L'histoire de Frère Joseph, un ermite vosgien, et les origines du hockey sur glace en France peuvent sembler à première vue totalement déconnectées. Pourtant, en explorant ces deux récits, on découvre des aspects fascinants de la vie sociale et culturelle de la France aux XVIIIe et XIXe siècles. Cet article se propose d'examiner ces deux histoires distinctes, en commençant par la vie dévouée de Frère Joseph et en explorant ensuite les balbutiements du hockey sur glace en France.
Frère Joseph : Une Vie d'Ascète dans les Vosges
Pierre-Joseph Formet, connu sous le nom de Frère Joseph, est né en 1724 en Haute-Saône. Il a passé 33 ans de sa vie en ermite dans la montagne vosgienne, au lieu-dit des Buttes à Ventron, un endroit qui accueille aujourd'hui une station de ski. En 1751, les habitants de Ventron accueillent cet homme pieux en quête de refuge. Son ermitage est construit sous les sapins. Sa vie quotidienne est faite de prières, de jeûne et de pauvreté.
Une Foi Profonde et un Service Désintéressé
Fils de sabotier, il avait le goût de la solitude et savait comment vivre dans cet environnement. Depuis les hauteurs de Ventron, il rendait service aux habitants, priait et se rendait régulièrement à l'église du village. Il mangeait peu, affirmant que "l'eucharistie le nourrit". Il gardait les enfants du village et leur enseignait le catéchisme. Les gens venaient lui demander conseil.
Une Réputation Dépassant les Limites des Hautes Vosges
Bien qu'isolé, l'ermite vivait en harmonie avec les habitants de Ventron. Sa réputation dépassait les limites des Hautes Vosges et intrigua même les dames chanoinesses de Remiremont, qu'il refusa de recevoir, leur conseillant de frapper à la lucarne comme les pauvres.
Des Tatouages Mystérieux
À sa mort en 1784, on découvrit sur son corps d'intrigants tatouages, des prières inscrites à même la peau. Il allait se faire tatouer en Alsace. Sur l'épaule gauche, il portait un ostensoir, une représentation du saint sacrement exposé. Le long de son bras droit, on pouvait lire "Marie Mère de mon cœur" et sur le bras gauche "Loué-adoré soit Jésus-Christ". Trois lignes incompréhensibles étaient également relevées sous son bras gauche : "ESTOMTSNRE - MENTDENMA - OWONMAR".
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Un Héritage Durable
Près de 300 ans après sa naissance, son aura est encore bien présente dans les Hautes-Vosges. Une famille originaire de Plainfaing a fait don à la paroisse de Notre-Dame-des-Gouttes d'une relique de l'ermite : un morceau d'une alcôve en bois dans laquelle il aurait dormi. Lors de ses obsèques, pas moins de 10 000 personnes étaient présentes.
Les Premiers Pas du Hockey sur Glace en France
Après avoir exploré la vie de Frère Joseph, plongeons-nous dans l'histoire des débuts du hockey sur glace en France, un sport qui a émergé à la fin du XIXe siècle.
L'Hiver 1890/91 : La Première Trace Attestée
L'hiver 1890/91 marque la première trace attestée du hockey sur glace en France. Un hiver rigoureux qui commence très tôt : le dimanche 30 novembre 1890, on recense déjà plus d'un millier de patineurs sur le Grand Canal du parc du château de Versailles. Les patineurs sont avides de nouvelles activités, et le 4 janvier 1891, l'hebdomadaire L'Écho de Versailles lève le voile sur le nouveau sport à la mode : "Une partie quotidienne du jeu anglais le huggy est organisée sur le bras du canal qui est au pied du Trianon et où se donnent rendez-vous les plus grands patineurs : MM. Girardet, G. Lacombe, Liébaut, etc. On sait que ce jeu consiste à lancer, à l'aide d'un bâton terminé en crochet, une boule de bois et à la faire pénétrer dans le camp des adversaires."
Les Pionniers du Hockey Français
Voici donc les noms de trois des premiers hockeyeurs français dévoilés. Liébaut désigne le médecin versaillais Edmond Liébaut ou peut-être son jeune frère pépiniériste René. Georges Lacombe, en fait prénommé Paul à l'état civil, accèdera à la célébrité par le surnom de "nabi sculpteur" quand il rejoindra en 1892 les nabis, mouvement post-impressionniste d'avant-garde.
Le Mystère du "Huggy"
Quant à ce "huggy", personne n'a entendu parler d'un tel jeu en Angleterre, d'où il est annoncé originaire. Il s'agit forcément du mot "hockey", déformé par une oreille peu habituée à ces sonorités étrangères. Un article du numéro du 25 janvier 1891, signé d'un mystérieux J.W., confirme cette hypothèse.
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L'Évolution du Jeu à Versailles
En 1892, on apprend que les parties de "Hocky" ont repris, et en 1893, le nom du sport sera retranscrit sous sa forme définitive "hockey". Au fil de ces articles, les règles deviennent plus claires. On apprend que ce sport se joue à onze contre onze, et que le but est de faire passer la balle le plus de fois possible entre les poteaux du camp adverse. Les hockeyeurs versaillais ne se contentaient pas des dimensions d'un terrain de football (100 mètres sur 50), adoptées de nos jours par le bandy. Les poteaux étaient en effet placés à 200 ou 300 mètres de distance ! La surface de jeu n'était en effet pas délimitée ou clôturée : on jouait au milieu du parc, et comme les patineurs et les curieux étaient nombreux, ils passaient parfois sur le "terrain de jeu" de ces hockeyeurs dont ils ne comprenaient pas l'étrange activité.
Le Rôle de Coubertin
Chacun aura en effet entendu que le Baron, fondateur de l'olympisme moderne, a pratiqué le hockey sur le canal de Versailles. C'est dans Le Vélo du 9 janvier 1895 que Paul Field écrit rétrospectivement : "Un club [le HCP] vient de se constituer pour pratiquer un sport d'hiver très amusant et encore presqu'inconnu à Paris ; il s'agit du Hockey que je me souviens avoir vu jouer pour la première fois en France pendant l'hiver de 1892-1893, sur la grande pièce d'eau du parc de Versailles, sous la direction du baron P. Coubertin."
Le Hockey à Paris
Alors qu'à Versailles la pratique du hockey sur glace est attestée pendant quatre hivers de suite, ce sport semble moins pratiqué dans la capitale. Le Jour de Noël 1891, Le Matin annonce une "grande partie de hockey" pour le lendemain matin, sur le grand Lac, entre les membres des cercles et associations. Pour autant, le hockey reste presque inconnu à Paris. On en veut pour preuve que la revue Le Patineur, pourtant spécialisée, l'annonce comme un jeu nouveau, et le dit importé du Canada.
L'Ouverture du Pôle Nord
Ce qui permet son implantation, c'est l'ouverture d'une patinoire artificielle, le Pôle Nord, le 14 octobre 1892. C'est la première fois que le hockey "canadien" (héritier du bandy qui a retraversé l'Atlantique) fait son entrée en Europe. Au HCP, on joue au hockey trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi, de 17h30 à 18h. Les abonnés du Pôle Nord viennent exprès assister à ce jeu mondain, et le succès est tel que deux séances supplémentaires de hockey sont ouvertes le mardi et le jeudi à 22h. On finit donc par jouer au hockey tous les jours de la semaine au cours de cet hiver.
L'Interruption et la Renaissance
Alors que Meagher reprend son bâton de pèlerin et part vers la Grande-Bretagne, les activités liées au hockey sur glace semblent s'interrompre en France pendant les deux hivers suivants. Au début de la saison 1897/98, après deux saisons sans hockey, Paul Wasse recrée le Hockey Club de Paris avec quelques habitués du Pôle Nord.
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Le Palais de Glace et le Hockey Versaillais
Meagher est professeur de patinage dans l'autre patinoire artificielle de la ville, le Palais de Glace : encouragé par le succès commercial fulgurant du Pôle Nord, il a ouvert ses portes le 24 décembre 1893. Ces mêmes jours, le Sporting Club d'Enghien joue deux rencontres sur le Grand Canal du parc du château, la première le jour de Noël à 6 contre 5, la seconde le lendemain à 9 contre 9.