Le rugby occupe une place centrale dans l'identité néo-zélandaise, tant sur le plan sportif que culturel. Cet article explore l'histoire riche et complexe des équipes de rugby néo-zélandaises, en particulier les Kiwis et les All Blacks, en mettant en lumière leur impact sur la société néo-zélandaise et leur rôle dans la construction de l'identité nationale.
Les Kiwis : Pionniers du Rugby à XIII
Le terme « Kiwis » est un surnom donné à l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby à XIII. Bien que moins médiatisée que les All Blacks (l'équipe de rugby à XV), les Kiwis ont une histoire riche et une identité propre.
Un Match Amical Mémorable à Pau en 1951
Le 25 décembre 1951, le stade Jean-Hameau de Pau a accueilli un match amical entre une sélection de joueurs du Sud-Ouest de la France, surnommée « la sélection des 3 B » (Basques-Béarn-Bigorre), et l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby à XIII, les Kiwis, lors de leur tournée en France. Ce match fut précédé par le fameux haka, une danse chantée traditionnelle maorie.
Bien que les Kiwis aient remporté le match 32 à 12, l'envoyé spécial de « Sud Ouest » à l'époque, Maurice Cavalerie, considérait ce score comme « flatteur » pour les Français, soulignant que leur équipe n'avait pas été très brillante. Cependant, l'équipe de France a rectifié le tir quelques jours plus tard en battant les Kiwis 17 à 7 au stade municipal de Bordeaux, grâce à leur « souplesse et vitesse supérieures à la puissance et la technique néo-zélandaises ».
L'ascension des Kiwis dans le monde du rugby à XIII
Malgré l'ombre portée par les All Blacks, les Kiwis ont connu des succès notables dans le monde du rugby à XIII. En 2008, ils ont remporté la Coupe du Monde de Rugby à XIII, une première dans leur histoire. De plus, ils ont remporté leurs trois derniers tests-matchs contre les Kangaroos australiens, l'équipe dominante de ce sport. Ces victoires ont permis aux Kiwis de devenir la nation numéro un au classement de la Fédération Internationale de Rugby à XIII.
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Stephen Kearney, leur entraîneur depuis 2008, a joué un rôle clé dans cette ascension. Il a su insuffler une nouvelle dynamique à l'équipe, en créant un environnement où les jeunes joueurs aspirent à porter le maillot des Kiwis.
All Blacks : Symbole de l'identité Néo-Zélandaise
Les All Blacks, l'équipe nationale de rugby à XV de Nouvelle-Zélande, sont bien plus qu'une simple équipe sportive. Ils sont un symbole de l'identité néo-zélandaise, un monument national et une source de fierté pour tout un pays.
La construction d'un mythe
La Nouvelle-Zélande, souvent décrite comme la « nation la plus jeune du monde », a besoin de se raconter une histoire commune pour exister. Le rugby, et en particulier les All Blacks, jouent un rôle essentiel dans cette construction identitaire. Les valeurs guerrières, le rapport à la terre et l'honneur sont autant d'éléments associés à l'équipe nationale.
Les All Blacks sont perçus comme le croisement des différents chapitres du roman national. Leur paletot noir à la fougère argentée est un symbole fort qui relie tous les Néo-Zélandais, qu'ils soient Pakehas (blancs) ou Maoris.
Le Haka : Expression de la fierté Maorie
Le haka, une danse chantée traditionnelle maorie, est un élément indissociable de l'identité des All Blacks. Pratiqué depuis 1888, il est devenu un symbole fondamental de l'équipe et un moyen d'exprimer la fierté maorie.
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Bien que les joueurs maoris de l'époque s'en défendent, la renaissance de ce symbolisme a été l'aboutissement d'un mouvement plus profond de revendications sociales des populations indigènes, axé sur la réappropriation des terres et la renaissance culturelle.
All Blacks : Une réussite commerciale
Au-delà de l'aspect sportif, les All Blacks sont également une réussite commerciale. Leur image est utilisée pour promouvoir la Nouvelle-Zélande à l'étranger et pour vendre des produits dérivés. Le terme « All Blacks » est devenu une marque déposée, valorisée à plusieurs milliards d'euros.
Les All Blacks à travers l'histoire
Dès 1905, lors de la tournée en Europe des « Originals », les premiers All Blacks officiels, les joueurs kiwis ont fait la preuve de leur talent. Un savoir-faire développé par les populations autochtones (les Maoris pratiquaient un jeu de ballon, le ki-o-rahi, avant même l’arrivée des Européens) et les colons britanniques, qui jouent le premier match officiel en 1870, à Nelson.
Le mythe du sport et de la guerre a été incarné par le capitaine des Blacks de 1905, Dave Gallaher, tué sur un champ de bataille lors de la Première Guerre mondiale.
Les All Blacks ont su croiser avec succès les racines nationales traditionnelles avec la culture populaire de la consommation sportive.
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La couleur noire : un hommage à la culture maorie
Le choix de la couleur noire pour l'équipement des All Blacks est souvent interprété comme un symbole de deuil pour les adversaires. Cependant, cette interprétation ne résiste pas à l'examen historique. En réalité, le noir est un hommage profond à la culture maorie, où il représente la vie, la fécondité et l'élément primordial du monde, Te Pō, avant la création.
Les All Blacks et les grands événements internationaux
Les All Blacks se sont imposés lors des grands événements internationaux, notamment la Coupe du Monde de Rugby. Ils ont remporté la première édition en 1987, organisée en Nouvelle-Zélande, en battant la France en finale. Ils ont également remporté les éditions de 2011 et 2015.
Le rugby : un sport pour tous ?
Bien que le rugby soit un sport national en Nouvelle-Zélande, il n'est pas pratiqué par tous. Les statistiques montrent que les Maoris et les jeunes Polynésiens sont plus nombreux à être déscolarisés, sans emploi et à bénéficier des aides sociales. Le rugby peut être une opportunité pour ces jeunes de s'extirper de leur quartier et de gagner de l'argent pour leur famille.
Cependant, il est important de ne pas considérer le rugby comme la seule voie possible pour ces jeunes. Il est essentiel de leur offrir une éducation de qualité et de leur permettre de développer leurs compétences dans d'autres domaines.
Les entraîneurs néo-zélandais : une influence mondiale
L'influence du rugby néo-zélandais s'étend au-delà des frontières du pays. De nombreux entraîneurs néo-zélandais sont sollicités par des équipes du monde entier pour leur expertise et leur savoir-faire.
Lors de la Coupe du Monde de Rugby 2015, quatre entraîneurs néo-zélandais ont mené leurs équipes respectives en quarts de finale : Steve Hansen (Nouvelle-Zélande), Joe Schmidt (Irlande), Vern Cotter (Écosse) et Warren Gatland (Pays de Galles). Cette présence massive témoigne de la qualité de la formation des entraîneurs en Nouvelle-Zélande et de leur capacité à s'adapter à différents contextes culturels.