah-Bonsu ont dénoncé le manque de considération des instances britanniques à leur égard et leur exclusion des prises de décision. Ils estiment que le manque d'investissement dans le basket-ball est lié au fait que la majorité des joueurs sont issus de minorités ethniques et de quartiers défavorisés.
L'incurie de la fédération et de la BBL est également pointée du doigt. Le manque de leadership et de vision stratégique a empêché le basket-ball britannique de se développer à son plein potentiel.
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NBA en Europe : une opportunité pour le basket-ball britannique ?
Adam Silver, le patron de la NBA, a confirmé que la ligue nord-américaine allait « explorer » sérieusement la création d’une compétition européenne, potentiellement concurrente de l’EuroLeague. Ce projet, qui en est encore au stade de la réflexion, pourrait inclure des équipes britanniques et donner un coup de pouce au basket-ball local.
La NBA s’intéresse de plus en plus au marché européen, comme en témoignent les NBA Paris Games et le nombre croissant de joueurs européens de haut niveau dans la ligue. Une ligue européenne NBA pourrait attirer des investissements, améliorer les infrastructures et augmenter la visibilité du basket-ball en Grande-Bretagne.
Les London Lions : un modèle à suivre ?
La présence des London Lions en demi-finale d’Eurocoupe est un signe positif pour le basket-ball britannique. Le club londonien, racheté en 2020 par la société américaine d'investissement 777 Partners, est devenu ambitieux sur la scène européenne et vise un ticket pour l'Euroligue.
Les London Lions pourraient servir de modèle pour d'autres clubs britanniques, en attirant des investissements, en développant les infrastructures et en formant les jeunes joueurs. Cependant, le développement du basket-ball britannique ne peut pas reposer uniquement sur un club. Une approche globale, impliquant la fédération, la BBL, les clubs et les pouvoirs publics, est nécessaire pour surmonter les défis structurels et culturels.
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