En 1978, l'Argentine, pays hôte de la Coupe du Monde, affronta le Pérou, l'équipe sensation de la compétition. L'Argentine devait gagner avec une avance de quatre buts pour se qualifier pour la finale. Elle gagna 6-0 ! Ce résultat surprenant a suscité de nombreuses interrogations et théories. Si certains évoquent la peur des Péruviens ou un simple mauvais jour, d'autres pointent vers une explication plus sombre : un match truqué dans un contexte politique tendu.
Le contexte de la Coupe du Monde 1978 en Argentine
Après avoir vu le Brésil dominer le football mondial pendant une décennie, l'Argentine a finalement remporté sa première Coupe du Monde en tant que pays hôte. Cependant, cette victoire a été entachée de controverses, éclipsant même celles du Mondial de 1986 au Mexique avec la "main de Dieu" de Diego Maradona. Le journaliste David Winner a écrit dans le Financial Times en 2008 : "Plus on en sait sur la Coupe du Monde 78 en Argentine, plus il devient évident que le tournoi n'aurait jamais dû se jouer."
Cette déclaration fait suite à de nombreuses dénonciations du Mondial pour des raisons politiques et de violations des droits de l'homme. La joie de la victoire a été assombrie par le fait qu'elle a été remportée sous la dictature la plus brutale du pays, qui tentait de dissimuler des meurtres, des disparitions et des tortures grâce aux buts de Mario Alberto Kempes, le héros de cette conquête.
La dictature de Videla et la Coupe du Monde
Le 24 mars 1976, un coup d'État mené par le général Jorge Rafael Videla a bouleversé l'histoire de l'Argentine. Ce qui semblait être un coup d'État de plus s'est transformé en la dictature la plus sanglante de toutes. Videla, qui a remis le trophée aux joueurs argentins lors de la finale, avait déclaré quelques années auparavant : "Autant de personnes que nécessaire doivent mourir pour que le pays soit à nouveau en sécurité".
Pour le régime, la Coupe du Monde était un puissant outil politique. Le journaliste argentin Ezequiel Fernandez Moores a déclaré : "LA COUPE DU MONDE 1978 A ÉTÉ LA MANIPULATION POLITIQUE LA PLUS ÉVIDENTE SOUFFERTE PAR LE SPORT DEPUIS LES JEUX OLYMPIQUES DE 1936 DANS L'ALLEMAGNE NAZIE". En résumé, l'homme qui organisait des massacres de masse organisait également la Coupe du Monde, que le régime a manipulée pour obtenir le résultat souhaité : l'Argentine championne. Pour cela, tous les moyens étaient bons.
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Soupçons de matchs truqués
Des accusations de matchs truqués ont persisté, en particulier concernant la rencontre entre le Pérou et l'Argentine.
Opération Condor et Mondial 78 : le 6-0 impossible
Le match Argentine-Pérou s'est soldé par une victoire facile de l'Argentine 6-0, un résultat qualifié d'"étrange". Les doutes et les soupçons autour de cette Coupe du Monde se sont multipliés au fil des années, évoquant des trucages, des pots-de-vin et des menaces.
L'Opération Condor
Suite à l'affaire Wikileaks, des rapports ont révélé des conversations impliquant les plus hautes instances des dictatures d'Argentine et du Pérou, encadrées dans l'opération Condor. L'opération Condor était un plan coordonnant différentes opérations entre les dirigeants dictatoriaux d'Amérique latine dans les années 70 et 80, sous la supervision de la CIA.
L'Argentine de Videla aurait conclu un pacte avec Francisco Morales Bermúdez, dictateur du Pérou, pour la livraison de blé et la prise en charge de prisonniers politiques péruviens. En échange, le Pérou devait laisser l'Argentine gagner par la marge nécessaire. L'Argentine avait besoin de gagner ce match avec quatre buts d'écart, et elle l'a gagné 6-0 ! Le Pérou, qui avait encaissé six buts en cinq rencontres, en a encaissé six autres en un seul match.
Interférence politique
Le gouvernement argentin aurait été impliqué dans ce résultat. Les joueurs péruviens auraient reçu la visite inattendue de Videla et Henry Kissinger (secrétaire d'État des États-Unis) dans leur vestiaire avant le match. Videla aurait menacé les joueurs péruviens et leurs familles, leur offrant la "corruption ou la vie".
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Le match a été marqué par de nombreuses erreurs défensives inhabituelles pour une équipe péruvienne talentueuse. Bien que le Pérou n'ait plus rien à espérer, étant déjà éliminé, cette rencontre aurait pu éliminer l'Argentine. Les médias de l'époque ont également parlé d'une "étrangeté" dans les actions de la sélection péruvienne. La performance du gardien Ramón Quiroga a également soulevé des questions.
Malgré les accusations, les joueurs péruviens ont toujours nié avoir reçu un pot-de-vin. Percy Rojas, joueur du Pérou en 1978, a déclaré : "Quand l'Argentine veut gagner, elle fait tout pour gagner. Elle a bien joué avec de bons joueurs et tout allait en sa faveur".
Comment l'Argentine a-t-elle pu manipuler le calendrier ?
À cette époque, la FIFA n'avait pas encore établi que les matchs décisifs devaient se jouer à la même heure. Les organisateurs du Mondial ont fait en sorte que l'Argentine joue ses matchs en connaissant déjà les résultats de ses rivaux, dès la première journée.
Manipulation de la phase de groupes
Dès la première phase de groupes, après avoir gagné avec l'aide d'un arbitrage favorable contre la France, l'Argentine a fait exprès de perdre son troisième match contre l'Italie afin de finir deuxième du groupe. L'Argentine a ainsi évité d'affronter l'Allemagne Fédérale lors de la deuxième phase de groupes. La chance a également été de leur côté avec la défaite des Pays-Bas contre l'Écosse.
Le match décisif contre le Pérou
L'Argentine n'a cependant pas pu éviter de croiser le chemin des Brésiliens lors de cette deuxième phase de poules. Après les victoires du Brésil contre le Pérou (3-0) et de l'Argentine contre la Pologne (2-0), les deux équipes se sont neutralisées (0-0). La décision pour se qualifier pour la finale allait donc se jouer lors de la 3e journée, avec des matchs disputés à des horaires différents. Le Brésil a joué en premier et a gagné 3-1 contre la Pologne. L'Argentine savait donc qu'elle devait gagner par au moins quatre buts d'écart contre le Pérou.
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Un match étrange
Au stade Lisandro de la Torre de Rosario, avec Videla et Morales dans les tribunes, l'Argentine a écrasé une équipe du Pérou qui n'a même pas osé mettre Fillol, le gardien argentin, à l'épreuve. Les Argentins Kempes et Tarantini ont marqué avant la pause, permettant à l'Argentine de mener 2-0 à la mi-temps. La moitié du chemin était faite, et à la 50e minute, avec un autre but de Kempes puis un de Luque, l'Argentine a atteint le résultat dont elle avait besoin. Le festival s'est terminé avec deux autres buts, pour la plus grande joie des supporters.
Conséquences et héritage
Quatre jours plus tard, l'Argentine a battu les Pays-Bas en finale (3-1 après prolongations), avec une prestation arbitrale controversée. Le Mondial 78 reste l'un des plus grands scandales de l'histoire du football, marquant les liens étroits entre politique et ballon rond.
Argentine - Pérou en 1985 : un autre match sous tension
Près d'un an avant d'entrer dans l'histoire du football mondial, Diego Maradona est arrivé à Lima avec une sélection argentine sur le point de décrocher son billet pour le Mexique. L'Argentine a confirmé sa progression en battant à nouveau le Venezuela et la Colombie. Il ne restait alors qu'un adversaire à écarter définitivement, le Pérou.
Le contexte politique et social au Pérou
Le Pérou de 1985 était des plus instables. Alan García venait d'être élu à la présidence, il avait promis de ne pas payer la dette du pays au FMI alors que les rues devenaient dangereuses suite à l'émergence de quelques groupes révolutionnaires qui semaient la terreur. Parmi eux, Sendero Luminoso, le Sentier Lumineux. La terreur s'abattait sur le Pérou, à une dizaine de jours de l'arrivée de la sélection argentine de Carlos Bilardo. La presse argentine décrivait alors ce climat de tension maximale, un climat de profonde paranoïa s'installait.
La menace de Sendero Luminoso
La rumeur voulait que Sendero Luminoso n'ait qu'une envie : enlever et séquestrer Diego Maradona. La sécurité a donc été renforcée autour de la sélection. Il est difficile de savoir si la rumeur était fondée, si l'organisation d'Abimael Guzmán avait véritablement échafaudé un plan en ce sens.
La stratégie du Pérou
Face à l'Argentine se dressait le Pérou de Roberto Chale. Il avait un plan très précis : prendre Maradona en individuelle stricte. Chale a choisi un joueur au profil particulier : Luis Reyna, de la même taille que Maradona. Reyna ne quittait jamais le n°10 argentin, le suivait partout. José Luis Barrio, journaliste du Gráfico, se souvient d'un Maradona "qui ne se révolte pas".
Conséquences du match
Il est difficile voire impossible de savoir si le contexte, la paranoïa et l'extrême pression mise sur place sur les épaules des joueurs argentins ont favorisé cette défaite. De même, il est tout aussi difficile de savoir si la rumeur de l'enlèvement programmé de Maradona était fondée. L'Argentine a finalement obtenu sa qualification sur un but de Ricardo Gareca à neuf minutes du terme de la partie au Monumental.