L'histoire du rugby français est jalonnée de clubs mythiques, et parmi eux, La Voulte occupe une place particulière. Ce club ardéchois, issu d'une petite ville de moins de 6 000 habitants, a marqué les esprits en remportant le Championnat de France en 1970. Cette épopée est indissociable de figures emblématiques, dont les frères Cambérabéro et l'entraîneur Jean Liénard, qui ont su insuffler un esprit de combativité et de solidarité à cette équipe.
L'épopée des frères Cambérabéro
Originaires des Landes, Lilian et Guy Cambérabéro ont marqué de leur empreinte le rugby français des années 1960 et 1970. Lilian, demi de mêlée à la passe réputée "la plus longue du monde", et Guy, demi d'ouverture, formaient une charnière complémentaire et talentueuse. Ils ont brillé sous le maillot du XV de France, remportant le premier Grand Chelem de l'histoire des Bleus en 1968. Mais c'est avec leur club de La Voulte qu'ils ont connu la consécration, en soulevant le Bouclier de Brennus en 1970.
Lilian Cambérabéro a été impliqué dans le rugby toute sa vie, puisqu'il a été entraîneur puis longtemps président du comité départemental ardéchois.
La saison 1969-1970 : Un parcours exceptionnel
La saison 1969-1970 a été celle de tous les exploits pour La Voulte. Le club, qui évoluait alors dans un rugby amateur bien loin des standards professionnels actuels, a réalisé un parcours exceptionnel. Après s'être difficilement extirpé des phases de poule, La Voulte a abordé les phases finales avec détermination. En demi-finale, les Voultains ont créé la surprise en battant Agen, grand favori de l'épreuve, sur le score de 9 à 3.
Le 17 mai 1970, à Toulouse, La Voulte affrontait Montferrand en finale. Dans un match fermé et disputé, les Ardéchois se sont imposés sur le score étriqué de 3 à 0, grâce à un essai de Renaud Vialar. Peu importe le score, l'équipe de La Voulte est sacrée championne de France. Malgré une domination auvergnate en touche et des difficultés au pied pour Guy Camberabero, La Voulte a su faire preuve de solidarité et d'efficacité pour remporter ce titre historique.
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Quelques jours plus tard, le 19 mai, l'entraîneur Jean Liénard, les frères Camberabero, Guy et Lilian, et tous les autres joueurs sont accueillis en Ardèche par près de 20 000 personnes. Avec le bouclier de Brennus, ils réalisent un défilé triomphal dans les rues de la ville.
Jean Liénard : L'artisan de la victoire
L'entraîneur Jean Liénard a joué un rôle essentiel dans le succès de La Voulte en 1970. Figure truculente et meneur d'hommes, il a su construire une équipe soudée et combative, capable de rivaliser avec les meilleures formations françaises. Son approche pragmatique et son sens de la motivation ont permis aux joueurs de se surpasser et de croire en leurs chances. Il était le père spirituel de Jacques Fouroux. Lors des entraînements, il programmait des séances de joug qui traversaient le terrain. Il avait le charme canaille de ces coachs qui ne sombraient pas dans un esthétisme naïf ou hypocrite. Il était très complémentaire de Rampa, on ne pouvait les dissocier. Il savait s’adapter à ses hommes, à leurs caractéristiques et savait leur parler.
La Voulte : Un club ancré dans son territoire
Le club de La Voulte était bien plus qu'une simple équipe de rugby. Il était le symbole d'une ville, d'une région, et d'une identité. Le rugby était une véritable passion à La Voulte, où le stade accueillait parfois plus de monde que le total de sa population. Le club était soutenu par l'usine Rhône-Poulenc, qui employait de nombreux joueurs et contribuait au financement de l'équipe. Cette usine produisait la rayonne qu’achetait Michelin pour l’entoilage de ses pneus. À La Voulte, Rhône-Poulenc était propriétaire de la piscine, du Stade, de la moitié des maisons.
Jean Palix, directeur général de l’usine Rhône-Poulenc, était le vrai père du La Voulte Sportif. C’était un homme puissant et passionné qui était fier de pouvoir faire parler de son patelin. Il a fait venir les deux frères Cambérabéro à La Voulte en 1955. Le médecin du club, le docteur Delvecchi qui était Bayonnais passait ses vacances sur la côte landaise, il se renseignait sur les joueurs du cru. On lui avait parlé des Cambérabéro qui jouaient à Tyrosse, il a signalé leur existence à Jean Palix. Le patron embaucha les deux « Cambé » à l’usine et même leur père, Robert.
Serge Rampa était arrivé. Il avait une entreprise de BTP au Pouzin, une commune voisine, et ne connaissait rien au monde du rugby. Mais c’était un homme formidable. Son arrivée a marqué un changement, Jean Palix n’était pas un président présent aux côtés des joueurs. Rampa était finalement un président plus « conventionnel », assez en phase avec son époque : un homme d’affaires généreux, qui embauchait chez lui et donnait des coups de pouce à ceux qui voulaient se lancer.
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L'héritage de La Voulte
Même si le club a connu des difficultés par la suite, notamment en raison du déclin de l'industrie locale, l'épopée de La Voulte en 1970 reste gravée dans les mémoires. Ce titre de Champion de France est un symbole de la passion, de la solidarité, et de l'attachement à un territoire. La Voulte a prouvé qu'un petit club, avec un entraîneur charismatique et des joueurs talentueux, pouvait réaliser de grandes choses.
La Voulte-sur-Rhône, bourgade, s’est permis de fréquenter l’élite pendant trente-cinq ans. Derrière cette réussite, il y avait un atout majeur, c’est vrai : l’usine de textile artificiel Rhône-Poulenc, un paquebot industriel qui a compté jusqu’à 1 200 employés. « 80 % de l’effectif travaillait à l’usine, avec des horaires adaptées pour pouvoir s’entraîner. Indirectement, La Voulte était l’un des premiers clubs professionnels de l’Histoire. Et ceux qui ne travaillaient pas à Rhône-Poulenc, étaient liés à la société parce qu’ils étaient commerçants et qu’on leur achetait des fournitures ou parce qu’ils étaient petits chefs d’entreprise et qu’ils devenaient sous-traitants.
La Voulte s'est toujours appuyée sur des catégories jeunes de qualité. Lilian Cambérabéro garde espoir au milieu des jeunes pousses du club. « Le club a réussit à se qualifier constamment jusqu'en 74, mais les problèmes du club ont été précédés par ceux de l'usine. Elle est passée de 2.500 employés en 1964-1965 à 35 dans les années 80, et comme elle ne fournissait plus de travail, le club n'attirait plus de joueurs… il y avait bien sur moyen de caser un ou deux joueurs dans les petites entreprises de la région, mais plus comme pouvait le faire la grande entreprise, et petit à petit, La Voulte a décliné » concède l'ancien demi de mêlée international, l'air triste.
Aujourd'hui en Fédérale 2, La Voulte tente de survivre, et vise une montée qui ne lui est pas impossible au regard de l'effectif et de la motivation des décideurs comme l'apprécie beaucoup Lilian Cambérabéro : « l'équipe dirigeante, menée par Jean-Louis Reyes fait du très bon travail, mettant l'état d'esprit en avant, restant ainsi dans la ligne directrice qui a toujours été celle du club… et je crois qu'ils ne sont pas loin de monter ».
C'est une nouvelle histoire qui doit s'écrire entre le rugby et La Voulte. Pour ce énième renouveau, le club compte s'appuyer sur des entraîneurs compétents pour mener le LVR vers de nouveaux horizons. Bruno Ranchon sera entraîneur des avants en charge de l'équipe première avec une certaine philosophie du rugby qu'il a déjà présenté aux joueurs déjà présents au club. Gaëtan Aubert sera entraîneur des arrières en charge de la première, Joan Martinez, entraîneur des avants en charge de l'équipe réserve le dimanche et Tony Faugeron entraîneur de la réserve en charge des arrières.
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